La côte des Tartares

les tartares da cote

Comme toutes les histoires, elle commense par il était une fois…

Dans l’ouest…

A la fin de la terre,

Dans le sud Finistère,

Au bord d’une côte déchiquetée et sauvage,

 Lieu de violentes tempêtes et de naufrages ,

Cachés derrière les rochers qui bordent  sa plage,

Dos à la mer, ils cultivaient leur terre,

Sur la palue du Cosquer.

cheval d'orgueil2

La « côte des Tartares » est située face au grand large, tout au sud du pays bigouden, en plein pays du « marc’h ar lorc’h, le cheval d’orgueil,

march ar lorch

L’endroit est sauvage, parsemé de rias et de marais. Les rochers, les dunes et les plages qui bordent la côte sont  balayés par des vagues hargneuses, des vents violents et des tempêtes fréquentes.

Ce lieu est dénommé « Ar Vor » (le bourg). « Ar Vor » est devenu au fil du temps Larvor.

carte larvor

« AR VOR AN TARTARES »

ar vor an tartare

C’est le géodésien, cartographe, César-François Cassini qui traça cette carte ainsi que les 180 autres feuilles qui représentaient le plus fidèlement possible le relief de toutes les régions  françaises.

César-François Cassini

Un peu partout en France on trouve des traces des « pyramides de Cassini »  composée de tas de pierres en forme de pyramides qui servaient de points de repères pour les tracés des cartes.

Pyramide-de-Cassini

Jean-Dominique Cassini  termina les remarquables travaux de cartographie de son père.

C’est à l’arrière de la côte, derrière une grande dune de sable blanc dans un vallon (an Traon en breton) marécageux dénommé « Palue ou palud » (marais) que les « Tartares » ont élu domicile.

Sur la carte de Cassini on peut voir que la côte de Larvor était composée de plusieurs rias.

Le Ster qui s’étendait après la chapelle de Plonivel  jusqu’au manoir de Kerhoas.

La seconde ria, celle de Keralouet, derrière la palue du Cosquer  s’enfonçait dans les terres jusqu’à Kerogan.

La troisième, celle de Lodonnec, allait jusqu’à Kerillan.
palud des tartares

Les maisons des « Tartares » étaient basses et solides car bâties en granite avec de petites ouvertures pour se protéger des vents violents et des tempêtes fréquentes.

Le bourg est situé entre la commune de Loctudy dont elle est rattachée et la commune de Plobannalec-Lesconil.
Une petite ria dénommée le Ster, sépare le bourg de Larvor de Lesconil.

Le nouveau Plan  de Prévention  des Risques du Littoral (P.P.R.L.) édité récemment par la Préfecture du Finistère reprend les cartes anciennes (Cassini et d’État-major) pour étayer son argumentation sur les risques de submersion.

le ster lesconilsteir

De l’autre côté du Ster, c’est le pays des marais et des étangs ou l’eau de mer se mélange à l’eau douce des ruisseaux. Cette zone humide, sauvage, couverte de roseaux, appelé « Ster Kerdour » (lieu d’eau) est le domaine de prédilection des grands échassiers, hérons, aigrettes ainsi que les autres oiseaux des marais (canards, chevaliers, plumiers, bécasseaux, grèbes). Les poisons, anguilles et mulets pullulent dans ces eaux saumâtres.
cote des tartaresEn 1850, cette lagune fut l’objet d’une tentative de « polderisation » avec la construction de digues. Le projet bien entamé périclita au fil du temps et l’objectif de valorisation agricole abandonné. Les canaux d’irrigation n’étant plus entretenus, les parcelles plus cultivées, la nature reprend ses droits. Je me souviens pourtant que la culture des carottes avait trouvé en ces lieux un terreau favorable.
Depuis quelques années, la zone est envahie par une herbacée envahissante surnommée « roseaux à plumes ». Cette plante envahissante importée d’Amérique du sud plus communément appelée « herbe de la pampa « à colonisé le polder. Du nom scientifique de « Cortaderia Selloana », cette plante vivace est très invasive surtout quand elle trouve un endroit propice à son développement. Elle a un impact négatif sur la biodiversité du Ster Kerdour ainsi que toute la zone environnante du « Traon ».
Depuis 2007 ce lieu de plus de 8 hectares est un site protégé.

Il n’y a pas si longtemps, un ancien marin de Lesconil , assurait avec sa barque à fond plat dénommé « plate », le passage ente la petite digue du quartier des « Quatre- Vents » de Lesconil et le bourg des tartares de Loctudy. La « godille » était le moyen utilisé par le passeur pour faire avancer sa plate dans le courant du Ster.

le passeur de larvor

La « Reine de Larvor » est un cantique toujours chanté à l’église, en particulier lors des processions en l’honneur de Saint Quido

La bourgade s’est développée dans le vallon « an Traon » séparé de la mer par la grande plage de sable fin d’un blanc éclatant du nom éponyme « les Sables Blancs ». Après la plage, d’immenses plateaux de roches, couverts à marée haute se prolongent au long de la côte sauvage jusqu’au loch (ria) de Tudy (Loctudy).

port de larvor

Pourquoi cette appellation de « Tartares ». Mystère ?

Une première piste

Dans la mythologie grecque, Tartare est le nom d’un lieu à la porte de fer où toutes les formes de torture physique ou psychologique sont représentées.
D’après Virgile, le tartare est l’endroit le plus profond des enfers que l’on appelait Hadès, où quelques criminels mythiques célèbres reçoivent leur punition. C’est aussi la prison des dieux déchus.

Le Tartare selon Virgile

tartare la porte de fer

C’est dans le Tartare, que les condamnés expient leurs fautes. Les Cyclopes, Salmomée, Ixion et les Danaïdes condamnées à remplir un tonneau sans fond pour avoir tuées leurs maris.

Représentation grecque du tonneau des danaïdes

tonneau des danaides

C’est une région désertique, sans vie avec des étangs glacés entourée par des rivières aux eaux boueuses, des marécages à l’odeur nauséabonde, qui forment un rempart pour que nulle âme n’échappe à sa peine.

Le Ster Kerdour a beau être une zone peu hospitalière avec un marais appelé « palue » et des petits ruisseaux, le lieu n’est pas aussi ténébreux que celui décrit dans la mythologie grecque. Il faut toutefois souligner que de ce nom « palue » ou « palud » vient du latin « paludis » (marais). Le terme paludisme qui découle directement de ce nom., est également appelé malaria qui signifie: « mauvais air ».

Une deuxième piste me vient tout naturellement à l’esprit

Pour le commun des mortels, l’évocation de ce seul nom de Tartares ou Tatars est synonyme de horde sauvage tuant et pillant tout sur leur passage .

TARTARE PERSONNAGE

Les guerriers Tartares étaient organisé en hordes dévastatrices qui cherchaient à conquérir l’Europe.

