B n B à Lesconil, Beaux Bars et Bobards

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Le faux bar du « Tad an Diaoul » qui servit de décor au film de pierre Schoendoerffer « La haut, un roi au dessus des nuages » en 2003 avec Jacques Perrin, Bruno Crémer.

Avant-propos

Un bar, un beau, un vrai, un bon, un savoureux, un authentique.

Les histoires de bars, de « bobards » de « bars beaux »  de « loubards » et même de « Bombard » ne manquaient pas en ce temps-là  dans le petit port de Lesconil.

Encore faut-il savoir ce que l’on entend par « bar ».

Une enquête approfondie avec un retour aux sources (nombreuses dans un bar)  est nécessaire pour essayer de percer ce mystère.

Le terme de « Bar » désigne principalement deux espèces de poissons :

– le Dicentrarchus labrax  (commun),

– le Dicentrarchus punctatus  (tacheté).

Le mot « Bar » vient de l’allemand « Barsch» (il faut bien prononcer le « R » avec le « CH » comme en breton pour éviter la confusion avec « barge »).

Il y a aussi deux appellations distinctes pour un même poisson : bar et loup

loup

Le Loup

Le loup est un carnassier craintif, pas facile à attraper se cachant  dans des endroits difficiles d’accès. Contrairement à son homonyme terrestre, le  loup de mer n’attaque pas en meute pour capturer ses proies. Il est plutôt du genre solitaire.

Pourquoi un terme aussi peu attirant pour un poisson aussi noble. C’est peut-être pour leur côté sauvage que les pêcheurs méditerranéens lui ont attribué ce nom. Il est vrai que le loup se jette facilement sur ses proies.

Le bar

Le bar breton est un poisson très apprécié, surtout quand il s’agit du « bar de ligne ».

On le pêche à la traîne avec une ligne équipée d’une cuillère. Ce n’est pas une plaisanterie,  la cuillère n’est pas celle qui sert à manger la soupe, mais une vague esquisse brillante munie d’un grappin.

Il n’était pas nécessaire qu’elle fut en argent, le bar tout en étant un poisson noble ne dédaigne pas de se jeter sur une cuillère en plomb ou en toc.

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Il ne dédaigne pas non plus de se jeter, carnivore qu’il est, sur un « rapala » pourvu que celui ci fut à son goût. Pour les non pêcheur, un rapala est un leurre, en général, une imitation d’un petit poisson.

rapalaLe rapala géant du Comptoir de la Mer au Guilvinec

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rapala géant du Comptoir de la Mer du Guilvinec

Le bar aime aussi les vers de vase, lombrics, avec une préférence pour la Néréide ou gravette.

Le bar, qui est un carnassier plutôt vorace, se jette  sur la cuillère croyant attraper une sardine.

Il aime chasser dans les forts courants marins comme ceux du Raz de Sein.

Dans ma jeunesse, durant les périodes d’hiver, les bars venait frayer dans le Ster et qu’il n’était pas rare d’en pêcher depuis la digue.

J’ai eu la chance d’en attraper, quand la marée montait et que le courant était fort. La construction du pont digue a fait disparaitre cette migration.

De nos jours, les prises de bars sauvages se faisant plus rares, même dans les courants du raz de Sein,  la production aquacole est devenue un enjeu majeur.

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Les élevages disposent de stocks de géniteurs dont la ponte peut être déclenchée à tout moment dans l’année.

Les juvéniles passent de quelques grammes à plus d’une livre en deux ans.

Le bar d’élevage n’a pas du tout a même saveur que le bar sauvage en particulier celui pêché à la ligne.

Après la seconde guerre mondiale, la commune de Plobannalec-Lesconil connu une période florissante, en particulier le port.

La pêche était abondante, car durant toute la période d’occupation, les ressources halieutiques avaient eu le temps de prospérer, « Gast donc ». Il faut souligner que durant cette période la « Gast » (douane allemande) veillait au grain et ne délivrait les autorisations de pêche qu’au compte-goutte.

La  libération avait eu un effet bénéfique sur les toutes les « bourses » et on put alors assister au boum des constructions neuves , bateaux et maisons, comme à celui des naissances.

Poussé par la progression de l’armée allemande quelques familles vinrent s’installer à Lesconil.

Un de ces réfugiés venant du nord de la France, vint s’y  installer et devint marin pêcheur.

Il disait avec son accent de « ch’ti » : « Lesconil est un petit pays qui n’est pas grand ». Même monsieur de La Palisse n’aurait pas fait mieux.

Bon bar ou plutôt Bombard

Tous les marins du  monde connaissent cette fameuse annexe en caoutchouc de type « zodiac » qui à l’origine devait servir de radeau de survie pour les naufragés.

L’inventeur du soit disant « Insubmersible »  ou plutôt son « pilote expérimentateur » fut le très controversé docteur Bombard qui testa seul sur son radeau  dénommé « l’Hérétique » la traversée de l’Atlantique, sans vivre et sans eau.

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Le 3 octobre 1958, Alain Bombard, voulu expérimenter son radeau de survie par gros temps.

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Il choisit  pour son expérimentation la « barre d’ Etel », zone dangereuse par excellence  à cause des courants, des bancs de sable et des grandes lames qui se forment à l’embouchure du goulet de la rivière lorsque le jusant de la ria rencontre les hauts fonds ou se  forment  les bancs de sable. Le phénomène est accentué par fort vent de suroit qui contrarie l’écoulement des eaux.

L’expérience tourna au drame. Le radeau « Bombard »  se retourna.

Le bateau de sauvetage d’ Etel « Vice-Amiral Schwerer » vint au secours des naufragés.Malheureusement un orin se prit dans l’hélice et sans propulseur, ne pouvant plus manœuvrer, il se mit en travers des lames et n’étant pas un canot dit « insubmersible », chavira à son tour.

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Le bilan fut très lourd: neuf morts dont cinq de la Société de Sauvetage en Mer d’ Etel et quatre des six passagers volontaires du radeau  d’Alain Bombard.

A propos de « « Bombard » , quelques anecdotes, pas des bobards, circulaient dans les bars de Lesconil.

Alain Bombard était marié en première noce à madame Calvet, Docteur en médecine, dont les parents possédaient la grande maison près du sémaphore.

Il adorait faire de la plongée  en apnée au tombant du Goudoul.

Ma mère m’a raconté que quand il avait la chance de ferrer une belle vieille  commune ou coquette (je ne parle pas d’une personne d’un certain âge mais des poissons de roche appelés labrus bergyita ou labrus vixtus), il faisait le tour du port et des rues de Lesconil pour montrer sa capture et non… sa conquête…

La vieille ne figure toujours pas dans la catégorie des poissons dit « nobles », sans doute à cause de ce nom populaire et de l’aspect ridé de sa tête.

Pourtant une bonne « velour groar » (orthographe breton phonétique), une belle vieille cuite à la vapeur sur un lit de pommes de terre est un plat délicieux.

Après une chute malencontreuse en vélo, ma mère m’a conduit chez le docteur Calvet qui était absente. C’est donc Alain Bombard qui a essayé, tant bien que mal, de me remettre la côte cassée en place. N’étant pas vraiment docteur au sens étymologique du terme mais plutôt « biologiste marin », le résultat ne fut pas probant.

Après son expérience dramatique d’Etel et une période de dépression, Alain Bombard fut appelé comme « Délégué Général » du Musée Océanographique fondé et financé par Paul Ricard sur l’île des Embiez.

Au bout de quelques années d’oubli sur l’archipel, Bombard, qui aimait être sous les projecteurs, passait plus de temps à faire de la politique que de s’occuper du sexe ou de  la reproduction des mollusques, moules, palourdes ou bigorneaux.

Il fut quelque temps, de 1979 à 1985, conseiller général du canton de Six-Fours les Plages. Il eut son heure de gloire en devenant durant une très brève période pour ne pas dire supersonique, un mois en 1981,  secrétaire d’État à l’environnement du gouvernement de Pierre Mauroy.

En 2002, lorsque j’étais Responsable du Développement de la Société Paul Ricard, j’ai revu Alain Bombard à Six-Fours les Plages et Bandol

Une autre anecdote lesconiloise concernant Alain Bombard.

Il s’était lié d’amitié avec le docteur Colin qui venait de s’installer à lesconil et qui avait son premier cabinet dans sa maison sur les dunes pas très loin de la bâtisse du sémaphore.

Françoise Colin, la fille du docteur, a bien voulu me raconter cette histoire au sujet de son père et de Bombard.

Ils partaient parfois en bateau pêcher dans les parages de l’archipel des Glénan.

A cette époque les ilots étaient quasiment désertiques.

Après la partie de pêche, ils se baignaient en « simple appareil », je ne parle pas d’un quelconque appareil photo ou autre, mais plutôt de l’absence de maillot de bain.

Il est vrai que durant cette période, les « naïades bigoudènes » n’étaient pas légion sur les plages.

Dans ma jeunesse, je n’ai jamais vu une bigoudène dans l’eau, à part les pieds.

Ils étaient sans aucun doute les pionniers de la plongée « sans appareil » contrairement aux « Mousquemers » qui avaient inventé l’appareil de plongée le scaphandre autonome.

Les Mousquemers sont les pendants des Mousquetaires, sauf que leurs terrains de jeux n’étaient pas sur terre mais sous la mer.

Comme eux ils étaient quatre :

  • Le capitaine de corvette Philippe Taillez
  • Le lieutenant de vaisseau Jacques-Yves Cousteau
  • Frédéric Dumas
  • L’ingénieur Emile Gagnan (trop souvent oublié)

A ces quatre pionniers, il faut ajouter l’officier mécanicien Léon Veche (complètement occulté)

Les mousquemers furent les pionniers de la plongée en France. Ils sont à l’origine de nombreuses inventions concernant comme :

  • Le scaphandre autonome (bouteilles d’air comprimé)
  • Le détendeur d’air
  • Le masque de plongée

Le commandant Philippe Taillez fut le premier commandant du Groupe d’ Études et de Recherches Sous-marine (GERS) de la Marine nationale en 1945 qui deviendra le Groupe d’Intervention Sous la MER (GISMER) et de nos jours la CEllule de Plongée Humaine et d’Intervention Sous la MER (CEPHISMER).

Les palmes qu’utilisaient les mousquemers furent inventés par le capitaine de corvette Louis de Corlieu qui habitait près du port de Six-Fours Le Brusc face à l’archipel des Embiez et de la petite île du Gaou ou se trouve la plaque commémorative des plongées des mousquemers.

Le 10 mai 2002, j’ai participé à cette inauguration en compagnie de Patricia Ricard, Présidente de l’Institut  Océanographique Paul Ricard.

Le musée océanographique Paul Ricard est le seul musée « privé » au monde.

Pour la petite histoire:

  • En 2016, des ossements humains furent découverts à côté de l’ex villa Calvet au Goudoul, sans qu’on sache leur provenance. L’énigme perdure encore de nos jours.

Durant la seconde guerre mondiale, les allemands de « la Gast » (douane) occupaient le sémaphore. Un épisode tragique a eu lieu peu avant la libération à Lesconil. Y aurait t’il une relation et une piste en ce qui concerne ces ossements ?

Pour tout savoir sur cette histoire suivez le lien ci dessous:

https://kermokostories.wordpress.com/2016/01/23/du-sang-sur-la-plage-de-la-torche/

maison-calvet

Malgré son impopularité surtout du côté du golfe du Morbihan , Alain Bombard à été le précurseur du problème de la survie en mer. Il a convaincu les gens de mer de la nécessité d’embarquer à bord de tous les navires des radeaux pneumatiques. Les progrès du largage et du gonflage automatique sont venus conforter cette absolue nécessité.   Il n’est pas un navire qui ne soit équipé d’un « Bombard ».

Le bar, débit de boissons et non de poissons

Mais revenons à notre sujet…le bar, mais pas celui capturé par les pêcheurs à la « barre » de leurs  sa  « barques » ou « barcasses », et qu’on mange avec délectation, mais plutôt celui dans lequel on consomme liquide.

Parfois le bar proposait une autre activité mercantile comme  le tabac, les journaux, le pain et même la viande. Le bar avait d’autres appellations telles que: Buvette, bistrot, café, troquet, gargote, taverne, débit de boissons etc…

En ce temps-là, la boisson phare du marin était le vin rouge. Pas un Pommard, un Margaux  ou un Château-Laffitte, mais plutôt un vin corsé titrant 13 ou 14 degrés qui venait en droite ligne d’ Afrique du nord par la mer dans des « pinardiers » jusqu’au port du Corniguel à Quimper. Le vin était directement pompé les cuves pour être transféré dans des chais.

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Des camions citernes convoyaient ensuite ce breuvage épais qui titrait 14 ou 15 degrés d’alcool vers les unités d’embouteillage.

Les quais du port de Brest étaient pourvus de « pipeline à vin »  qui permettaient le remplissage des cuves de « pinard » des bateaux de guerre.

Le vin était stocké dans des cuves en ferraille située à l’avant du bateau. Du bromure y était ajouté. Le vin était brassé en mer et il tournait vite au vinaigre. Il fallait avoir l’estomac blindé pour ingurgiter un tel breuvage. Le « picrate » était servi dans des bidons, un quart par marin.

Les marques les plus connues à l’époque et  dont je me souviens étaient:

le Margnat, le Kiravi, le Sénéclauze.

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Les vieux marins disaient:

« le Margnat, l’ami de l’estomac ». Il aurait été plus judicieux de dire:

« le Margnat, des trous dans l’estomac »,

Trop  plein de « Kiravi  » adieu la vie ».

« le Sénéclauze », avec deux ou trois  verres l’affaire est clause.

Un peu d’histoire de ces vins d’Algérie

Le vin « Margnat »

margnatEdouard Margnat est un des premiers négociants en vins. Il crée ses chais à Marseille, au quai de la Tourette. Il fait venir le vin d’Algérie), Ses fils Paul, Robert et Jacques, lui succèdent à partir de 1940. Ils vont être connus dans le milieu du vin sous le surnom des « Frères Margnat ». Par la publicité sur les murs, chez les détaillants, le long des routes et sur les camions de livraison, le « vin Margnat » va devenir progressivement au cours de ces années un terme familier dans le paysage des villes et des campagnes françaises.

Le vin « Kiravi »

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La société Sapvin de Marseille est dépositaire de la marque « Kiravi ».  Sapvin absorbe en 1965 la Société des Vins de France de Lyon. Sapvin est alors un des premiers négociants français. En 1967, Sapvin est absorbée à son tour par la société Margnat.

Le vin « Sénéclauze »

seneclauzeThéodore Sénéclauze, monte en 1890 à Oran en Algérie une affaire de négoce de vin en barriques. Théodore Sénéclauze est sans doute le premier à avoir lancé ce système de distribution. Bientôt la Maison Sénéclauze se spécialise dans la sélection de vins d’Algérie et particulièrement d’ Oranie.

Pierre Sénéclauze, son fils, fait l’acquisition en 1935 du  Grand Cru classé « Château Marquis de Terme » à Margaux.

En 1962,  la famille Sénéclauze s’installe à Marseille. La Maison poursuit ses activités de distribution de vins d’Algérie en ajoutant à sa gamme des vins du Sud de la France.

Les marins bretons de cette époque consommaient en priorité ce vin rouge rugueux venant des coteaux du  Maghreb car il n’était pas onéreux.

Le quart était l’unité de mesure par excellence. Les quarts étaient remplis à raz bord.

quartPour  boire sans en renverser la moindre goutte, les marins utilisaient la méthode dite du  « Meutou kozh ».

Cette méthode consistait à ne pas prendre le verre avec la main, au risque de renverser le précieux liquide, mais de rapprocher ses lèvres  du bord du verre et d’aspirer pour faire baisser le niveau. C’est seulement après cette première et délicate opération que le verre pouvait être saisi sans risque de débordement.

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Je me souviens d’une anecdote qui se racontait entre marins à Brest.

C’était à n’en pas douter un bobard pour se moquer des marins des ports (marins des remorqueurs) surnommés « Margats ».

« Yann ar Gall » , un vieux quartier maître-chef au dessus de 10 ans de grade « Margat », mais aussi « Margnat » à toutes heures , passe un test pour  essayer de passer au grade de  second-maître.

Le maître principal examinateur lui demande: « Le Gall » pouvez vous me dire combien y a t’il de quarts dans un litre ».

Yann réfléchi un bon moment en se frisant une moustache décolorée tirant sur le rouge Margat et annonce, sur de lui:  » Trois bons! Maître principal »

D’où vient ce surnom de « Margat »?

Sans doute du nom d’une espèce de  mouettes qui tournent et virevoltent dans les ports, tout comme le font les petits remorqueurs de rade autour d’un grand bateau pour l’aider à accoster.

Le bar,  lieu de convivialité

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A cette époque, point de télé ni d’internet, les bars étaient le lieu de rendez-vous des marins et des autochtones ou toute la vie locale se déclinait,  la vrai, comme la fausse.

Si les murs des bars de Lesconil pouvaient parler, ils nous raconteraient des histoires de marins « barbus», qui racontaient des « bobards », « conchenou » et autres « ouin ouin » de  la vie locale.

Dans ces estaminets, les rumeurs allaient bon train. Les absents avaient systématiquement le droit à un costume sur mesure. On y rencontrait des personnages haut en couleur comme :

  • Les marins« barbus » « baragouinant » dans leurs  « barbes» fournies,

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  • Le «barbouze » qui racontait ses périples sur les côtes  de « Zamzi bar »,
  • Le «bar bot» qui se gaussait d’histoires de « slibars » et de « ni bars »,
  • Le « barjot » qui se prend pour un « malabar« ,
  • Le « loubard » qui ventait ses exploits de loup de « barrière »,

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  • Le « barde» qui chantait de la musique « bar oque »,
  • Le « Malbar » qui se souvenait de la fête du « kabar» sur son île,*

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  • Le «baron » qui parlait de sa « baronne »,
  • Le « barman » qui tirait du vin de  sa « barrique »,
  • Le « barjo » qui exhibait son « Kalbar » à fleurs,

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  • Le « barbare » qui voulait expier ses péchés pour atteindre au « baradoz ».(« baradoz » en breton signifie: « Paradis »).

Ce paradis existe bien à quelques encablures de Lesconil, au pays des Tartares.

De bars en bars en évitant les embardées

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Avec sextant et boussole, pour éviter de perdre la route

Embarquez dans la barcasse pour une navigation erratique, en faisant escale dans les différents bars, cafés, buvettes, débits, bistrots et estaminets, qui jalonnaient le port. La plupart de ces escales mythiques ont disparues à jamais.

Par le passé, les mauvaises langues disaient qu’à Lesconil il y avait autant de bars que de bateaux, mais ce n’était qu’un mythe. En réalité on a compté dans les années d’après guerre entre 1950 et 1970 vingt-sept bars pour une cinquantaine de « Malamoks » et une vingtaine de « Misainiers ».

Les bateaux accostaient de part et d’autre de la cale en pente qui servait à mettre à l’eau le canot de sauvetage. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les marins remontaient la cale pour se rendre à  la Descente des Marins », notre première escale.

A la « Descente des Marins »

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La « descente des marins »dans les années 1920

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Ce bar fut construit par la famille Kerling dans une grande bâtisse sur le port derrière l’abri du canot de sauvetage entre les deux postes des  douanes.

Plus tard, le café fut tenu par Madame le Garrec dite « Bouclettes ».

Parfois, avec mon grand-père, j’ai eu l’occasion d’entrer dans le lieu et j’en garde un  vague souvenir.

Passé la porte et une petite marche, on pénétrait dans le café qui me paraissait sombre et austère. Le sol du bar était en terre battue, le comptoir se trouvait au fond à droite avec derrière, à peine visible,  la patronne aux cheveux blancs bouclés.

Une porte permettait d’accéder à une cour intérieure ou était installé de grandes cuves posées sur des tréteaux  et chauffées au feu de bois.

L’une d’entre elles contenait du coaltar qui servait à colmater les coques et surtout à enduire les casiers;

Dans la seconde bouillonnait une mixture rougeâtre qui servait à teindre les voiles et les cordages.

Pendant que les cordages et les voiles trempaient dans le liquide chaud couleur de sang, les marins patientaient au comptoir en descendant quelques chopines de vin rouge. Le bar méritait bien son nom car la descente était conséquente.

La famille kerling avait vendus le bar pour faire construire, un peu plus loin sur le port,  un établissement hôtelier avec une épicerie et bien sur un petit bar. Nous y ferons escale plus tard.

Le bar « A la Descente des Marins » existe encore de nos jours.

Il n’y a pas que les marins pour faire escale à la « Descente des Marins ». Ce superbe goéland est venu voir le menu avant de s’installer en terrasse face au port.

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Après la descente des marins, peu de route à faire pour amerrir au « Café du Port ».

De la  » Buvette » au « Quincy » en passant par le  « Café du Port »

A quelques encablures, l’abri du canot de sauvetage n’existait pas encore,  fut construit la « Buvette » du port. le premier propriétaire était Théodore Goulard. Théo et son épouse, que les marins appelaient gentiment « tante Adèle », ont tenu ce bistrot de marins dès les années 1900.

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Après la seconde guerre mondiale la buvette fut vendue à François Tanguy dit « Fanch ».

La « buvette » changea de nom pour devenir le  » Café du Port ».

« Fanch » était un petit personnage, court sur pattes mais haut en couleur,  qui n’hésitait pas à remettre sa tournée aux clients les plus fidèles. Cela lui permettait aussi de ne pas avoir le gosier trop sec tout au long de la journée.

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Le « Café du Port »,  du simple bistrot de marins, s’agrandit pour devenir la crêperie « du Vieux Logis » avec une petite restauration des produits de la mer.

Le « Men Ar Groaz » ( la pierre du milieu)

Plus tard un troisième bar, vint s’immiscer sur petite place derrière le bâtiment de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN) ex Hospitaliers Sauveteurs Bretons (HSB) qui servi d’abri pour les canots de sauvetage « Foubert de Bizy » jusqu’en 1910, puis « Amiral de Maigret » jusqu’en septembre 1952.

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Par la suite le bâtiment fut transformé en criée aux poissons, puis entièrement rasé.

Les marins arrivés en canot depuis les malamoks mouillés dans le port débarquaient leur pêche sur des charrettes et ils remontaient la cale en pente jusque dans la criée ou les produits de leur pêche étaient exposés pour être vendus. Les mareyeurs se tenaient de part et d’autre des charrettes sur des estrades d’où ils pouvaient jauger le contenu des caisses et acheter la marchandise au prix du « crieur ».

Le « Men ar Groas » fut le bar branché de la jeunesse lesconiloise des années 1960/1970. Il avait été construit par Jean Claude Bozec le propriétaire.

jukeboxDans le bar un jukebox faisait entendre les chansons et musiques des années « Salut les Copains ». Les vinyles 78 tours des « Chaussettes Noires » d’Eddy Mitchell, des « Chats Sauvages » de Dick Rivers, qu’imitait mon copain Jean Claude Charlot, tournaient sans discontinuer en boucle sur le jukebox en diffusant  les paroles et musiques Rock and  Roll des chanteurs et des groupes en vogue de l’époque « Yé Yé ».  » Tombe la neige », « Elle était si jolie » , « J’entends siffler le train », « Capri c’est fini », » Nathalie », « les copains d’abord » et bien d’autres encore.

