Les « demoiselles aux pompons rouges », le moulin de Laffaux

les demoiselles au pompon rouge, le moulin de laffauxPourquoi cette dénomination?

Ne cherchez pas un quelconque rapport avec les « belles demoiselles » qui lèvent la jambe lors des « french cancan » du Moulin Rouge, car il n’y a point de pompons uniquement des froufrous.

MOULIN ROUGECommençons par déchiffrer le terme de: « demoiselles » ?

Il n’y a pas si longtemps, le port de pêche de Lesconil avec ses soixante « Malamoks »  rentraient « plein gaz » les cales pleines de ces délicieuses « demoiselles » qui frétillaient dans les caisses.

arivée des bateauxLesconil était le premier port de pêche de France de langoustines fraiches que l’on appelait « les demoiselles  de Lesconil ».

langoustinesDébarquement des belles demoiselles

Les chalutiers de Lesconil ont presque tous déserté le port et ce terme de « demoiselles » a été repris depuis par les ports de Loctudy et du Guilvinec…   Pirates !….

Terminons par: « pompons rouges » ?

Peut-être une allusion aux œufs que les femelles portent sur l’abdomen ? Impossible, car les œufs sont verts sur la langoustine vivante. Ils ne rougissent qu’après cuisson.

La comparaison était pertinente, mais osée…

Il y a aussi un poisson que l’on nomme dans le pays bigouden « demoiselle ». Il s’agit en fait d’une espèce de « labrus bergylta » qui lorsqu’elle est  coquette est une  « labrus mixtus ». 

Pour être plus clair il s’agit simplement d’une « vieille commune ».

La couleur des vieilles diffère suivant leur environnement et leur habitat.

Et alors ou sont les pompons rouges de la demoiselle ?…..

Les pigments de la peau ?…..

Tout cela n’est pas crédible, il doit s’agir d’autre chose…

« Pompon rouge », il y a sans aucun doute un rapport avec la Marine Nationale ?

Le pompon rouge est le véritable symbole des marins qu’ils portent fièrement sur leur bonnet appelé « bachi ». Toucher le pompon porte bonheur, dit-on…

Plusieurs légendes courent sur son origine, mais ce ne sont que des légendes comme celle de l’Impératrice Eugénie:

Le 9 août 1858, l’Impératrice Eugénie était en visite sur un navire dans le port de Brest. Un très grand matelot, en se mettant au garde à vous à son passage, se heurta violemment le sommet du crâne au plafond de la coursive. Il saignait et l’Impératrice lui offrit son mouchoir en guise de pansement. Ce mouchoir taché de sang , placé sur sa tête, devint alors, en souvenir de son geste, le pompon rouge du bonnet (bâchi) du Marin.

La naissance du « bâchi » avec pompon rouge 

Au début des années 1800, L’ Amiral qui commandait l’escadre de la Méditerranée, voulut distinguer les différents équipages par des pompons de différentes couleurs, réservant la couleur rouge au vaisseau amiral. Il est fort possible que cette mesure fut à l’origine du fameux pompon rouge.

Depuis le décret du 1er avril 1808, un pompon orne le bonnet des marins (la couleur varie selon le numéro de la compagnie). Il disparaît en 1825, reparaît en 1856 sur le bonnet de travail sous forme d’une houppette. De nos jours, le pompon est toujours nomenclaturé sous le nom de « houppette » dans le service « Habillement, Casernement, Couchage » (H.C.C.) de la Marine Nationale française.

Pour un besoin technique de finir le fond du bonnet, il apparaît que la confection d’un bonnet se termine par « diminution » par un seul fil de laine et donc une seule couleur… Or la houppette initiale était constituée de fils bleus et rouges. Le « pompon » n’était en fait qu’une façon de finir l’ouvrage de laine, bien souvent tricoté par le marin lui-même. Actuellement, il est confectionné à la main par des ouvrières d’une manufacture de la Sarthe.

Le pompon a un diamètre de 8 cm, pèse 14 grammes et mesure 2,5 cm de hauteur. Il est teinté d’une couleur extraite d’une plante, « la rubia tinctorum », qui lui confère  sa couleur rouge garance.

En 1914-1918, le pompon est très gros et les brins de laine rouge sont collés sur un petit socle de bois.

Le « bâchi » des fusiliers marins ressemblait plus à une galette informe, ramolli et délavé par les pluies.

En fait,  le rapport avec « les demoiselles aux « pompons rouges » n’est pas évident, même si le lien avec la marine parait plus que probable.

Il y a pourtant une autre piste à laquelle je n’avais jusqu’à présent pas pensé, mais qu’un destin bien cruel est venu me la révéler: les Demoiselles de la Marine.

Les deux goélettes de la Marine Nationale la « Belle Poule » et sa sœur  » l’Étoile » sur qui le temps n’a pas d’âge, qui n’ont pas encore de remplaçantes dignes de leurs prestances sont appelées par les marins « les « Demoiselles ».

Les goélettes sont bien plus que des bateaux: on les appelle « les Demoiselles », car elles sont belles et on leur prête même une âme.
Elles ont su sauvegarder avec intelligence les traditions de la marine à voile et font partie du patrimoine vivant de la Marine nationale.
Aujourd’hui, comme hier et comme demain, elles hissent la toile pour éveiller le sens marin de ceux qui ont choisi de « mettre du sel dans leur avenir ».

C’est par ces quelques mots que Jean-Yves  Béquignon termine cet ouvrage, illustré de magnifiques photos qu’il a réalisées pendant son commandement de la goélette « l’ Étoile », avec d’excellents dessins d’André Rozen, commandant le groupe des goélettes et de la « Belle-Poule » pendant la même période.

Avec Jean Yves Béquignon nous étions Officiers sur le croiseur Colbert durant la guerre du Golfe. Le Capitaine de Corvette André Rozen, aujourd’hui disparu à la barre de son misainier  « Chance Vad » (Bonne Chance)  avait fait une carrière similaire à la mienne. Il était aussi résidant du quartier de Langoguen à Lesconil.

Le misainier « Chance Vad », GV 302809 d’André Rozen.

Ci-dessous le malamok « Chance Vad » des frères Cosquer avant sa déconstruction.

Le Capitaine de corvette André Rozen

Durant son adolescence, André avait été mousse sur le Malamok « Chance Vad » durant les périodes estivales.

Engagé dans la Marine Nationale, il avait fait carrière jusqu’au grade de Capitaine de Corvette. Il avait été commandant du groupe des goélettes.

hommage a A RozenPhoto d’André Rozen sur une très belle aquarelle du Peintre Officiel de la Marine, Michel Hertz.

J’ai rajouté ce paragraphe des «Demoiselles de la Marine» pour rendre un modeste hommage à André Rozen qui habitait à deux pas de mon domicile de dans le pays bigouden sur le port de Lesconil.

Croix de lescoEn fait, l’histoire des « demoiselles aux pompons rouges«  commence au début de la première guerre mondiale.

mobilisation generale 1914Lorsque la guerre de 1914 est déclarée, la Marine française dispose de fusiliers marins inemployés à bord des bâtiments de guerre car les principaux combats sont terrestres.

Pour utiliser ces hommes, il est décidé, le 7 août 1914, de créer une brigade forte de plus de 6000 hommes organisée en deux régiments qui seront les 1er et 2e régiments de fusiliers marins.

ordre de marche du bataillonLa brigade est constituée d’un État-major, des deux régiments et d’une compagnie de mitrailleuses. Chaque régiment est commandé par un capitaine de vaisseau et composé lui-même d’un état-major. Chaque régiment comprend 3 bataillons. Chacun d’entre eux est sous les ordres d’ un capitaine de Frégate. Chaque bataillon est composé de quatre compagnies de deux cents hommes chacune commandé par un lieutenant de vaisseau.

Dans les effectifs on remarque 700 apprentis fusiliers marins très jeunes (jeunes engagés ayant à peine seize ans et demi), des appelés et des réservistes, marins pêcheurs pour la plupart  du dépôt de Lorient. La première mission confiée est la défense de la Capitale et de sa banlieue d’où la garnison habituelle est partie sur le front.

maintient de l'ordre

L’extrême jeunesse des apprentis surprend les Parisiens qui leur donnent le surnom de :

« Demoiselles au pompon rouge »

fusilier marin 1914Des marins pêcheurs ou marins du commerce, qui vont se transformer rapidement en redoutables soldats de l’armée de terre. Le ciré jaune a été remplacé par la lourde capote kaki, les lignes de pêche par la baïonnette et le fusil.

Mon grand-père Pierre Marie Quintric appelé du contingent le 8 décembre 1913 (classe 13) fut affecté dans le bataillon puis dans la brigade des fusiliers marins du 2 avril 1917 au 1er mars 1919.

campagne de guerreMon grand-père Pierre-Marie Quintric

Pierre Marie Quintric fusilier marinMon grand-père et son frère Sébastien Quintric.

Pierre marie sebastien quintricLe commandement de la brigade des fusiliers marins est confié à Pierre-Alexis Ronarc’h qui vient d’être nommé contre-amiral.

amiral ronarc'hPierre-Alexis Ronarc’h est né le 22 novembre 1865 à Quimper.