La maxime attribuée aux « Huns », on pourrait également s’appliquer aux Tartares :

 » Ou sont passé les Tartares, l’herbe ne repousse plus ».

Aujourd’hui c’est encore une « légende noire » de la littérature.
Gengis Khan, le chef emblématique des Tartares, fut le fondateur au XIIIe siècle d’un immense empire, qui s’étendait de la Méditerranée au Pacifique. En 1240, ses redoutables guerriers déferlèrent sur la Russie. La domination tartare durera trois siècles. Elle a profondément marqué l’identité russe, jusqu’à nos jours.
Au XIIIe siècle, l’Europe chrétienne voyait déferler des Mongols, plus connus dans les sources occidentales sous le nom de « Tatars ».

la horde des tartaresL’irruption de ces guerriers redoutables provoqua à la fois stupeur et terreur. En définitive, l’Empire mongol fondé au début du XIIIe siècle par Gengis Khan et ses fils ne s’étendit pas jusqu’aux royaumes d’Europe occidentale.

Les Tartares de la côte
Contrairement à ce que l’on pensait, les Tartares seraient donc venus jusqu’à la pointe bretonne, en pays bigouden. Comment cela est-il possible ou serait-ce le fruit de l’imagination populaire, une légende qui se racontait oralement près de la cheminée devant un feu de varech.
Que l’on raconte que des vikings auraient débarqué sur cette côte rocheuses parsemé d’écueils aux noms évocateurs tel que : « Men Du » (le rocher noir), « Daou Pennec » (les deux petites têtes), c’eut été du domaine du possible, pour ce qui est des Tartares, c’est complètement utopique.

daou pennec

Une troisième piste, bien moins connue, du mot « Tartare »

Tartares était le nom donné aux valets militaires de la maison du roi, parce qu’ils pillaient pendant que leurs maîtres se battaient sur les champs de batailles..
Un jeu de mots que l’on prête à Saint Louis : « S’ils arrivent ces Tartares, nous les ferons rentrer dans le Tartare d’où ils sont sortis ».

D’autres pistes, plus alimentaires, mais peu réalistes telles que :
– Tartare de bœuf,
– Tartare de thon,
– tartare de saumon,

tartare de saumon– Tartare de saucisson,
– Tartare de steak,
– Sauce tartare,

Et bien sur, 

– le tartare de fromage.

Après la seconde guerre mondiale, Jean-Noël Bongrain, prend les rênes de la fromagerie familiale de Haute Marne.
En 1956, il baptise le fameux « Caprice des Dieux »
En 1965, il envahit les marchés avec sa horde de « tartares » dont le plus célèbre est le:

« Tartare aux fines herbes ».

tartare de larvor

A ma connaissance, les habitants de Larvor n’ont jamais fait de fromage. Il me faudra chercher ailleurs.

L’origine de l’appellation: « Tartares de Larvor »

Pour savoir un peu plus sur l’origine de cette appellation étonnante de ce coin reculé du Finistère sud, j’ai écouté avec attention le témoignage d’un ancien marin, qui a bien voulu me dévoiler le mystère.

Voici son récit :

« Entre les deux guerres, un jeune « instit », natif de Lesconil, fraichement sorti de l’école de formation des instituteurs, son « brevet élémentaire de capacité de l’enseignement primaire » en poche, se voit affecté dans la toute nouvelle école qui vient d’ouvrir à Larvor ». Je ne suis pas certain de son nom, mais je crois qu’il était de la famille Coic et que son prénom était « Per » comme Jackez Hélias, mais je n’en suis pas sûr.

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L’école de Larvor fut inaugurée en 1911

« Il était enchanté de cette affectation. Natif de Plobannalec-Lesconil, il  pouvait ainsi facilement  se rendre à l’école en traversant le bras de mer, à basse mer, ou en contournant la ria par le domaine du manoir de Kerlut, le manoir de Kerhoas puis la chapelle de Plonivel ».

ster kerlut

« Plein de bonne intentions, fier de sa charge d’instituteur, il se rendit à l’école primaire de Larvor en passant un peu plus haut du Ster pour éviter de mouiller son bas de pantalon neuf qu’il avait pris soin de retrousser jusqu’au genoux. Arrivé de l’autre côté il se rechaussa et il réajusta le bas du pantalon. Il traversa le Ster Kerdour en s’arrêtant un instant pour admirer une famille de canards, mère en tête, avec toute sa portée derrière qui formait un « v » parfait, chacun à sa place, à son rang dans la hiérarchie, attentifs aux ordres et conseils de la mère. Songeur il se voyait déjà devant ses élèves attentifs et silencieux, à l’écoute de sa parole tout comme ces gentils petits canards.
Arrivé devant l’école, il fut quelque peu décontenancé par le brouhaha de la vingtaine d’ élèves qui se bousculaient et s’invectivaient plus en breton qu’en français dans la cour. Il fit tout de suite le rapprochement avec la mère et ses petits canards bien disciplinés qu’il venait de voir et fut tout de suite quelque peu désappointé.
Le Directeur de l’école, qui l’avait accueilli assez froidement, donna de la voix pour calmer les cris.  Il fit aligner sur deux rangs tout ce beau monde, qui courait dans tous les sens tel des étourneaux cherchant les branches d’un même arbre pour s’y poser et piaffer en cœur.
Il se plaça devant une des deux colonnes et invita son nouvel instituteur à se placer devant la seconde. Puis il présenta Monsieur Coic aux élèves de la classe.
La brève présentation terminée, les élèves entrèrent dans leurs classes respectives en se bousculant quelque peu ».

Image1ecole publique de LARVOR« La journée écoulée, Per Coîc, le cartable gonflé par les fiches personnelles des élèves ainsi que des emplois du temps, il sorti de l’école. Il emprunta le chemin de retour vers la ria du Ster. La tête basse, les épaules voutées. Il semblait perdu dans ses pensées au point de ne pas voir un couple de hérons qui sortait des roseaux ainsi que les aigrettes qui fouillaient la vase en quête de nourriture ».

Arrivé chez lui, voyant sa grise mine, sa mère lui demanda :
« Alors fils, comment s’est passée cette première journée d’école  » à Larvor?

« Ça a  été ! » répondit-il, sans trop de conviction, car il ne voulait pas faire de la peine à sa mère.

Elle insista:  « comment sont tes élèves ? ils sont gentils » ?