Plus tard, fini l’insouciance des années « Age Tendre et Têtes de bois »,  le « Men Ar Groas » fut vendu et il plongea vers les profondeurs pour devenir «  les Abysses ».

De nos jours, le « Café du Port » et les « Abysses» sont réunis en un seul et même établissement : «  le Quincy ».

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A partir de 1998, le « Quincy » va servir de QG à l’équipe du Suisse Bernard Stamm tout au long de la construction du voilier qu’il destine pour le Vendée Globe de 2000/2001. Le chantier est situé non loin de là sur le port dans un hangar  face au « Comptoir de la Mer ».

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En 1999 les demi-coques sont démoulées  avec l’aide des habitants de Lesconil.

Le bateau est un plan Rolland de 60 pieds en carbone. Il mesure 18 m 28  pour 5,63 de largeur avec un déplacement de 8,8 tonnes. Il a une voilure de 335 m2.

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En 2001  Superbigou a battu le record de traversée de l’Atlantique en 8 jours 20 heures.

Pour la petite histoire, « Superbigou » a été racheté par le Suisse Alan Roura. Devenu « La Fabrique« ,  Il participe au Vendée Globe 2016/217.

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Quittons la place du port et ses trois débits de boissons par la rue du Port. Il ne faut pas plus d’une centaine de pas pour nous retrouver dans un nouveau « triangle de bars ». Le plus ancien d’entre eux était le débit tabac Cariou.

Débitant de tabac Cariou

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Situé à l’angle de la rue du Port et la Grand Rue de nos jours, rue Jean Jaurès, ce bar construit au début des années 1900  par Germain Cariou, était plutôt connu sous le nom de chez « Pitt ».

Plus tard vers 1910, le bar, débit de tabac fut tenu par « Fine » Cariou.

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carotte-de-tabacLes marins des années 1900 portaient des bérets à larges bords pour se protéger de la pluie et des embruns. Ils étaient aussi bien pratique pour y glisser le rouleau de tabac à chiquer qu’ils appelaient : « la carotte » pas à cause de la couleur, mais plutôt pour la forme.

A propos de « Pitt » et de « Fine », une anecdote circulait entre marins dans les bars de Lesconil.

Peut être que ce n’était qu’un  » bobard »…de plus…?

« Per Bihan » et « Youtar » son attablés chez « Pitt ». Ils commandent un verre de lambig pour se réchauffer le gosier après leur retour de mer.

« Fine » rempli les verres sans « faux col » en prenant soin de ne pas déborder.

« Youtard » aussitôt s’écrit :  » Fine, j’ai l’impression que  ton lambig s’est noyé! »

« Per Bihan » confirme les dires :  » Ar boeson zo kuit ! »

Derrière le comptoir « Pitt » qui a suivi la conversation, dit discrètement à l’oreille de « Fine » :

« je t’avais dit, tu as trop mis d’eau dans le lambig »

« Fine » se croyait maline, mais pas assez pour tromper ces vieux « loups de mer ».

Après la seconde guerre mondiale, l’établissement fut racheté par la famille Le Faou.

Fini la vente de tabac, le petit bar est maintenu. Un étal de boucher voit le jour.

Plus tard un petit super marché  « SPAR » a vu le jour rue Joliot Curie.

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De nos jours, il n’y a plus de boucherie ni de bar. L’immeuble a été vendu.

En face de chez « Pitt », toujours dans le triangle des bars, il y avait un autre débit de boissons très fréquenté par les marins:  l’hôtel du port.

« L’hôtel du Port »

Cet établissement construit en 1925 par Guillaume Corcuff comprenait en rez de chaussé, une boulangerie -débit.

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Plus tard, l’établissement fut tenu par Louis Stephan et son épouse Yvonne Corcuff dit « Vovonne ».

Louis tenait le bar, qui avait été aménagé en lieu et place de la boulangerie. « Vovonne’ tenait la petite confiserie attenante au bar sur la partie gauche.

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Le bar de l’hôtel du port « Chez Louis »

Louis Stéphan, le patron, régnait en maître derrière le haut comptoir en zinc de son petit bar donnant sur la rue du port. De nos jours, le local est devenu une pizzéria snack grill au nom de « la Paillotte ».

Derrière le comptoir l’œil était attiré par un énorme crabe aux pattes tentaculaires qui semblait ramper sur une bonne partie du mur. Si l’araignée de mer est une espèce endémique de nos côtes, ce type de crabe est totalement inconnu.

Le « Macrocheira Kaemferi » communément appelé crabe-araignée géant du japon est une araignée de mer dont le mâle peut atteindre plus de 3 mètres d’envergure. Celui du bar à Louis faisait bien 1,50 mètres.

En semaine, le bar était très calme, seul quelques « notables » venaient ensemble prendre leur petit verre de vin blanc. Il y avait entre autres, un ancien maire, un directeur d’école, un instituteur…il ne manquait plus que le curé pour être « Pagnolesque ».

Le soir, après l’arrivée des chalutiers au port, la pêche vendue en criée, les équipages venaient prendre un verre appelé « chopine de pêche » avant de rentrer à la maison pour la soupe.

Le samedi après-midi, le bar connaissait une grande affluence car certains équipages de malamoks se retrouvaient pour « loder » (partager) le fruit de la pêche de  toute la semaine. Louis mettait à disposition une petite salle au fond du bar ainsi qu’une partie de la salle du restaurant. Après la paye, l’ambiance était chaude. Louis comme son araignée aux pattes tentaculaires se démenait aux quatre coins du bar pour servir les gosiers assoiffés. Dans ces moments-là, Louis devenait bourru avec la pression et…22 de tension.

Les souvenirs qui me resteront de Louis Stéphan, en plus d’être un grand ami de mon père, tous deux conscrits et natifs de Plobannalec, c’est sa gentillesse.

Plus tard, suite à des agrandissements de l’hôtel du port, un autre bar verra le jour rue des Équipages. Ce bar sera tenu par Vovonne ».

Attenant à « l’ Hôtel du Port » un autre bar-tabac-journaux, vit le jour dans les années 1950.

Tenu par Pierre et Francine Draoulec, l’établissement vendait également les billets d’accès aux  bus desservant les villes des alentours, jusqu’à la gare de Quimper. Pierre Draoulec était l’un des chauffeurs.

« L’Escale »

Plus tard, le bar tabac librairie journaux  fut appelé  » L’Escale ». Il est de nos jours tenu par Pierrick Draoulec et son épouse.

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A la pointe du triangle, pas celui des Bermudes, à l’endroit où se trouvait jadis l’ancienne conserverie de poissons Maingourd,  « ar fritur cozh », vit le jour dans un vieux penty qui avait servi pendant un certain temps de Poste Centrale, la maison de la côte : « Ty an Aod ».

L’auberge « Ty an Aod »( la maison de la côte)

Ce bar situé place de la résistance ouvrit ses portes en 1971. Il était tenu par Gilbert et Nicole Divanac’h. Sur le côté du bar, les propriétaires y installèrent une petite auberge.

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Le comptoir du bar était  original,  fait une demi-coque de bateau. Gilbert était toujours à la barre avec le sourire.

Les soirées étaient conviviales et souvent musicales ce qui n’a pas manquer d’attirer de nombreux chanteurs bretons comme Alan Stivell, Dan ar Braz et même le canadien Gilles Vigneault. La notoriété des lieux était acquise, mais un apéritif typiquement  bigouden au « pouvoir renversant » va en augmenter les effets. Gilbert jamais à court d’idées, fut l’inventeur du « diboulac’h », qui se prononce : « diboular »

Le « diboulac’h », kesako ?

Le « diboulac’h » est une boisson composée d’un mélange de crème de cassis et d’eau de vie de cidre dénommé «  lambig ». Le lambig est le pendant du Calva normand. Cet apéritif bigouden était connu sous le nom de mélange cassis, « mêlécass »pour les anciens. .

Alors pourquoi ce nom de « diboulac’h » ?

La dose de lambig bien supérieure à celle du « mêlécass » était aussi variable suivant l’humeur du patron et la tête du consommateur. Surtout pas de glaçon qui aurait altéré le parfum subtil du mélange de la pomme et du cassis.

Après un verre de ce breuvage, l’humeur virait au beau fixe, après deux verres il y avait déjà quelques coups de soleil sur la figure, un troisième verre c’était plein feu dans la mature. Tangage et roulis assuré.

Au tout début, un client lui demande : « Gilbert, ton cocktail est excellent, comment tu l’appelles ? ».

Gilbert réfléchi. Il aperçoit sur le mur du bar le grand cadre avec la photo d’un vieux gréement  bigouden dont le nom est « Diboulac’h ».

Un « diboulac’h » !,  dit-il fièrement ».

En 2009, l’auberge « Ty an Aod » est vendue, elle change de propriétaire et de nom pour devenir « Leskobar ».

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Aujourd’hui le « Leskobar » est de nouveau à vendre.

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En se dirigeant  vers le quartier de Pontruche, de nos jours rue Joliot Curie, deux imposantes bâtisses possédaient chacun un discret petit bar.

« Hôtel Bellevue »

Le premier était situé dans l’hôtel « Bellevue ». Cet établissement tenu par les sœurs Kerling possédait également une petite épicerie attenante au bar.

Les marins qui passaient à l’épicerie acheter une « petite bricole » pour la maison, sur demande de madame, n’omettaient pas non plus  de commander un petit verre au bar.   Le bar à double emploi (bar-épicerie ou tabac ou boucherie)  a toujours été un bon plan pour les tenanciers. Ils faisaient d’une pierre deux coups.

« Hôtel de la Plage »

Le second, était situé dans « l’Hôtel de la Plage » tenu par madame Cossec-Keraudren. C’était également une halte discrète avant le retour à la maison pour la soupe du soir.

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La salle de restaurant de l’hôtel de la Plage

Une chambre donnant sur le port de l’hôtel de la Plage

L’Hôtel de la Plage mis en vente, se dégrade petit à petit.

Exit aussi  l’hôtel « Bellevue » et son restaurant, l’établissement est  devenu l’imposant bar PMU  « Le Galion ».

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Le « Grand Hôtel des Dunes »

Plus loin à la sortie de la commune, sur la route du sémaphore (rue Laennec), le « Grand Hôtel des Dunes » possédait également son petit bar.

Cet hôtel restaurant est toujours la propriété de la famille  Le Bec.

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En venant par la route de Plobannalec, de nos jours appelée « Rue de la Libération »  nous ferons  escale dans les différents bars, buvettes, débits, bistrots et estaminets, qui jalonnaient les routes qui menaient au port de pêche. La plupart de ces escales ont disparus à jamais.

La « Buvette » Boulangerie d’ Henri Chever

Cette « buvette », dont il ne reste que l’enseigne effacée sur la bâtisse, était le premier bar à l’entrée de Lesconil actuellement sise rue des hirondelles.

Les habitués du quartier de  Penaruen s’adonnaient la galoche sur le chemin devant la buvette.

Pourquoi ce terme de buvette ?

Dans les stations thermales, la buvette est un endroit où l’on boit « les eaux ».

De nos jours, dans une buvette, on y boit plutôt du vin que de l’eau.

Je me souviens que par le passé, sur le port de Saint Guénolé, il y avait une petite buvette dont l’enseigne sur la façade était la suivante :

« O 20 100 O »

 Il fallait trouver et oser : « au vin sans eau »

Henri Chever était principalement boulanger et son pain était réputé.

Chez Chever comme pour l’eucharistie, il y avait le pain et le vin, mais je ne pense pas qu’à la sortie l’absolution était acquise.

Toujours est il qu’il y avait souvent un  « petit coup pour la route », pour se rendre  au cimetière et un « petit coup à  la mémoire » du défunt au retour.

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Les habitants de Penaruen et de Menez Veil venaient très souvent faire cuire leur riz au lait dans le four du boulanger.

A la droite de l’entrée, il y avait un grand comptoir en bois. Sur sa face avant, des panneaux peints de couleurs vives, façon tapisserie,  représentaient des paysages bucoliques de champs de fleurs.

Un jour, un couple de touristes néerlandais, de passage dans le pays bigouden, s’arrête pour quelques jours dans le petit port de Lesconil.

En se promenant dans cet endroit, à l’entrée du village, connu seulement des autochtones et des joueurs de galoches, ils entrent dans le bar pour se désaltérer et tombent en admiration devant le comptoir entièrement peint à la main.

Amoureux des fleurs, en particulier des tulipes et des jacinthes comme tous les hollandais, Ils décident aussitôt de l’acheter et en offrent un bon prix à Henri Chever. Malheureusement le comptoir était indispensable à Henri pour poser les verres et il ne voulait pas s’en séparer.

Plus tard quand le commerce ferma ses portes, le « Bon Coin » n’existant pas encore, le comptoir fut bradé et il disparut à jamais.

La seconde escale n’était pas bien loin, quelques dizaines de mètres, dans le rond-point de la Rue de la République et de la Rue de la Paix.

Le bar de Maï Rouz  (Marie la rousse)

Qui aurait imaginé qu’un petit bar était caché à l’intérieur de ce penty de bord de route ou Il y avait toujours affluence lors des enterrements. En effet après chaque cérémonie au cimetière de Lesconil, les amis du défunt qui revenait à pied y faisaient une halte pour boire un verre et même plusieurs à la mémoire du disparu.

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Si le penty existe encore de nos jours au bord de Rue de la République, plus de halte, le bar s’en est allé, décédé lui aussi. Disparu aussi les cortèges funèbres qui partaient de la maison du défunt derrière le corbillard tracté par un vieux cheval de trait.

A quelques encablures, sur la place de La Roche, le petit bar faisait office d’arrêt de bus.

Quoi de plus logique qu’un petit verre ou  même un quart en attendant son car.

Le bar chez « Per »Din »

Au milieu de la place il y avait un petit bar qui faisait office de bureau de vente des tickets pour les bus.

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Cet établissement était tenu par Pierre Draoulec dit « Per Din« .

En descendant la « Grande Rue » en direction du port, d’autres escales nous attendent.

Bar chez Struillou

Au croisement de la rue de la rue de la République et de la rue Guy Moquet, il y avait une petite boulangerie qui faisait également office de bar chez Maurice Struillou.

Plus tard la boulangerie sera transformée en magasin d’électroménager par Monsieur Tréguer.

De nos jours les locaux sont transformés en une laverie automatique.

Un peu plus bas dans la « grand rue », il y avait un petit bar qui avait fait office de premier  bureau de poste de Lesconil. Il était tenu par un ancien maire de Plobannalec-Lesconil : Hervé Guirriec.

Le bar de l’ Atlantic Hôtel

A quelques encablures, l’ Atlantic Hôtel tenu par Nicolas Stephan puis par Madame Toulemont plus connue sous son nom de jeune fille, Odette Biger, avait bien sur son petit bar.

De temps en temps, la grande salle de restaurant servait de salle de bal.

Plus bas sur la gauche encore une boulangerie, épicerie, boissons tenue par Mrs Draoulec, puis Riou, puis Albout.

Après toutes ces escales, nous revoici  revenu dans le « triangle du port » .

Le bar-boucherie de Marcel Draoulec, le père de « Tintin »

En prenant la rue Pasteur, à l’angle de la rue des Francs-Tireurs, on ne pouvait pas manquer la boucherie-bar de Marcel Draoulec, le père de « Tintin ».

Je me souviens très bien de la disposition des lieux. Il fallait descendre une marche pour accéder au local. La boucherie se trouvait à gauche de l’entrée et le comptoir du bar sur la droite.

Avec l’équipage du « Crap Melen » nous avions rendez-vous tous les samedi après-midi dans la salle du fond pour « loder ». Cette salle servait parfois de salle de restaurant et de bal.

Le « Crap Melen » ( Corail Jaune) à Concarneau

Le terme  breton « Loder » signifie partager. Le « lod » étant le lot, la partie.

« Loder » consiste donc à déterminer la part qui revient à chaque membre de l’équipage du chalutier.

André le Pape, le patron du « Crap Melen »  tel un  « grand argentier » sortait de sa sacoche les liasses de billets, fruit de la vente des prises de la semaine à la  criée de Concarneau.

« Dédé » changeait alors de tablier pour devenir « comptable en chef». Il sortait toutes les factures de son sac et son crayon magique, finement taillé énumérait à voix haute tous les frais occasionnés durant la semaine écoulée : « gaz oïl, vivres, location de la radio, du sondeur… »

Après avoir soustrait les dépenses des recettes, il divisait la somme en deux parts. La première part revenait en totalité au patron armateur et les billets retournaient illico presto dans la sacoche de « Dédé ».

L’autre moitié était divisée par le nombre de matelots, patron compris. Chaque part ainsi obtenue correspondait à la paye de la semaine. Le mousse n’avait qu’une demi-part et le novice ¾ de part.

Les comptes terminés, l’argent rangé, « Dédé » offrait la tournée. Avant de se quitter il donnait l’heure de rendez-vous pour le lundi suivant.

De nos jours,les locaux sont occupés par un cabinet médical.

Boulangerie-bar Cariou

En face de la boucherie de Marcel Draoulec, il y avait la boulangerie de « Célestine » qui faisait également office de bar.

Je me souviens qu’avant de partir en mer, vers 4 heures du matin,  je frappais sur le volet à l’arrière de la boulangerie pour prendre le pain frais pour la semaine. Le pain était mis dans la cale sur la glace pour le conserver au mieux.

De nos jours, exit le bar, mais  la boulangerie perdure sous l’enseigne « Guidal ».

Dans le quartier des quatre vents il y avait deux petits bars dans la rue Romain Rolland, dont le plus connu était celui de Paul Jaffry.

Epicerie-bar chez Paul Jaffry

Ce petit commerce était plus connu sous le nom de « Maï Lay ». Les enfants du quartier passaient souvent pour acheter des bonbons qu’elle vendait dans de gros bocaux.

Quelques mètres plus loin il y avait un autre petit bar qui faisait également office d’épicerie

Epicerie-bar le Coz

Ce commerce était également connu sous le nom de bistrot de « Per Rouz » (Pierre le Rouge).

Quittons le quartier des Quatre-Vents et dirigeons nous vers le Ster Nibilic et l’église « Notre Dame de la Mer ».

Le café de l’église d’ Albert Biger

Le bar était on ne peut plus discret. Normal il se situait à quelques mètres de l’église « Notre Dame de la mer ».

Sa fréquentation était dépendante de celle de l’église. Les jours de baptême, de mariage ou même d’office pour un décès, il y avait quelques clients pas « pratiquants » ni même catholiques dans son petit bar.

Albert n’était pas sectaire et il accueillait toutes les brebis, même elles qui s’étaient égarées.

Albert, était aussi  le grossiste en vin de toute l’agglomération. Il fournissait tous les autres bars ainsi que tous les bateaux de pêche.

Tous les samedi matin, avec ses jeunes employés, étudiants pour la plupart, il faisait déposer les caisses de vin, de bières et d’eau sur le quai devant chaque bateau ayant passé commande comme on peut le voir sur la photo ci dessous à coté du chalutier la Maryse Françoise

En plus de cette activité florissante et lucrative, Albert, infatigable faisait office de taxi.

Tous les lundi matin, à quatre heures, en compagnie d’André le Pape, le patron, et de Louis Chaffron, le mécanicien, j’attendais sur la place de la poste l’arrivée de la DS Citroën commerciale blanche d’Albert qui devait nous conduire au port de Loctudy pour embarquer sur le « Crap Melen ». Je me suis souvent posé la question du pourquoi de toute cette logistique  contraignante et couteuse. Plusieurs chalutiers de Lesconil pratiquaient ce modèle de pêche.

En changeant de chalutier l’année suivante, j’ai découvert un autre univers. Oublié le taxi d’Albert, le chalutage autour de la « base jaune », les débarquements de la pêche toutes les nuits à Concarneau, le retour à Loctudy.

Bienvenu dans l’univers des jours sans fin, avec parfois du chalutage nuit et jour.

Bienvenu sur la « Maryse Françoise », mais ceci est une autre histoire que je me ferais un plaisir de vous raconter ultérieurement.

Un peu plus tard dans les années 1980, face à la cale de l’entrée du Ster, un nouveau bar vint compléter la longue liste des  » Lescobars » disparus à jamais.

Cet établissement était connu sous l’enseigne de « Bar chez Marie Cécile »

Épilogue

Tous les petits commerces  de proximité disparaissent les uns après les autres.

Les bars, bistrots, buvettes, et autres estaminets désertent aussi nos ports et nos côtes.

Même les « Bobards » le bar dancing mythique de Montréal à fermé ses portes en 2015.

Un espoir est toutefois permis dans ce monde cruel ou tout se perd et se délite.

Derrière la plage des Sables Blancs, entre Lesconil et Loctudy, un nouveau bar dénommé le « Baradoz »  a ouvert ses portes pour tous ceux qui veulent rejoindre, l’espace d’une soirée le PARADIS.

Merci à tous mes anciens camarades et amis de lesconil pour leur aide dans cette « tournée » des anciens bars de Lesconil.

Yé mad !

Jean Claude Quideau

La côte des Tartares

les tartares da cote

Comme toutes les histoires, elle commense par il était une fois…

Dans l’ouest…

A la fin de la terre,

Dans le sud Finistère,

Au bord d’une côte déchiquetée et sauvage,

 Lieu de violentes tempêtes et de naufrages ,

Cachés derrière les rochers qui bordent  sa plage,

Dos à la mer, ils cultivaient leur terre,

Sur la palue du Cosquer.

cheval d'orgueil2

La « côte des Tartares » est située face au grand large, tout au sud du pays bigouden, en plein pays du « marc’h ar lorc’h, le cheval d’orgueil,

march ar lorch

L’endroit est sauvage, parsemé de rias et de marais. Les rochers, les dunes et les plages qui bordent la côte sont  balayés par des vagues hargneuses, des vents violents et des tempêtes fréquentes.

Ce lieu est dénommé « Ar Vor » (le bourg). « Ar Vor » est devenu au fil du temps Larvor.

carte larvor

« AR VOR AN TARTARES »

ar vor an tartare

C’est le géodésien, cartographe, César-François Cassini qui traça cette carte ainsi que les 180 autres feuilles qui représentaient le plus fidèlement possible le relief de toutes les régions  françaises.

César-François Cassini

Un peu partout en France on trouve des traces des « pyramides de Cassini »  composée de tas de pierres en forme de pyramides qui servaient de points de repères pour les tracés des cartes.

Pyramide-de-Cassini

Jean-Dominique Cassini  termina les remarquables travaux de cartographie de son père.

C’est à l’arrière de la côte, derrière une grande dune de sable blanc dans un vallon (an Traon en breton) marécageux dénommé « Palue ou palud » (marais) que les « Tartares » ont élu domicile.

Sur la carte de Cassini on peut voir que la côte de Larvor était composée de plusieurs rias.

Le Ster qui s’étendait après la chapelle de Plonivel  jusqu’au manoir de Kerhoas.

La seconde ria, celle de Keralouet, derrière la palue du Cosquer  s’enfonçait dans les terres jusqu’à Kerogan.

La troisième, celle de Lodonnec, allait jusqu’à Kerillan.
palud des tartares

Les maisons des « Tartares » étaient basses et solides car bâties en granite avec de petites ouvertures pour se protéger des vents violents et des tempêtes fréquentes.