A 15 ans et demi il est admis à l’École Navale. Il est nommé Lieutenant de vaisseau à 24 ans. Il participe à la campagne de Chine en 1900 en tant que commandant en second d’un détachement français de 160 marins qui résiste à la révolte des boxers. A 42 ans il est le plus jeune Capitaine de vaisseau de la marine française.

Pierre-Alexis Ronarc’h est décédé le 1er avril 1940 à Paris.

Les « Demoiselles aux Pompons rouges » de l’Amiral Ronarc’h

Le bataillon s’est particulièrement  distingué par sa bravoure dans la Somme, à Hailles, du 4 au 14 avril 1918, pendant la bataille de Hangard-en-Santerre, résistant à l’offensive allemande.

La plus belle action de guerre du bataillon , fut l’attaque et la prise du moulin de Laffaux, dans le secteur de l’Ailette, le 14 septembre au 1er octobre 1918.

BAIONETTE AU CANONLe moulin de Laffaux situé près du village éponyme est un lieu hautement stratégique qui domine la vallée de la rivière l’Aisne.

Laffaux est un petit village picard de la vallée de l’Aisne situé sur un plateau entre Laon et Soissons près de la nationale 2. Il comptait en 1914 environ deux cents âmes.

village de laffauxlaffaux 25

Laffaux est le point de départ du « Chemin des Dames » qui correspond à une petite route, actuellement la départementale D18.

chemin des damesPourquoi ce nom  « Chemin des Dames » ?

Ne cherchez pas non plus, après les demoiselles un quelconque rapport avec ces dames qui arpentent les pavés en vendant leurs charmes.

les dames du cheminchateau de la bove au 18 iemeLe château de la Bove en 1914

Le « Chemin des Dames« en 1914

tranchée allemandesOctobre 1914, les fusiliers marins partent au front

front

Pierre Loti, qui a repris du service dans l’armée de terre à l’âge de 64 ans, la marine n’ayant pas voulu le réintégrer, s’offusque du peu de considération de l’État et de la Nation vis à vis de la brigade des fusiliers marins qui dit il n’avaient même pas de drapeau.

Loti entre mer et terreLe 11 janvier 1915, Henri Poincaré remit enfin un drapeau à la brigade.

drapeu des fusmarEn raison de la guerre sous-marine, les be­soins en hommes se faisaient de plus en plus sentir dans les ports, pour l’armement des petits bâtiments, la brigade des fusiliers marins fut dissoute le 10 décembre 1915. Le Contre-Amiral Ronarc’h fut promu Vice-Amiral.

u boote

La Marine conserva un bataillon de fusiliers-marins sur le front (900 hommes).

Le bataillon
Ce bataillon fut formé le 30 novembre 1915.
Ses commandants successifs furent :
– Le capitaine de frégate Lagrenée, jusqu’au 10 avril 1917,
– Le capitaine de frégate de Maupéou d’Ableiges (du 11 avril 1917 au 15 novembre 1917),
– Le capitaine de corvette Monier (16 novembre 1917 au 12 juin 1918),
– Le capitaine de frégate Martel (13 juin 1918 à la dissolution du bataillon).

Le bataillon fut d’abord envoyé dans le secteur de Nieuport, puis il participa aux combats :
– de Possele et Drie-Gratchen du 31 juillet au 16 août 1917,
– de Saint-Jansbeck les 26 et 27 octobre 1917,
– de La Somme, à Hailles, du 4 au 14 avril 1918, pendant la bataille de Hangard-en-Santerre, résistant à l’offensive allemande,

Enfin, sa plus belle action de guerre, l’attaque et la prise de Laffaux, dans le secteur de l’Ailette, du 14 septembre au 1er octobre 1918.

La bataille du moulin de Laffaux en septembre 1918

La reprise du moulin de Laffaux le 14 septembre 1918 d’après le compte-rendu des opérations du 9 au 14 septembre 1918 rédigé par le Capitaine de frégate Martel tiré du « Livre d’Or de la Marine pour la guerre 14/18 ».

« L’ordre n° 69/3 de la Division d’Infanterie prévoyait une attaque sur les positions ennemies depuis la tranchée du Grappin (au Sud-Est du village de Laffaux) jusqu’à la forêt de Pinon.
Pour cette attaque les troupes étaient divisées en 4 groupements :
– 1er groupement : 141 ième Division d’Infanterie,
– 2ème groupement : 3 ième Régiment d’Infanterie,
– 3ème groupement : 2 ième et 3 ième bataillons du 165 ième Régiment d’Infanterie,

– 4ème groupement : bataillon du 165 ième Régiment d’Infanterie et le bataillon de fusiliers marins, sous le commandement du Capitaine de Frégate Martel.

En exécution de ces différents ordres, le groupement qui bivouaquait (1er bataillon du 165 ième à Clamecy et bataillon de fusiliers marins à la Montinette) releva dans la nuit du 9 au 10 septembre le 3 ième R.I. dans la tranchée de départ (grappin) depuis l’ X de Laffaux en contact avec le 165 ième R.I. jusqu’en 90.29 en liaison étroite avec le 169 ième R.I. et dans les positions de soutien en arrière de la tranchée du grappin ».

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Les troupes sont prêtes à l’assaut.

PREPARATIFSL’attaque des fusiliers marins sur Laffaux est fixée à 05h50, le 14 septembre 1918.

Les fusiliers marins, désignés comme troupe d’assaut, dont mon grand-père, Pierre Marie Quintric, sortirent de la tranchée de départ d’un seul élan à l’heure exacte et collèrent au barrage roulant, bouleversant tout sur leur passage ; renvoyant à l’arrière les grenadiers du 3 ième régiment de la 1ère division prussienne d’un seul geste afin, comme l’avaient prescrit leurs capitaines, de ne pas se laisser distraire de leur tâche.

Au court de ce premier assaut, mon grand-père fut blessé à la cuisse. Il se fait soigner et repart au combat.

progression des compagniesA 05H58, huit minutes après, les troupes arrivent au moulin de Laffaux.  A 06 h13 elles sont dans la tranchée du Rouge-Gorge.

debut de l'attaque.jpgA 6h20, les premiers prisonniers envahissent le Poste de Commandement du Régiment d’Infanterie. A partir de ce moment, il en arrivera à chaque instant ; ce sont tous ceux qui sont débusqués des différents nids de mitrailleuses organisés dans les tranchées du Rouge-Gorge, du Môle, du moulin de Laffaux et de Fruty.

tranchées principalesA 7h 45, l’objectif paraît être atteint de la gauche à la droite, mais la résistance au moment de l’arrêt se fait sentir et les troupes supportent des pertes assez sévères surtout à la droite, 3ème compagnie.
Les comptes rendus des capitaines précisent l’action.

A gauche, la 2ème compagnie, sous les ordres du capitaine Valteau, a dépassé de 150 mètres la position pour la purger d’ennemis offensifs qui occupent la lisière du bois de Pinon ; elle les réduit vite et les fait prisonniers : 70 à 80 allemands.

foret de pinonA droite, le terrain à conquérir s’allonge, car la ligne à atteindre est très inclinée sur l’axe de marche ; la 3 ième compagnie (Capitaine Marrast) trouve fortement occupée la tranchée de Fruty; elle perd successivement son lieutenant (enseigne de vaisseau Dubois) et son capitaine ; le troisième officier (officier des équipages Péron) a déjà été blessé; elle reste commandée par un adjudant (premier-maître Potin) qui fait preuve, dans ces circonstances, de sang-froid, de capacités techniques hors de pair et d’aptitude au commandement. Il combat l’ennemi, se met en liaison à droite (169 ième Régiment d’Infanterie) et recherche le contact perdu à gauche. Il réussit à se maintenir dans une position très critique.

Lorsqu’à 8h10, les renseignements me parviennent au Poste de Commandement du Régiment d’Infanterie. Je décide de porter mon Poste de Commandement plus en avant.

poste radio a galèneLe chef de bataillon des fusiliers marins,le lieutenant de vaisseau Anger, m’a informé par radio. Mon plan est de le rejoindre.

Jusqu’à la tranchée du « Grappin », aucune difficulté, mais à partir de ce moment, le bombardement est général et la progression devient compliquée pour une liaison aussi forte.

Sur la route de Maubeuge que nous avons ralliée pour chercher le Poste de Commandement Anger, nous sommes pris à parti par des mitrailleuses qui nous obligent à procéder de trous d’obus en trous d’obus. Nous obliquons suivant l’axe de marche (Nord-Est) sans avoir pu apercevoir le commandant du bataillon.
Chemin faisant, nous rencontrons le premier officier blessé du bataillon, soutenu par un prisonnier : c’est le lieutenant de vaisseau Feuillade qui a la cuisse gauche traversée par une balle de mitrailleuse et qui gagne le P.S (poste de secours). Il a laissé le commandement de sa compagnie à son lieutenant blessé lui-même légèrement (enseigne de vaisseau Péron Paul). Nous nous arrêtons d’abord dans la tranchée de Fruty.

carrieres de FrutyJe me mets à la recherche du capitaine de la 2 ième compagnie, lieutenant de vaisseau Valteau, blessé mais qui a gardé le commandement de sa compagnie et qui se trouve au voisinage. J’espère avoir par lui des renseignements sur l’emplacement des troupes.