Sa réponse, fusa cinglante et brève :

« Ce sont tous des Tartares à Larvor !!! »

Sa mère, surprise, ne pouvait qu’acquiescer les paroles de son fils, et de rajouter :

« Marie Péron » m’avait bien dit que les gens de Larvor étaient des « sauvages », mais j’étais loin  d’imaginer  qu’ils étaient pire encore….Ma Doue, (mon Dieu),……. des Tartares !!! »

« Pokez mab »! (pauvre fils)!…

Du fait de son inexpérience dans l’enseignement, il n’avait pas pu, ou su, maitriser sa classe. Même si certains élèves étaient turbulents, indisciplinés, peu enclins à rester sagement assis à leur pupitre, préférant sans doute courir sur les rochers ou aller à la pêche, il passa une très mauvaise journée. Il se rendit compte que la pédagogie n’était pas chose innée, ni même aisée et qu’il devrait être un peu plus sévère dans l’avenir s’il ne voulait pas être complètement dépassé. C’est ce qu’il se promit de faire dès le lendemain.

La nouvelle de sa première expérience d’instituteur à l’école de Larvor se répandit tel un éclair dans tout le village de Lesconil:  » A Larvor, ce  sont tous des Tartares! »

Les « Ouin Ouin » allaient bon train, de quartiers en quartiers, jusqu’à gagner toute la bigoudénie et de se répandre jusqu’en Cornouaille.

De nos jours, même si la plus part des gens ne connaissent pas l’origine de cette appellation , Larvor reste toujours :

« le pays des Tartares ».

Il continua son récit:

« Je crois que par la suite, Per Coïc , ayant passé son diplôme supérieur de capacité de l’enseignement primaire, fut nommé à l’ E.P.S. de Pont-l’Abbé ».

L’ ÉCOLE PRIMAIRE SUPÉRIEURE (E.P.S.) DE PONT-L’ABBÉ

Ayant été un ancien élève de l’ E.P.S. de 1959 à 1964, j’en garde un souvenir mitigé, mais je me devais de faire un paragraphe sur cet établissement scolaire.

Le cadre était austère, surtout lorsqu’on y était pensionnaire. J’avais, dans ma jeunesse, été habitué aux grands espaces, à la liberté de gambader sur le sable et sur les rochers dans l’anse de Langoguen. L’odeur de l’iode et la mer me manquait terriblement.

Après quelques années dans cet univers de granite,  bâtit comme un  monument romain, impersonnel et froid, je m’y suis habitué, plus par force que par plaisir.

Un ancien de la marine, natif de Kérity, qui est aussi passé par cette vénérable institution m’a fourni les  photos et cartes postales  de l’ E.P.S. des années 1950 et 1960.

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La petite histoire de l’ E.P.S. depuis son origine à nos jours

L’École Primaire Supérieure (E.P.S.) de Pont-l’Abbé vit le jour en 1929. Une centaine d’élèves s’installent dans un majestueux et atypique bâtiment surmonté d’un campanile qui ressemble plus à un cloître qu’à un établissement scolaire. L’effectif des élèves ne cesse de grandir pour pratiquement doubler en 1933 (259 élèves).

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Sous l’occupation, en juin 1940, les locaux de l’ E.P.S. sont réquisitionnés par les Allemands. L’internat est fermé et la plupart des élèves sont contraints de poursuivre leur scolarité dans les villes voisines. En 1942, Les effectifs avaient fondus, il ne restait plus que de 131 élèves.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’ E.P.S. devient une annexe du lycée de garçons de Quimper grâce à l’ouverture de deux classes supplémentaires supérieures, une seconde et une première.
En 1962, l’ E.P.S. obtient le statut de lycée d’État Mixte.
En 1964, l’ E.P.S. prend le patronyme d’un médecin qui avait des attaches à Pont-L’abbé: René Laennec (1781-1826).

Les « blouses grises » de l’établissement dans les années 1960

Les blouses étaient obligatoires pour tous les élèves.

La blouse grise pour les garçons. la bouse délavée était un signe d’ancienneté.

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Sur la photo de gauche à droite Gérard Cosquer, Jean Claude Quideau, André Boissel , Gérard Guénolé

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Jour de sortie en tenue de ville

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Les pensionnaires révisent le bac durant le week-end

Un peu de couleur dans la grisaille

En 1948, les filles ont enfin admises à l’ EPS. Elles portaient des blouses de couleur, la plupart du temps bleues, au début, puis vint le temps du rose et des carreaux.

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Heureusement que ce titre pompeux et inapproprié d’origine  (École Primaire Supérieure) fut remplacé en 1964  par le patronyme de l’inventeur du stéthoscope pour devenir le « lycée Laennec ».

L’établissement ne cessa de grandir pour accueillir au début de 1970 plus de 1500 élèves.

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Mon interlocuteur continua son récit:

« Pierre Coïc termina sa carrière comme instituteur des « classes élémentaires » à l’école laïque des garçons de Lesconil.

La sépulture de « Per Coîc » est située au milieu du cimetière de Lesconil, anonyme parmi toutes les tombes ».

L’école laïque de lesconil était située sur la route du sémaphore, de nos jours, rue Victor Hugo,  juste  à côté du grand l’hôtel des Dunes.

Un ami, qui fréquentaient l’école privée, me révéla qu’ils appelaient cette  école : « skol an diaoul » (l’école du diable).

Peut être faisaient ils allusion au rocher du diable situé sur la dune derrière l’établissement scolaire, mais je ne le pense pas, car à cette époque, l’antagonisme était grand entre les communautés « laïques » et « catholiques ». Les élèves des deux établissements ne se fréquentaient ce qui était bien dommage. Heureusement les mentalités ont changées.

ancienne ecole primaire de LesconilJe me souviens très bien de « Per Coïc »,  comme on l’appelait en ce temps-là.

Il avait toujours une blouse grise délavée, preuve de son ancienneté dans l’enseignement.

Il était craint par tous les élèves, qui courbaient l’échine, quand il passait entre les pupitres avec une règle en bois à la main cachée derrière son dos. A la moindre faute de discipline ou même d’inattention, la règle s’abattait sur les doigts du contrevenant. La discipline était devenue son crédo après sa première expérience  d’enseignement chez « les tartares », qui lui avait servi de leçon. Il voulait simplement que ses élèves de lesconil soient moins turbulents et plus disciplinés que ceux du vallon du Cosquer à Larvor.

La classe préparatoire était conduite par Vincent Jégou, tandis que la classe « des grands » (les C.M.) était dirigée par Monsieur Diani,  Directeur du groupe scolaire, instituteur à l’ancienne, rigoureux, mais juste.

Corse d’origine, monsieur Diani fut totalement « adopté » par les habitants de ce petit port du bout du monde à tel  point qu’il y terminera sa carrière puis coula une retraite tranquille avec ses amis « notables » et pêcheurs bigoudens.

Au cours d’un de mes brefs passages à Lesconil, j’avais rencontré, sur le port l’ancien Directeur, qui s’enquerra de ce que je devenais et de mon métier. Lorsque je lui dit que j’étais Officier dans la Marine, je vis de la fierté dans ses yeux et sur son visage.