Le bourg est situé entre la commune de Loctudy dont elle est rattachée et la commune de Plobannalec-Lesconil.
Une petite ria dénommée le Ster, sépare le bourg de Larvor de Lesconil.

Le nouveau Plan  de Prévention  des Risques du Littoral (P.P.R.L.) édité récemment par la Préfecture du Finistère reprend les cartes anciennes (Cassini et d’État-major) pour étayer son argumentation sur les risques de submersion.

le ster lesconilsteir

De l’autre côté du Ster, c’est le pays des marais et des étangs ou l’eau de mer se mélange à l’eau douce des ruisseaux. Cette zone humide, sauvage, couverte de roseaux, appelé « Ster Kerdour » (lieu d’eau) est le domaine de prédilection des grands échassiers, hérons, aigrettes ainsi que les autres oiseaux des marais (canards, chevaliers, plumiers, bécasseaux, grèbes). Les poisons, anguilles et mulets pullulent dans ces eaux saumâtres.
cote des tartaresEn 1850, cette lagune fut l’objet d’une tentative de « polderisation » avec la construction de digues. Le projet bien entamé périclita au fil du temps et l’objectif de valorisation agricole abandonné. Les canaux d’irrigation n’étant plus entretenus, les parcelles plus cultivées, la nature reprend ses droits. Je me souviens pourtant que la culture des carottes avait trouvé en ces lieux un terreau favorable.
Depuis quelques années, la zone est envahie par une herbacée envahissante surnommée « roseaux à plumes ». Cette plante envahissante importée d’Amérique du sud plus communément appelée « herbe de la pampa « à colonisé le polder. Du nom scientifique de « Cortaderia Selloana », cette plante vivace est très invasive surtout quand elle trouve un endroit propice à son développement. Elle a un impact négatif sur la biodiversité du Ster Kerdour ainsi que toute la zone environnante du « Traon ».
Depuis 2007 ce lieu de plus de 8 hectares est un site protégé.

Il n’y a pas si longtemps, un ancien marin de Lesconil , assurait avec sa barque à fond plat dénommé « plate », le passage ente la petite digue du quartier des « Quatre- Vents » de Lesconil et le bourg des tartares de Loctudy. La « godille » était le moyen utilisé par le passeur pour faire avancer sa plate dans le courant du Ster.

le passeur de larvor

La « Reine de Larvor » est un cantique toujours chanté à l’église, en particulier lors des processions en l’honneur de Saint Quido

La bourgade s’est développée dans le vallon « an Traon » séparé de la mer par la grande plage de sable fin d’un blanc éclatant du nom éponyme « les Sables Blancs ». Après la plage, d’immenses plateaux de roches, couverts à marée haute se prolongent au long de la côte sauvage jusqu’au loch (ria) de Tudy (Loctudy).

port de larvor

Pourquoi cette appellation de « Tartares ». Mystère ?

Une première piste

Dans la mythologie grecque, Tartare est le nom d’un lieu à la porte de fer où toutes les formes de torture physique ou psychologique sont représentées.
D’après Virgile, le tartare est l’endroit le plus profond des enfers que l’on appelait Hadès, où quelques criminels mythiques célèbres reçoivent leur punition. C’est aussi la prison des dieux déchus.

Le Tartare selon Virgile

tartare la porte de fer

C’est dans le Tartare, que les condamnés expient leurs fautes. Les Cyclopes, Salmomée, Ixion et les Danaïdes condamnées à remplir un tonneau sans fond pour avoir tuées leurs maris.

Représentation grecque du tonneau des danaïdes

tonneau des danaides

C’est une région désertique, sans vie avec des étangs glacés entourée par des rivières aux eaux boueuses, des marécages à l’odeur nauséabonde, qui forment un rempart pour que nulle âme n’échappe à sa peine.

Le Ster Kerdour a beau être une zone peu hospitalière avec un marais appelé « palue » et des petits ruisseaux, le lieu n’est pas aussi ténébreux que celui décrit dans la mythologie grecque. Il faut toutefois souligner que de ce nom « palue » ou « palud » vient du latin « paludis » (marais). Le terme paludisme qui découle directement de ce nom., est également appelé malaria qui signifie: « mauvais air ».

Une deuxième piste me vient tout naturellement à l’esprit

Pour le commun des mortels, l’évocation de ce seul nom de Tartares ou Tatars est synonyme de horde sauvage tuant et pillant tout sur leur passage .

TARTARE PERSONNAGE

Les guerriers Tartares étaient organisé en hordes dévastatrices qui cherchaient à conquérir l’Europe.

La maxime attribuée aux « Huns », on pourrait également s’appliquer aux Tartares :

 » Ou sont passé les Tartares, l’herbe ne repousse plus ».

Aujourd’hui c’est encore une « légende noire » de la littérature.
Gengis Khan, le chef emblématique des Tartares, fut le fondateur au XIIIe siècle d’un immense empire, qui s’étendait de la Méditerranée au Pacifique. En 1240, ses redoutables guerriers déferlèrent sur la Russie. La domination tartare durera trois siècles. Elle a profondément marqué l’identité russe, jusqu’à nos jours.
Au XIIIe siècle, l’Europe chrétienne voyait déferler des Mongols, plus connus dans les sources occidentales sous le nom de « Tatars ».

la horde des tartaresL’irruption de ces guerriers redoutables provoqua à la fois stupeur et terreur. En définitive, l’Empire mongol fondé au début du XIIIe siècle par Gengis Khan et ses fils ne s’étendit pas jusqu’aux royaumes d’Europe occidentale.

Les Tartares de la côte
Contrairement à ce que l’on pensait, les Tartares seraient donc venus jusqu’à la pointe bretonne, en pays bigouden. Comment cela est-il possible ou serait-ce le fruit de l’imagination populaire, une légende qui se racontait oralement près de la cheminée devant un feu de varech.
Que l’on raconte que des vikings auraient débarqué sur cette côte rocheuses parsemé d’écueils aux noms évocateurs tel que : « Men Du » (le rocher noir), « Daou Pennec » (les deux petites têtes), c’eut été du domaine du possible, pour ce qui est des Tartares, c’est complètement utopique.

daou pennec

Une troisième piste, bien moins connue, du mot « Tartare »

Tartares était le nom donné aux valets militaires de la maison du roi, parce qu’ils pillaient pendant que leurs maîtres se battaient sur les champs de batailles..
Un jeu de mots que l’on prête à Saint Louis : « S’ils arrivent ces Tartares, nous les ferons rentrer dans le Tartare d’où ils sont sortis ».

D’autres pistes, plus alimentaires, mais peu réalistes telles que :
– Tartare de bœuf,
– Tartare de thon,
– tartare de saumon,

tartare de saumon– Tartare de saucisson,
– Tartare de steak,
– Sauce tartare,

Et bien sur, 

– le tartare de fromage.

Après la seconde guerre mondiale, Jean-Noël Bongrain, prend les rênes de la fromagerie familiale de Haute Marne.
En 1956, il baptise le fameux « Caprice des Dieux »
En 1965, il envahit les marchés avec sa horde de « tartares » dont le plus célèbre est le:

« Tartare aux fines herbes ».

tartare de larvor

A ma connaissance, les habitants de Larvor n’ont jamais fait de fromage. Il me faudra chercher ailleurs.

L’origine de l’appellation: « Tartares de Larvor »

Pour savoir un peu plus sur l’origine de cette appellation étonnante de ce coin reculé du Finistère sud, j’ai écouté avec attention le témoignage d’un ancien marin, qui a bien voulu me dévoiler le mystère.

Voici son récit :

« Entre les deux guerres, un jeune « instit », natif de Lesconil, fraichement sorti de l’école de formation des instituteurs, son « brevet élémentaire de capacité de l’enseignement primaire » en poche, se voit affecté dans la toute nouvelle école qui vient d’ouvrir à Larvor ». Je ne suis pas certain de son nom, mais je crois qu’il était de la famille Coic et que son prénom était « Per » comme Jackez Hélias, mais je n’en suis pas sûr.

larvor2

L’école de Larvor fut inaugurée en 1911

« Il était enchanté de cette affectation. Natif de Plobannalec-Lesconil, il  pouvait ainsi facilement  se rendre à l’école en traversant le bras de mer, à basse mer, ou en contournant la ria par le domaine du manoir de Kerlut, le manoir de Kerhoas puis la chapelle de Plonivel ».

ster kerlut

« Plein de bonne intentions, fier de sa charge d’instituteur, il se rendit à l’école primaire de Larvor en passant un peu plus haut du Ster pour éviter de mouiller son bas de pantalon neuf qu’il avait pris soin de retrousser jusqu’au genoux. Arrivé de l’autre côté il se rechaussa et il réajusta le bas du pantalon. Il traversa le Ster Kerdour en s’arrêtant un instant pour admirer une famille de canards, mère en tête, avec toute sa portée derrière qui formait un « v » parfait, chacun à sa place, à son rang dans la hiérarchie, attentifs aux ordres et conseils de la mère. Songeur il se voyait déjà devant ses élèves attentifs et silencieux, à l’écoute de sa parole tout comme ces gentils petits canards.
Arrivé devant l’école, il fut quelque peu décontenancé par le brouhaha de la vingtaine d’ élèves qui se bousculaient et s’invectivaient plus en breton qu’en français dans la cour. Il fit tout de suite le rapprochement avec la mère et ses petits canards bien disciplinés qu’il venait de voir et fut tout de suite quelque peu désappointé.
Le Directeur de l’école, qui l’avait accueilli assez froidement, donna de la voix pour calmer les cris.  Il fit aligner sur deux rangs tout ce beau monde, qui courait dans tous les sens tel des étourneaux cherchant les branches d’un même arbre pour s’y poser et piaffer en cœur.
Il se plaça devant une des deux colonnes et invita son nouvel instituteur à se placer devant la seconde. Puis il présenta Monsieur Coic aux élèves de la classe.
La brève présentation terminée, les élèves entrèrent dans leurs classes respectives en se bousculant quelque peu ».

Image1ecole publique de LARVOR« La journée écoulée, Per Coîc, le cartable gonflé par les fiches personnelles des élèves ainsi que des emplois du temps, il sorti de l’école. Il emprunta le chemin de retour vers la ria du Ster. La tête basse, les épaules voutées. Il semblait perdu dans ses pensées au point de ne pas voir un couple de hérons qui sortait des roseaux ainsi que les aigrettes qui fouillaient la vase en quête de nourriture ».

Arrivé chez lui, voyant sa grise mine, sa mère lui demanda :
« Alors fils, comment s’est passée cette première journée d’école  » à Larvor?

« Ça a  été ! » répondit-il, sans trop de conviction, car il ne voulait pas faire de la peine à sa mère.

Elle insista:  « comment sont tes élèves ? ils sont gentils » ?

Sa réponse, fusa cinglante et brève :

« Ce sont tous des Tartares à Larvor !!! »

Sa mère, surprise, ne pouvait qu’acquiescer les paroles de son fils, et de rajouter :

« Marie Péron » m’avait bien dit que les gens de Larvor étaient des « sauvages », mais j’étais loin  d’imaginer  qu’ils étaient pire encore….Ma Doue, (mon Dieu),……. des Tartares !!! »

« Pokez mab »! (pauvre fils)!…

Du fait de son inexpérience dans l’enseignement, il n’avait pas pu, ou su, maitriser sa classe. Même si certains élèves étaient turbulents, indisciplinés, peu enclins à rester sagement assis à leur pupitre, préférant sans doute courir sur les rochers ou aller à la pêche, il passa une très mauvaise journée. Il se rendit compte que la pédagogie n’était pas chose innée, ni même aisée et qu’il devrait être un peu plus sévère dans l’avenir s’il ne voulait pas être complètement dépassé. C’est ce qu’il se promit de faire dès le lendemain.

La nouvelle de sa première expérience d’instituteur à l’école de Larvor se répandit tel un éclair dans tout le village de Lesconil:  » A Larvor, ce  sont tous des Tartares! »

Les « Ouin Ouin » allaient bon train, de quartiers en quartiers, jusqu’à gagner toute la bigoudénie et de se répandre jusqu’en Cornouaille.

De nos jours, même si la plus part des gens ne connaissent pas l’origine de cette appellation , Larvor reste toujours :

« le pays des Tartares ».

Il continua son récit:

« Je crois que par la suite, Per Coïc , ayant passé son diplôme supérieur de capacité de l’enseignement primaire, fut nommé à l’ E.P.S. de Pont-l’Abbé ».

L’ ÉCOLE PRIMAIRE SUPÉRIEURE (E.P.S.) DE PONT-L’ABBÉ

Ayant été un ancien élève de l’ E.P.S. de 1959 à 1964, j’en garde un souvenir mitigé, mais je me devais de faire un paragraphe sur cet établissement scolaire.

Le cadre était austère, surtout lorsqu’on y était pensionnaire. J’avais, dans ma jeunesse, été habitué aux grands espaces, à la liberté de gambader sur le sable et sur les rochers dans l’anse de Langoguen. L’odeur de l’iode et la mer me manquait terriblement.

Après quelques années dans cet univers de granite,  bâtit comme un  monument romain, impersonnel et froid, je m’y suis habitué, plus par force que par plaisir.

Un ancien de la marine, natif de Kérity, qui est aussi passé par cette vénérable institution m’a fourni les  photos et cartes postales  de l’ E.P.S. des années 1950 et 1960.

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La petite histoire de l’ E.P.S. depuis son origine à nos jours

L’École Primaire Supérieure (E.P.S.) de Pont-l’Abbé vit le jour en 1929. Une centaine d’élèves s’installent dans un majestueux et atypique bâtiment surmonté d’un campanile qui ressemble plus à un cloître qu’à un établissement scolaire. L’effectif des élèves ne cesse de grandir pour pratiquement doubler en 1933 (259 élèves).

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Sous l’occupation, en juin 1940, les locaux de l’ E.P.S. sont réquisitionnés par les Allemands. L’internat est fermé et la plupart des élèves sont contraints de poursuivre leur scolarité dans les villes voisines. En 1942, Les effectifs avaient fondus, il ne restait plus que de 131 élèves.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’ E.P.S. devient une annexe du lycée de garçons de Quimper grâce à l’ouverture de deux classes supplémentaires supérieures, une seconde et une première.
En 1962, l’ E.P.S. obtient le statut de lycée d’État Mixte.
En 1964, l’ E.P.S. prend le patronyme d’un médecin qui avait des attaches à Pont-L’abbé: René Laennec (1781-1826).

Les « blouses grises » de l’établissement dans les années 1960

Les blouses étaient obligatoires pour tous les élèves.

La blouse grise pour les garçons. la bouse délavée était un signe d’ancienneté.

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Sur la photo de gauche à droite Gérard Cosquer, Jean Claude Quideau, André Boissel , Gérard Guénolé

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Jour de sortie en tenue de ville

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Les pensionnaires révisent le bac durant le week-end

Un peu de couleur dans la grisaille

En 1948, les filles ont enfin admises à l’ EPS. Elles portaient des blouses de couleur, la plupart du temps bleues, au début, puis vint le temps du rose et des carreaux.

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Heureusement que ce titre pompeux et inapproprié d’origine  (École Primaire Supérieure) fut remplacé en 1964  par le patronyme de l’inventeur du stéthoscope pour devenir le « lycée Laennec ».

L’établissement ne cessa de grandir pour accueillir au début de 1970 plus de 1500 élèves.

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Mon interlocuteur continua son récit:

« Pierre Coïc termina sa carrière comme instituteur des « classes élémentaires » à l’école laïque des garçons de Lesconil.

La sépulture de « Per Coîc » est située au milieu du cimetière de Lesconil, anonyme parmi toutes les tombes ».

L’école laïque de lesconil était située sur la route du sémaphore, de nos jours, rue Victor Hugo,  juste  à côté du grand l’hôtel des Dunes.

Un ami, qui fréquentaient l’école privée, me révéla qu’ils appelaient cette  école : « skol an diaoul » (l’école du diable).

Peut être faisaient ils allusion au rocher du diable situé sur la dune derrière l’établissement scolaire, mais je ne le pense pas, car à cette époque, l’antagonisme était grand entre les communautés « laïques » et « catholiques ». Les élèves des deux établissements ne se fréquentaient ce qui était bien dommage. Heureusement les mentalités ont changées.

ancienne ecole primaire de LesconilJe me souviens très bien de « Per Coïc »,  comme on l’appelait en ce temps-là.

Il avait toujours une blouse grise délavée, preuve de son ancienneté dans l’enseignement.

Il était craint par tous les élèves, qui courbaient l’échine, quand il passait entre les pupitres avec une règle en bois à la main cachée derrière son dos. A la moindre faute de discipline ou même d’inattention, la règle s’abattait sur les doigts du contrevenant. La discipline était devenue son crédo après sa première expérience  d’enseignement chez « les tartares », qui lui avait servi de leçon. Il voulait simplement que ses élèves de lesconil soient moins turbulents et plus disciplinés que ceux du vallon du Cosquer à Larvor.

La classe préparatoire était conduite par Vincent Jégou, tandis que la classe « des grands » (les C.M.) était dirigée par Monsieur Diani,  Directeur du groupe scolaire, instituteur à l’ancienne, rigoureux, mais juste.

Corse d’origine, monsieur Diani fut totalement « adopté » par les habitants de ce petit port du bout du monde à tel  point qu’il y terminera sa carrière puis coula une retraite tranquille avec ses amis « notables » et pêcheurs bigoudens.

Au cours d’un de mes brefs passages à Lesconil, j’avais rencontré, sur le port l’ancien Directeur, qui s’enquerra de ce que je devenais et de mon métier. Lorsque je lui dit que j’étais Officier dans la Marine, je vis de la fierté dans ses yeux et sur son visage.

Je n’oublie pas non plus les classes maternelles qui étaient dirigées par madame Moulin, mes voisins de Pontruche. François Moulin directeur de l’école en 1944, fut arrêté  à Plomeur lors de la rafle organisée par les soldats allemands du Bataillon 800 Nord-Caucasien au cours de la poursuite et de l’extermination du « bataillon  F.T.P. Antoine Volant ».

Pour suivre le récit du « bataillon assassiné » cliquez sur le lien suivant:

https://kermokostories.wordpress.com/2016/01/23/du-sang-sur-la-plage-de-la-torche/

Les bâtiments du groupe scolaire furent vendus au Comité d’Entreprise Total et à l’Association Savoyarde des Classes de Découverte. Les locaux furent réhabilités pour en faire un Centre de Loisirs Nautiques.

Je ne comprends pas pourquoi la municipalité a vendu ces locaux « en dur » pour construire une école « en préfabriqué » dans une zone inondable en plein milieu d’un champ dans une zone inondable ou coulait un ruisseau ou poussait le cresson, qui, je me souviens, débordait par temps de pluies.

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Les locaux  réhabilités auraient certainement pu fait l’affaire pour la petite centaine d’élèves de Lesconil et évité les querelles actuelles. Mais tout ceci est une toute autre histoire qui a fait du « reuz » et du « beuz »et qui risque d’en faire encore.

Revenons à notre histoire de  « Tartares ».

Pendant des décennies, les habitants de Larvor furent surnommés les « Tartares », ce qui constituait aux regard de bon nombre d’autochtones une connotation plutôt péjorative.

De nos jours encore, la majorité de ceux qui qualifient les habitants de Larvor de « Tartares »  ignorent d’où provient ce surnom.

D’après le témoignage d’un ancien élève de l’école privée des garçons de Lesconil communément appelée « École des Frères » créée par la volonté et l’abnégation de l’Abbé Jean-Baptiste Le Mel, ce surnom de « tartares » fut détourné et moqué.

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Voici l’anecdote:

« Ce qualificatif s’est popularisé après guerre (à la fin des années 40) avec cette « sortie » du directeur de l’école des frères de Lesconil qui excédé de voir les élèves de Larvor arriver en retard car ils devaient traverser le Ster pour arriver à l’école demanda à l’ensemble de la classe :

Répétez après moi :

« Les gars de Larvor sont tous des « tard tard »

Larvor de la période des missionnaires celtes à nos jours

La christianisation du Finistère et du pays bigouden par des missionnaires celtes, originaires du sud de l’Angleterre et de l’Irlande, entre le Ve et VIe siècle fut très important. Ils ont créèrent une multitude de chapelles.

Cet endroit sauvage et isolé de Larvor, trop longtemps délaissé, est devenu au fil du temps une bourgade très prisée pour sa situation entre Loctudy, Plobannalec et Lesconil. Le pont enjambant le Ster n’a fait qu’accroître son développement.
Habiter Larvor n’est plus une tare, parole de Saint Quido, qui veille sur ce « peuple tartare ».

kidoOn ne possède pas beaucoup d’information concernant la vie de ce saint, qui d’après les statues est représenté avec une crosse, un livre et une mitre d’Évêque.
St Quido, était un moine ermite qui aurait fui le pays de Galles, traversé la « Mor Breizh » (mer de Bretagne, la Manche actuelle) pour venir s’installer en Armorique, comme beaucoup de ses confrères moines « bretons » (gallois, écossais). Les plus célèbres d’entre eux, qui devinrent Évêques furent :
Saint Malo (moine gallois),
Saint Cadoc (moine gallois, ermite le l’îlot de St Cado dans le Morbihan),
Saint Brieuc (moine irlandais),
Saint Pol (Aurélien) (moine gallois),
Saint Tugdual (moine gallois).

La chapelle Saint Kido de Languidou

Saint Kido se serait sédentarisé dans la baie entre Audierne et la pointe de Penmarc’h près de l’étang de Kergalan autrefois relié à la mer.

languidouA cet endroit, il y fonde le monastère « Langido ». Une chapelle construite au 12 ième siècle, modifiée au 15 ième siècle et ruinée en 1795 fut dédiée à Saint Quido (Saint Kido) « Sant kido e osant-Paeron ar chapel-se » (Saint Kido était le patron de cette chapelle) qui deviendra Saint Guidou. Les ruines de la chapelle sont toujours visibles route de « Languidou » sur la commune de Plovan.
Au 18 ième siècle, Saint Guidou sera francisé en Saint Guy.
L’écrivain breton Per Jakez Hélias, natif de la commune voisine de Pouldreuzic, a décrit la topographie de l’endroit avant son ensablement et sa déconnexion du rivage dans le conte : « La rivière de Kido »
« Le pays de Penmarc’h, en ce temps-là, était un archipel d’îles basses entre lesquelles on circulait par des canaux. Tout au long de la baie d’Audierne, il y avait des ports ouverts. Et c’est par la mer que les pèlerins arrivaient de toute part au grand pardon de Languidou »…
« Ils venaient même de pays étrangers tant était grande la réputation du seigneur saint Kido qui protégeait les hommes et les biens sur l’eau salée »…
« Puis il vint un temps où la mer, on ne sait pourquoi, ni comment dérouta ses courants, elle bannit ses poissons au large, elle encombra ses canaux de sa vase, elle finit par dégorger ; sur ses bords, les galets. La baie de Kido se trouva polie d’un cordon de galets polis et se dessécha derrière ce mur. La rivière devint un étang et les cloches de Languidou sonnèrent le glas du grand pardon. Pendant plusieurs années encore, des navires d’outre-mer, chargés de pèlerins, se présentèrent devant la baie d’Audierne, cherchant l’entrée de la rivière de Kido. Mais ils avaient beau croiser de Pors-Karn à Pors-Poulhan, il n’y avait plus d’entrée ».