Nos recherches sont vaines et dangereuses. Je suis obligé, en compagnie de mon officier adjoint, de faire de fréquents arrêts dans des trous d’obus pour éviter les obus et les balles de mitrailleuses.

Pendant ce temps, le commandant Durand a découvert un abri bétonné vers lequel nous nous dirigeons et que nous atteignons sains et saufs. Il est 10h05.

Cet abri, dont la mitrailleuse est abandonnée au dehors, a dû être nettoyé par les éléments Valteau.

A 13 heures, les premiers renseignements commencent à me parvenir, c’est le commandant Legret du 169 ième Régiment d’Infanterie qui m’annonce qu’à 6h50 il était en liaison à gauche avec la 3 ième compagnie de marins.
A 13h50, le capitaine Valteau passe à mon poste de Commandement et me rend compte de la situation. Il a été dépassé par le 165 ième (1er bataillon), mais celui-ci n’a guère progressé et ne doit pas être à plus de 3 à 400 mètres en avant du Poste de Commandement.

positions acquisesJe rédige un message au colonel Le Bouhelec pour lui rendre compte que la progression est arrêtée et que les troupes sont trop éprouvées pour pouvoir la reprendre.

Puis, ayant constaté que je suis tout à fait à l’avant-garde des positions et qu’une contre-attaque un peu vive bousculerait le commandant et son État-major, je décide de me replier et de regagner Le Poste de Commandement du Régiment d’ Infanterie à la carrière.

En arrivant au Poste de Commandement de la Carrière, après une marche difficile, j’apprends que le bataillon de fusiliers marins doit être relevé sur sa position par le 1er bataillon du 165 ième Régiment d’Infanterie.

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Bilan de la journée pour le groupe d’assaut Martel

Le bataillon d’assaut composé du bataillon de fusiliers marins et d’une compagnie de nettoyeurs du 3 ième Régiment d’Infanterie auxquels était adjointe une section de lance-flammes s’élançant à 05h50 exactement le 14 septembre atteignit son objectif en même temps que le barrage roulant ; il déblaya 120 hectares de terre française occupée par l’ennemi, enlevant sur son passage le Moulin de Laffaux, une défense composée de cinq lignes de tranchées organisées, et occupant les carrières de Fruty en faisant de nombreux prisonniers sur son parcours et en fin de course dégageant une grande quantité de matériel de guerre représentée par des mitrailleuses, des fusils, des munitions et des objets d’équipement auxquels il convient d’ajouter un canon de 77 et un mortier de 77 pris par la 3 ième section de la 3 ième compagnie à l’est, dans la tranchée de Fruty.

positions allemandes de LaffauxLe capitaine de frégate de réserve Martel conclut son rapport par ces lignes:

« Ne visant qu’au but à atteindre, aucun d’eux n’a regardé en arrière ; animés du même désir de vaincre, ils ont bousculé l’ennemi sur une bande de terrain de 600 mètres de large et de 1900 à 2150 mètres de profondeur, et ne sont arrêtés qu’au terme assigné par le commandement. Je ne puis m’empêcher de relater l’expression d’enthousiasme qu’ils tirèrent d’un de leurs capitaines ayant plus de 3 ans de front dans les régiments d’infanterie : « Ils tirent même en marchant ».

« Ils ont soulevé l’admiration des troupes voisines avec lesquelles ils collaboraient.
Sans examiner maintenant en détails les actions d’éclat et les traits d’héroïsme qui se sont manifestés et que j’exposerai plus tard en demandant qu’ils soient récompensés, j’ai le droit d’affirmer hautement que les fusiliers marins ont maintenu la bonne renommée de bravoure qu’ils s’étaient acquise antérieurement dans les annales de la guerre ».

Signé : Martel

Rapport du lieutenant de vaisseau Anger, Commandant le bataillon de fusiliers marins, pour les opérations de la journée du 14 septembre.

« J’extrais du rapport du capitaine Valteau ce qui suit : « Nos hommes attaquant avec beaucoup de mordant, les positions allemandes comprenant 5 lignes successives de tranchées et le Moulin de Laffaux furent enlevées très rapidement. L’ennemi fortement bousculé ne se défendit que faiblement 50 minutes après l’attaque. L’objectif final de la compagnie, la tranchée de Fruty était atteint ».
« Dès notre arrivée à cet objectif, nous dépassions ce dernier pour attaquer un groupe ennemi d’environ 100 hommes qui, de la partie du bois placée au nord de la tranchée de Fruty, nous mitraillait avec vigueur. Après 3 bonds de 50 mètres et une charge à la baïonnette, la partie du bois était à nous ainsi que 70 prisonniers. Le bois purgé d’ennemis, nous reprenions en bon ordre nos emplacements d’arrivée dans la tranchée de Fruty, en liaison gauche avec le 165 ième R.I. et à droite avec des éléments de la 1ère compagnie. »
« La 3 ième compagnie a rencontré de la résistance dans le bois du Moulin et le bois de Fruty ».
« La 1ère compagnie, en soutien de bataillon, avec un peloton équipé de lance-flammes était spécialement chargée de dégager les carrières de Fruty. Cette opération terminée, la compagnie s’établissait dans des trous d’obus ».
« La section de réserve, a dû appuyer la gauche de la 2  ième compagnie pour battre l’ennemi en retraite dans la direction du Mont de Laffaux ».
« Une des pièces a été mise en batterie à l’entrée d’un abri où se trouvait un fort détachement de 150 à 200 hommes qui ont été faits prisonniers ».

Il conclut par ces mots :
« En cette journée du 14 septembre 1918, le bataillon de fusiliers marins, sortant des tranchées avec une bravoure et une coordination remarquables, a donné l’exemple de l’obéissance stricte et efficace aux ordres reçus. Il a conquis le Moulin de Laffaux où l’ennemi avait placé des troupes d’élite, mettant un point d’honneur à garder ce sommet historique, tête du Chemin des Dames. »
Signé : Anger

Liste des pertes pour la seule journée du 14 septembre 1918

Officiers:

– 3 tués : Lieutenant de vaisseau Marrast, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Dubois, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Le Breton,

– 6 blessés : Lieutenant de vaisseau Feuillade, Lieutenant de vaisseau Ladonne, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Jeannin, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Renon, Officier des Équipages de 2 ième classe Russef, Officier des Équipages de 2 ième classe Péron Gilles,

– 2 blessés non évacués : Lieutenant de vaisseau Valteau, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Péron Paul.

Officiers-mariniers et marins:

– 36 tués ,

– 14 disparus,

– 142 blessés évacués,

– 12 blessés non évacués,  dont Pierre Marie Quintric, mon grand-père.

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Le 24 septembre, comme un bout de la tranchée de Fruty est encore occupé par l’ennemi, une section de la compagnie, sous les ordres de l’enseigne de vaisseau Le Grand, décide un coup de main pour s’en emparer. On se battit avec acharnement à la grenade pour avoir ce bout de tranchée qu’on occupa définitivement. Trois fois les Allemands contre-attaquèrent et furent repoussés, une quatrième contre-attaque très forte parvint à chasser les marins qui n’avaient plus de munitions, ayant même usé toutes les grenades allemandes qu’ils trouvèrent sous la main. L’enseigne de vaisseau le Grand fut tué.

citation de PetainLe 28 septembre, les allemands décrochent, poursuivis jusqu’à quelques centaines de mètres de l’Ailette.

Le 29 septembre, la 1ère compagnie tenta le passage du canal sans être sérieusement soutenue à droite, mais dut y renoncer devant une contre-attaque puissante déclenchée par l’ennemi, au cours de laquelle l’enseigne de vaisseau de 1ère classe Péron, commandant la 1ère compagnie et l’officier de 2 ième classe des Équipages Abaziou, commandant la compagnie de mitrailleuses, furent tués en même temps qu’un grand nombre de leurs hommes.

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 CITATION A L’ORDRE DU BATAILLON

Il fut décoré de la croix du combattant et obtint une citation à l’ordre du bataillon signé du Capitaine de Frégate Martel, Commandant le bataillon.

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les marins du bataillon recevant leurs décorations

Les pertes considérables du bataillon. Le bataillon de fusiliers-marins perdit près de la moitié de son effectif (430 tués et blessés), les trois quarts de ses officiers (18). Il faut souligner que les officiers du bataillon chargeaient à la tête de leurs troupes pour montrer l’exemple, ce qui était plutôt rare à l’époque.

La FauxLe bataillon après avoir été relevé par le 165 ième régiment d’infanterie, quitte les tranchées du grappin, les carrières de Fruty, le devoir accompli. Ils laissent derrière eux le moulin et le village de Laffaux en ruine, comme en témoigne les photos ci dessous.route vers le moulin

RESTES DE L'EGLISELe 1er octobre, le bataillon des fusiliers marins est envoyé au repos.

Le 8 novembre, le général Deville, commandant le 16 ième Corps d’Armée organisa à Vervins une entrée solennelle des fusiliers marins et du 165 ième régiment d’infanterie.

Le 11 novembre, jour de l’armistice, le bataillon était à Tenailles.

Le 8 décembre, à l’entrée triomphale des troupes françaises à Metz, le bataillon était représenté par un détachement de 100 hommes servant de garde à son drapeau.