Je n’oublie pas non plus les classes maternelles qui étaient dirigées par madame Moulin, mes voisins de Pontruche. François Moulin directeur de l’école en 1944, fut arrêté  à Plomeur lors de la rafle organisée par les soldats allemands du Bataillon 800 Nord-Caucasien au cours de la poursuite et de l’extermination du « bataillon  F.T.P. Antoine Volant ».

Pour suivre le récit du « bataillon assassiné » cliquez sur le lien suivant:

https://kermokostories.wordpress.com/2016/01/23/du-sang-sur-la-plage-de-la-torche/

Les bâtiments du groupe scolaire furent vendus au Comité d’Entreprise Total et à l’Association Savoyarde des Classes de Découverte. Les locaux furent réhabilités pour en faire un Centre de Loisirs Nautiques.

Je ne comprends pas pourquoi la municipalité a vendu ces locaux « en dur » pour construire une école « en préfabriqué » dans une zone inondable en plein milieu d’un champ dans une zone inondable ou coulait un ruisseau ou poussait le cresson, qui, je me souviens, débordait par temps de pluies.

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Les locaux  réhabilités auraient certainement pu fait l’affaire pour la petite centaine d’élèves de Lesconil et évité les querelles actuelles. Mais tout ceci est une toute autre histoire qui a fait du « reuz » et du « beuz »et qui risque d’en faire encore.

Revenons à notre histoire de  « Tartares ».

Pendant des décennies, les habitants de Larvor furent surnommés les « Tartares », ce qui constituait aux regard de bon nombre d’autochtones une connotation plutôt péjorative.

De nos jours encore, la majorité de ceux qui qualifient les habitants de Larvor de « Tartares »  ignorent d’où provient ce surnom.

D’après le témoignage d’un ancien élève de l’école privée des garçons de Lesconil communément appelée « École des Frères » créée par la volonté et l’abnégation de l’Abbé Jean-Baptiste Le Mel, ce surnom de « tartares » fut détourné et moqué.

école jb le mel

Voici l’anecdote:

« Ce qualificatif s’est popularisé après guerre (à la fin des années 40) avec cette « sortie » du directeur de l’école des frères de Lesconil qui excédé de voir les élèves de Larvor arriver en retard car ils devaient traverser le Ster pour arriver à l’école demanda à l’ensemble de la classe :

Répétez après moi :

« Les gars de Larvor sont tous des « tard tard »

Larvor de la période des missionnaires celtes à nos jours

La christianisation du Finistère et du pays bigouden par des missionnaires celtes, originaires du sud de l’Angleterre et de l’Irlande, entre le Ve et VIe siècle fut très important. Ils ont créèrent une multitude de chapelles.

Cet endroit sauvage et isolé de Larvor, trop longtemps délaissé, est devenu au fil du temps une bourgade très prisée pour sa situation entre Loctudy, Plobannalec et Lesconil. Le pont enjambant le Ster n’a fait qu’accroître son développement.
Habiter Larvor n’est plus une tare, parole de Saint Quido, qui veille sur ce « peuple tartare ».

kidoOn ne possède pas beaucoup d’information concernant la vie de ce saint, qui d’après les statues est représenté avec une crosse, un livre et une mitre d’Évêque.
St Quido, était un moine ermite qui aurait fui le pays de Galles, traversé la « Mor Breizh » (mer de Bretagne, la Manche actuelle) pour venir s’installer en Armorique, comme beaucoup de ses confrères moines « bretons » (gallois, écossais). Les plus célèbres d’entre eux, qui devinrent Évêques furent :
Saint Malo (moine gallois),
Saint Cadoc (moine gallois, ermite le l’îlot de St Cado dans le Morbihan),
Saint Brieuc (moine irlandais),
Saint Pol (Aurélien) (moine gallois),
Saint Tugdual (moine gallois).

La chapelle Saint Kido de Languidou

Saint Kido se serait sédentarisé dans la baie entre Audierne et la pointe de Penmarc’h près de l’étang de Kergalan autrefois relié à la mer.

languidouA cet endroit, il y fonde le monastère « Langido ». Une chapelle construite au 12 ième siècle, modifiée au 15 ième siècle et ruinée en 1795 fut dédiée à Saint Quido (Saint Kido) « Sant kido e osant-Paeron ar chapel-se » (Saint Kido était le patron de cette chapelle) qui deviendra Saint Guidou. Les ruines de la chapelle sont toujours visibles route de « Languidou » sur la commune de Plovan.
Au 18 ième siècle, Saint Guidou sera francisé en Saint Guy.
L’écrivain breton Per Jakez Hélias, natif de la commune voisine de Pouldreuzic, a décrit la topographie de l’endroit avant son ensablement et sa déconnexion du rivage dans le conte : « La rivière de Kido »
« Le pays de Penmarc’h, en ce temps-là, était un archipel d’îles basses entre lesquelles on circulait par des canaux. Tout au long de la baie d’Audierne, il y avait des ports ouverts. Et c’est par la mer que les pèlerins arrivaient de toute part au grand pardon de Languidou »…
« Ils venaient même de pays étrangers tant était grande la réputation du seigneur saint Kido qui protégeait les hommes et les biens sur l’eau salée »…
« Puis il vint un temps où la mer, on ne sait pourquoi, ni comment dérouta ses courants, elle bannit ses poissons au large, elle encombra ses canaux de sa vase, elle finit par dégorger ; sur ses bords, les galets. La baie de Kido se trouva polie d’un cordon de galets polis et se dessécha derrière ce mur. La rivière devint un étang et les cloches de Languidou sonnèrent le glas du grand pardon. Pendant plusieurs années encore, des navires d’outre-mer, chargés de pèlerins, se présentèrent devant la baie d’Audierne, cherchant l’entrée de la rivière de Kido. Mais ils avaient beau croiser de Pors-Karn à Pors-Poulhan, il n’y avait plus d’entrée ».

La chapelle Saint Quido de Larvor
Une autre chapelle fut bâtie en l’honneur de ce saint très honoré et célèbre de l’époque moyenâgeuse, dont la vie reste encore mystérieuse de nos jours.
La chapelle de Saint Quido aurait été édifiée dans le bourg de Larvor au lieu-dit « Treguido », entre le XV et XVI ième siècle. Elle dépendait de l’ancienne paroisse de Plonivel situé sur la commune de Plobannalec-lesconil.

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quido2quido3Dans la chapelle, Saint Quido, est représenté sur la bannière et sur la statue  avec une mitre, une bible et une crosse d’évêque.

Sur le socle de la petite fontaine aux eaux miraculeuses, une statuette le représente avec les mêmes artifices.

On a très peu d’information  sur la vie  ce saint, si ce n’est qu’il fut un moine ermite de Bretagne avant de devenir évêque.