La chapelle Saint Quido de Larvor
Une autre chapelle fut bâtie en l’honneur de ce saint très honoré et célèbre de l’époque moyenâgeuse, dont la vie reste encore mystérieuse de nos jours.
La chapelle de Saint Quido aurait été édifiée dans le bourg de Larvor au lieu-dit « Treguido », entre le XV et XVI ième siècle. Elle dépendait de l’ancienne paroisse de Plonivel situé sur la commune de Plobannalec-lesconil.

quido1

quido2quido3Dans la chapelle, Saint Quido, est représenté sur la bannière et sur la statue  avec une mitre, une bible et une crosse d’évêque.

Sur le socle de la petite fontaine aux eaux miraculeuses, une statuette le représente avec les mêmes artifices.

On a très peu d’information  sur la vie  ce saint, si ce n’est qu’il fut un moine ermite de Bretagne avant de devenir évêque.

« Reine de Larvor » est un cantique toujours chanté à l’église, en particulier lors des processions en l’honneur de Saint Quido:

« Reine de l’Arvor, nous te saluons,

Vierge immaculée en toi nous croyons ».

thonier saint quidoLes thoniers pêchant avec des lignes à la traîne ont tous disparus, le Saint Quido de Concarneau (C.C.) fut l’un des derniers thoniers  à  tangons (perches).

Le Saint Quido fut construit en 1965/66 immatriculé au quartier de Guilvinec  » GV 8314″

Son propriétaire et patron fut Jean Claude Le Roux de Larvor en Loctudy. Il fut vendu à un armateur concarnois et immatriculé « CC 302 743 ».

thonier saint quido 2

Les histoires de Tartares ont toujours passionné les cinéastes.

films tartares

                                                      La littérature « tartare »
En 1841, le père Évariste Huc (1813-1860) entreprit en 1841 un extraordinaire périple de cinq années à travers la Mongolie et la Chine.
De 1844 à 1846, Il a réuni tous ses souvenirs de voyage dans un roman intitulé :

« Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Tibet »

Pere Huc souvenir d'un voyage dans la tartarie

Dans son livre, Il disait en substance :

« Nul lieu n’est impénétrable pour quiconque est animé d’une foi sincère ».

D’autres romans racontent la vie de ce peuple Tartare

la vie des tartares

Épilogue

Il n’est jamais trop tard

pour dire

qu’habiter Larvor n’est pas une « Tare »

Textes, photos et montages de Jean Claude Quideau

Novembre 2015

Cap à l’ouest vers la Nouvelle France « Terre des Bretons » »

En hommage à nos « cousins » de la « Nouvelle France »

En souvenir des navigateurs, explorateurs, ainsi qu’aux personnes qui ont marqué l’histoire, comme le Général de Gaulle, qui a « mis les pieds dans le plat » (qu’il avait grands) à Montréal, sans conséquence irréversible. Son intervention a eu le mérite de faire connaitre le Québec, Saint Pierre et Miquelon et La Gaspésie, au monde entier.

En souvenir de l’Amiral d’Yves de Kersauson de Pennendreff qui fut mon commandant sur le Colbert. Ce croiseur est lié à tout jamais à l’histoire de la province du Québec.

Merci à Ian  Beaulieu qui a su nous raconter avec passion l’histoire de son « beau pays »,« Quel beau nom pour un aussi Beau lieu »

Merci aussi à Stéphane Duguay pour nous avoir fait parcourir tout le beau pays avec sa  « Chaudière,  jamais à cours de vapeur ».

Le Québec n’est pas une « Province » mais un « Pays » comme le chante si bien Gilles Vigneault, mais un pays qui n’est pas toujours l’hiver, contrairement à ce que pensait le roi de France, Louis XV , sa maitresse madame de Pompadour, et toute sa cour, au point de l’avoir abandonné en disant:  » Que voulez-vous que l’on fasse avec un champ de neige »…

En 1763, après la guerre de sept ans, il cède la « Nouvelle France », une partie de la Louisiane, quelques îles des Antilles à l’Angleterre, sans doute par manque d’argent, ses maitresses lui coûtent très cher…

Ce récit est également l’histoire de marins, pour la plupart bretons, pêcheurs, navigateurs et découvreurs , visiteurs qui partirent Cap à l’Ouest vers de nouveaux horizons.

Les premiers,  pour gagner leur pain, les seconds pour découvrir de nouvelles contrées et en ramener les richesses.

D’autres pour devenir célèbre, pour la gloire, la quête de liberté, pour laisser leur emprunte pour l’éternité. 

Les derniers en villégiature à la découverte du pays de nos cousins, nos ancêtres bretons ou originaires d’autres régions de France.

LA ROUTE DE LA MORUE

La route des pêcheurs bretons vers les « Grands Bancs »

A partir du XV ème siècle, et durant plusieurs siècles, des marins bretons ont pratiqué la pêche à la morue dans l’Atlantique du nord-ouest. Une activité nécessaire, qui a traversé des périodes pénibles et connu bien des drames.

Les pêcheurs bretons disaient :

« Ar bara zo ahont (a izel) » : le pain est là-bas.

Pour gagner leur vie et donc acheter le pain pour nourrir la famille il fallait aller là-bas, très loin,  à l’ouest vers la « Terre des Bretons ».

Histoire Maritime de la Bretagne au 16 ième siècle est intimement liée à celle du Canada.

TERRE AUX BRETONSUne partie du Canada s’est appelée tout d’abord « Terre des Bretons »,en particulier les terres limitrophes du golfe du Saint Laurent, l’Acadie, la Gaspésie, l’ île Saint Jean.

Acadie_1754Les basques quand à eux utilisent surtout Terre Neuve pour y installer leurs bases de ravitaillement en eau et produits frais qu’il échangent avec les indiens.

Avant les voyages  de Jacques Cartier, sur la carte du navigateur Jérôme de Verrazano de 1529, on peut voir l’écusson et les hermines du Duché de Bretagne sur les territoires de l’ancienne Acadie (Nouvelle Écosse, Nouveau Brunswick).

drapeau_amiraute bretonneLe drapeau des bateaux des flottes bretonnes était constitué d’une croix noire avec quatre carrés d’hermines, puis à partir de 1532, un seul carré est maintenu (celui du haut à gauche).

La Morue et la religion

En 1454, les habitants de l’île Bréhat et les moines de Beauport organisaient déjà la  pêche à à la morue sur les bancs de Terre-Neuve.

Aussi étrange que cela puisse paraître, la religion a également fortement influencée l’histoire bretonne de la pêche à la morue.

En ces temps-là, on ne badinait pas avec l’observation de l’abstinence alimentaire imposée, le vendredi,  et certains autres jours, par les commandements de l’Église.

On en comptait pas moins de cent cinquante jours dans l’année, carême compris.

Cette règle qui interdisait la consommation de viande causait, sur le plan pratique, de sérieux problèmes de nourriture à la population, principalement dans l’arrière-pays, où la présence du poisson de mer frais sur les tables était exceptionnelle.

Aussi les pêcheurs Bretons durent trouver des lieux de pêche prolifiques  de plus en plus loin vers l’ouest pour satisfaire les besoins de la population.

En ces temps-là, La morue était abondante entre la « Nouvelle terre »  et la « Terre des bretons ».

Dès qu’ils surent comment conserver le produit de leur pêche dans le sel, ils s’aventurèrent de plus en plus loin à l’ouest sur l’océan Atlantique.

En accostant dans les baies pour s’approvisionner en eau potable, ils firent connaissance des autochtones qui vivaient depuis plusieurs siècles ces contrées. Ce sont les amérindiens qui leur apprirent à sécher et fumer la morue.

Méthode de séchage et de fumage de la morue par les amérindiens de la tribu des Hurons.

Cette épineuse question du substitut à la viande étant réglée grâce aux apports des morutiers, avec le temps, une controverse s’ensuivit rapportée par les historiens. Il s’agissait, cette fois, de savoir qui des pionniers bretons avaient ouvert la route de Terre-Neuve.

Gravure de la ville close de Saint-Malo au XVII éme siècle

Il ne fait aucun doute que ce furent les marins Bretons originaires de Saint Malo ou des environs (Paimpol, Saint Brieux…) qui  accostèrent les premiers sur ces terres, car nombre de cap et de baies portaient les noms de Saint Malo, Saint Julien, Saint Lunaire, Boutitou… Les écrits du XV ème siècle plaident dans ce sens. Ils rapportent que la morue séchait partout sur les rochers et devant les cabanes à Saint Malo. Plus tard, vinrent les Basques, les Normands.

Certes, la pêche à la morue faisait le bonheur de la population bretonne, en dépit de la saumure qui coulait dans les ruisseaux et empuantissait l’atmosphère. Pour autant elle n’allait pas sans heurts avec les autochtones qui pratiquaient la chasse au « loup marin » (phoques) dans ces mêmes secteurs.

Les querelles entre les amérindiens (Micmacs, hurons, Iroquois) et les pêcheurs malouins, paimpolais et briochins tournaient parfois aux affrontements sanglants.

En 1610,  les morutiers de Saint-Malo se trouvèrent dans l’obligation de solliciter l’assistance de frégates royales pour assurer leur protection dans le contexte du conflit armé opposant alors la France à l’Angleterre au sujet de la « Nouvelle Terre » (Terre Neuve) de la « Terre des Bretons » (Gaspésie) et du Saint Laurent « la ou les eaux se ressèrent »  (Québec) , chacun revendiquant la possession de ces contrées.

Vaille que vaille, pourtant, l’armement morutier breton poursuivit son développement. Un recensement effectué en 1664 fait apparaître que Saint-Malo comptait à lui seul plus de 60 bateaux équipés pour cette pêche.

La pêche errante ou pêche à la morue verte

La pêche errante se pratiquait au large sur des navires à voiles de 30 à 100 tonneaux  sur les grands bancs. Les navires partaient pour une campagne de 6 à 7 mois avec des équipages de 20 à 30 marins.

Au tout début, les navires tiraient des lignes le long du bord à partir du pont. Au fil du temps, la technique évolua pour devenir plus performante.

Les navires embarquaient de petites embarcations appelées « doris » qu’ils mettaient à l’eau un fois arrivés sur les grands bancs.

Chaque doris était armé par deux hommes, un marin aguerri et un mousse. Le doris quittait le navire mère chacun dans une direction précise.

Avant de partir du bateau, le capitaine mettait dans son béret  8 numéros qui étaient tirés au sort. Il y avait des numéros à risque car dépendant des vents et des courants qui faisaient dériver « le bateau mère » et les doris plus ou moins vite et donc les  l’éloigner de leur base. En général les doris dérivaient plus vite, donc pour compenser cette fuite , les marins mouillaient une ancre flottante qui devait freiner la dérive.

L’ancre flottante était constituée d’un entonnoir de toile de jute qui était mis à l’eau à l’avant du navire. l’entonnoir se remplissait d’eau et constituait un poids mord que le bateau devait trainer ce qui freinait la dérive.

La pêche se faisait avec une ligne composée de un ou plusieurs hameçons, genre de « mitraillette » à maquereaux. L’appât était constitué de bulots ou de sardines conservés dans de la saumure. Ils restaient toute la journée à pêcher et devaient rentrer avant la nuit. Parfois, le doris étant plein de morues, menaçant de sombrer, le retour était nécessaire.

Beaucoup de drames eurent lieu pour différentes raisons. Beaucoup de doris se perdaient dans l’immensité de l’océan, la brume s’étant levée, ou sombraient car la mer s’était formée. Il arrivait parfois que l’un des marins tombe par-dessus bord et coulait à pic, ne sachant pas nager avec des vêtements alourdis par l’eau. Parfois encore le doris chavirait entraînant ses deux occupants qui n’avaient aucune chance dans ces eaux glacées.

De nos jours encore, pour gagner son pain,  « bara », en Bretagne, il faut aller pêcher.

Cette conviction perdure fortement dans le pays bigouden.

Un  armateur du Guilvinec a baptisé tous ses navires  un nom qui commence par « bara ».

Le tout nouveau  « Bara ar Vicher » (le pain  professionnel , de son métier)

Le « Bara Brenn » (le pain au son) se refait une beauté sur l’aire de carénage.

« Yann,  le bigouden,  est parti un beau matin

Embarqué sur un trois mats malouin,

Cap à l’ouest,  vers l’Alaska,

Pêcher la morue pour gagner son « bara ».

Mais il ne sait pas, si au pays il reviendra ».

LA ROUTE DES NAVIGATEURS

En 1497, Giovanni Caboto (Cabot), un génois au service du roi Henri VII, d’Angleterre, part vers l’ouest avec 18 marins sur le galion le « Mathew ».

Il découvre les côtes de « Newfoundland » (Terre Neuve) et navigue tout au long des côtes de Terre Neuve et de Gaspésie. Il donnera son nom à ce type de navigation le long des côtes: « le cabotage ».

Jacques Cartier

Jacques Cartier est né le 23 décembre 1491 à Saint Malo.

En 1534, Jacques Cartier quitte Saint Malo avec deux vaisseaux, après vingt jours de mer, il touche la terre dans une baie qu’il nomme la « baye à chaleur » (baie des chaleurs) en raison de la brume qui s’en échappe comme s’il y avait évaporation due à la chaleur des eaux. Il prend contact avec les autochtones, des amérindiens de la tribu des Micmacs. Les Micmacs appelaient cette baie « Mowebaktabaak » (grande baie).

Puis il remonte vers l’ouest et jette l’ancre à « Gaspé » havre connu par les pêcheurs bretons, qui donnera son nom à la Gaspésie.

Arrivée au Québec  en 1535

Le deuxième voyage a lieu après 1535.

Cette expédition compte trois galions:

La « Petite Hermine » de 60 tonneaux,

l’ « Émerillon » de 40 tonneaux,

la « Grande Hermine » de 120 tonneaux.

Grâce à leurs connaissances du premier voyage, Jacques Cartier remonte alors le Saint Laurent, découvrant qu’il navigue sur un fleuve lorsque l’eau devient douce. Il fait escale à l’île d’Orléans.

Le troisième voyage de Jacques cartier en 1541 est un voyage à la recherche des richesses de ce nouveau pays. Il ramène de la région de Saguenay de l’or et des diamants.

Aussitôt arrivé en France, il fait expertiser le minerai, apprenant qu’il ne rapporte que de la pyrite  et du quartz, sans valeur.

 » L’or des fous »

La pyrite aussi appelé « or des fous » à cause de sa couleur jaune ressemblant à de l’or. Elle  a égaré des prospecteurs peu compétents croyant avoir découvert des pépites d’or.

La mésaventure de Jacques Cartier est à l’origine de l’expression:

« faux comme des diamants du Canada »

Et du nom de:

« Cap Diamant » pour désigner l’extrémité du promontoire de Québec.

Jacques Cartier se retire dans son manoir de « Limoëlou » à Rothéneuf près de Saint-Malo.

rotheneufLe modeste manoir de Limöleou fut la demeure de Jacques Cartier au quinzième et seizième siècle.

Le manoir fut sauvé par la fondation canadiènne Macdonald Stewart.

Il décède en 1557. Il repose depuis dans la cathédrale de Saint Malo.

Rothéneuf est devenu célèbre grâce à Jacques Cartier mais également grâce à l’abbé Adolphe Fouré qui passa une grande partie de sa vie à sculpter les rochers entre Rothéneuf et Cancale.

L’abbé sculpteur

abbé fouréAdolphe Fouré est ordonné prête à Rennes. A la suite d’une attaque cérébrale, il devient sourd et muet. L’abbé se retire à Rothéneuf ou il sculptera plus de trois cents personnages, nobles, pirates et corsaires de Saint Malo, mais aussi des êtres fantasmagoriques évoquant les gargouilles des cathédrales médiévales.

Rochers de RothéneufSamuel de Champlain

Samuel de Champlain est né à la Rochelle, en 1569.

Après une formation de navigateur, il est soldat au service de la  Bretagne.

Il est surtout connu pour avoir ensuite fondé la ville de Québec, le 3 juillet 1308.

N’appartenant pas à la noblesse, Champlain agit en tant que subalterne d’un noble désigné par le roi.

A Québec, en tant que roturier, il n’ est que « lieutenant » du vice-roi de la Nouvelle France.

Jamais il n’obtiendra le titre officiel de gouverneur, même s’il en exerce les fonctions .

Samuel de Champlain fut considéré  le « Père de la Nouvelle-France ».

LA PROVINCE ENDORMIE DEVIENT UN PAYS

LA ROUTE DE LA FRATERNITÉ

Voici l’histoire du périple du croiseur Colbert qui appareilla de Bretagne le 15 juillet 1967 cap à l’ouest vers la « Nouvelle France » (le Québec) à l’occasion de l’Exposition Universelle.

Le Général de Gaulle, Président de la République avait répondu positivement à l’invitation du gouvernement de la province du Québec et il avait tenu à honorer de sa présence à cette manifestation organisée à Montréal. Cette exposition revêtait encore plus d’importance aux yeux du général car le thème choisi était « Terre des hommes » de l’ouvrage de Saint-Exupéry.

La France avait fait un gros effort pour construire un magnifique pavillon. Une structure en forme de diamant serti, conçu par l’architecte visionnaire Iannis Xennakis. D’origine grecque, réfugié politique en France en 1947 et naturalisé français, il a travaillé comme ingénieur pour Le Corbusier. Xennakis est décédé à Paris en 2001.

La structure perdure encore de nos jour car le pavillon a été transformé en un magnifique casino sur l’île Notre-Dame.

Le pavillon des États-Unis, une énorme biosphère, conçue par l’architecte Richard Bukminster est également visible sur l’île Sainte-Hélène.

Ce récit est émaillé de témoignages des participants de l’époque ainsi que d’anecdotes recueillies à chaud, ou bien plus tard, sur le croiseur Colbert.

Le croiseur lance-missiles Colbert

Le Colbert est le sixième bâtiment à porter le nom de l’illustre Ministre de la Marine de Louis XIX, Jean-Baptiste Colbert.

La construction du croiseur débute à Brest en 1953, mis à l’eau en 1956, il est admis au service actif en 1957. Affecté comme bâtiment Amiral de l’escadre de la Méditerranée, il rejoint Toulon son port d’attache en 1959.  A l’origine croiseur anti-aérien (C.A.A.), il sera transformé durant l’année 1960 en croiseur lance-missiles (C.L.M.).

Caractéristiques du croiseur:

D’une longueur de 180 m, largeur : 20 m et d’un tirant d’eau : 7.9 m, il déplaçait 11 000 tonnes de port en lourd.
Propulsé par une machine à vapeur  de 86000 CV. Sa vitesse maximum était de 32 nœuds ce qui est remarquable pour une telle masse.

Je me souviens du récit, émaillé d’ anecdotes, raconté par le capitaine de vaisseau de Kersauson de Pennendreff, dernier commandant du Colbert, lors d’un dîner au carré de l’Amiral, un soir en mer d’Oman.

Avant de passer à table, je demande au commandant la permission de me rendre aux toilettes. Le commandant me dit : « Faites, mon cher Quideau,  allez donc visiter le bidet de Tante Yvonne ! ».

Quel ne fut pas mon étonnement que de constater de visu qu’il y avait bien un magnifique bidet dans le cabinet de toilette de l’Amiral.

Ce n’était pas le bidet en bois de hêtre de Madame de Pompadour qui l’utilisait déjà en 1710 à Versailles, sous Louis XV, mais un bidet en porcelaine blanche made in France de Christophe des Rosiers.

Le bidet de « la Pompadour »

A mon retour, je demande au commandant le pourquoi de cette présence insolite sur un navire de guerre.

Le commandant de Kersauson de se fait pas prié et commence à raconter le périple du Colbert au Québec en 1967.

Le bidet ainsi que d’autres aménagements avaient été spécialement réalisés pour le voyage du Général de Gaulle pour l’Exposition Universelle de Montréal. L’épouse du Président (Tante Yvonne) était aussi du voyage.

Nous passons à table et la conversation continue sur ce voyage dont voici les grandes lignes.

Les buts de ce voyage sont culturels et….politiques

En mai 1967, Daniel Johnson, alors ministre de la province du Québec est en visite officielle à Paris pour inviter dans un « but culturel » le Général de Gaulle à l’exposition Universelle de Montréal pour «Permettre aux Canadiens français de se découvrir et au reste du Canada de se réveiller à la réalité française».

Daniel Johnson est né le 15 avril 1915 en Estrie, il est décédé le 26 septembre 1968 peu de temps après la visite de de Gaulle au Québec.

Daniel Jonhson et le général de Gaulle

Johnson ajoute:

«Ce qui me réjouit, c’est que nos gens vont se rendre compte qu’il est possible de vivre en français au Canada, je voudrais que le général fasse sentir aux Québécois le sens de la culture française».

Le deuxième objectif de Johnson est plus « politique » que culturel, il consiste à persuader de Gaulle de franchir l’Atlantique pour livrer le message suivant à Ottawa, et au monde entier qu’il y a aussi:

« Des Canadiens français, qu’il faut les respecter, et ce respect commence par l’égalité politique».

Il s’agit de secouer les mentalités et en même temps, de contrer la politique séculaire du gouvernement fédéral d’Ottawa qui masque le caractère français du Québec.

Combien de chefs d’État et de diplomates étrangers visitant l’Exposition diront au premier ministre du Québec:

«Nous nous excusons de n’avoir rien préparé en français. Nous ne savions pas qu’on parlait français ici. L’ambassadeur du Canada ne nous l’avait pas dit».

Le général, a bien pris note de cette réalité anglophone et rendra la pareille à certains officiels dès son arrivée dans le golfe du Saint Laurent.

La préparation au voyage, les aménagements effectués sur le croiseur

Le général, d’abord réticent à l’idée d’aller visiter l’Exposition Universelle de Montréal de 1967, fut finalement séduit par l’idée de s’y rendre en traversant l’océan sur un bâtiment  jusqu’à Québec, puis en remontant la vallée du Saint Laurent par la route comme le firent avant lui Cartier et Champlain. Un argument supplémentaire fut d’arriver ainsi Outre-Atlantique par un moyen de transport français, alors que par air, il aurait du emprunter un avion forcément américain (Boeing  ou Mac Donnell Douglas ). Le Colbert fut aménagé pour recevoir le Président de la République et son épouse Yvonne, en particulier les appartements de l’Amiral furent agrandis.

C’est « Tante Yvonne » qui a supervisé sa décoration. Elle avait fait embarqué des meubles du Mobilier National, des toiles de Dufy et Matisse, et avait demandé qu’on lui rajoute deux fenêtres autour de la cheminée. C’est pourquoi  le Colbert est le seul bâtiment de guerre, doté de deux fausses fenêtres qui encadrent une cheminée, fausse elle aussi.

Le terme « appartements » pourra sembler étrange à certains d’entre vous, mais il est d’usage dans la marine de parler d’appartements de l’amiral. Et c’était le cas pour le croiseur Colbert qui était avant tout un navire de commandement devant recevoir un amiral et son État-major.