Ordre n° 87 en date du 17 février 1919 du Général Barthélemy, Commandant la 29ème Division d’Infanterie
« La 29ème division perd son bataillon de Fusiliers Marins. Trois ans de souffrances communes, de dangers partagés, de glorieux combats menés côte à côte, ont créé entre le bataillon et les autres unités de la Division des sentiments d’inaltérable estime et de profonde sympathie. Son départ sera vivement regretté par tous ».
En saluant une dernière fois le drapeau du Bataillon, le Général commandant la 29ème division tient à rendre hommage à l’esprit d’absolu dévouement, d’abnégation et d’héroïsme dont les officiers et marins ont toujours fait preuve au cours de cette longue campagne.
« Dixmude, Nieuport, Poesele, le Saint-Jansbeck, Hangard, le Moulin de Laffaux en marqueront, pour les Fusiliers Marins, les étapes glorieuses ».

Signé : Général Barthélemy

Les marins rescapés montraient fièrement leur « bâchi » au pompon rouge en exhibant les casques à pointe pris aux allemands.

bachi

Je me souviens que mon grand-père avait beaucoup de déférence envers l’Amiral Ronarc’h, le capitaine de Frégate Martel ainsi que les autres officiers de la brigade et du bataillon qui se battaient au milieu d’eux, simples marins pêcheurs, appelés mobilisés devenus de féroces combattants.

petainLe bataillon rentra à Lorient le 14 février 1919 sous les acclamations de toute la population, puis fut disloqué, ne conservant qu’une seule compa­gnie. C’est sans doute celle-là qui participa aux fêtes de la Victoire les 13 et 14 juillet 1919 et défila sous l’Arc de Triomphe.

Retour du bataillon à Lorient

lorient

De retour à Lesconil mon grand-père se maria en tenue de fusilier marin avec Anne Marie Charlot le 20 janvier 1919.

Image6On peut remarquer qu’à cette époque, la coiffe bigoudenne n’avait pas encore la hauteur de celles des années 1950/1960.

Mon grand-père, après une dernière affectation à l’ École Navale  fut démobilisé le 2 septembre 1919.

Pierre-Marie Quintric, un appelé de la « classe 13 »
Du 2 aout 1914 au 2 septembre 1919, il a passé 5 années et 1 mois sous les drapeaux.
Cinq années en campagne de Guerre, dont 25 mois dans les combats de la Somme et du chemin des Dames, ce qui est absolument inimaginable et démentiel.

Au retour à la vie civile, avec son frère, ils firent construire à Lesconil un misainier pour la pêche aux crustacés entre l’archipel des Glénan et la pointe de Penmarc’h.

carte de combattantMaquette du misainier « le Laffaux » de Lesconil

laffaux (2)Ils avaient tellement souffert durant la guerre dans le bataillon des fusiliers marins qu’il était logique et normal de nommer leur bateau « LAFFAUX » en souvenir de cette mémorable bataille.

C’était surtout pour perpétuer la mémoire de leurs camarades qui avaient péris autour de ce moulin. Tous les deux, ils s’en étaient sorti sans trop de dommage, un vrai miracle au vu du grand nombre de tués et de blessés du bataillon.

laffauxLe Laffaux immatriculé dans un premier temps à Quimper navigua pendant près de trente années de janvier 1920 à septembre 1949.

PM Quintric

Les misainiers de Lesconil

les bateaux de lesconil

Louis Aragon

Aragon

listes des morts du bataillon septembre 1918La plupart de ces fusiliers marins étaient d’origine bretonne, marins des différentes marines (Nationale, Marchande et Pêche).

monument

Le « Menhir » de Laffaux

monument des fusiliers marins de LaffauxChant de marche des fusiliers-marins

chant des fusiliers marins Chaque année une cérémonie de commémoration du combat des fusiliers marins a lieu devant le « menhir » érigé à la mémoire  des fusiliers marins

ceremonie laffaux2Le village de Laffaux fut décoré de la croix de guerre et citée au journal officiel 28 octobre 1921. La commune de Laffaux est prise par les Allemands, le 1er septembre 1914 et pendant 4 ans sera le théâtre sanglant de rudes combats, d’où sa destruction totale.
Différents régiments ont combattu à Laffaux donnant un bel exemple d’inébranlable confiance dans la victoire. Deux monuments furent érigés sur la commune de Laffaux :
– Celui des « Crapouillots » en l’honneur des artilleurs de l’armée de terre ( le crapouillot était le nom donné au mortier car la trajectoire de sa munition ressemblait à celle d’un saut de crapaud).
– Celui des fusiliers marins élevé en 1938 dédié aux marins du bataillon

monuments laffaux

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Marie Quintric

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Capitaine de Frégate (H)

Jean Claude QUIDEAU

 

 

 

 

 

 

 

 

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Quand un Homard en pince pour une Miss

MISS HOMARD

A la mémoire de ma bigoudène de mère, Odette Anne-Marie Quideau – Quintric

La bigoudène Odette Quideau-Quintric

A LESCONIL DANS LE PAYS BIGOUDEN, L’HISTOIRE PEU BANALE

DU « COMITÉ DU HOMARD »

Avant propos

Comme toutes les histoires elle commence  par :

il était une fois !..

Dans l’extrême ouest de l’hexagone, la , ou la « terre  finie », le  « Finistère »

Tout au bout de la pointe dénommé, « Beg ar pich » dans le pays bigouden…

Un petit port dynamique spécialisé dans la pêche des langoustines.

L’histoire que je vais vous raconter est celle d’une bande de jeunes copains venant de différents milieux qui avaient gommé  leurs différences pour s’unir et essayer de créer une animation autre que  celle de « louvoyer » entre les nombreux bars du petit port de Lesconil.

Cette petite histoire est émaillée d’anecdotes et de photos anciennes et récentes.

Cette histoire, sans pointe de nostalgie, mais avec un zeste d’humour, est émaillée d’anecdotes et de photos anciennes et récentes. Elle rappellera à tous les amis, les bons souvenirs et à d’autres, qui parlent de ce temps là, sans jamais y avoir participé, de connaitre enfin, la vraie histoire du « Comité du homard« .

Le contexte

Il est vrai que dans les années soixante, les « week end » dans le premier port de pêche de langoustines fraiches de France n’étaient pas des plus réjouissants pour les jeunes, qu’ils soient marins,  apprentis ou étudiants.

Un gabian en terrasse. « Gouelini rous »

Un « Gabian » est venu se poser sur le panneau de la « Descente du Marin » pour voir le menu et attendre son plat préféré.

le gabian est l’appellation donnée aux « leucophées » ( goélands).

Le gabian est une sorte de goéland argenté « larus Michahellis » ou plutôt un goéland pontique « Larus Cachinnans » plus petit que le goéland des côtes Bretonnes.

Mes amis des années sixties, José et Jean-Luc

josé_jean luc_moi

Devant le port de Lesconil, rempli de malamoks, dans les années 1960.

port-de-lesconil-den-1965

Les seuls divertissements de limitaient pour la jeunesse à  bal ou « balle » :

–         Le bal du samedi soir, mais uniquement dans les communes voisines et à ceux qui possédaient un moyen de locomotion.

–         Le football le dimanche après-midi

Certains se reconnaitrons certainement sur cette photo de l’équipe cadet/junior de l’ A.S.P.L. des années 1960.

Equipe junior de l'ASPL

Malheur à ceux qui n’aimaient ni l’un ni l’autre, la solitude de la maison, la lecture les études  étaient leur seul crédo. La météo, en ces journées d’hivers n’était pas non plus propice aux promenades sur les dunes le long de la mer.

Les plus âgés pratiquaient la « galoche » sur le parking du stade à « Pont Plat ».

Contrairement à ce que l’on peut penser, la galoche n’est pas une paire de vieilles chaussures en cuir avec une semelle cloutée.

galoche22

Ce n’est pas non plus le restaurant pizzeria à Beaulieu en Haute Loire

galohe pizzeria de beaulieu

Ni un Beaujolais « appellation contrôlée »

galoche beaujolais

Ni même l’histoire d’un chien de Yvon Brochu

galoche histoire de chien

Encore moins du folk traditionnel français

galoche folk

il y a encore la « galoche » que tous les jeunes pratiquent avec leurs copines, mais ce n’est pas encore la galoche dont il est question dans ce récit.

La galoche est tout simplement un jeu traditionnel de la Bretagne.

La galoche est mentionné pour la première en Bretagne en 1388.

Les archives de la cathédrale de Quimper font allusion au jeu de « galoche » sur la place de la cathédrale. Le jeu en question était le « jeu de bouchon », largement répandu alors en Bretagne et ailleurs. Ce jeu consistait à renverser à l’aide de pierres plates ou de galets un morceau de bois cylindrique placé sur un sol uni et sur lequel on plaçait divers enjeux.

Un dessin, publié en 1835, fournit une description assez précise du jeu de galoche pratiqué dans les campagnes « cornouaillaises » au début du 19éme siècle.

Dessin réalisé par Olivier Perrin, né à Rostrenen en 1761, décédé à Quimper en 1832.