« Reine de Larvor » est un cantique toujours chanté à l’église, en particulier lors des processions en l’honneur de Saint Quido:

« Reine de l’Arvor, nous te saluons,

Vierge immaculée en toi nous croyons ».

thonier saint quidoLes thoniers pêchant avec des lignes à la traîne ont tous disparus, le Saint Quido de Concarneau (C.C.) fut l’un des derniers thoniers  à  tangons (perches).

Le Saint Quido fut construit en 1965/66 immatriculé au quartier de Guilvinec  » GV 8314″

Son propriétaire et patron fut Jean Claude Le Roux de Larvor en Loctudy. Il fut vendu à un armateur concarnois et immatriculé « CC 302 743 ».

thonier saint quido 2

Les histoires de Tartares ont toujours passionné les cinéastes.

films tartares

                                                      La littérature « tartare »
En 1841, le père Évariste Huc (1813-1860) entreprit en 1841 un extraordinaire périple de cinq années à travers la Mongolie et la Chine.
De 1844 à 1846, Il a réuni tous ses souvenirs de voyage dans un roman intitulé :

« Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Tibet »

Pere Huc souvenir d'un voyage dans la tartarie

Dans son livre, Il disait en substance :

« Nul lieu n’est impénétrable pour quiconque est animé d’une foi sincère ».

D’autres romans racontent la vie de ce peuple Tartare

la vie des tartares

Épilogue

Il n’est jamais trop tard

pour dire

qu’habiter Larvor n’est pas une « Tare »

Textes, photos et montages de Jean Claude Quideau

Novembre 2015

Quand un Homard en pince pour une Miss

MISS HOMARD

A la mémoire de ma bigoudène de mère, Odette Anne-Marie Quideau – Quintric

La bigoudène Odette Quideau-Quintric

A LESCONIL DANS LE PAYS BIGOUDEN, L’HISTOIRE PEU BANALE

DU « COMITÉ DU HOMARD »

Avant propos

Comme toutes les histoires elle commence  par :

il était une fois !..

Dans l’extrême ouest de l’hexagone, la , ou la « terre  finie », le  « Finistère »

Tout au bout de la pointe dénommé, « Beg ar pich » dans le pays bigouden…

Un petit port dynamique spécialisé dans la pêche des langoustines.

L’histoire que je vais vous raconter est celle d’une bande de jeunes copains venant de différents milieux qui avaient gommé  leurs différences pour s’unir et essayer de créer une animation autre que  celle de « louvoyer » entre les nombreux bars du petit port de Lesconil.

Cette petite histoire est émaillée d’anecdotes et de photos anciennes et récentes.

Cette histoire, sans pointe de nostalgie, mais avec un zeste d’humour, est émaillée d’anecdotes et de photos anciennes et récentes. Elle rappellera à tous les amis, les bons souvenirs et à d’autres, qui parlent de ce temps là, sans jamais y avoir participé, de connaitre enfin, la vraie histoire du « Comité du homard« .

Le contexte

Il est vrai que dans les années soixante, les « week end » dans le premier port de pêche de langoustines fraiches de France n’étaient pas des plus réjouissants pour les jeunes, qu’ils soient marins,  apprentis ou étudiants.

Un gabian en terrasse. « Gouelini rous »

Un « Gabian » est venu se poser sur le panneau de la « Descente du Marin » pour voir le menu et attendre son plat préféré.

le gabian est l’appellation donnée aux « leucophées » ( goélands).

Le gabian est une sorte de goéland argenté « larus Michahellis » ou plutôt un goéland pontique « Larus Cachinnans » plus petit que le goéland des côtes Bretonnes.

Mes amis des années sixties, José et Jean-Luc

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Devant le port de Lesconil, rempli de malamoks, dans les années 1960.

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Les seuls divertissements de limitaient pour la jeunesse à  bal ou « balle » :

–         Le bal du samedi soir, mais uniquement dans les communes voisines et à ceux qui possédaient un moyen de locomotion.

–         Le football le dimanche après-midi

Certains se reconnaitrons certainement sur cette photo de l’équipe cadet/junior de l’ A.S.P.L. des années 1960.

Equipe junior de l'ASPL

Malheur à ceux qui n’aimaient ni l’un ni l’autre, la solitude de la maison, la lecture les études  étaient leur seul crédo. La météo, en ces journées d’hivers n’était pas non plus propice aux promenades sur les dunes le long de la mer.

Les plus âgés pratiquaient la « galoche » sur le parking du stade à « Pont Plat ».

Contrairement à ce que l’on peut penser, la galoche n’est pas une paire de vieilles chaussures en cuir avec une semelle cloutée.

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Ce n’est pas non plus le restaurant pizzeria à Beaulieu en Haute Loire

galohe pizzeria de beaulieu

Ni un Beaujolais « appellation contrôlée »

galoche beaujolais

Ni même l’histoire d’un chien de Yvon Brochu

galoche histoire de chien

Encore moins du folk traditionnel français

galoche folk

il y a encore la « galoche » que tous les jeunes pratiquent avec leurs copines, mais ce n’est pas encore la galoche dont il est question dans ce récit.

La galoche est tout simplement un jeu traditionnel de la Bretagne.

La galoche est mentionné pour la première en Bretagne en 1388.

Les archives de la cathédrale de Quimper font allusion au jeu de « galoche » sur la place de la cathédrale. Le jeu en question était le « jeu de bouchon », largement répandu alors en Bretagne et ailleurs. Ce jeu consistait à renverser à l’aide de pierres plates ou de galets un morceau de bois cylindrique placé sur un sol uni et sur lequel on plaçait divers enjeux.

Un dessin, publié en 1835, fournit une description assez précise du jeu de galoche pratiqué dans les campagnes « cornouaillaises » au début du 19éme siècle.

Dessin réalisé par Olivier Perrin, né à Rostrenen en 1761, décédé à Quimper en 1832.

Le jeu de galoche est exclusivement réservé aux garçons. Ce jeu consiste à placer debout sur un sol uni un petit morceau de bois de forme cylindrique, d’environ deux pouces de hauteur, qu’on appelle galoche, et dont le sommet se couronne d’une pièce de monnaie. On règle le rang des joueurs et chacun, muni de deux palets, jette un de ses palets aussi près que possible de la galoche, et essaie, en lançant le second immédiatement après, de la culbuter de façon que l’un des deux palets se trouve plus rapproché de la monnaie renversée que la galoche elle-même.

La galoche bigoudène

Depuis 1984, il existe dans le pays bigouden un championnat organisé en quatre divisions de D1 à D4. Chaque division comprend 8 équipes de clubs.

Il y a au total 14  clubs avec plus de 600 licenciés.

Le championnat se joue en matchs aller-retour sur les « galochodromes » du pays bigouden.