Les appartements comprenaient un cabinet de travail avec un bureau en acajou, un salon et une salle à manger avec un office adjacent pour le maître d’hôtel, et une grande chambre avec son cabinet de toilettes.

Le lit dans l’appartement de l’Amiral fut agrandi. Les cabinets de toilette furent féminisés avec ce fameux bidet. Le téléphone secret rouge, et un autre noir en bakélite furent connectés au PC radio.

Une petite salle à manger avait été aménagée pour le commandant du Colbert, le capitaine de vaisseau  Delahousse et l’État-major particulier du Général dans un local situé dans la coursive de l’amiral.

De ce voyage, il restait encore en 1991,  le téléphone qui reliait le général de Gaulle à l’Élysée (ce combiné rouge était toujours présent, dans la chambre de l’amiral).

Cap à l’ouest, la traversée de l’Atlantique nord

Le 15 juillet, de Gaulle embarque avec son épouse à bord du croiseur Colbert à Brest.

Ce moyen de transport fut délibérément choisi pour lui permettre d’éviter le protocole qui commandait l’arrivée via Ottawa. Ayant été invité par le premier ministre du Québec, Daniel Johnson, plutôt que par le premier ministre canadien, Lester Pearson, il ne pouvait être accueilli en premier lieu dans la capitale fédérale.

Au cours de la traversée, il aurait dit à ses proches :

« Je compte frapper un grand coup. Ça bardera, mais il le faut. C’est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France. »

Le Colbert fit escale à Saint Pierre et Miquelon le 20 juillet 1967.

Le commandant de Kersauson, après le plat principal,  continue cette l’histoire qui me passionne au plus haut point ainsi que les autres membres présents ce soir-là.

Après cette escale, le Colbert mis le cap à l’ouest et arriva à l’embouchure du Saint Laurent le 22 juillet ou un officier de liaison envoyé par le gouvernement fédéral embarqua à bord.

Ottawa,  avait bien pris le soin de désigner un officier ne parlant que l’anglais, pas un traitre mot de français,  pensant que cela obligerait les français à s’exprimer dans la langue de Shakespeare. C’était bien mal connaitre le général, qui avait beaucoup apprit des pratiques de la « perfide Albion » pendant son séjour en Angleterre.

De Gaulle l’invita à tous les repas à sa table et bien sur la conversation ne se fit qu’en français. Les rires fusaient parfois. Par politesse, l’officier riait aussi, par politesse comme il se doit pour un officier de marine, ne sachant pas le pourquoi de ces rires. S’il avait su, ……………il n’aurait certainement pas ri autant.

L’anse-aux-foulons, arrivée à Québec

Le dimanche 23 juillet,  par un beau soleil, le Colbert s’amarrait au pied de la citadelle de Québec à l’anse au Foulon.

Le Colbert abhorre les  pavillons français et québécois. Sur le quai, de Gaulle est reçu de façon protocolaire par le gouverneur général Michener, représentant le gouvernement fédéral canadien et par le premier ministre du Québec, Johnson.

de gaulle colbertTandis que la  » Marseillaise » soulevait une vive ovation, le « God save the Queen » provoquait aussitôt quelques huées et des tomates tombaient des collines sur les participants.

de Gaulle au Quebec 1967Après une courte escale à la citadelle,  résidence du gouverneur général, de Gaulle et Johnson se rendent à l’Hôtel de ville. Le président déclare alors :

«Toute la France, en ce moment, regarde par ici. Elle vous voit. Elle vous entend. Elle vous aime…». « Nous sommes liés par notre avenir. Mais on est chez soi, ici, après tout ! Ce que nous faisons ici et là-bas, nous le faisons toujours un peu plus ensemble. Toute la France, en ce moment, regarde par ici. Elle vous voit. Elle vous entend. Elle vous aime. ».

Puis, le président assiste à une messe à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, dite par l’archevêque de Québec, Maurice Roy.

Le chemin du Roy, de Québec vers Montréal

Le Chemin du Roi, inauguré le 5 août 1734, relie Québec à Montréal en suivant la rive gauche du Saint-Laurent.

Tout au long des 270 kilomètres du parcours, il y avait des emblèmes français et québécois partout. Le cortège roulait sur un tapis de fleurs de lis blanches peintes au pochoir sur l’asphalte.

Il traversa et s’arrêta à :

Donnacona, La Pérade

La Pérade est célèbre pour ses pêcheries en hiver sur le lac gelé

la peradeDéjeuner au séminaire Saint Joseph de Trois-Rivières

seminaire st joseph de trois rivièresPhoto de l’association « Point du Jour Aviation »

Louiseville, Berthierville, Repentigny, Pointe-aux-Trembles.

À l’entrée de chaque village, il y avait l’écusson de la province française d’où étaient originaires ‘les habitants. Si Jacques Cartier et Samuel de Champlain, venaient de Bretagne, La France toute entière a contribué à peupler ces territoires. Sur le Chemin du Roi, c’est toute la vieille France qui acclamait le Général.

A chaque étape de Gaulle déclamait sous les acclamations :

« Maintenant, je vois le présent, le présent du Canada français, un pays qui est en train de devenir maître de lui-même, qui prend en mains ses destinées. Vous pouvez être sûr que le vieux pays, que la vieille France apporte et apportera à la Nouvelle-France tout son concours fraternel »…

Le 24 juillet sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal

« les pieds dans le plat, la phrase au bout du fil… »

Sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, de Gaulle, exalté par l’enthousiasme de la foule, s’empare des micro, malgré les réticences du maire,Jean Drapeau, qui rétorque qu’il qu’il n’est pas branché.

Une voix venue de derrière le général dit: « je sais comment le faire marcher » .

Aussitôt connecté,  de Gaulle prend la parole et de sa voix de stentor déclame:

« Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Vive le Canada français et vive la France ! « 

Cette phrase fatidique et impérissable, déchaîna les passions, une clameur immense envahie la place et de Gaulle les bras levés en » V », les points serrés, salua la foule.

Qu’est devenu le quidam qui a osé connecter le micro? il aurait du aussi être reconnu pour sa réactivité et son audace…On ne le saura jamais. Dommage…

La visite officielle fut donc écourtée, de Gaulle renonça à se rendre à Ottawa.

Le 25 juillet à Montréal, après une réception de la colonie française au Ritz Carlton, de Gaulle  visite de l’exposition universelle, quand même, il était venu pour cela.

expo 67Le général reprit l’avion ( un D.C. 9) pour Paris dans l’après-midi du 25 juillet après avoir pris congé du maire de Montréal,il lui dit:

« Pendant mon voyage, du fait d’une sorte de choc, auquel ni vous ni moi ne pouvions rien, c’était élémentaire, et nous en avons tous été saisis , je crois avoir pu aller en ce qui vous concerne au fond des choses, quand au reste, tout ce qui grouille, et grenouille, et scribouille, n’a pas de conséquence historique dans les grandes circonstances ».

Une tension diplomatique s’établit entre la France et le Canada.

Lester Pearson, premier ministre du Canada, considère ces propos comme un affront, ce qui a entraîné l’annulation de la visite que devait faire le général à Ottawa, et son départ précipité pour la France.

Cependant, lors d’une conférence de presse le 27 novembre 1967, de Gaulle déclara:

«Que le Québec soit libre c’est, en effet, ce dont il s’agit. Cela aboutira forcément, à mon avis, à l’avènement du Québec au rang d’un État souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États, qui ne sont pas pourtant si valables, ni même si peuplés, que ne le serait celui-là.»

Le commandant de Kersauson précise que toute cette fameuse histoire a été raconté par les officiers français ayant participé à ce voyage et en particulier par  le capitaine de vaisseau Delahousse commandant le Colbert. Il y avait également du voyage, l’Amiral Philippon,  Chef de cabinet à l’Élysée, et l’aide de camp du Président le capitaine de vaisseau Flohic.

La Vénus du Croiseur Colbert

Ce magnifique tableau trônait dans le salon du carré des officiers du croiseur Colbert.

salon du carré du colbertLa salle à manger des officiers subalternes du croiseur Colbert

carre du colbert2Le tableau était accroché sur la cloison, à droite en rentrant, face au petit bar. Dans le coin sur une tablette, il y avait aussi une magnifique lampe chinoise que j’ai eu la chance de gagner à la tombola organisée lors du partage des biens de la « gamelle » du carré, bien sur lampe non-inscrite au patrimoine.

La salle à manger des officiers supérieurs du croiseur Colbert

CARRE DU COLBERTOn ne voyait que cette toile, lorsque l’on prenait au bar du carré. Elle ne pouvait pas passer inaperçue et suscitait bien des interrogations et on le verra plus tard des convoitises.

Lorsque j’étais Officier Détecteur sur ce fier vaisseau, en 1990 et 1991, je me posais la question :

Comment cette toile était arrivée là ? , qui l’avait peinte ?

Aucun officier du bord  ne connaissait la réponse exacte.

Certains disaient qu’elle avait été peinte par un ancien officier du bord qui avait pris pour modèle sa petite amie. Que nenni…fadaises….

Jean Rouffignac ancien officier sur le Colbert donne une version qui est la plus plausible :

 » Lorsque j’étais adjoint-missiles à bord du Colbert, nous avions comme info que ce tableau avait été donné par Domergue en remerciement des nombreux repas qu’il avait pris à bord du croiseur à Toulon. Elle aurait été un de ses modèles. On disait que c’était la propriétaire d’un beau restaurant-bar au coin du petit port de pêche du Mourillon.

Quand le croiseur Colbert fut désarmé, en 1991,  le président des officiers du Cassard, vint à bord mettre une option sur la toile. Comme elle ne rentrait pas dans l’inventaire officiel du patrimoine de la marine, elle lui fut attribuée par notre président. Depuis elle continue à  faire fantasmer les  officiers mais…. sur la frégate Cassard.

Il est vrai que cette toile est caractéristique d’autres toiles de femmes au buste dénudé que Jean Gabriel Domergue aimait peindre, comme celle intitulée « Fleur du Nord » mise en vente chez Christie’ s entre 7600 et 11000 dollars.

Il aimait peindre de jeunes artistes assez fluettes , ce n’est sans doute pas la propriétaire d’un bar du Mourillon, mais plutôt une danseuse de cabaret.

Quoiqu’il en soit, les toiles de Jean-Gabriel Domergue sont actuellement très recherchées et la « Vénus du Colbert » doit valoir maintenant son « pesant d’or ».

Jean-Gabriel Domergue

Le peintre est né à Bordeaux le 4 mars 1889  et il est décédé à Paris en 1962.
Il était le petit cousin de Toulouse-Lautrec.

Jean-Gabriel Domergue achète un terrain à la Cannes en 1926. Il conçoit, et fait réaliser la villa, sous le nom de « villa Fiesole ».  

villa domergueIl est très influencé par le style italien de la renaissance, et par une villa qu’il avait vue à côté de  Florence.

Son épouse, Odette Domergue, conçoit des jardins méditerranéens, les bassins et les cascades agrémentés de statues antiques.

Le couple réside ans la villa à partir de 1932 jusqu’à la mort du peintre en 1962.

Dix ans plus tard, Odette Domergue lègue la propriété à la ville de Cannes.

La villa accueille toujours des évènements mondains ou des manifestations officielles de la ville et est ouverte pour des expositions artistiques.

villa domergue 2Depuis les années 1990, la villa est l’endroit où se réunit le jury officiel du Festival de Cannes pour la délibération finale des  « palmes d’or ».

palais de cannesIl disait :

« Les femmes ne trouvent leur portrait ressemblant
que lorsqu’il ressemble à ce qu’elles voudraient être
»

domergueIl ne fait plus aucun doute, le tableau de la femme aux seins nus qui trônait au carré des officiers du croiseur Colbert et qui a été cédé aux officiers  de la frégate anti-aérienne Cassard est bien de Jean Gabriel Domergue. Quand au modèle le doute subsiste ?

Cette toile compte tenu de sa valeur devrait être inscrite au « Patrimoine de la Marine ».

La dernière mission du Colbert

« Salamandre »

Opération "Salamandre" après l'invasion du Koweït par les troupes irakiennes.Photo SCPA-D ( Colbert-Var-Clemenceau)

Le navire à bien tenu son rôle de « chien de garde » du porte-aéronefs Clemenceau lors de la mission « Salamandre ».

colbert proue poupeSalamandre, pourquoi ce terme pour la mission de l’été 1990 dévolue au croiseur « Colbert » et à ses partenaires, le porte-avion « Clemenceau » et le pétrolier ravitailleur « Var » ?

La salamandre était l’emblème de François 1er dont la devise était : « Nutrisco et extingo » (Je me nourris du feu et je l’ éteins).

IMG2_0003Le Colbert avait souffert quand il a accosté à Toulon après cette éprouvante mais passionnante mission en mer d’Oman et en Mer Rouge.

IMG2_0009Les taches de rouille sont bien visible sur la coque du croiseur

CO ColbertPar contre après un lifting, Il avait belle allure lors de sa dernière escale le 12 avril 2012 à Venise au quai des Martyrs près de la place Saint Marc.

Pendant cette dernière mission nous avions à bord, Serge Marko « Peintre Officiel de la Marine ». 

Superbe aquarelle de Serge Marko « le Colbert à Venise »

Sur la route du retour, vers Toulon, le Colbert participa avec brio à l’exercice « Sardinia » exercice avec la Force Navale de Méditerranée. Certains officiers de l’État-major en furent même offusqués de s’être fait « grugé » par la tactique employée par le staff opérations du vieux croiseur. Ils ne se doutaient pas qu’ en Corse,  « prendre le maquis » est un institution lorsque l’on vous recherche. Le Colbert fut introuvable, même par les Super-Étendards.

Mais ceci est une autre histoire…

Les aussières passées, le commandant de Yves de Kersauson ordonna « terminé barre et machine ». Dans les entrailles du navire, « le Chef », la larme à l’ œil, répercuta l’ordre à ses mécaniciens, lui qui était si fier de l’état irréprochable de ses machines devait à contre cœur s’en séparer (il assura toutefois  l’intérim du commandement  jusqu’au départ du Colbert vers Bordeaux), piètre consolation qui ne durera pas très longtemps.

Avant de quitter de quitter le Colbert, les comptes de « la gamelle » sont clôturés.

La gamelle est une allocation pécuniaire attribuée aux différents carrés pour leur permettre d’améliorer l’ordinaire.

Le « coqueron » doit être rendu vide. Le coqueron sur un navire de guerre est le nom donné à la cave ou sont stocké les bouteilles de vin.

Avant de se séparer une sortie fut organisée par le carré des officiers sur la jonque « La Dame de Cantons ». Le coqueron fut asséché au cours d’une journée mémorable.

Le croiseur fut désarmé le 24 mai 1991.

Le 12 juin 1993, après avoir été remorqué de Toulon à Bordeaux, il est transformé en musée flottant au quai Bacalan près de la place des Quinconces.

En mai 2007, Le croiseur fermé au public est transféré à Brest.

.

Depuis juin 2007, il rouille au cimetière marin de Landévennec.

La tape de bouche du Colbert

Sur la « tape de bouche » du croiseur figure la couleuvre ondoyante du blason de la famille Colbert.

Pourquoi une couleuvre ? Couleuvre en latin se dit: « COLUBER ».

tape de boucheUne vidéo de Alexandre Gerbier sur le croiseur lance-missile Colbert

http://www.youtube.com/watch?v=RkQf30OS3AQ

enveloppe colbert

dix francs colbertLA ROUTE DU RETOUR VERS NOS « COUSINS D’AMERIQUE

Avec mon épouse, nous voulions à tout prix connaitre le pays de nos cousins canadiens et plus particulièrement ceux du Québec. Ce fut chose faite en septembre 2012.

Le départ vers l’ouest s’effectuera en AIRBUS A 380

Le bel oiseau se prépare pour la traversée

L’embarquement à bord s’effectue  sans problème malgré les 550 passagers

Bienvenue à bord de l’ A 380

La cabine

L’intérieur de l’A380 est très impressionnant

Décollage en douceur de l’ A 380

Décollage en direct vu par les trois caméras de bord (arrière, avant, dessous)

cockpi A380Ci-joint le lien qui permet de visiter le cockpit de l’Airbus A 380. En cliquant et en déplaçant la souris, la balade dans le cockpit de l’Airbus A 380 est impressionnante.

http://www.gillesvidal.com/blogpano/cockpit1.htm

Il faut restez cliquer sur la souris, pour agir sur les directions ou le zoom pour une visite à 360°.

La route vers l’ouest ne s’effectue plus en 20 jours, comme pour les voyages de Jacques Cartiers mais en moins de 8 heures à 11 000 mètres d’altitude.

En vue de la nouvelle France au Sud de Saint Pierre et Miquelon

Comme « l’Oiseau Blanc », la route parcourue par l’ Airbus A 380 fut une route orthodromique

L' »Oiseau Blanc » fut le surnom donné au « Spirit of Saint Louis », l’avion avec lequel Charles Nungesser et son navigateur François Coli tentèrent la première traversée de l’Atlantique en 1927. Ils disparurent en mer le 8 mai 1927, probablement au sud de Terre-Neuve (à la position de l’Airbus A 380 sur la photo).

Charles Nungesser et François Coli

Le « Spirit of Saint Louis » dans la tempête

L’orthodromie désigne le chemin le plus court entre deux points de la terre, c’est-à-dire un arc de cercle qui passe par ces deux points. Pour les navigateurs, la route orthodromique est la route la plus courte à la surface du globe terrestre. C’est la  distance dite « à vol d’oiseau ».

La loxodromie est une trajectoire constante, c’est une ligne droite. Elle ne représente pas la plus courte distance entre deux points, car la terre est ronde.

carte orthodromie loxodromieLa route orthodromique,  en rouge . La route loxodromique en bleue.

Grâce à notre guide et conteur hors pair Ian Beaulieu et à son compère « driver de Chaudière », Stéphane Duguay. Nous avons parcouru la belle province  bien installé à bonne température  dans la « Chaudière » et nous nous sommes imprégnés tout au long de ce parcours des histoires de ces pionniers venus de de Bretagne et des quatre coins de  France.

Voici en quelques images commentées tout au long de la route de la « chaudière » .

« Bretons, Normands, Vendéens, sont partis Cap à l’Ouest bravant les tempêtes pour découvrir un nouveau monde, des étendues vierges et sauvages et des populations dubitatives face à ces envahisseurs qu’ils ne connaissaient pas ».

A l’arrivée dans le golfe du Saint Laurent, les pionniers ont aperçus les cétacés et les otaries venir se nourrir de plancton et de petits poissons qui pullulent dans les courants devant le fjord du Saguenay.

La petite ville de Tadoussac (Toutouskak) « les deux mamelles » et son illustre hôtel

Le célèbre « café du fjord » avec sa charmante hôtesse « Marie-Ange »dite:

« Miss Caribou »

Le « Café du Fjord » rue du « Bateau Passeur » à Tadoussac

Les rorquals communs et les baleines bleues  font un petit tour en surface puis replongent pour se nourrir.

Les explorateurs ont eu également à faire face à la faune locale, en particulier les ours noirs, les ours blancs, les bisons, les bœufs musqués, les caribous et bien d’autres espèces locales.

Les ours noirs et bruns (grizzlis) ainsi que de nombreux animaux sauvages sont en totale liberté dans l’immense réserve de Saint Félicien près du lac Saint-Jean dans la province de Québec.

Ce sont les humains qui rendent visite aux animaux sauvages, dans des cages.

Les bisons , buffles, caribous et autres quadrupèdes vaguent librement indifférents aux bipèdes qui viennent les visiter.

Les pionniers qui se sont implantés ont su tirer parti de ces ressources animales pour se nourrir et pour faire du troc avec les amérindiens. Le commerce des fourrures fut tout de suite prospère (renards, lièvres, loups et surtout martres et castors).

La martre était et est toujours très recherchée pour ses poils très souples qui servent à la confection des pinceaux. Les pinceaux en polis de martre ont une pointe parfaite et un pouvoir de rétention d’eau qui en font les meilleurs pinceaux pour l’aquarelle.

martreLa peau de castor est surtout utilisée pour la fabrication de chapeaux en feutre et sa fourrure pour toutes sortes de vêtements dont les manteaux.

Plus tard, ils ont utilisé les ressources naturelles du pays, surtout le bois dans les immenses forêts pour la construction de maisons et de bateaux.

Il ont su tirer parti de  l’érable, arbre emblématique du Canada,  pour en extraire la sève et confectionner bon nombre de produits dérivés du sucre.

Les petites exploitations sont légion autour de Québec.

Sur le chemin du Roy, au 1447 de la petite bourgade de St Pierre sur la très belle île d’Orléans, arrêtez vous à la cabane à sucre de l’ En-Tailleur pour une escale gustative des produits locaux. Vous y serez accueillis en « cousins » dans une ambiance familiale chaleureuse « country rétro ».

CIMG1676Dans la boutique, les deux charmantes sœurs québecoise de la « cabane au Canada », Lise et Véronique, vous ferons goûter tous les produits à base de l’érable.

N’oubliez pas de gouter à la tire d’érable ou la tire à la neige

en tailleurLe sirop d’érable est chauffé jusqu’à ébullition puis déposé directement sur la neige ou la glace. Le sirop durcit pour devenir une succulente sucette.

salle des paysan entailleurSite de la cabane à sucre  :http://www.entailleur.com/

restaurant l'entailleurEn plus de la faune sauvage qui pullulait dans des forêts , les explorateurs ont du franchir des espaces naturels, des rivières et les lacs immenses.

la voie maltée 3la voie maltée 4Vous n’aurez que l’embarra du choix dans la voie Maltée

la voie maltée5La brasserie/restaurant la « Voie Maltée » située à Chicoutimi est un lieu convivial ou « il n’y a pas de malt à se faire du bien ».

Les chutes majestueuses comme celle de Montmorency à Québec et Niagara dans l’Ontario mais aussi des lacs gigantesques comme des mers.

La chute Montmorency près de la ville de Québec

niag1La chute canadienne en fer à cheval du Niagara

la chute américaine

niag3NIAG4niag5niag6

Niagara « by nigth »

niagara by nigthniagara9LA CAMPAGNE DU NIAGARA

GUERRE DE 1812fort georgeniagar on the lake2niagara on the lake3CROISIÈRE SUR LE LAC ONTARIO

mille ilesles îles du lac Ontario

Le lac Ontario et ses « milles îles »

Les pionniers ont su fraterniser avec les amérindiens pour fonder une nation et construire un « Beau Pays » dans l’entente et le commerce.

Malheureusement, les « Tuniques Rouges » alliées avec certains « Peaux Rouges » (les iroquois) sont venus pour annihiler tous les efforts entrepris, chasser les populations, mettant les autres sous leur joug. Le roi de France a laissé faire, les abandonnant à leur sort.

Reproduction de la bataille des plaines d’Abraham le 13 septembre 1759 sur le lieu actuel.

Plan de la bataille des plaines d’Abraham

Les deux généraux, Louis Joseph marquis de  Montcalm  le français, et James Wolfe l’anglais,  furent blessés durant la bataille et succombèrent de leurs blessures.

Montcalm mourant, demanda à son chirurgien :

« Combien de temps me reste-t-il à vivre ? »
« Quelques heures à peine »
« Tant mieux, je ne verrai pas les anglais dans Québec »

Sa devise était : « Mon innocence est ma forteresse ».