Le jeu de galoche est exclusivement réservé aux garçons. Ce jeu consiste à placer debout sur un sol uni un petit morceau de bois de forme cylindrique, d’environ deux pouces de hauteur, qu’on appelle galoche, et dont le sommet se couronne d’une pièce de monnaie. On règle le rang des joueurs et chacun, muni de deux palets, jette un de ses palets aussi près que possible de la galoche, et essaie, en lançant le second immédiatement après, de la culbuter de façon que l’un des deux palets se trouve plus rapproché de la monnaie renversée que la galoche elle-même.

La galoche bigoudène

Depuis 1984, il existe dans le pays bigouden un championnat organisé en quatre divisions de D1 à D4. Chaque division comprend 8 équipes de clubs.

Il y a au total 14  clubs avec plus de 600 licenciés.

Le championnat se joue en matchs aller-retour sur les « galochodromes » du pays bigouden.

Les règles du  jeu

Le jeu nécessite une galoche, trois palets et une pièce de monnaie :

  • La galoche, appelée « ar kaloj » ou « ar kalochenn » est un petit cylindre de bois, de 11,5 cm de haut pour 3,5 cm de diamètre.
  • Les palets, appelés « ar peiou », sont en fer, et d’un poids de 850 grammes à 1,100 kilo environ, d’une épaisseur de 15 mm et d’un diamètre de 11,5 cm. Ils sont ronds et biseautés, pour mieux accrocher au sol lors du lancer en piqué. Ces palets sont en général artisanaux, et peuvent s’user au cours du temps.

La pièce de monnaie, appelée « ar lipar », est destinée à être posée au sommet de la galoche. Elle doit donc avoir à peu près le même diamètre.

Le jeu se pratique en général par équipe de deux.

Les joueurs sont situés à 9 pas de la cible.

Le but du jeu consiste à faire tomber la galoche et de placer son palet le plus près possible du « lipar ».

Dans le pays bigouden, on ne plaisante pas avec la galoche.

galoche-bigoudene

Le championnat

Le dernier match 2017 opposait l’équipe de Peumerit à celle des locaux de Plobannalec-Lesconil pour la première place de championnat de D1. Après des parties acharnées, les locaux l’emportent sur le « galochodrome » de Pont-Plat et gardent de justesse leur suprématie.

Claude Leroux

Lesconil, un port en hiver

Durant tout le week-end, les chalutiers tiraient sur leurs amarrages. Les drisses cliquetaient contre les mâts tandis que les chaluts qui séchaient se balançaient au gré d’un roulis lancinant. Les coques de bois grinçaient en se touchant, car les bateaux étaient amarrés les uns aux autres sur quatre ou cinq rangées.Malamok « kezako »?

malamok

Comme on peut le voir sur la photo, il y avait à Lesconil un chalutier qui portait ce nom  de « Malamok »

Les marins, se gratteront certainement le crâne sous la casquette, avec un air bien embarrassé, si vous leur posez de but en blanc la question suivante:

« D’où vient donc ce nom « malamok » ?

Ce nom par lequel ils désignaient eux-mêmes, en breton comme en français, le bateau de pêche qui leur était familier. Ils l’ignoraient pour la plupart et ignorent peut-être encore l’origine de ce nom malamok !

En 1763, les marins allemands donnaient le nom de « mallemucke » à un oiseau marin du Spitzberg qui semble être le Pétrel. On appelle « mallemuwk », « mallemucke » ou « mallemowk » cet oiseau des mers du nord, dans les différents patois de la langue allemande, suivant que l’on se trouve dans le sud du Danemark, ou dans le nord des Pays-Bas.

Ce nom signifie en dialecte néerlandais ou allemand: « mouette folle ». Les Anglo-saxons le surnommèrent plus tard: « molly hawk » (rapace dingue) car, selon eux, cet oiseau vorace et stupide n’hésitait pas à se poser sur les ponts pour y dérober sa pitance. Ses ailes d’oiseau océanique l’empêchant de repartir, il fallait le remettre à l’eau à coups de bottes dans les plumes.

Chez nos marins, les appellations étrangères se sont vite transformées en malamok. Ce nom très peu utilisé en français le sera davantage dans la langue bretonne.

Photo Philippe Malepertu

Beaucoup  de « malamoks » avaient pour nom de baptême de jolis noms d’oiseaux de fleurs ou de prénoms féminins.

Voici quelques exemples de noms de malamoks qui restent gravés dans ma mémoire :

Une « Hirondelle »  désemparée tournoyait au dessus du port.

Un petit « Serin » jaune avec son liseret rouge  essayait de se cacher entre les malamoks

serinTandis que  «le Phénix» déployait ses chaluts en forme d’ailes.Le « Mimosa » embaumait l’air de ses effluves enivrantes qui  se mélangeaient aux senteurs marines de la « Fleur de l’océan ».

On pouvait voir le « Cygne » tout de blanc vêtu lissant son plumage immaculé devant  la « Mouette »  rieuse posée sur l’arrière d’un chalutier.

La « Colombe » dormant  sur une bouée tandis qu’un léger ressac faisait se courber le « Réséda » tout de vert vêtu aux fragiles pétales blanches.

Photo Philippe Malepertu

la « Fleur de Lys » faisait admirer sa blanche beauté royale à un « Oxalis » déployant ses cinq pétales.

Dans l’arrière port la petite « Fleur d’Ajonc » laissait  admirer ses pétales jaunes à une « Étoile de mer » tapie sur un fond de sable.

« l’Alcyon » au bec pointu se frottait à une  « Andalouse » qui dansait sur de un air de flamenco.

Le « Pélican » blanc  plongeant dans le port essayant d’attraper un « Exocet »  s’enfuyant à tire d’ailes.

lesco pelican

pelican papillon des mers

Le fragile « Papillon des mers » était blotti contre une « Amazone » qui fièrement pointait sa proue face au large.

Le papillon des mers pour les béotiens, n’est pas un lépidoptère que l’on peut voir dans nos jardins dès que vient les beaux jours, mais un petit mollusque marin sans coquille, translucide, d’environ 2,5 cm de long, qui possède sur les côtés du corps deux nageoires qu’il utilise pour se déplacer.

Le papillon des mers ne possède ni coquille ni branchie. Son corps transparent laisse apercevoir ses organes, sa tête portant trois paires de tentacules que l’animal déploie pour capturer ses proies.

Une « Mousmé » se trémoussait langoureusement devant un  « Yannick » subjugué qui avait délaissé la Brigitte « Brigitte Yannick ».

 « Mousmé » est une retranscription du mot japonais « musume », qui signifie « fille » au sens de la filiation.

En français du début du XXe siècle, ce terme désigne plutôt une fille facile

C’est Louis Marie Julien Viaud qui introduisit ce mot en France. C’est un mot qui signifie jeune fille ou très jeune femme. C’est un des plus jolis mots de la langue nippone.

Qui est ce pierre Marie Julien Viaud ?

Pierre Loti, bien sur.

Il cite en parlant de la Mousmé:

« Il semble qu’il y ait, dans ce mot, de la moue (de la petite moue gentille et drôle comme elles en font) et surtout de la frimousse (de la frimousse chiffonnée comme est la leur). Je l’emploierai souvent, n’en connaissant aucun en français qui le vaille ».

Pierre Loti la décrit de la façon suivante:

« Quant à la mousmé, je la retrouve toujours la même, avec son beau chignon d’ébène vernie, sa ceinture à grandes coques, sa révérence et ses petits yeux si bridés qu’ils ne s’ouvrent plus »

Pierre Loti à droite et Madame Chrysanthème

Un des romans de Pierre « MATELOT »

loti matelotVoici quelques autres noms de malamoks qui ont eux aussi disparus depuis les années 1960. Certains tragiquement corps et biens peu de temps avant.

Le « Korrigan » dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22  janvier 1950 et le « Lilas Blanc » le vendredi 29 novembre 1954. Il essayaient tous deux de rallier les ports de Loctudy et de Lesconil pour y débarquer leur pêche.

Le « lilas blanc » a sombré au sud de « Karreg Kreiz » avec ses quatre membres d’équipage pendant la mémorable tempête de novembre qui a causé la disparition de soixante trois marins du sud Finistère.

Le « korrigan » a sombré sur la roche du « Men Du » en face de Larvor entrainant la noyade des six membres d’équipage.

Le « Bleuet de France » faisait également part de la flottille des chalutiers de Lesconil.

Il y en a certainement d’autres noms que j’ai oublié mais que je ne manquerai pas de mentionner plus tard.

Il faut reconnaitre, qu’à cette époque, avec tous ces noms de fleurs donnés aux chalutiers, le port de Lesconil était comme un véritable jardin fleuri, ou des oiseaux de toutes les espèces venaient s’y poser.LA NAISSANCE DU COMITÉ DU HOMARD DE LESCONIL

Le samedi , mon ami François le Bec dit « Fanchik », Chef Cuisinier, et fils des propriétaires du grand « Hôtel des Dunes » s’occupait de la préparation du pot au feu qu’il mettait de bon matin à mijoter sur son piano, car c’était vraiment une grande symphonie des saveurs qu’il nous préparait.

En fin de journée, il se rendait sur le port prévenir ses invités :« que le repas était en préparation».

Dans la soirée, nous nous retrouvions avec d’autres amis devant  quelques verres de l’amitié et nous nous délections le délicieux « pot au feu mitonné » par notre « Chef » en attendant l’heure du départ vers le bal du samedi soir.