Les règles du  jeu

Le jeu nécessite une galoche, trois palets et une pièce de monnaie :

  • La galoche, appelée « ar kaloj » ou « ar kalochenn » est un petit cylindre de bois, de 11,5 cm de haut pour 3,5 cm de diamètre.
  • Les palets, appelés « ar peiou », sont en fer, et d’un poids de 850 grammes à 1,100 kilo environ, d’une épaisseur de 15 mm et d’un diamètre de 11,5 cm. Ils sont ronds et biseautés, pour mieux accrocher au sol lors du lancer en piqué. Ces palets sont en général artisanaux, et peuvent s’user au cours du temps.

La pièce de monnaie, appelée « ar lipar », est destinée à être posée au sommet de la galoche. Elle doit donc avoir à peu près le même diamètre.

Le jeu se pratique en général par équipe de deux.

Les joueurs sont situés à 9 pas de la cible.

Le but du jeu consiste à faire tomber la galoche et de placer son palet le plus près possible du « lipar ».

Dans le pays bigouden, on ne plaisante pas avec la galoche.

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Le championnat

Le dernier match 2017 opposait l’équipe de Peumerit à celle des locaux de Plobannalec-Lesconil pour la première place de championnat de D1. Après des parties acharnées, les locaux l’emportent sur le « galochodrome » de Pont-Plat et gardent de justesse leur suprématie.

Claude Leroux

Lesconil, un port en hiver

Durant tout le week-end, les chalutiers tiraient sur leurs amarrages. Les drisses cliquetaient contre les mâts tandis que les chaluts qui séchaient se balançaient au gré d’un roulis lancinant. Les coques de bois grinçaient en se touchant, car les bateaux étaient amarrés les uns aux autres sur quatre ou cinq rangées.Malamok « kezako »?

malamok

Comme on peut le voir sur la photo, il y avait à Lesconil un chalutier qui portait ce nom  de « Malamok »

Les marins, se gratteront certainement le crâne sous la casquette, avec un air bien embarrassé, si vous leur posez de but en blanc la question suivante:

« D’où vient donc ce nom « malamok » ?

Ce nom par lequel ils désignaient eux-mêmes, en breton comme en français, le bateau de pêche qui leur était familier. Ils l’ignoraient pour la plupart et ignorent peut-être encore l’origine de ce nom malamok !

En 1763, les marins allemands donnaient le nom de « mallemucke » à un oiseau marin du Spitzberg qui semble être le Pétrel. On appelle « mallemuwk », « mallemucke » ou « mallemowk » cet oiseau des mers du nord, dans les différents patois de la langue allemande, suivant que l’on se trouve dans le sud du Danemark, ou dans le nord des Pays-Bas.

Ce nom signifie en dialecte néerlandais ou allemand: « mouette folle ». Les Anglo-saxons le surnommèrent plus tard: « molly hawk » (rapace dingue) car, selon eux, cet oiseau vorace et stupide n’hésitait pas à se poser sur les ponts pour y dérober sa pitance. Ses ailes d’oiseau océanique l’empêchant de repartir, il fallait le remettre à l’eau à coups de bottes dans les plumes.

Chez nos marins, les appellations étrangères se sont vite transformées en malamok. Ce nom très peu utilisé en français le sera davantage dans la langue bretonne.

Photo Philippe Malepertu

Beaucoup  de « malamoks » avaient pour nom de baptême de jolis noms d’oiseaux de fleurs ou de prénoms féminins.

Voici quelques exemples de noms de malamoks qui restent gravés dans ma mémoire :

Une « Hirondelle »  désemparée tournoyait au dessus du port.

Un petit « Serin » jaune avec son liseret rouge  essayait de se cacher entre les malamoks

serinTandis que  «le Phénix» déployait ses chaluts en forme d’ailes.Le « Mimosa » embaumait l’air de ses effluves enivrantes qui  se mélangeaient aux senteurs marines de la « Fleur de l’océan ».

On pouvait voir le « Cygne » tout de blanc vêtu lissant son plumage immaculé devant  la « Mouette »  rieuse posée sur l’arrière d’un chalutier.

La « Colombe » dormant  sur une bouée tandis qu’un léger ressac faisait se courber le « Réséda » tout de vert vêtu aux fragiles pétales blanches.

Photo Philippe Malepertu

la « Fleur de Lys » faisait admirer sa blanche beauté royale à un « Oxalis » déployant ses cinq pétales.

Dans l’arrière port la petite « Fleur d’Ajonc » laissait  admirer ses pétales jaunes à une « Étoile de mer » tapie sur un fond de sable.

« l’Alcyon » au bec pointu se frottait à une  « Andalouse » qui dansait sur de un air de flamenco.

Le « Pélican » blanc  plongeant dans le port essayant d’attraper un « Exocet »  s’enfuyant à tire d’ailes.

lesco pelican

pelican papillon des mers

Le fragile « Papillon des mers » était blotti contre une « Amazone » qui fièrement pointait sa proue face au large.

Le papillon des mers pour les béotiens, n’est pas un lépidoptère que l’on peut voir dans nos jardins dès que vient les beaux jours, mais un petit mollusque marin sans coquille, translucide, d’environ 2,5 cm de long, qui possède sur les côtés du corps deux nageoires qu’il utilise pour se déplacer.

Le papillon des mers ne possède ni coquille ni branchie. Son corps transparent laisse apercevoir ses organes, sa tête portant trois paires de tentacules que l’animal déploie pour capturer ses proies.

Une « Mousmé » se trémoussait langoureusement devant un  « Yannick » subjugué qui avait délaissé la Brigitte « Brigitte Yannick ».

 « Mousmé » est une retranscription du mot japonais « musume », qui signifie « fille » au sens de la filiation.

En français du début du XXe siècle, ce terme désigne plutôt une fille facile

C’est Louis Marie Julien Viaud qui introduisit ce mot en France. C’est un mot qui signifie jeune fille ou très jeune femme. C’est un des plus jolis mots de la langue nippone.

Qui est ce pierre Marie Julien Viaud ?

Pierre Loti, bien sur.

Il cite en parlant de la Mousmé:

« Il semble qu’il y ait, dans ce mot, de la moue (de la petite moue gentille et drôle comme elles en font) et surtout de la frimousse (de la frimousse chiffonnée comme est la leur). Je l’emploierai souvent, n’en connaissant aucun en français qui le vaille ».

Pierre Loti la décrit de la façon suivante:

« Quant à la mousmé, je la retrouve toujours la même, avec son beau chignon d’ébène vernie, sa ceinture à grandes coques, sa révérence et ses petits yeux si bridés qu’ils ne s’ouvrent plus »

Pierre Loti à droite et Madame Chrysanthème

Un des romans de Pierre « MATELOT »

loti matelotVoici quelques autres noms de malamoks qui ont eux aussi disparus depuis les années 1960. Certains tragiquement corps et biens peu de temps avant.