James Wolfe était sans pitié et il semait la erreur dans tout le pays.

Dans un manifeste il a écrit:   » je me propose de l’incendier par nos tirs de boulets, de détruire les récoltes, les maisons et le bétail, tant en aval qu’en amont, d’exiler le plus grand nombre possible en Europe, et de ne laisser derrière moi que famine et désolation; mais nous devons apprendre à ces crapules à faire la guerre d’une manière qui soit plus digne de gentilshommes ».

« Wolf » n’épargnera aucune ferme en aval de Québec sur les deux côtés du Saint-Laurent. Ceux qui lui résistèrent furent tués, les autres pendus.

C’était sans aucun doute, pour « Wolf », des manières de gentilshommes…qui bien sur n’avaient rien de gentils… Il ne devait pas connaitre la traduction française du mot « gentilhomme ».

« un loup (il portait bien son nom) rouge comme sa tunique, couleur sang »

La place forte et la ville de Québec fut prise par les britanniques 4 jours plus tard.

Le château Frontenac à Québec, photos Hélène Quideau

Beaucoup d’années se sont écoulées….dans l’oubli et l’ignorance. Les français de métropole avaient complètement oubliés leurs cousins du Québec, de l’Acadie et des autres colonies « francophones » du Canada passées sous le joug britannique.

« Heureusement, un général venu de France a réveillé un peuple soumis, en leur disant haut et fort de se redresser, de ne plus courber l’échine et d’être fier de leurs origines ».

la plus ancienne maison de quebecDe nos jours, la vieille ville de Québec, qui a connue les premiers colons, toujours enserrée entre ses fortifications percée de portes monumentales, est pleine de charme.

PORTES QUEBECL’architecture ne m’est pas inconnue car à certains endroits elle me fait penser à celle de l’ancien Toulon dont malheureusement il ne reste pratiquement plus rien si ce n’est la porte d’Italie, la porte Royale, la porte Malbousquet et les forts qui protégeaient la rade (le fort Saint-Louis, la Tour Royale, le fort Balaguier et celui de l’ Eguillette).

portes toulon quebecIl ne faut pas s’étonner des coïncidences car c’est un ingénieur militaire toulonnais qui a participé à la construction de nombreux monuments et des fortifications de la ville de Québec de Montréal et de fort Niagara. En 1720, il a modifié et agrandit la cathédrale Notre-Dame de Québec ou il repose pour l’éternité.

chaussegros de lery notre dame de quebecEn France, peu de personnes savent qui était Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry car, envoyé en mission pour une année, il a fait toute sa carrière au Québec (40 ans).

Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, est né le 3 octobre à Toulon, issu d’une dynastie d’ingénieurs militaires. Il apprend le génie militaire avec son père Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry qui avait travaillé comme maître-d ‘œuvre sous les ordres de Vauban. Son père avait participé à la construction de la porte royale d’entrée à l’arsenal militaire et celle du fort  de l’ Eguillette.

En 1716, ingénieur du roi, il est missionné et envoyé dans la Nouvelle France pour bâtir les défenses militaires en particulier à Québec et Montréal.

Il fait des recommandations sur les travaux à entreprendre pour assurer la défense de la jeune colonie inspiré par les préceptes de Vauban.

Il dessine les plans de la citadelle  de Québec, que les Anglais bâtiront entre 1825 et 1830 sur le cap Diamant, suivant les dessins de Chaussegros de Léry, manifestement d’inspiration Vauban.

Il est décédé le 23 mars 1756 à Québec et inhumé dans la cathédrale Notre Dame de Québec.

la « Place Royale » fut le premier lieu d’habitation des colons français. Cette place  chargée d’histoire est envoutante. Lorsque la nuit tombe, enveloppé dans un léger brouillard qui fait flotter les ombres sous des lampadaires à la lumière tamisée,qui paraissent d’époque,  on sent encore la présence des anciens colons qui séjournèrent en ce lieu. C’est comme un retour dans le passé.

PLACE ROYALEL’église « Notre-Dame » des victoires fut construite sur les vestiges de la maison de Samuel de Champlain.

Le Québec n’est pas une province c’est un Pays comme le chante si bien Gilles Vigneault. Les Québécois comme les Gaspésiens et les autres francophones sont pour beaucoup à l’origine du CANADA actuel. Je n’oublie tout de même pas les anglophones, qui ont également participé à la découverte de ce magnifique pays. Ce qui est plus gênant, c’est qu’ils ont voulu en faire une copie de leur pays d’origine sans tenir compte des spécificités des premiers habitants, les « amérindiens », et les premiers explorateurs qui s’étaient installés et qui, pour la plus-part venaient de Bretagne et parlaient le français.

Qu’auraient ils pensé, ces anglophones, si l’inverse se s’était produit, si on leur avait interdit de parler leur langue comme ce fut fait par le passé pour les québécois mais aussi chez nous, en France, pour les bretons, les corses, les basques ou les alsaciens.

Ils ne savaient pas quelle chance ils avaient, ces « tuniques rouges » de mettre un peu de « bleu de France » à leur uniforme, d’être bilingue « anglo-français » plutôt que de se dire: « les autochtones s’adapteront bien un jour et ils devront parler notre langue ».

Le « nombrilisme »  et le  » we are the best » n’a jamais fait progresser ni tourner la terre.

En 1905, Louis-Honoré Fréchette se battit pour que le drapeau du Canada français soit adopté pour la province du Québec.

Fréchette était un poète écrivain et homme politique né en 1839 à Saint Joseph de Levis et décédé en 1908.

Fréchette a écrit ce poème en l’honneur du drapeau québécois:

« Ô Montcalm ! ce drapeau témoin de tant d’efforts…

Et que la France, un jour, oublia sur nos bords !..

Qu’ils furent longs, ces jours de deuil et de souffrance !…

Nous t’avons pardonné ton abandon, ô France !

Ô drapeau ! vieille épave échappée au naufrage !
Toi qui vis cette gloire et qui vis cet outrage,
Symbole d’héroïsme et témoin accablant,
Dans tes plis qui flottaient en ces grands jours d’alarmes,
Au sang de nos aïeux nous mêlerons nos larmes…
Mais reste pour jamais le dernier drapeau blanc ! »

Les couleurs bleu et blanc avec les fleurs de lys et  la feuille d’érable en son centre, ornées de la devise :

« Je me souviens ».

De nos jours, toutes les plaques minéralogiques des voitures de la province du Québec portent la devise  » je me souviens ».

Finalement les quatre lys blancs dressés l’emporteront sur le fond bleu de la bannière de Montcalm, et le 21 janvier 1948, ce drapeau « fleurdelisé » que nous connaissons, claquera au plus haut mât du Parlement de Québec. Du blanc de France ne restera que la croix.

La description du drapeau est « d’azur à la croix d’argent cantonnée de quatre fleurs de lys du même ».

En héraldique,  » l’azur » correspond au bleu et « l’argent » au blanc.

La croix blanche représente le catholicisme et les fleurs de lys sont le symbole de leur attachement à la France.

Le salut au drapeau:

« Drapeau du Québec, salut !
À toi mon respect, ma fidélité, ma fierté.
Vive le Québec,
Vive son drapeau ! »

N’est-il pas beau ce pavillon bleu avec sa croix blanche et les quatre fleurs de lys blanches sur le « grand fleuve »

Une des plus belles chansons de Gilles Vigneault.

« Je crie à tous les hommes de la terre, ma maison, c’est votre maison »…

Cette chanson résume à elle seule la souffrance l’ouverture et le partage.

« Mon pays ce n´est pas un pays, c´est l´hiver
Mon jardin ce n´est pas un jardin, c´est la plaine
Mon chemin ce n´est pas un chemin, c´est la neige
Mon pays ce n´est pas un pays, c´est l´hiver « 

« Je crie avant que de me taire
A tous les hommes de la terre
Ma maison c´est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
A préparer le feu, la place
Pour les humains de l´horizon
Et les humains sont de ma race »

http://www.youtube.com/watch?v=CH_R6D7mU7M

Une autre très elle chanson de Gilles Vigneault sur « les gens du pays »

http://www.youtube.com/watch?v=lHJ76KA7k4E

Nous aussi on se souviendra longtemps de ce merveilleux voyage chez nos cousins qui ont un réel plaisir à nous recevoir et nous faire connaitre leur « Beau Pays » dans ses plus belles couleurs d’automne

Tout au long du périple on est charmé par les couleurs, l’accent chantant, le sourire des québecois, les expressions croustillantes et pleines d’humour a nul autre pareil, dont voici un tout petit échantillon.

vu et entenduUn grand merci à Ian Beaulieu, notre guide, et Stéphane notre expérimenté « chauffeur de chaudière » qui ont su nous faire partager l’amour de leur pays avec compétence humour et gentillesse.

Ian dans la voie… maltée & Stéphane dans la voie… lactée (sobriété oblige, il aurait été préjudiciable que  la chaudière soit « chargée »).

Toronto underground, Ian et Stéphane à l’heure… des autographes…

torontoToronto, la ville souterraine

retour1Une dernière pour le vol !

L’ aéroport de Toronto

toronto2Kenavo le Canada, Québec ar wec’h all….! may be…

Jean Claude Quideau

Octobre 2012

Les « demoiselles aux pompons rouges », le moulin de Laffaux

les demoiselles au pompon rouge, le moulin de laffauxPourquoi cette dénomination?

Ne cherchez pas un quelconque rapport avec les « belles demoiselles » qui lèvent la jambe lors des « french cancan » du Moulin Rouge, car il n’y a point de pompons uniquement des froufrous.

MOULIN ROUGECommençons par déchiffrer le terme de: « demoiselles » ?

Il n’y a pas si longtemps, le port de pêche de Lesconil avec ses soixante « Malamoks »  rentraient « plein gaz » les cales pleines de ces délicieuses « demoiselles » qui frétillaient dans les caisses.

arivée des bateauxLesconil était le premier port de pêche de France de langoustines fraiches que l’on appelait « les demoiselles  de Lesconil ».

langoustinesDébarquement des belles demoiselles

Les chalutiers de Lesconil ont presque tous déserté le port et ce terme de « demoiselles » a été repris depuis par les ports de Loctudy et du Guilvinec…   Pirates !….

Terminons par: « pompons rouges » ?

Peut-être une allusion aux œufs que les femelles portent sur l’abdomen ? Impossible, car les œufs sont verts sur la langoustine vivante. Ils ne rougissent qu’après cuisson.

La comparaison était pertinente, mais osée…

Il y a aussi un poisson que l’on nomme dans le pays bigouden « demoiselle ». Il s’agit en fait d’une espèce de « labrus bergylta » qui lorsqu’elle est  coquette est une  « labrus mixtus ». 

Pour être plus clair il s’agit simplement d’une « vieille commune ».

La couleur des vieilles diffère suivant leur environnement et leur habitat.

Et alors ou sont les pompons rouges de la demoiselle ?…..

Les pigments de la peau ?…..

Tout cela n’est pas crédible, il doit s’agir d’autre chose…

« Pompon rouge », il y a sans aucun doute un rapport avec la Marine Nationale ?

Le pompon rouge est le véritable symbole des marins qu’ils portent fièrement sur leur bonnet appelé « bachi ». Toucher le pompon porte bonheur, dit-on…

Plusieurs légendes courent sur son origine, mais ce ne sont que des légendes comme celle de l’Impératrice Eugénie:

Le 9 août 1858, l’Impératrice Eugénie était en visite sur un navire dans le port de Brest. Un très grand matelot, en se mettant au garde à vous à son passage, se heurta violemment le sommet du crâne au plafond de la coursive. Il saignait et l’Impératrice lui offrit son mouchoir en guise de pansement. Ce mouchoir taché de sang , placé sur sa tête, devint alors, en souvenir de son geste, le pompon rouge du bonnet (bâchi) du Marin.

La naissance du « bâchi » avec pompon rouge 

Au début des années 1800, L’ Amiral qui commandait l’escadre de la Méditerranée, voulut distinguer les différents équipages par des pompons de différentes couleurs, réservant la couleur rouge au vaisseau amiral. Il est fort possible que cette mesure fut à l’origine du fameux pompon rouge.

Depuis le décret du 1er avril 1808, un pompon orne le bonnet des marins (la couleur varie selon le numéro de la compagnie). Il disparaît en 1825, reparaît en 1856 sur le bonnet de travail sous forme d’une houppette. De nos jours, le pompon est toujours nomenclaturé sous le nom de « houppette » dans le service « Habillement, Casernement, Couchage » (H.C.C.) de la Marine Nationale française.

Pour un besoin technique de finir le fond du bonnet, il apparaît que la confection d’un bonnet se termine par « diminution » par un seul fil de laine et donc une seule couleur… Or la houppette initiale était constituée de fils bleus et rouges. Le « pompon » n’était en fait qu’une façon de finir l’ouvrage de laine, bien souvent tricoté par le marin lui-même. Actuellement, il est confectionné à la main par des ouvrières d’une manufacture de la Sarthe.

Le pompon a un diamètre de 8 cm, pèse 14 grammes et mesure 2,5 cm de hauteur. Il est teinté d’une couleur extraite d’une plante, « la rubia tinctorum », qui lui confère  sa couleur rouge garance.

En 1914-1918, le pompon est très gros et les brins de laine rouge sont collés sur un petit socle de bois.

Le « bâchi » des fusiliers marins ressemblait plus à une galette informe, ramolli et délavé par les pluies.

En fait,  le rapport avec « les demoiselles aux « pompons rouges » n’est pas évident, même si le lien avec la marine parait plus que probable.

Il y a pourtant une autre piste à laquelle je n’avais jusqu’à présent pas pensé, mais qu’un destin bien cruel est venu me la révéler: les Demoiselles de la Marine.

Les deux goélettes de la Marine Nationale la « Belle Poule » et sa sœur  » l’Étoile » sur qui le temps n’a pas d’âge, qui n’ont pas encore de remplaçantes dignes de leurs prestances sont appelées par les marins « les « Demoiselles ».

Les goélettes sont bien plus que des bateaux: on les appelle « les Demoiselles », car elles sont belles et on leur prête même une âme.
Elles ont su sauvegarder avec intelligence les traditions de la marine à voile et font partie du patrimoine vivant de la Marine nationale.
Aujourd’hui, comme hier et comme demain, elles hissent la toile pour éveiller le sens marin de ceux qui ont choisi de « mettre du sel dans leur avenir ».

C’est par ces quelques mots que Jean-Yves  Béquignon termine cet ouvrage, illustré de magnifiques photos qu’il a réalisées pendant son commandement de la goélette « l’ Étoile », avec d’excellents dessins d’André Rozen, commandant le groupe des goélettes et de la « Belle-Poule » pendant la même période.

Avec Jean Yves Béquignon nous étions Officiers sur le croiseur Colbert durant la guerre du Golfe. Le Capitaine de Corvette André Rozen, aujourd’hui disparu à la barre de son misainier  « Chance Vad » (Bonne Chance)  avait fait une carrière similaire à la mienne. Il était aussi résidant du quartier de Langoguen à Lesconil.

Le misainier « Chance Vad », GV 302809 d’André Rozen.

Ci-dessous le malamok « Chance Vad » des frères Cosquer avant sa déconstruction.

Le Capitaine de corvette André Rozen

Durant son adolescence, André avait été mousse sur le Malamok « Chance Vad » durant les périodes estivales.

Engagé dans la Marine Nationale, il avait fait carrière jusqu’au grade de Capitaine de Corvette. Il avait été commandant du groupe des goélettes.

hommage a A RozenPhoto d’André Rozen sur une très belle aquarelle du Peintre Officiel de la Marine, Michel Hertz.

J’ai rajouté ce paragraphe des «Demoiselles de la Marine» pour rendre un modeste hommage à André Rozen qui habitait à deux pas de mon domicile de dans le pays bigouden sur le port de Lesconil.

Croix de lescoEn fait, l’histoire des « demoiselles aux pompons rouges«  commence au début de la première guerre mondiale.

mobilisation generale 1914Lorsque la guerre de 1914 est déclarée, la Marine française dispose de fusiliers marins inemployés à bord des bâtiments de guerre car les principaux combats sont terrestres.

Pour utiliser ces hommes, il est décidé, le 7 août 1914, de créer une brigade forte de plus de 6000 hommes organisée en deux régiments qui seront les 1er et 2e régiments de fusiliers marins.

ordre de marche du bataillonLa brigade est constituée d’un État-major, des deux régiments et d’une compagnie de mitrailleuses. Chaque régiment est commandé par un capitaine de vaisseau et composé lui-même d’un état-major. Chaque régiment comprend 3 bataillons. Chacun d’entre eux est sous les ordres d’ un capitaine de Frégate. Chaque bataillon est composé de quatre compagnies de deux cents hommes chacune commandé par un lieutenant de vaisseau.

Dans les effectifs on remarque 700 apprentis fusiliers marins très jeunes (jeunes engagés ayant à peine seize ans et demi), des appelés et des réservistes, marins pêcheurs pour la plupart  du dépôt de Lorient. La première mission confiée est la défense de la Capitale et de sa banlieue d’où la garnison habituelle est partie sur le front.

maintient de l'ordre

L’extrême jeunesse des apprentis surprend les Parisiens qui leur donnent le surnom de :

« Demoiselles au pompon rouge »

fusilier marin 1914Des marins pêcheurs ou marins du commerce, qui vont se transformer rapidement en redoutables soldats de l’armée de terre. Le ciré jaune a été remplacé par la lourde capote kaki, les lignes de pêche par la baïonnette et le fusil.

Mon grand-père Pierre Marie Quintric appelé du contingent le 8 décembre 1913 (classe 13) fut affecté dans le bataillon puis dans la brigade des fusiliers marins du 2 avril 1917 au 1er mars 1919.

campagne de guerreMon grand-père Pierre-Marie Quintric

Pierre Marie Quintric fusilier marinMon grand-père et son frère Sébastien Quintric.

Pierre marie sebastien quintricLe commandement de la brigade des fusiliers marins est confié à Pierre-Alexis Ronarc’h qui vient d’être nommé contre-amiral.

amiral ronarc'hPierre-Alexis Ronarc’h est né le 22 novembre 1865 à Quimper.

A 15 ans et demi il est admis à l’École Navale. Il est nommé Lieutenant de vaisseau à 24 ans. Il participe à la campagne de Chine en 1900 en tant que commandant en second d’un détachement français de 160 marins qui résiste à la révolte des boxers. A 42 ans il est le plus jeune Capitaine de vaisseau de la marine française.

Pierre-Alexis Ronarc’h est décédé le 1er avril 1940 à Paris.

Les « Demoiselles aux Pompons rouges » de l’Amiral Ronarc’h

Le bataillon s’est particulièrement  distingué par sa bravoure dans la Somme, à Hailles, du 4 au 14 avril 1918, pendant la bataille de Hangard-en-Santerre, résistant à l’offensive allemande.

La plus belle action de guerre du bataillon , fut l’attaque et la prise du moulin de Laffaux, dans le secteur de l’Ailette, le 14 septembre au 1er octobre 1918.

BAIONETTE AU CANONLe moulin de Laffaux situé près du village éponyme est un lieu hautement stratégique qui domine la vallée de la rivière l’Aisne.

Laffaux est un petit village picard de la vallée de l’Aisne situé sur un plateau entre Laon et Soissons près de la nationale 2. Il comptait en 1914 environ deux cents âmes.

village de laffauxlaffaux 25

Laffaux est le point de départ du « Chemin des Dames » qui correspond à une petite route, actuellement la départementale D18.

chemin des damesPourquoi ce nom  « Chemin des Dames » ?

Ne cherchez pas non plus, après les demoiselles un quelconque rapport avec ces dames qui arpentent les pavés en vendant leurs charmes.

les dames du cheminchateau de la bove au 18 iemeLe château de la Bove en 1914

Le « Chemin des Dames« en 1914

tranchée allemandesOctobre 1914, les fusiliers marins partent au front

front

Pierre Loti, qui a repris du service dans l’armée de terre à l’âge de 64 ans, la marine n’ayant pas voulu le réintégrer, s’offusque du peu de considération de l’État et de la Nation vis à vis de la brigade des fusiliers marins qui dit il n’avaient même pas de drapeau.

Loti entre mer et terreLe 11 janvier 1915, Henri Poincaré remit enfin un drapeau à la brigade.

drapeu des fusmarEn raison de la guerre sous-marine, les be­soins en hommes se faisaient de plus en plus sentir dans les ports, pour l’armement des petits bâtiments, la brigade des fusiliers marins fut dissoute le 10 décembre 1915. Le Contre-Amiral Ronarc’h fut promu Vice-Amiral.

u boote

La Marine conserva un bataillon de fusiliers-marins sur le front (900 hommes).

Le bataillon
Ce bataillon fut formé le 30 novembre 1915.
Ses commandants successifs furent :
– Le capitaine de frégate Lagrenée, jusqu’au 10 avril 1917,
– Le capitaine de frégate de Maupéou d’Ableiges (du 11 avril 1917 au 15 novembre 1917),
– Le capitaine de corvette Monier (16 novembre 1917 au 12 juin 1918),
– Le capitaine de frégate Martel (13 juin 1918 à la dissolution du bataillon).

Le bataillon fut d’abord envoyé dans le secteur de Nieuport, puis il participa aux combats :
– de Possele et Drie-Gratchen du 31 juillet au 16 août 1917,
– de Saint-Jansbeck les 26 et 27 octobre 1917,
– de La Somme, à Hailles, du 4 au 14 avril 1918, pendant la bataille de Hangard-en-Santerre, résistant à l’offensive allemande,

Enfin, sa plus belle action de guerre, l’attaque et la prise de Laffaux, dans le secteur de l’Ailette, du 14 septembre au 1er octobre 1918.

La bataille du moulin de Laffaux en septembre 1918

La reprise du moulin de Laffaux le 14 septembre 1918 d’après le compte-rendu des opérations du 9 au 14 septembre 1918 rédigé par le Capitaine de frégate Martel tiré du « Livre d’Or de la Marine pour la guerre 14/18 ».

« L’ordre n° 69/3 de la Division d’Infanterie prévoyait une attaque sur les positions ennemies depuis la tranchée du Grappin (au Sud-Est du village de Laffaux) jusqu’à la forêt de Pinon.
Pour cette attaque les troupes étaient divisées en 4 groupements :
– 1er groupement : 141 ième Division d’Infanterie,
– 2ème groupement : 3 ième Régiment d’Infanterie,
– 3ème groupement : 2 ième et 3 ième bataillons du 165 ième Régiment d’Infanterie,

– 4ème groupement : bataillon du 165 ième Régiment d’Infanterie et le bataillon de fusiliers marins, sous le commandement du Capitaine de Frégate Martel.

En exécution de ces différents ordres, le groupement qui bivouaquait (1er bataillon du 165 ième à Clamecy et bataillon de fusiliers marins à la Montinette) releva dans la nuit du 9 au 10 septembre le 3 ième R.I. dans la tranchée de départ (grappin) depuis l’ X de Laffaux en contact avec le 165 ième R.I. jusqu’en 90.29 en liaison étroite avec le 169 ième R.I. et dans les positions de soutien en arrière de la tranchée du grappin ».

165-1

Les troupes sont prêtes à l’assaut.