Nous regrettions tous qu’il n’y ait jamais de bal à Lesconil. Il fallait toujours se déplacer parfois assez loin pour rallier les salles de bal des environs.

Il y avait entre autres , le « Bataclan » à Léchiagat, le « Sydney » au Guilvinec. Ces deux établissements étaient dirigés par Jacques Péron dit Jacky.

La « Caravelle » à Plomeur/Pendreff,démoli il y a de cela quelques années pour faire place à un super-marché discount.

Les « Anémones » à Penmarc’h, « Stan Ar Bakol  » à Tréméoc.

Parfois il fallait même sortir des frontières du pays bigouden et s’aventurer en « Terra Nova » jusqu’à Audierne.

Pour le conducteur, c’était une véritable corvée, la plus part du temps sous la pluie et dans le vent sur des routes dangereuses et glissantes.

Parfois les périples nous menaient encore plus loin, sur l’autre rive de l’Odet ou à l’opposé du côté de Douarnenez , chez nos amis appelés les « Pen Sardin » (têtes de sardines) du fait que les marins de Douarnenez étaient spécialisés dans la pêche de la sardine contrairement à ceux de Lesconil qui pêchaient principalement la langoustine au chalut.

L’idée a germée dans nos esprits , pourquoi pas organiser aussi des bals à Lesconil, dans la salle des fêtes qui était sous employée.

Au fil de la soirée,  le projet s’est affiné  et l’idée de fonder une Association était ce qu’il y avait de mieux à faire.

Pour donner du piment et attirer les jeunes à Lesconil, ce qui n’était pas évident, il fallait les appâter par une animation pas courante en bigoudennie excepté pour les différentes Reines du folklore local , de « Cornouailles », « Filet bleu » etc…

Nous élirons une pour la première fois une « Miss ».

Oui une Miss,  c’était une idée géniale, mais Miss qui ? ou quoi ?…

Nous sommes partis à la pêche du nom à donner à la Miss.

Ce fut une grosse partie de rigolade dans le plus grand délire des noms proposés. Lesconil étant un port de pêche , il tombait sous le sens que ce fut un nom relatif aux produits de la mer.

La recherche commença par tous les noms de poissons:

Sole,  plie, flétan turbot et autres poissons plats furent vite  écartés car une « Miss Limande » manquait de rondeurs et une « Miss Barbue », un peu trop poilue… au menton.

« Miss Barbue », aurait fait mauvais genre à l’époque. De nos jours une chanteuse barbue qui gagne le grand prix de l’Eurovision de la chanson cela n’a pas l’air de  trop choquer.

Les « pleuronectiformes heterosomata » furent donc vite éliminés.

« Baudroie » ou « Lotte » ne convenait pas non plus. Même si la chair est excellente surtout préparée à l’armoricaine, la tête est bien trop vilaine pour celle d’une « Miss ».

« Miss Daurade », sonnait bien, c’était un poisson noble, mais un peu trop dodue.

« Miss Sardine », un peu trop petite, même si en Méditerranée elle a bouchée le port de Marseille.

« Miss Roussette » trop longue et trop tachetée.

  « Miss Bar » on aurait pu confondre et avoir des problèmes avec nos amis « tenanciers des estaminets » des environs.

Quand à une « Miss Thon » beaucoup trop négatif pour désigner une « Miss » car être comparée à un thon n’est pas des plus avenant.

« Miss Perche » un peu trop grande. « Miss Rascasse », trop piquante.

« Miss Morue », « Miss Truite » ou encore « Miss tacaud »,  beaucoup trop péjoratif pour une l’appellation  d’une belle fille.

« Miss vieille » incompatible pour une élection d’une demoiselle, même si certaines espèces de vieilles sont appelées demoiselles.

En ce qui concerne les autres noms de poissons comme  mulet, merlan, merlu, colinot, merluchon, friture, rouget, grondin, congre, requinmaquereau  ou chinchard on y pensera peut être pour l’élection d’un « « Mister »que nous avions envisagé pour la suite à donner à notre comité.

« Un mister Requin Mulet ou Merlan » ça pouvait encore être acceptable,  mais un mister « Maquereau » on retombait dans la concurrence avec un  tenancier, plus de bar, cette fois ci, mais d’un tout autre type d’établissement.

Après avoir passé en revue tous les noms de poissons locaux, nous voila dans les gastéropodes et lamellibranches.

Bernique, patelle, bigorneau, ormeau coque et praire furent éliminés.

Une « Miss Coque » serait un peu trop fermée tandis qu’un « Miss huitre » un peu trop ouverte.

« Une Miss moule » c’est beaucoup trop péjoratif  pour le nom d’une miss, quelle soit crue ou cuite.

Une parenthèse en ce qui concerne la moule.

Savez vous qui a inventé la mytiliculture ?

C’est un marin Irlandais, Patrick Walton.

 Il fait a fait naufrage en 1235 et gagne la côte à la nage. Dans le but d’attraper quelques oiseaux sauvages pour se nourrir, il plante dans l’eau des pieux, reliés par des branchages. Ce furent des moules qui se fixèrent sur les branches.

Bouchot :  »Bout choat » en gaélique signifie « bouts de bois ».

La Mytiliculture était née !

« Une mise palourde » trop légère mais délicieuse tout de même, crue ou farcie au beurre d’escargot.

Nous voila donc condamné à trouver un nom dans la branche des « arthropa crustacea ».

Tourteau, crevette, langouste  et araignée furent éliminés.

« Miss Araignée » trop piégeuse avec sa toile, un peu poilue lorsqu’il s’agit d’une « toulourou ».

« Miss Cigale » ( de mer) , le nom sonnait bien, chantait bien,  sentait bon le thym et le romarin, mais  il représentait plus le « Sud » et les mers chaudes que le pays bigouden.

« Miss langouste » très belle,mais avec de  trop longues antennes…

Pourquoi pas alors: « Miss langoustine »

« Miss langoustine » oui, ce nom était celui qui représentait le mieux Lesconil.

Malgré toutes ses qualités gustatives, il fut écarté au détriment d’un crustacé encore plus noble que notre Chef cuisinait à merveille dans son restaurant : le homard, mais le vrai, le seul, le meilleur, le breton, le bigouden.

homard22

Ce fut donc « Miss Homard » qui fut retenu pour le nom de la reine de notre futur bal.

Comme vous pouvez vous en rendre compte, je vous ai cité pratiquement tous les produits de la mer que vous pouvez trouver à Lesconil. Si vous savez les préparer vous ne pouvez que vous régaler.

 Étant tombé d’accord sur le nom de la miss, tout naturellement l’Association intitulée : « Comité du Homard de Lesconil » (C.H.L.).

L’idée s’est vite affinée, peu de temps après, d’autre copains ont adhéré.

le comité s’est étoffé avec un Président, un Vice-Président, un Secrétaire, un Trésorier et des membres du bureau.

Le comité du homard inscrit à la préfecture du Finistère à pu se lancer dans l’organisation de son bal avec élection de Miss Homard.

Des affiches furent éditées et diffusées dans toutes la bigoudennie. On en a mis partout.

Le premier bal du « Comité du Homard »

Jamais nous n’aurions imaginé un tel succès.

Une salle des fêtes bondée dans une ambiance indescriptible.

L’élection de la première « Miss Homard » eu lieu tant bien que mal dans un brouhaha proche de l’hystérie. La « Miss » sans être cuite était rouge de plaisir et les nombreux participants à l’élection en « pincèrent » pour sa coiffe et sa prestance de Miss.

miss homard 1968

Une des recettes du « Homard » bigouden avec un grand  » H !  »

Tout le secret de la recette réside dans le choix des « Homards »:

–         « l’ Homard » ricain,  trop gros,

–         « l’ Homard » russe,  trop froid,

–         « l’ Homard » africain,  trop bronzé,

–         « l’ Homard » asiatique,  trop bridé,

–         « l’ Homard » arabe,  trop typé,

Et pour finir  » l’ Homard Charif « ,  trop acteur.

Préférez un « Homard » Celte ou breton  d’environ 450 grammes

Dans les « Homards» bretons, il existe différents variétés:

–         Le « Galos » des côtes d’Armor,  très rapides,

–        Le « Morbihanais », en général trop petits (Bihan),

–         Le « Bigouden » reconnaissable à sa coiffe,

On reconnait l’âge du « Homard bigouden » à la hauteur de sa coiffe.

Petite au départ, elle faisait en général 33 cm dans les années soixante. Heureusement qu’elle avait arrêté de grandir au gré du temps, sinon elle aurait pu atteindre des tailles irraisonnées. IL y avait quand même, chez les bigoudennes,  une volonté, un défi  de faire mieux que la voisine:

  • toujours plus beau,
  • toujours plus haut.

Toute en dentelle blanche, la coiffe était amidonnée pour rester bien dressée et ne pas pencher au moindre coup de vent. Lors des « rares temps de pluie », il fallait l’affubler d’un préservatif XXL pour éviter qu’elle ne s’écroule.

Une des recettes du  « Homard bigouden »

Dans un récipient, mettre de l’eau avec un peu de sel du poivre, un bouquet garni (Laurier, thym,romarin)

PHASE 1

Plonger le « homard » vivant dans l’eau bouillante.