Le « Korrigan » dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22  janvier 1950 et le « Lilas Blanc » le vendredi 29 novembre 1954. Il essayaient tous deux de rallier les ports de Loctudy et de Lesconil pour y débarquer leur pêche.

Le « lilas blanc » a sombré au sud de « Karreg Kreiz » avec ses quatre membres d’équipage pendant la mémorable tempête de novembre qui a causé la disparition de soixante trois marins du sud Finistère.

Le « korrigan » a sombré sur la roche du « Men Du » en face de Larvor entrainant la noyade des six membres d’équipage.

Le « Bleuet de France » faisait également part de la flottille des chalutiers de Lesconil.

Il y en a certainement d’autres noms que j’ai oublié mais que je ne manquerai pas de mentionner plus tard.

Il faut reconnaitre, qu’à cette époque, avec tous ces noms de fleurs donnés aux chalutiers, le port de Lesconil était comme un véritable jardin fleuri, ou des oiseaux de toutes les espèces venaient s’y poser.LA NAISSANCE DU COMITÉ DU HOMARD DE LESCONIL

Le samedi , mon ami François le Bec dit « Fanchik », Chef Cuisinier, et fils des propriétaires du grand « Hôtel des Dunes » s’occupait de la préparation du pot au feu qu’il mettait de bon matin à mijoter sur son piano, car c’était vraiment une grande symphonie des saveurs qu’il nous préparait.

En fin de journée, il se rendait sur le port prévenir ses invités :« que le repas était en préparation».

Dans la soirée, nous nous retrouvions avec d’autres amis devant  quelques verres de l’amitié et nous nous délections le délicieux « pot au feu mitonné » par notre « Chef » en attendant l’heure du départ vers le bal du samedi soir.

Nous regrettions tous qu’il n’y ait jamais de bal à Lesconil. Il fallait toujours se déplacer parfois assez loin pour rallier les salles de bal des environs.

Il y avait entre autres , le « Bataclan » à Léchiagat, le « Sydney » au Guilvinec. Ces deux établissements étaient dirigés par Jacques Péron dit Jacky.

La « Caravelle » à Tréfiagat, un peu plus loin « les Anémones » à Penmarc’h, « Stan Ar Bakol  » à Tréméoc et parfois il fallait même sortir des frontières du pays bigouden et s’aventurer jusqu’à Audierne.

Pour le conducteur, c’était une véritable corvée, la plus part du temps sous la pluie et dans le vent sur des routes dangereuses et glissantes.

Parfois les périples nous menaient aussi sur l’autre rive de l’Odet ou à l’opposé du côté de Douarnenez , chez nos amis appelés les « Pen Sardin » (têtes de sardines) du fait que les marins de Douarnenez étaient spécialisés dans la pêche de la sardine contrairement à ceux de Lesconil qui pêchaient principalement la langoustine au chalut.

L’idée a germée dans nos esprits , pourquoi pas organiser aussi des bals à Lesconil, dans la salle des fêtes qui était sous employée.

Au fil de la soirée,  le projet s’est affiné  et l’idée de fonder une Association était ce qu’il y avait de mieux à faire.

Pour donner du piment et attirer les jeunes à Lesconil, ce qui n’était pas évident, il fallait les appâter par une animation pas courante en bigoudennie excepté pour les différentes Reines du folklore local , de « Cornouailles », « Filet bleu » etc…

Nous élirons une pour la première fois une « Miss ».

Oui une Miss,  c’était une idée géniale, mais Miss qui ? ou quoi ?…

Nous sommes partis à la pêche du nom à donner à la Miss.

Ce fut une grosse partie de rigolade dans le plus grand délire des noms proposés. Lesconil étant un port de pêche , il tombait sous le sens que ce fut un nom relatif aux produits de la mer.

La recherche commença par tous les noms de poissons:

Sole,  plie, flétan turbot et autres poissons plats furent vite  écartés car une « Miss Limande » manquait de rondeurs et une « Miss Barbue », un peu trop poilue… au menton.

« Miss Barbue », aurait fait mauvais genre à l’époque. De nos jours une chanteuse barbue qui gagne le grand prix de l’Eurovision de la chanson cela n’a pas l’air de  trop choquer.

Les « pleuronectiformes heterosomata » furent donc vite éliminés.

« Baudroie » ou « Lotte » ne convenait pas non plus. Même si la chair est excellente surtout préparée à l’armoricaine, la tête est bien trop vilaine pour celle d’une « Miss ».

« Miss Daurade », sonnait bien, c’était un poisson noble, mais un peu trop dodue.

« Miss Sardine », un peu trop petite, même si en Méditerranée elle a bouchée le port de Marseille.

« Miss Roussette » trop longue et trop tachetée.

  « Miss Bar » on aurait pu confondre et avoir des problèmes avec nos amis « tenanciers des estaminets » des environs.

Quand à une « Miss Thon » beaucoup trop négatif pour désigner une « Miss » car être comparée à un thon n’est pas des plus avenant.

« Miss Perche » un peu trop grande. « Miss Rascasse », trop piquante.

« Miss Morue », « Miss Truite » ou encore « Miss tacaud »,  beaucoup trop péjoratif pour une l’appellation  d’une belle fille.

« Miss vieille » incompatible pour une élection d’une demoiselle, même si certaines espèces de vieilles sont appelées demoiselles.

En ce qui concerne les autres noms de poissons comme  mulet, merlan, merlu, colinot, merluchon, friture, rouget, grondin, congre, requinmaquereau  ou chinchard on y pensera peut être pour l’élection d’un « « Mister »que nous avions envisagé pour la suite à donner à notre comité.

« Un mister Requin Mulet ou Merlan » ça pouvait encore être acceptable,  mais un mister « Maquereau » on retombait dans la concurrence avec un  tenancier, plus de bar, cette fois ci, mais d’un tout autre type d’établissement.

Après avoir passé en revue tous les noms de poissons locaux, nous voila dans les gastéropodes et lamellibranches.

Bernique, patelle, bigorneau, ormeau coque et praire furent éliminés.

Une « Miss Coque » serait un peu trop fermée tandis qu’un « Miss huitre » un peu trop ouverte.

« Une Miss moule » c’est beaucoup trop péjoratif  pour le nom d’une miss, quelle soit crue ou cuite.

Une parenthèse en ce qui concerne la moule.

Savez vous qui a inventé la mytiliculture ?

C’est un marin Irlandais, Patrick Walton.

 Il fait a fait naufrage en 1235 et gagne la côte à la nage. Dans le but d’attraper quelques oiseaux sauvages pour se nourrir, il plante dans l’eau des pieux, reliés par des branchages. Ce furent des moules qui se fixèrent sur les branches.