PREPARATIFSL’attaque des fusiliers marins sur Laffaux est fixée à 05h50, le 14 septembre 1918.

Les fusiliers marins, désignés comme troupe d’assaut, dont mon grand-père, Pierre Marie Quintric, sortirent de la tranchée de départ d’un seul élan à l’heure exacte et collèrent au barrage roulant, bouleversant tout sur leur passage ; renvoyant à l’arrière les grenadiers du 3 ième régiment de la 1ère division prussienne d’un seul geste afin, comme l’avaient prescrit leurs capitaines, de ne pas se laisser distraire de leur tâche.

Au court de ce premier assaut, mon grand-père fut blessé à la cuisse. Il se fait soigner et repart au combat.

progression des compagniesA 05H58, huit minutes après, les troupes arrivent au moulin de Laffaux.  A 06 h13 elles sont dans la tranchée du Rouge-Gorge.

debut de l'attaque.jpgA 6h20, les premiers prisonniers envahissent le Poste de Commandement du Régiment d’Infanterie. A partir de ce moment, il en arrivera à chaque instant ; ce sont tous ceux qui sont débusqués des différents nids de mitrailleuses organisés dans les tranchées du Rouge-Gorge, du Môle, du moulin de Laffaux et de Fruty.

tranchées principalesA 7h 45, l’objectif paraît être atteint de la gauche à la droite, mais la résistance au moment de l’arrêt se fait sentir et les troupes supportent des pertes assez sévères surtout à la droite, 3ème compagnie.
Les comptes rendus des capitaines précisent l’action.

A gauche, la 2ème compagnie, sous les ordres du capitaine Valteau, a dépassé de 150 mètres la position pour la purger d’ennemis offensifs qui occupent la lisière du bois de Pinon ; elle les réduit vite et les fait prisonniers : 70 à 80 allemands.

foret de pinonA droite, le terrain à conquérir s’allonge, car la ligne à atteindre est très inclinée sur l’axe de marche ; la 3 ième compagnie (Capitaine Marrast) trouve fortement occupée la tranchée de Fruty; elle perd successivement son lieutenant (enseigne de vaisseau Dubois) et son capitaine ; le troisième officier (officier des équipages Péron) a déjà été blessé; elle reste commandée par un adjudant (premier-maître Potin) qui fait preuve, dans ces circonstances, de sang-froid, de capacités techniques hors de pair et d’aptitude au commandement. Il combat l’ennemi, se met en liaison à droite (169 ième Régiment d’Infanterie) et recherche le contact perdu à gauche. Il réussit à se maintenir dans une position très critique.

Lorsqu’à 8h10, les renseignements me parviennent au Poste de Commandement du Régiment d’Infanterie. Je décide de porter mon Poste de Commandement plus en avant.

poste radio a galèneLe chef de bataillon des fusiliers marins,le lieutenant de vaisseau Anger, m’a informé par radio. Mon plan est de le rejoindre.

Jusqu’à la tranchée du « Grappin », aucune difficulté, mais à partir de ce moment, le bombardement est général et la progression devient compliquée pour une liaison aussi forte.

Sur la route de Maubeuge que nous avons ralliée pour chercher le Poste de Commandement Anger, nous sommes pris à parti par des mitrailleuses qui nous obligent à procéder de trous d’obus en trous d’obus. Nous obliquons suivant l’axe de marche (Nord-Est) sans avoir pu apercevoir le commandant du bataillon.
Chemin faisant, nous rencontrons le premier officier blessé du bataillon, soutenu par un prisonnier : c’est le lieutenant de vaisseau Feuillade qui a la cuisse gauche traversée par une balle de mitrailleuse et qui gagne le P.S (poste de secours). Il a laissé le commandement de sa compagnie à son lieutenant blessé lui-même légèrement (enseigne de vaisseau Péron Paul). Nous nous arrêtons d’abord dans la tranchée de Fruty.

carrieres de FrutyJe me mets à la recherche du capitaine de la 2 ième compagnie, lieutenant de vaisseau Valteau, blessé mais qui a gardé le commandement de sa compagnie et qui se trouve au voisinage. J’espère avoir par lui des renseignements sur l’emplacement des troupes.

Nos recherches sont vaines et dangereuses. Je suis obligé, en compagnie de mon officier adjoint, de faire de fréquents arrêts dans des trous d’obus pour éviter les obus et les balles de mitrailleuses.

Pendant ce temps, le commandant Durand a découvert un abri bétonné vers lequel nous nous dirigeons et que nous atteignons sains et saufs. Il est 10h05.

Cet abri, dont la mitrailleuse est abandonnée au dehors, a dû être nettoyé par les éléments Valteau.

A 13 heures, les premiers renseignements commencent à me parvenir, c’est le commandant Legret du 169 ième Régiment d’Infanterie qui m’annonce qu’à 6h50 il était en liaison à gauche avec la 3 ième compagnie de marins.
A 13h50, le capitaine Valteau passe à mon poste de Commandement et me rend compte de la situation. Il a été dépassé par le 165 ième (1er bataillon), mais celui-ci n’a guère progressé et ne doit pas être à plus de 3 à 400 mètres en avant du Poste de Commandement.

positions acquisesJe rédige un message au colonel Le Bouhelec pour lui rendre compte que la progression est arrêtée et que les troupes sont trop éprouvées pour pouvoir la reprendre.

Puis, ayant constaté que je suis tout à fait à l’avant-garde des positions et qu’une contre-attaque un peu vive bousculerait le commandant et son État-major, je décide de me replier et de regagner Le Poste de Commandement du Régiment d’ Infanterie à la carrière.

En arrivant au Poste de Commandement de la Carrière, après une marche difficile, j’apprends que le bataillon de fusiliers marins doit être relevé sur sa position par le 1er bataillon du 165 ième Régiment d’Infanterie.

165-2

Bilan de la journée pour le groupe d’assaut Martel

Le bataillon d’assaut composé du bataillon de fusiliers marins et d’une compagnie de nettoyeurs du 3 ième Régiment d’Infanterie auxquels était adjointe une section de lance-flammes s’élançant à 05h50 exactement le 14 septembre atteignit son objectif en même temps que le barrage roulant ; il déblaya 120 hectares de terre française occupée par l’ennemi, enlevant sur son passage le Moulin de Laffaux, une défense composée de cinq lignes de tranchées organisées, et occupant les carrières de Fruty en faisant de nombreux prisonniers sur son parcours et en fin de course dégageant une grande quantité de matériel de guerre représentée par des mitrailleuses, des fusils, des munitions et des objets d’équipement auxquels il convient d’ajouter un canon de 77 et un mortier de 77 pris par la 3 ième section de la 3 ième compagnie à l’est, dans la tranchée de Fruty.

positions allemandes de LaffauxLe capitaine de frégate de réserve Martel conclut son rapport par ces lignes:

« Ne visant qu’au but à atteindre, aucun d’eux n’a regardé en arrière ; animés du même désir de vaincre, ils ont bousculé l’ennemi sur une bande de terrain de 600 mètres de large et de 1900 à 2150 mètres de profondeur, et ne sont arrêtés qu’au terme assigné par le commandement. Je ne puis m’empêcher de relater l’expression d’enthousiasme qu’ils tirèrent d’un de leurs capitaines ayant plus de 3 ans de front dans les régiments d’infanterie : « Ils tirent même en marchant ».

« Ils ont soulevé l’admiration des troupes voisines avec lesquelles ils collaboraient.
Sans examiner maintenant en détails les actions d’éclat et les traits d’héroïsme qui se sont manifestés et que j’exposerai plus tard en demandant qu’ils soient récompensés, j’ai le droit d’affirmer hautement que les fusiliers marins ont maintenu la bonne renommée de bravoure qu’ils s’étaient acquise antérieurement dans les annales de la guerre ».

Signé : Martel

Rapport du lieutenant de vaisseau Anger, Commandant le bataillon de fusiliers marins, pour les opérations de la journée du 14 septembre.

« J’extrais du rapport du capitaine Valteau ce qui suit : « Nos hommes attaquant avec beaucoup de mordant, les positions allemandes comprenant 5 lignes successives de tranchées et le Moulin de Laffaux furent enlevées très rapidement. L’ennemi fortement bousculé ne se défendit que faiblement 50 minutes après l’attaque. L’objectif final de la compagnie, la tranchée de Fruty était atteint ».
« Dès notre arrivée à cet objectif, nous dépassions ce dernier pour attaquer un groupe ennemi d’environ 100 hommes qui, de la partie du bois placée au nord de la tranchée de Fruty, nous mitraillait avec vigueur. Après 3 bonds de 50 mètres et une charge à la baïonnette, la partie du bois était à nous ainsi que 70 prisonniers. Le bois purgé d’ennemis, nous reprenions en bon ordre nos emplacements d’arrivée dans la tranchée de Fruty, en liaison gauche avec le 165 ième R.I. et à droite avec des éléments de la 1ère compagnie. »
« La 3 ième compagnie a rencontré de la résistance dans le bois du Moulin et le bois de Fruty ».
« La 1ère compagnie, en soutien de bataillon, avec un peloton équipé de lance-flammes était spécialement chargée de dégager les carrières de Fruty. Cette opération terminée, la compagnie s’établissait dans des trous d’obus ».
« La section de réserve, a dû appuyer la gauche de la 2  ième compagnie pour battre l’ennemi en retraite dans la direction du Mont de Laffaux ».
« Une des pièces a été mise en batterie à l’entrée d’un abri où se trouvait un fort détachement de 150 à 200 hommes qui ont été faits prisonniers ».

Il conclut par ces mots :
« En cette journée du 14 septembre 1918, le bataillon de fusiliers marins, sortant des tranchées avec une bravoure et une coordination remarquables, a donné l’exemple de l’obéissance stricte et efficace aux ordres reçus. Il a conquis le Moulin de Laffaux où l’ennemi avait placé des troupes d’élite, mettant un point d’honneur à garder ce sommet historique, tête du Chemin des Dames. »
Signé : Anger

Liste des pertes pour la seule journée du 14 septembre 1918

Officiers:

– 3 tués : Lieutenant de vaisseau Marrast, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Dubois, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Le Breton,

– 6 blessés : Lieutenant de vaisseau Feuillade, Lieutenant de vaisseau Ladonne, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Jeannin, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Renon, Officier des Équipages de 2 ième classe Russef, Officier des Équipages de 2 ième classe Péron Gilles,

– 2 blessés non évacués : Lieutenant de vaisseau Valteau, Enseigne de vaisseau de 1ère classe Péron Paul.

Officiers-mariniers et marins:

– 36 tués ,

– 14 disparus,

– 142 blessés évacués,

– 12 blessés non évacués,  dont Pierre Marie Quintric, mon grand-père.

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Le 24 septembre, comme un bout de la tranchée de Fruty est encore occupé par l’ennemi, une section de la compagnie, sous les ordres de l’enseigne de vaisseau Le Grand, décide un coup de main pour s’en emparer. On se battit avec acharnement à la grenade pour avoir ce bout de tranchée qu’on occupa définitivement. Trois fois les Allemands contre-attaquèrent et furent repoussés, une quatrième contre-attaque très forte parvint à chasser les marins qui n’avaient plus de munitions, ayant même usé toutes les grenades allemandes qu’ils trouvèrent sous la main. L’enseigne de vaisseau le Grand fut tué.

citation de PetainLe 28 septembre, les allemands décrochent, poursuivis jusqu’à quelques centaines de mètres de l’Ailette.

Le 29 septembre, la 1ère compagnie tenta le passage du canal sans être sérieusement soutenue à droite, mais dut y renoncer devant une contre-attaque puissante déclenchée par l’ennemi, au cours de laquelle l’enseigne de vaisseau de 1ère classe Péron, commandant la 1ère compagnie et l’officier de 2 ième classe des Équipages Abaziou, commandant la compagnie de mitrailleuses, furent tués en même temps qu’un grand nombre de leurs hommes.

165-4

 CITATION A L’ORDRE DU BATAILLON

Il fut décoré de la croix du combattant et obtint une citation à l’ordre du bataillon signé du Capitaine de Frégate Martel, Commandant le bataillon.

deco

les marins du bataillon recevant leurs décorations

Les pertes considérables du bataillon. Le bataillon de fusiliers-marins perdit près de la moitié de son effectif (430 tués et blessés), les trois quarts de ses officiers (18). Il faut souligner que les officiers du bataillon chargeaient à la tête de leurs troupes pour montrer l’exemple, ce qui était plutôt rare à l’époque.

La FauxLe bataillon après avoir été relevé par le 165 ième régiment d’infanterie, quitte les tranchées du grappin, les carrières de Fruty, le devoir accompli. Ils laissent derrière eux le moulin et le village de Laffaux en ruine, comme en témoigne les photos ci dessous.route vers le moulin

RESTES DE L'EGLISELe 1er octobre, le bataillon des fusiliers marins est envoyé au repos.

Le 8 novembre, le général Deville, commandant le 16 ième Corps d’Armée organisa à Vervins une entrée solennelle des fusiliers marins et du 165 ième régiment d’infanterie.

Le 11 novembre, jour de l’armistice, le bataillon était à Tenailles.

Le 8 décembre, à l’entrée triomphale des troupes françaises à Metz, le bataillon était représenté par un détachement de 100 hommes servant de garde à son drapeau.

Ordre n° 87 en date du 17 février 1919 du Général Barthélemy, Commandant la 29ème Division d’Infanterie
« La 29ème division perd son bataillon de Fusiliers Marins. Trois ans de souffrances communes, de dangers partagés, de glorieux combats menés côte à côte, ont créé entre le bataillon et les autres unités de la Division des sentiments d’inaltérable estime et de profonde sympathie. Son départ sera vivement regretté par tous ».
En saluant une dernière fois le drapeau du Bataillon, le Général commandant la 29ème division tient à rendre hommage à l’esprit d’absolu dévouement, d’abnégation et d’héroïsme dont les officiers et marins ont toujours fait preuve au cours de cette longue campagne.
« Dixmude, Nieuport, Poesele, le Saint-Jansbeck, Hangard, le Moulin de Laffaux en marqueront, pour les Fusiliers Marins, les étapes glorieuses ».

Signé : Général Barthélemy

Les marins rescapés montraient fièrement leur « bâchi » au pompon rouge en exhibant les casques à pointe pris aux allemands.

bachi

Je me souviens que mon grand-père avait beaucoup de déférence envers l’Amiral Ronarc’h, le capitaine de Frégate Martel ainsi que les autres officiers de la brigade et du bataillon qui se battaient au milieu d’eux, simples marins pêcheurs, appelés mobilisés devenus de féroces combattants.

petainLe bataillon rentra à Lorient le 14 février 1919 sous les acclamations de toute la population, puis fut disloqué, ne conservant qu’une seule compa­gnie. C’est sans doute celle-là qui participa aux fêtes de la Victoire les 13 et 14 juillet 1919 et défila sous l’Arc de Triomphe.

Retour du bataillon à Lorient

lorient

De retour à Lesconil mon grand-père se maria en tenue de fusilier marin avec Anne Marie Charlot le 20 janvier 1919.

Image6On peut remarquer qu’à cette époque, la coiffe bigoudenne n’avait pas encore la hauteur de celles des années 1950/1960.

Mon grand-père, après une dernière affectation à l’ École Navale  fut démobilisé le 2 septembre 1919.

Pierre-Marie Quintric, un appelé de la « classe 13 »
Du 2 aout 1914 au 2 septembre 1919, il a passé 5 années et 1 mois sous les drapeaux.
Cinq années en campagne de Guerre, dont 25 mois dans les combats de la Somme et du chemin des Dames, ce qui est absolument inimaginable et démentiel.

Au retour à la vie civile, avec son frère, ils firent construire à Lesconil un misainier pour la pêche aux crustacés entre l’archipel des Glénan et la pointe de Penmarc’h.

carte de combattantMaquette du misainier « le Laffaux » de Lesconil

laffaux (2)Ils avaient tellement souffert durant la guerre dans le bataillon des fusiliers marins qu’il était logique et normal de nommer leur bateau « LAFFAUX » en souvenir de cette mémorable bataille.

C’était surtout pour perpétuer la mémoire de leurs camarades qui avaient péris autour de ce moulin. Tous les deux, ils s’en étaient sorti sans trop de dommage, un vrai miracle au vu du grand nombre de tués et de blessés du bataillon.

laffauxLe Laffaux immatriculé dans un premier temps à Quimper navigua pendant près de trente années de janvier 1920 à septembre 1949.

PM Quintric

Les misainiers de Lesconil

les bateaux de lesconil

Louis Aragon

Aragon

listes des morts du bataillon septembre 1918La plupart de ces fusiliers marins étaient d’origine bretonne, marins des différentes marines (Nationale, Marchande et Pêche).

monument

Le « Menhir » de Laffaux

monument des fusiliers marins de LaffauxChant de marche des fusiliers-marins

chant des fusiliers marins Chaque année une cérémonie de commémoration du combat des fusiliers marins a lieu devant le « menhir » érigé à la mémoire  des fusiliers marins

ceremonie laffaux2Le village de Laffaux fut décoré de la croix de guerre et citée au journal officiel 28 octobre 1921. La commune de Laffaux est prise par les Allemands, le 1er septembre 1914 et pendant 4 ans sera le théâtre sanglant de rudes combats, d’où sa destruction totale.
Différents régiments ont combattu à Laffaux donnant un bel exemple d’inébranlable confiance dans la victoire. Deux monuments furent érigés sur la commune de Laffaux :
– Celui des « Crapouillots » en l’honneur des artilleurs de l’armée de terre ( le crapouillot était le nom donné au mortier car la trajectoire de sa munition ressemblait à celle d’un saut de crapaud).
– Celui des fusiliers marins élevé en 1938 dédié aux marins du bataillon

monuments laffaux

Pierre Marie Quintric

Balade à Lesconil sur les « rivages du sel »

balade rivages de selDe la pointe de Larvor en passant par le port de Lesconil jusqu’au rocher du Goudoul et la Grande Plage.

Pour visionner ce diaporama, cliquer sur le lien ci dessous

diaporama _balade sur les rivages de sel

Laisser vous guider dans cette balade des « sables blancs » à  » l’éléphant blanc » accompagné par une superbe mélodie  écrite par le « barde » breton Dan Ar Braz : « Borders of salt » (les frontières, les bordures ,du sel).

les sables blancs

LA PLAGE DES SABLES BLANCS. AU FOND, LE PORT DE LESCONIL

 Chantée par Hélène Morgan accompagné par le bagad Kemper.

bagad KemperLa « balade sur les rivages de sel » peut également être consultée avec mes autres publications,en particulier, l’insaisissable et non mois fameuse:

« anguilles sous roches » 

Cliquer sur le lien ci dessous:

http://fr.calameo.com/read/0011726290d93b689bc7e

sur le site:

http://calameo.com

Quand un Homard en pince pour une Miss

MISS HOMARD

A la mémoire de ma bigoudène de mère, Odette Anne-Marie Quideau – Quintric

A LESCONIL DANS LE PAYS BIGOUDEN, L’HISTOIRE PEU BANALE

DU « COMITÉ DU HOMARD »

Avant propos

Comme toutes les histoires elle commence  par :

il était une fois !..

Dans l’extrême ouest de l’hexagone, la , ou la « terre  finie », le  « Finistère »

Tout au bout de la pointe dénommé, « Beg ar pich » dans le pays bigouden…

Un petit port dynamique spécialisé dans la pêche des langoustines.

L’histoire que je vais vous raconter est celle d’une bande de jeunes copains venant de différents milieux qui avaient gommé  leurs différences pour s’unir et essayer de créer une animation autre que  celle de « louvoyer » entre les nombreux bars du petit port de Lesconil.

Cette petite histoire est émaillée d’anecdotes et de photos anciennes et récentes.

Cette histoire, sans pointe de nostalgie, mais avec un zeste d’humour, est émaillée d’anecdotes et de photos anciennes et récentes. Elle rappellera à tous les amis, les bons souvenirs et à d’autres, qui parlent de ce temps là, sans jamais y avoir participé, de connaitre enfin, la vraie histoire du « Comité du homard« .

Le contexte

Il est vrai que dans les années soixante, les « week end » dans le premier port de pêche de langoustines fraiches de France n’étaient pas des plus réjouissants pour les jeunes, qu’ils soient marins,  apprentis ou étudiants.

Un gabian en terrasse. « Gouelini rous »

Un « Gabian » est venu se poser sur le panneau de la « Descente du Marin » pour voir le menu et attendre son plat préféré.

le gabian est l’appellation donnée aux « leucophées » ( goélands).

Le gabian est une sorte de goéland argenté « larus Michahellis » ou plutôt un goéland pontique « Larus Cachinnans » plus petit que le goéland des côtes Bretonnes.

Mes amis des années sixties, José et Jean-Luc

josé_jean luc_moi

Devant le port de Lesconil, rempli de malamoks, dans les années 1960.

port-de-lesconil-den-1965

Les seuls divertissements de limitaient pour la jeunesse à  bal ou « balle » :

–         Le bal du samedi soir, mais uniquement dans les communes voisines et à ceux qui possédaient un moyen de locomotion.

–         Le football le dimanche après-midi

Certains se reconnaitrons certainement sur cette photo de l’équipe cadet/junior de l’ A.S.P.L. des années 1960.

Equipe junior de l'ASPL

Malheur à ceux qui n’aimaient ni l’un ni l’autre, la solitude de la maison, la lecture les études  étaient leur seul crédo. La météo, en ces journées d’hivers n’était pas non plus propice aux promenades sur les dunes le long de la mer.

Les plus âgés pratiquaient la « galoche » sur le parking du stade à « Pont Plat ».

Contrairement à ce que l’on peut penser, la galoche n’est pas une paire de vieilles chaussures en cuir avec une semelle cloutée.

galoche22

Ce n’est pas non plus le restaurant pizzeria à Beaulieu en Haute Loire

galohe pizzeria de beaulieu

Ni un Beaujolais « appellation contrôlée »

galoche beaujolais

Ni même l’histoire d’un chien de Yvon Brochu

galoche histoire de chien

Encore moins du folk traditionnel français

galoche folk

il y a encore la « galoche » que tous les jeunes pratiquent avec leurs copines, mais ce n’est pas encore la galoche dont il est question dans ce récit.

La galoche est tout simplement un jeu traditionnel de la Bretagne.

La galoche est mentionné pour la première en Bretagne en 1388.

Les archives de la cathédrale de Quimper font allusion au jeu de « galoche » sur la place de la cathédrale. Le jeu en question était le « jeu de bouchon », largement répandu alors en Bretagne et ailleurs. Ce jeu consistait à renverser à l’aide de pierres plates ou de galets un morceau de bois cylindrique placé sur un sol uni et sur lequel on plaçait divers enjeux.

Un dessin, publié en 1835, fournit une description assez précise du jeu de galoche pratiqué dans les campagnes « cornouaillaises » au début du 19éme siècle.

Dessin réalisé par Olivier Perrin, né à Rostrenen en 1761, décédé à Quimper en 1832.

Le jeu de galoche est exclusivement réservé aux garçons. Ce jeu consiste à placer debout sur un sol uni un petit morceau de bois de forme cylindrique, d’environ deux pouces de hauteur, qu’on appelle galoche, et dont le sommet se couronne d’une pièce de monnaie. On règle le rang des joueurs et chacun, muni de deux palets, jette un de ses palets aussi près que possible de la galoche, et essaie, en lançant le second immédiatement après, de la culbuter de façon que l’un des deux palets se trouve plus rapproché de la monnaie renversée que la galoche elle-même.