Mettre un couvercle pour éviter que le homard ne sorte la pince pour éteindre le gaz…..

Quand le « homard hi bou », sortez le et laisser le égoutter et refroidir.

PHASE 2

Couper chaque « homard » en deux parties égales ;

Évider la tête ;

Pré casser les grosses pinces.

PHASE 3

Préparer la sauce en faisant revenir dans du beurre et de l’oignon ;

Et des échalotes émincés environ 5/10 minutes.


Rajouter l’ail coupé en morceaux, les carottes râpées ;

Les tomates pelées avec le jus et le concentré de tomate.

Rajouter du vin blanc et assaisonner. Laisser mijoter 30 minutes.

PHASE 4

Accompagnement du « Homard Bigouden »

Faire cuire sur feu moyen les « homards » dans du beurre,

Assaisonner (sel, poivre) puis flamber au Cognac.

Au bout des 30 min, passer la sauce au moulin à légumes,

Laisser à nouveau mijoter doucement 10 min.

Homard 1er de « Langogen » petit fils de « Toutenbreton » à dit:

« Même petit « Homard» est grand et bon ,

qui « l’eut  Crus…..t’…acé»

L’épilogue de l’ histoire

Avec quelques bonnes idées et beaucoup d’amitié on peut faire évoluer les mentalités des bigoudens à rendre jaloux les esprits étriqués.

Pourquoi ne pas recréer entre amis, amoureux de Lesconil,

le « NCHL » ( Nouveau Comité du Homard de Lesconil).

Mais tout ceci n’est qu’un rêve… Homard…Si ?..

Le bigouden n’est pas un individu pingre et renfermé comme certains essayent de le caricaturer.

Il est fier, rebelle généreux et têtu.

Il est souvent désintéressé tout en gardant  un  caractère pudique, parfois renfermé car il a peur de perdre la face « ar fez » ( la honte).

Mon grand-père Pierre Marie Quintric sur son caseyeur « Le Laffaux » devant les rochers des Enizans

Certains n’hésitent pas à risquer leur vie  pour sauver celle des autres.

Mon grand-père faisait parti de ces héros.

 « Le bigouden, en plus du sang , a aussi de l’eau salée qui lui coule dans les veines »

L’abri du canot de sauvetage et les bars  » A la descente du marin  » et le « Quincy » ex « Men ar Groaz »sur le port  de  Lesconil.

Qu’il est agréable de prendre un verre au soleil , avec le port grand ouvert devant vous, aux terrasses de ces deux établissement sympathiques.

Même les goélands apprécient les menus, mais celui-ci semble trouver le service un peu lent…

Jean Claude Quideau

Histoires de crabes: du « crabe soldat » au « crabe tambour »

du crabe soldat au crabe tambour

Dans les années de 1920 à 1960,  le port de Lesconil était réputé pour ses « caseyeurs » qui allaient pêcher les crustacés le long de la côte de l’archipel des « Glénan » aux roches des « Etocs devant Penmarc’h ».

Les frères Quintric: Pierre Marie, mon grand-père et Sébastien, son frère, réparant leurs casiers à crustacés sur le port de Lesconil

Chaque bateau possédait deux ou trois filières de plus de cinquante casiers chacune . Ils ramenaient quotidiennement des centaines de kilos de tourteaux, araignées et bien sur les fameux homards bleus.

HISTOIRE DE « MALACOSTRACÉS »:

Savez vous qu’il existe un très grand nombre de crabes de la famille des « Eupacides » (crabes communs).

Plus de 3500 espèces de crustacea sont recensées sur la planète.

Voici quelques exemples dont certaines fréquentent nos côtes:

– le crabe dormeur,

– le crabe tourteau (cancer pagarus), ci dessus un gros tourteau de plus de trois kilogramme, vieux de plus de dix années

– le crabe cerise (l’étrille)

– le crabe araignée,

En plus des crabes communs de nos côtes, voici quelques curieux spécimen

Les crabes de couleurs:

– le crabe vert,

– le crabe jaune (Crap Melen)

– le crabe bleu, que l’on trouve en Mer Rouge et qui fait penser à l’étrille.

– le crabe noir,

– le crabe rouge des Tuamotu qui est toxique, parfois mortel

Après les couleurs,  les crabes spécialistes:

– le crabe violoniste, dénommé ainsi à cause de l’atrophie de sa pince droite.

 – le crabe soldat,

– le crabe boxeur,

– le crabe fantôme,

– le crabe vampire,

le crabe carnaval,

– le crabe des neiges (opilio) , « l’araignée aux pattes gelées » qui est pêchée dans l’Atlantique ou le Pacifique nord.

– le crabe des cocotiers

– le crabe yeti qui vit dans les grandes profondeurs de l’Antarctique à plus de 2000 m.

Le crabe mandarin

Les crabes aux systèmes pileux développés:

– le crabe velu

– le crabe à barbe

– le crabe mousse

En réalité, le « crabe mousse » est bien la forme juvénile de l’araignée (maja squinado).

Le crabe de haut rang:

– le crabe royal

Il y a également un crabe très spécial, très utile lorsque l’on pratique la pêche à pied en Atlantique, en Manche, en mer du Nord et surtout dans le pays bigouden.

Il s’agit du « Crabe Toiseur » qui sert à mesurer la taille autorisée pour pêcher et cueillir les fruits de la mer.

Attention aux contrevenants l’amende pour la palourde peut être…très lourde.

Même Hergé n’a pas voulu laisser passer le plaisir

de raconter une histoire de crabe dans une de ses BD.

En plus des arthropodes, il existe aussi des crabes de la famille des « homo sapiens  marinus » qui sont des espèces particulières qui sévissent uniquement sur les navires de la Marine Nationale.

« DE CRABE »  à  « CHOUFF »

LES « CARABUS BIPEDUS MARINUS »

Les « Crabes » bipèdes de la Marine Nationale

Le Crabe (quartier-maitre) est l’équivalent de caporal dans les autres armes.

Il est surnommé «Crabe», peut-être à cause des chevrons rouges de son insigne de grade qui rappellent les pinces du crustacé du même nom, et bien sûr de l’influence maritime.

Le Crabe-Chef (Quartier-maitre-chef) est l’équivalent de Caporal-Chef dans les autres armes.

C’est le plus haut grade des « hommes du rang ». Il est surnommé: « Chouff » sans doute parce que c’est lui qui surveille  le travail effectué par les « crabes » et des « matafs » (matelots). Chouff qui vient de l’arabe qui signifie: regarde, surveille.

L’un de ces « crabes » est devenu célèbre grâce au correspondant de guerre, écrivain et cinéaste: Pierre Schoendoerffer.

LE « CRABE TAMBOUR »

Le  « Crabe-Tambour » est adapté du roman que Pierre Schoendorffer avait écrit en 1976, publié chez Grasset.

C’est une  histoire de soldats et de marins pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie.

Les origines de l’histoire

L’histoire est issue d’un malentendu entre hommes, militaires et marins. Une parole donnée mais non tenue qui perdure bien après la fin des guerres d ‘Indochine et d’Algérie.

Pierre Schoendorffer fut témoin et cinéaste durant la guerre du Viet- Nam

(Photo E.C.P.A.)

Le film a été tourné totalement en extérieurs dans des décors exotiques, en Indochine pour les scènes sur le fleuve avec la jonque chinoise ou dans le désert de Somalie, mais aussi dans le froid et la neige de Saint Pierre et Miquelon mais surtout sur l’Escorteur d’Escadre Jaureguiberry de type 53. Le navire fut détaché pour effectuer la surveillance des pêches sur les Grands Bancs de Terre Neuve.

La mer, les tempêtes, le vent du large et les embruns glacés entre pour la première fois dans les salles de cinéma. Les spectateurs en ressortent trempés,vacillant par tant de roulis et de tangage et  surtout « malades » ….d’émotion.

Toutes les images sont à couper le souffle, pour cette performance Raoul Coutard a obtenu en 1978 le César du meilleur Chef Opérateur.

Le film est sorti dans les salles de cinéma  en 1977

Jacques Perrin dans le rôle du « crabe tambour »

Pourquoi ce sobriquet de « crabe tambour » ? pourquoi pas le « chat noir « ?..

Pierre Schœndœrffer s’en explique : « J’ai dédié mon roman à mon fils cadet, Ludovic, parce qu’enfant, il avait un petit ventre rond sur lequel il tambourinait, et comme il marchait à quatre pattes et de travers, je l’appelais le crabe. D’où le Crabe-Tambour… »

Le film est inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume.

Marin et soldat d’exception, il est né le 11 août 1925 à Saint-Servan.

Élève de l’École navale en 1945, il débutât sa carrière  sur le croiseur « Duquesne », puis sur « le Commandant de Pimodan » de Saïgon à Shangaï en 1948.

Il est ensuite affecté sur les sous-marins de Lorient en 1952, puis sur les vedettes côtières de Cherbourg en 1957.

C’est aussi un combattant d’élite qui mène une guerre de courses dans le delta du Mékong et du Fleuve Rouge en (1945 ; 1948-1950 ; 1953-1955), contre le Wiet-Minh en Cochinchine.

Après les accords de Genève, en 1954, il termine la guerre avec le grade de lieutenant de vaisseau.