Bouchot :  »Bout choat » en gaélique signifie « bouts de bois ».

La Mytiliculture était née !

« Une mise palourde » trop légère mais délicieuse tout de même, crue ou farcie au beurre d’escargot.

Nous voila donc condamné à trouver un nom dans la branche des « arthropa crustacea ».

Tourteau, crevette, langouste  et araignée furent éliminés.

« Miss Araignée » trop piégeuse avec sa toile, un peu poilue lorsqu’il s’agit d’une « toulourou ».

« Miss Cigale » ( de mer) , le nom sonnait bien, chantait bien,  sentait bon le thym et le romarin, mais  il représentait plus le « Sud » et les mers chaudes que le pays bigouden.

« Miss langouste » très belle,mais avec de  trop longues antennes…

Pourquoi pas alors: « Miss langoustine »

« Miss langoustine » oui, ce nom était celui qui représentait le mieux Lesconil.

Malgré toutes ses qualités gustatives, il fut écarté au détriment d’un crustacé encore plus noble que notre Chef cuisinait à merveille dans son restaurant : le homard, mais le vrai, le seul, le meilleur, le breton, le bigouden.

homard22

Ce fut donc « Miss Homard » qui fut retenu pour le nom de la reine de notre futur bal.

Comme vous pouvez vous en rendre compte, je vous ai cité pratiquement tous les produits de la mer que vous pouvez trouver à Lesconil. Si vous savez les préparer vous ne pouvez que vous régaler.

 Étant tombé d’accord sur le nom de la miss, tout naturellement l’Association intitulée : « Comité du Homard de Lesconil » (C.H.L.).

L’idée s’est vite affinée, peu de temps après, d’autre copains ont adhéré.

le comité s’est étoffé avec un Président, un Vice-Président, un Secrétaire, un Trésorier et des membres du bureau.

Le comité du homard inscrit à la préfecture du Finistère à pu se lancer dans l’organisation de son bal avec élection de Miss Homard.

Des affiches furent éditées et diffusées dans toutes la bigoudennie. On en a mis partout.

Le premier bal du « Comité du Homard »

Jamais nous n’aurions imaginé un tel succès.

Une salle des fêtes bondée dans une ambiance indescriptible.

L’élection de la première « Miss Homard » eu lieu tant bien que mal dans un brouhaha proche de l’hystérie. La « Miss » sans être cuite était rouge de plaisir et les nombreux participants à l’élection en « pincèrent » pour sa coiffe et sa prestance de Miss.

miss homard 1968

Une des recettes du « Homard » bigouden avec un grand  » H !  »

Tout le secret de la recette réside dans le choix des « Homards »:

–         « l’ Homard » ricain,  trop gros,

–         « l’ Homard » russe,  trop froid,

–         « l’ Homard » africain,  trop bronzé,

–         « l’ Homard » asiatique,  trop bridé,

–         « l’ Homard » arabe,  trop typé,

Et pour finir  » l’ Homard Charif « ,  trop acteur.

Préférez un « Homard » Celte ou breton  d’environ 450 grammes

Dans les « Homards» bretons, il existe différents variétés:

–         Le « Galos » des côtes d’Armor,  très rapides,

–        Le « Morbihanais », en général trop petits (Bihan),

–         Le « Bigouden » reconnaissable à sa coiffe,

On reconnait l’âge du « Homard bigouden » à la hauteur de sa coiffe.

Petite au départ, elle faisait en général 33 cm dans les années soixante. Heureusement qu’elle avait arrêté de grandir au gré du temps, sinon elle aurait pu atteindre des tailles irraisonnées. IL y avait quand même, chez les bigoudennes,  une volonté, un défi  de faire mieux que la voisine:

  • toujours plus beau,
  • toujours plus haut.

Toute en dentelle blanche, la coiffe était amidonnée pour rester bien dressée et ne pas pencher au moindre coup de vent. Lors des « rares temps de pluie », il fallait l’affubler d’un préservatif XXL pour éviter qu’elle ne s’écroule.

Une des recettes du  « Homard bigouden »

Dans un récipient, mettre de l’eau avec un peu de sel du poivre, un bouquet garni (Laurier, thym,romarin)

PHASE 1

Plonger le « homard » vivant dans l’eau bouillante.

Mettre un couvercle pour éviter que le homard ne sorte la pince pour éteindre le gaz…..

Quand le « homard hi bou », sortez le et laisser le égoutter et refroidir.

PHASE 2

Couper chaque « homard » en deux parties égales ;

Évider la tête ;

Pré casser les grosses pinces.

PHASE 3

Préparer la sauce en faisant revenir dans du beurre et de l’oignon ;

Et des échalotes émincés environ 5/10 minutes.


Rajouter l’ail coupé en morceaux, les carottes râpées ;

Les tomates pelées avec le jus et le concentré de tomate.

Rajouter du vin blanc et assaisonner. Laisser mijoter 30 minutes.

PHASE 4

Accompagnement du « Homard Bigouden »

Faire cuire sur feu moyen les « homards » dans du beurre,

Assaisonner (sel, poivre) puis flamber au Cognac.

Au bout des 30 min, passer la sauce au moulin à légumes,

Laisser à nouveau mijoter doucement 10 min.

Homard 1er de « Langogen » petit fils de « Toutenbreton » à dit:

« Même petit « Homard» est grand et bon ,

qui « l’eut  Crus…..t’…acé»

L’épilogue de l’ histoire

Avec quelques bonnes idées et beaucoup d’amitié on peut faire évoluer les mentalités des bigoudens à rendre jaloux les esprits étriqués.

Pourquoi ne pas recréer entre amis, amoureux de Lesconil,

le « NCHL » ( Nouveau Comité du Homard de Lesconil).

Mais tout ceci n’est qu’un rêve… Homard…Si ?..

Le bigouden n’est pas un individu pingre et renfermé comme certains essayent de le caricaturer.

Il est fier, rebelle généreux et têtu.

Il est souvent désintéressé tout en gardant  un  caractère pudique, parfois renfermé car il a peur de perdre la face « ar fez » ( la honte).

Mon grand-père Pierre Marie Quintric sur son caseyeur « Le Laffaux » devant les rochers des Enizans

Certains n’hésitent pas à risquer leur vie  pour sauver celle des autres.

Mon grand-père faisait parti de ces héros.

 « Le bigouden, en plus du sang , a aussi de l’eau salée qui lui coule dans les veines »

L’abri du canot de sauvetage et les bars  » A la descente du marin  » et le « Quincy » ex « Men ar Groaz »sur le port  de  Lesconil.

Qu’il est agréable de prendre un verre au soleil , avec le port grand ouvert devant vous, aux terrasses de ces deux établissement sympathiques.

Même les goélands apprécient les menus, mais celui-ci semble trouver le service un peu lent…

Jean Claude Quideau