La galoche bigoudenne

La galoche

Le jeu nécessite une galoche, trois palets et une pièce de monnaie :

  • La galoche, appelée « ar kaloj » ou « ar kalochenn » est un petit cylindre de bois, de 11,5 cm de haut pour 3,5 cm de diamètre.
  • Les palets, appelés « ar peiou », sont en fer, et d’un poids de 850 grammes à 1,100 kilo environ, d’une épaisseur de 15 mm et d’un diamètre de 11,5 cm. Ils sont ronds et biseautés, pour mieux accrocher au sol lors du lancer en piqué. Ces palets sont en général artisanaux, et peuvent s’user au cours du temps.

La pièce de monnaie, appelée « ar lipar », est destinée à être posée au sommet de la galoche. Elle doit donc avoir à peu près le même diamètre.

Le jeu se pratique en général par équipe de deux.

Les joueurs sont situés à 9 pas de la cible.

Le but du jeu consiste à faire tomber la galoche et de placer son palet le plus près possible du « lipar ».

Dans le pays bigouden, on ne plaisante pas avec la galoche.

galoche-bigoudene

Un port en hiver

Durant tout le week-end, les chalutiers tiraient sur leurs amarrages. Les drisses cliquetaient contre les mâts tandis que les chaluts qui séchaient se balançaient au gré d’un roulis lancinant. Les coques de bois grinçaient en se touchant, car les bateaux étaient amarrés les uns aux autres sur quatre ou cinq rangées.Malamok « kezako »?

malamok

Comme on peut le voir sur la photo, il y avait à Lesconil un chalutier qui portait ce nom  de « Malamok »

Les marins, se gratteront certainement le crâne sous la casquette, avec un air bien embarrassé, si vous leur posez de but en blanc la question suivante:

« D’où vient donc ce nom « malamok » ?

Ce nom par lequel ils désignaient eux-mêmes, en breton comme en français, le bateau de pêche qui leur était familier. Ils l’ignoraient pour la plupart et ignorent peut-être encore l’origine de ce nom malamok !

En 1763, les marins allemands donnaient le nom de « mallemucke » à un oiseau marin du Spitzberg qui semble être le Pétrel. On appelle « mallemuwk », « mallemucke » ou « mallemowk » cet oiseau des mers du nord, dans les différents patois de la langue allemande, suivant que l’on se trouve dans le sud du Danemark, ou dans le nord des Pays-Bas.

Ce nom signifie en dialecte néerlandais ou allemand: « mouette folle ». Les Anglo-saxons le surnommèrent plus tard: « molly hawk » (rapace dingue) car, selon eux, cet oiseau vorace et stupide n’hésitait pas à se poser sur les ponts pour y dérober sa pitance. Ses ailes d’oiseau océanique l’empêchant de repartir, il fallait le remettre à l’eau à coups de bottes dans les plumes.

Chez nos marins, les appellations étrangères se sont vite transformées en malamok. Ce nom très peu utilisé en français le sera davantage dans la langue bretonne.

Photo Philippe Malepertu

Beaucoup  de « malamoks » avaient pour nom de baptême de jolis noms d’oiseaux de fleurs ou de prénoms féminins.

Voici quelques exemples de noms de malamoks qui restent gravés dans ma mémoire :

Une « Hirondelle »  désemparée tournoyait au dessus du port.

Un petit « Serin » jaune avec son liseret rouge  essayait de se cacher entre les malamoks

serinTandis que  «le Phénix» déployait ses chaluts en forme d’ailes.Le « Mimosa » embaumait l’air de ses effluves enivrantes qui  se mélangeaient aux senteurs marines de la « Fleur de l’océan ».

On pouvait voir le « Cygne » tout de blanc vêtu lissant son plumage immaculé devant  la « Mouette »  rieuse posée sur l’arrière d’un chalutier.

La « Colombe » dormant  sur une bouée tandis qu’un léger ressac faisait se courber le « Réséda » tout de vert vêtu aux fragiles pétales blanches.

Photo Philippe Malepertu

la « Fleur de Lys » faisait admirer sa blanche beauté royale à un « Oxalis » déployant ses cinq pétales.

Dans l’arrière port la petite « Fleur d’Ajonc » laissait  admirer ses pétales jaunes à une « Étoile de mer » tapie sur un fond de sable.

« l’Alcyon » au bec pointu se frottait à une  « Andalouse » qui dansait sur de un air de flamenco.

Le « Pélican » blanc  plongeant dans le port essayant d’attraper un « Exocet »  s’enfuyant à tire d’ailes.

lesco pelican

pelican papillon des mers

Le fragile « Papillon des mers » était blotti contre une « Amazone » qui fièrement pointait sa proue face au large.

Le papillon des mers pour les béotiens, n’est pas un lépidoptère que l’on peut voir dans nos jardins dès que vient les beaux jours, mais un petit mollusque marin sans coquille, translucide, d’environ 2,5 cm de long, qui possède sur les côtés du corps deux nageoires qu’il utilise pour se déplacer.

Le papillon des mers ne possède ni coquille ni branchie. Son corps transparent laisse apercevoir ses organes, sa tête portant trois paires de tentacules que l’animal déploie pour capturer ses proies.

Une « Mousmé » se trémoussait langoureusement devant un  « Yannick » subjugué qui avait délaissé la Brigitte « Brigitte Yannick ».

 « Mousmé » est une retranscription du mot japonais « musume », qui signifie « fille » au sens de la filiation.

En français du début du XXe siècle, ce terme désigne plutôt une fille facile

C’est Louis Marie Julien Viaud qui introduisit ce mot en France. C’est un mot qui signifie jeune fille ou très jeune femme. C’est un des plus jolis mots de la langue nippone.

Qui est ce pierre Marie Julien Viaud ?

Pierre Loti, bien sur.

Il cite en parlant de la Mousmé:

« Il semble qu’il y ait, dans ce mot, de la moue (de la petite moue gentille et drôle comme elles en font) et surtout de la frimousse (de la frimousse chiffonnée comme est la leur). Je l’emploierai souvent, n’en connaissant aucun en français qui le vaille ».

Pierre Loti la décrit de la façon suivante:

« Quant à la mousmé, je la retrouve toujours la même, avec son beau chignon d’ébène vernie, sa ceinture à grandes coques, sa révérence et ses petits yeux si bridés qu’ils ne s’ouvrent plus »

Pierre Loti à droite et Madame Chrysanthème

Un des romans de Pierre « MATELOT »

loti matelotVoici quelques autres noms de malamoks qui ont eux aussi disparus depuis les années 1960. Certains tragiquement corps et biens peu de temps avant.

Le « Korrigan » dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22  janvier 1950 et le « Lilas Blanc » le vendredi 29 novembre 1954. Il essayaient tous deux de rallier les ports de Loctudy et de Lesconil pour y débarquer leur pêche.

Le « lilas blanc » a sombré au sud de « Karreg Kreiz » avec ses quatre membres d’équipage pendant la mémorable tempête de novembre qui a causé la disparition de soixante trois marins du sud Finistère.

Le « korrigan » a sombré sur la roche du « Men Du » en face de Larvor entrainant la noyade des six membres d’équipage.

Le « Bleuet de France » faisait également part de la flottille des chalutiers de Lesconil.

Il y en a certainement d’autres noms que j’ai oublié mais que je ne manquerai pas de mentionner plus tard.

Il faut reconnaitre, qu’à cette époque, avec tous ces noms de fleurs donnés aux chalutiers, le port de Lesconil était comme un véritable jardin fleuri, ou des oiseaux de toutes les espèces venaient s’y poser.LA NAISSANCE DU COMITÉ DU HOMARD DE LESCONIL

Le samedi , mon ami François le Bec dit « Fanchik », Chef Cuisinier, et fils des propriétaires du grand « Hôtel des Dunes » s’occupait de la préparation du pot au feu qu’il mettait de bon matin à mijoter sur son piano, car c’était vraiment une grande symphonie des saveurs qu’il nous préparait.

En fin de journée, il se rendait sur le port prévenir ses invités :« que le repas était en préparation».

Dans la soirée, nous nous retrouvions avec d’autres amis devant  quelques verres de l’amitié et nous nous délections le délicieux « pot au feu mitonné » par notre « Chef » en attendant l’heure du départ vers le bal du samedi soir.

Nous regrettions tous qu’il n’y ait jamais de bal à Lesconil. Il fallait toujours se déplacer parfois assez loin pour rallier les salles de bal des environs.

Il y avait entre autres , le « Bataclan » à Léchiagat, le « Sydney » au Guilvinec. Ces deux établissements étaient dirigés par Jacques Péron dit Jacky.

La « Caravelle » à Tréfiagat, un peu plus loin « les Anémones » à Penmarc’h, « Stan Ar Bakol  » à Tréméoc et parfois il fallait même sortir des frontières du pays bigouden et s’aventurer jusqu’à Audierne.

Pour le conducteur, c’était une véritable corvée, la plus part du temps sous la pluie et dans le vent sur des routes dangereuses et glissantes.

Parfois les périples nous menaient aussi sur l’autre rive de l’Odet ou à l’opposé du côté de Douarnenez , chez nos amis appelés les « Pen Sardin » (têtes de sardines) du fait que les marins de Douarnenez étaient spécialisés dans la pêche de la sardine contrairement à ceux de Lesconil qui pêchaient principalement la langoustine au chalut.

L’idée a germée dans nos esprits , pourquoi pas organiser aussi des bals à Lesconil, dans la salle des fêtes qui était sous employée.

Au fil de la soirée,  le projet s’est affiné  et l’idée de fonder une Association était ce qu’il y avait de mieux à faire.

Pour donner du piment et attirer les jeunes à Lesconil, ce qui n’était pas évident, il fallait les appâter par une animation pas courante en bigoudennie excepté pour les différentes Reines du folklore local , de « Cornouailles », « Filet bleu » etc…

Nous élirons une pour la première fois une « Miss ».

Oui une Miss,  c’était une idée géniale, mais Miss qui ? ou quoi ?…

Nous sommes partis à la pêche du nom à donner à la Miss.

Ce fut une grosse partie de rigolade dans le plus grand délire des noms proposés. Lesconil étant un port de pêche , il tombait sous le sens que ce fut un nom relatif aux produits de la mer.

La recherche commença par tous les noms de poissons:

Sole,  plie, flétan turbot et autres poissons plats furent vite  écartés car une « Miss Limande » manquait de rondeurs et une « Miss Barbue », un peu trop poilue… au menton.

« Miss Barbue », aurait fait mauvais genre à l’époque. De nos jours une chanteuse barbue qui gagne le grand prix de l’Eurovision de la chanson cela n’a pas l’air de  trop choquer.

Les « pleuronectiformes heterosomata » furent donc vite éliminés.

« Baudroie » ou « Lotte » ne convenait pas non plus. Même si la chair est excellente surtout préparée à l’armoricaine, la tête est bien trop vilaine pour celle d’une « Miss ».

« Miss Daurade », sonnait bien, c’était un poisson noble, mais un peu trop dodue.

« Miss Sardine », un peu trop petite, même si en Méditerranée elle a bouchée le port de Marseille.

« Miss Roussette » trop longue et trop tachetée.

  « Miss Bar » on aurait pu confondre et avoir des problèmes avec nos amis « tenanciers des estaminets » des environs.

Quand à une « Miss Thon » beaucoup trop négatif pour désigner une « Miss » car être comparée à un thon n’est pas des plus avenant.

« Miss Perche » un peu trop grande. « Miss Rascasse », trop piquante.

« Miss Morue », « Miss Truite » ou encore « Miss tacaud »,  beaucoup trop péjoratif pour une l’appellation  d’une belle fille.

« Miss vieille » incompatible pour une élection d’une demoiselle, même si certaines espèces de vieilles sont appelées demoiselles.

En ce qui concerne les autres noms de poissons comme  mulet, merlan, merlu, colinot, merluchon, friture, rouget, grondin, congre, requinmaquereau  ou chinchard on y pensera peut être pour l’élection d’un « « Mister »que nous avions envisagé pour la suite à donner à notre comité.

« Un mister Requin Mulet ou Merlan » ça pouvait encore être acceptable,  mais un mister « Maquereau » on retombait dans la concurrence avec un  tenancier, plus de bar, cette fois ci, mais d’un tout autre type d’établissement.

Après avoir passé en revue tous les noms de poissons locaux, nous voila dans les gastéropodes et lamellibranches.

Bernique, patelle, bigorneau, ormeau coque et praire furent éliminés.

Une « Miss Coque » serait un peu trop fermée tandis qu’un « Miss huitre » un peu trop ouverte.

« Une Miss moule » c’est beaucoup trop péjoratif  pour le nom d’une miss, quelle soit crue ou cuite.

Une parenthèse en ce qui concerne la moule.

Savez vous qui a inventé la mytiliculture ?

C’est un marin Irlandais, Patrick Walton.

 Il fait a fait naufrage en 1235 et gagne la côte à la nage. Dans le but d’attraper quelques oiseaux sauvages pour se nourrir, il plante dans l’eau des pieux, reliés par des branchages. Ce furent des moules qui se fixèrent sur les branches.

Bouchot :  »Bout choat » en gaélique signifie « bouts de bois ».

La Mytiliculture était née !

« Une mise palourde » trop légère mais délicieuse tout de même, crue ou farcie au beurre d’escargot.

Nous voila donc condamné à trouver un nom dans la branche des « arthropa crustacea ».

Tourteau, crevette, langouste  et araignée furent éliminés.

« Miss Araignée » trop piégeuse avec sa toile, un peu poilue lorsqu’il s’agit d’une « toulourou ».

« Miss Cigale » ( de mer) , le nom sonnait bien, chantait bien,  sentait bon le thym et le romarin, mais  il représentait plus le « Sud » et les mers chaudes que le pays bigouden.

« Miss langouste » très belle,mais avec de  trop longues antennes…

Pourquoi pas alors: « Miss langoustine »

« Miss langoustine » oui, ce nom était celui qui représentait le mieux Lesconil.

Malgré toutes ses qualités gustatives, il fut écarté au détriment d’un crustacé encore plus noble que notre Chef cuisinait à merveille dans son restaurant : le homard, mais le vrai, le seul, le meilleur, le breton, le bigouden.

homard22

Ce fut donc « Miss Homard » qui fut retenu pour le nom de la reine de notre futur bal.

Comme vous pouvez vous en rendre compte, je vous ai cité pratiquement tous les produits de la mer que vous pouvez trouver à Lesconil. Si vous savez les préparer vous ne pouvez que vous régaler.

 Étant tombé d’accord sur le nom de la miss, tout naturellement l’Association intitulée : « Comité du Homard de Lesconil » (C.H.L.).

L’idée s’est vite affinée, peu de temps après, d’autre copains ont adhéré.

le comité s’est étoffé avec un Président, un Vice-Président, un Secrétaire, un Trésorier et des membres du bureau.

Le comité du homard inscrit à la préfecture du Finistère à pu se lancer dans l’organisation de son bal avec élection de Miss Homard.

Des affiches furent éditées et diffusées dans toutes la bigoudennie. On en a mis partout.

Le premier bal du « Comité du Homard »

Jamais nous n’aurions imaginé un tel succès.

Une salle des fêtes bondée dans une ambiance indescriptible.

L’élection de la première « Miss Homard » eu lieu tant bien que mal dans un brouhaha proche de l’hystérie. La « Miss » sans être cuite était rouge de plaisir et les nombreux participants à l’élection en « pincèrent » pour sa coiffe et sa prestance de Miss.

miss homard 1968

Une des recettes du « Homard » bigouden avec un grand  » H !  »

Tout le secret de la recette réside dans le choix des « Homards »:

–         « l’ Homard » ricain,  trop gros,

–         « l’ Homard » russe,  trop froid,

–         « l’ Homard » africain,  trop bronzé,

–         « l’ Homard » asiatique,  trop bridé,

–         « l’ Homard » arabe,  trop typé,

Et pour finir  » l’ Homard Charif « ,  trop acteur.

Préférez un « Homard » Celte ou breton  d’environ 450 grammes

Dans les « Homards» bretons, il existe différents variétés:

–         Le « Galos » des côtes d’Armor,  très rapides,

–        Le « Morbihanais », en général trop petits (Bihan),

–         Le « Bigouden » reconnaissable à sa coiffe,

On reconnait l’âge du « Homard bigouden » à la hauteur de sa coiffe.

Petite au départ, elle faisait en général 33 cm dans les années soixante. Heureusement qu’elle avait arrêté de grandir au gré du temps, sinon elle aurait pu atteindre des tailles irraisonnées. IL y avait quand même, chez les bigoudennes,  une volonté, un défi  de faire mieux que la voisine:

  • toujours plus beau,
  • toujours plus haut.

Toute en dentelle blanche, la coiffe était amidonnée pour rester bien dressée et ne pas pencher au moindre coup de vent. Lors des « rares temps de pluie », il fallait l’affubler d’un préservatif XXL pour éviter qu’elle ne s’écroule.

Une des recettes du  « Homard bigouden »

Dans un récipient, mettre de l’eau avec un peu de sel du poivre, un bouquet garni (Laurier, thym,romarin)

PHASE 1

Plonger le « homard » vivant dans l’eau bouillante.

Mettre un couvercle pour éviter que le homard ne sorte la pince pour éteindre le gaz…..

Quand le « homard hi bou », sortez le et laisser le égoutter et refroidir.

PHASE 2

Couper chaque « homard » en deux parties égales ;

Évider la tête ;

Pré casser les grosses pinces.

PHASE 3

Préparer la sauce en faisant revenir dans du beurre et de l’oignon ;

Et des échalotes émincés environ 5/10 minutes.


Rajouter l’ail coupé en morceaux, les carottes râpées ;

Les tomates pelées avec le jus et le concentré de tomate.

Rajouter du vin blanc et assaisonner. Laisser mijoter 30 minutes.

PHASE 4

Accompagnement du « Homard Bigouden »

Faire cuire sur feu moyen les « homards » dans du beurre,

Assaisonner (sel, poivre) puis flamber au Cognac.

Au bout des 30 min, passer la sauce au moulin à légumes,

Laisser à nouveau mijoter doucement 10 min.

Homard 1er de « Langogen » petit fils de « Toutenbreton » à dit:

« Même petit « Homard» est grand et bon ,

qui « l’eut  Crus…..t’…acé»

L’épilogue de l’ histoire

Avec quelques bonnes idées et beaucoup d’amitié on peut faire évoluer les mentalités des bigoudens à rendre jaloux les esprits étriqués.

Pourquoi ne pas recréer entre amis, amoureux de Lesconil,

le « NCHL » ( Nouveau Comité du Homard de Lesconil).

Mais tout ceci n’est qu’un rêve… Homard…Si ?..

Le bigouden n’est pas un individu pingre et renfermé comme certains essayent de le caricaturer.

Il est fier, rebelle généreux et têtu.

Il est souvent désintéressé tout en gardant  un  caractère pudique, parfois renfermé car il a peur de perdre la face « ar fez » ( la honte).

Mon grand-père Pierre Marie Quintric sur son caseyeur « Le Laffaux » devant les rochers des Enizans

Certains n’hésitent pas à risquer leur vie  pour sauver celle des autres.

Mon grand-père faisait parti de ces héros.

 « Le bigouden, en plus du sang , a aussi de l’eau salée qui lui coule dans les veines »

L’abri du canot de sauvetage et les bars  » A la descente du marin  » et le « Quincy » ex « Men ar Groaz »sur le port  de  Lesconil.

Qu’il est agréable de prendre un verre au soleil , avec le port grand ouvert devant vous, aux terrasses de ces deux établissement sympathiques.

Même les goélands apprécient les menus, mais celui-ci semble trouver le service un peu lent…

Jean Claude Quideau

Anguilles sous roches à Lesconil

anguilles sous rochesConnaissez-vous l’origine du proverbe : « Il y a anguille sous roche » ?

Un autre proverbe ancien qui a la même signification :

« Tel croit guiller Guillot que Guillot grille »

Cet ancien proverbe utilise un verbe au moins tout aussi ancien, guiller, qui signifie : tromper, séduire.

Le sens de guiller subsiste dans « guilledou, « guilleret ».

Guiller, guilledou, signifie au sens propre comme au figuré faufilage, insinuation, expression évoquant les soupçons que l’on nourrit à propos d’une liaison ou d’une affaire tenue secrète.

Molière lui-même dans le « Bourgeois Gentilhomme il fait référence. Il cite dans l’acte III scène VII :

« Ma foi, madame la curiosité m’a coûté quelque chose, mais je crois qu’il y a quelque anguille sous roche, et ils parlent de quelque affaire ou ils ne veulent pas que vous soyez.. »

Il est plausible que la symbolique sexuelle de cette visiteuse de la mer des Sargasses, se laissant emporté par le courant du Gulf-Stream vers nos côtes se soit aussi faufilée dans la genèse de cette expression.

La mer des Sargasses

La mer des Sargasses est la seule mer considérée comme ne possédant pas de rivages.

Les marins qui sillonnaient l’Atlantique nord aux XV et XVIe siècles, craignaient la mer des Sargasses. En effet, cette zone de calme plat, sans vent, entravait la progression des voiliers, et il était difficile d’en sortir. De plus, la présence en grande concentration à la surface des algues sargasses, de grande taille, donnait l’impression d’être en panne sur une sorte d’immense prairie marine.

La mer des Sargasses se trouve en plein dans le fameux triangle redouté des Bermudes.

triangle des bermudesSelon les témoignages anciens, les thons étaient très abondants dans « la mer herbeuse ». On a même imaginé dans les années 1870 d’aller y exploiter les algues.

La mer des Sargasses joue également un rôle important dans la migration de l’anguille européenne et de l’anguille américaine : les larves des deux espèces y croissent, pour se diriger ensuite vers les côtes de l’Europe et de l’est de l’Amérique du nord. Une vingtaine d’années plus tard, elles essayent d’y retourner pondre leurs œufs.

route des anguillesLes anguilles peuvent parcourir cinq mille kilomètres grâce au Gulf Stream afin de s’y reproduire.

« Sous roche » : tout un chacun sait que l’anguille adore se cacher sous le moindre rocher, pour se protéger des prédateurs, mais aussi de la lumière du jour.

La locution « anguille sous roche » a pris au fil du temps un sens plus général : Entreprise qui se trame en sous-main, conspiration cachée et secrète dessein ou fourberie concoctée en cachette.

Quelques extraits du petit livre illustré par des photos anciennes et récentes ainsi que des reproductions d’aquarelles des Peintres Officiels de la Marine (P.O.M.) Serge Marko et Michel King.

Mon petit livre illustré de photos anciennes et plus récentes raconte  les histoires cachées sous les rochers de Lesconil , ce livre est consultable sur le site de calameo:

http://fr.calameo.com/books/0011726290d93b689bc7e

Sous la roche « an diaoul » (le diable)

an diaoulQuelques extrait de cette histoire d’anguilles

Aquarelle de Serge Marko à Venise lors de la dernière escale du croiseur Colbert

Aquarelle de Michel King du port de Lesconil

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