Désobéissant au haut commandement, il sauve alors, en embarquant dans les navires sous ses ordres, 1600 Vietnamiens catholiques voulant fuir le communisme.

En 1956, il tente de rejoindre la France seul à bord d’une jonque de 8 mètres, « Le Manohara », mais s’échoue finalement sur les côtes somaliennes, le 13 novembre de la même année. Il est alors recueilli par une tribu locale, assez fascinée par ce prisonnier aux cheveux roux.

Fin 1956, il rentre à Paris et apprend que son frère Jean-Marie Guillaume, officier parachutiste est tombé à la tête de son commando en Algérie. Il demande immédiatement et obtient d’être muté dans l’armée de Terre, afin de succéder à son frère à la tête du commando. Promesse avait été faite que ce commando porterait le nom du premier de ses membres qui serait tué au combat, le commando prend alors le nom de « Guillaume ».

Pierre Guillaume le commande du 14 juillet 1957 au 12 mars 1958.

Le Lieutenant de vaisseau Guillaume à participé au « putsch des généraux » à Alger.

Il était « l’Adjoint Marine »  du général Challe. Pour sa participation, Il fut condamné à 4 années de prison avec sursis. Dépité, il rejoint, avec d’autres officiers,  l’OAS  dirigé par les généraux Jouhaud et Salan.  Arrêté il sera condamné avec tous les protagonistes du putsch à 8 ans de prison dont quatre années à la prison de Tulle avec les autre putschistes:

4 août 1961 :

Les généraux Zeller, Challe, Bigot, Petit et Nicot

Les lieutenants colonels  Lecomte, De la Chapelle et Masselot

Les chefs de bataillons Robin et Denoix de Saint-Marc.

21 mars 1962 :

Le Commandant Forhan

8 septembre 1962 :

Les généraux Faure et Gouraud

7 décembre 1962 :

Les généraux Jouhaud et Salan

3 septembre 1963 :

Le colonel de Sèze

4 mars 1964 :

Le commandant Gamelin

Le lieutenant de vaisseau Guillaume.

Ils sont tous libérés entre 1962 et 1968.  (Pierre Guillaume en 1966).

 

PUTSCHISTES à Tulle

En 1977,  Pierre Guillaume à armé un ancien chalutier « l’Antinéa » mais pas pour pratiquer la pêche à la morue comme dans le film, mais pour débarquer aux Comores avec Bob Dénard.

Entre 1981 et 1987, il se rend en Arabie Saoudite, où il s’occupe des systèmes de défense maritime.

J’ai croisé brièvement sa route en Arabie Saoudite. J’étais à cette époque  (entre 1981 et 1987) détaché par le Ministère de la Défense dans le cadre du programme SAWARI concernant la vente de frégates et l’entraînement des équipages en France puis en Arabie.

A la base de Al jubail, sur la côte du Golfe Persique, en Arabie Saoudite,  Amiral AL Sulaimani  remet une lettre de félicitations au lieutenant de vaisseau Jean Claude Quideau

A la fin de sa vie, Pierre Guillaume vivait à bord de son voilier, l’Agathe, dans le port de Saint-Malo, ou il écrivit ses mémoires.

pierre guillaume

Le lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume est mort le 3 décembre 2002 au terme d’une existence intense et mouvementée.

Il aimait à répéter qu’il n’avait pas « un goût particulier pour le renoncement et le déshonneur ».

George Fleury, un ancien commando d’Algérie a écrit un roman sur la vie mouvementée du Lieutenant de vaisseau Guillaume

on l'appelait le crabe tambour

LE FILM LE « CRABE TAMBOUR »

L’HISTOIRE

Atteint d’un cancer du poumon, un officier de la Marine Nationale se voit confier un dernier commandement, l’escorteur d’escadre Jauréguiberry dont c’est également le dernier voyage avant la réforme. Il est chargé de l’assistance et de la surveillance de la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve.

Le commandant a aussi une quête personnelle, enracinée dans les guerres coloniales françaises, croiser une dernière fois un homme qu’il a connu, durant la guerre du Vietnam qui est devenu capitaine de chalutier.

Sa quête est relayée par les souvenirs du médecin du bord et de l’officier mécanicien, qui évoquent les un lieutenant de vaisseau surnommé « le Crabe-Tambour ». Les souvenirs et les témoignages se succèdent ; ils évoquent cette figure légendaire qui a marqué ceux qui ont connu cet officier.

Le Crabe-Tambour, c’est le titre d’un long-métrage du réalisateur et écrivain Pierre Schœndœrffer, inspiré de l’un de ses romans.

Inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume, le « Crabe-Tambour » fait référence à cet officier toujours accompagné, dans le film, d’un chat noir.

« C’était un de ces capitaines légendaires ! Donc on a fait connaissance, et l’on s’est pris de sympathie. Quand j’ai commencé à écrire mon livre : Le Crabe-Tambour, je me suis dit qu’il y avait dans son histoire quelque chose qui m’intéressait. Ce n’est pas sa vie, ce n’est pas la mienne, c’est autre chose »… précisera lors la sortie du film Pierre Schœndœrffer.

Construit autour du dialogue entre un « pacha » (Jean Rochefort) et le médecin de bord (Claude Rich).

Le film alterne les séquences de mers, et les « flash-back » narrant les tribulations de Willsdorff, dit le « Crabe-tambour » (Jacques Perrin), un ancien de « la Royale » devenu capitaine d’un chalutier.

Un extrait du film « le Crabe Tambour »

A cette narration croisée se mêlent des séquences de vie embarquée, des plans du Jauréguiberry dans le gros temps et des séquences poétiques comme l’inoubliable tirade du chef mécanicien (Jacques Dufilho) racontant un recteur fou en pays Bigouden.

C’est sur ce calvaire de la chapelle de « Notre Dame de la Joie »  sur la commune de Penmarc’h non loin du phare d’Echmuhl qu’à été tourné la scène des jeunes bigoudens ou la farce du calvaire vire au drame.

La scène au bar « la Morue joyeuse » durant laquelle un vieux marin refait la bataille de l’Atlantique avec des verres sur le comptoir de l’établissement tandis qu’un téléviseur diffuse des images de la guerre du Vietnam. Quant à l’influence de ce dernier, considéré comme l’un des auteurs de romans d’aventures du vingtième siècle les plus réputés avec Robert Louis Stevenson, elle est manifeste non seulement dans « Le Crabe-tambour » mais également dans toute l’œuvre de Pierre Schoendorffer.

FICHE TECHNIQUE DU FILM
« Le Crabe-tambour « de Pierre Schœndœrffer.

Avec Jean Rochefort, Jacques Perrin, Claude Rich, Jacques Dufilho & Aurore Clément. Sortie en salle le 9 novembre 1977.

César du meilleur acteur 78 : Jean Rochefort.

César du meilleur acteur dans un second rôle 78 : Jacques Dufilho.

César de la meilleure photographie 78 : Raoul Coutard.

Cliquer sur le lien ci dessous pour voir le film le « crabe-tambour »


« L’honneur d’un Capitaine »,

 « Pêcheur d’Islande » , »L’adieu au roi »

« la 317 ème section »

« Dien Bien Phu »

les autres films de Pierre Schoendorffer

Son dernier film : « La Haut un roi au dessus des nuages »

Pierre Schœndœrffer a réalisé un nouveau film en Bretagne qui sera une sorte de biographie de sa vie qui est un « flash back » des histoires de l’époque coloniale de la Cochinchine et de l’Algérie. Dans ce film tourné dans les environs de Saint Guénolé et Penmarc’h on retrouve des images d’archives des conflits et du film le « crabe tambour ».

C’est l’histoire d’un cinéaste Henri Lanvern (c’est bien de chez nous, Plonéour n’est pas loin et la totalité du nom de la commune est: « Plonéour-Lanvern ») qui quitte le tournage d’un film pour essayer de retrouver un vieil ami de la guerre du Vietnam.

Ce bistrot est totalement imaginaire car il a été monté de toutes pièces pour les besoins du film dans l’abri du canot de sauvetage de Saint Guénolé.

« Un film prémonitoire qui sonne comme un adieu »

 Kenavo le « Crabe »

Le « crabe » s’en est allé pour toujours, tout « LA HAUT » au dessus des nuages.

Il est parti le « crabe soldat », sans « Tambour » ni trompette, plus haut que les crabes des cocotiers, plus loin que les crabes des neiges, « La Haut », comme un roi au-dessus des nuages rejoindre un autre « crabe », le Commandant Guillaume, Jacques Dufhilo, un autre amoureux du « Pays du Cheval d’ Orgueil » et tous ses compagnons d’armes.

Ils vont pouvoir se raconter des histoires de crabes dans le bar du « Tad an Diaoul » (le père du diable )  dans le pays bigouden.

Le bar de « tad an dioual » (le bar du père du diable)

Le bistro de « tad an diaoul » a retrouvé sa fonction première d’abri de canot du sauvetage sur le port de Saint-Guénolé Penmach.

 Le cinéma, l’armée, la Marine et le pays Bigouden perdent un grand cinéaste.

Adieu de la part d’un autre « crabe »

A voir sur le site  l’histoire du « Crabe Mousse « Capitaine de Frégate (H)

Jean Claude Quideau