Histoires de crabes: du « crabe soldat » au « crabe tambour »

du crabe soldat au crabe tambour

Dans les années de 1920 à 1960,  le port de Lesconil était réputé pour ses « caseyeurs » qui allaient pêcher les crustacés le long de la côte de l’archipel des « Glénan » aux roches des « Etocs devant Penmarc’h ».

Les frères Quintric: Pierre Marie, mon grand-père et Sébastien, son frère, réparant leurs casiers à crustacés sur le port de Lesconil

Chaque bateau possédait deux ou trois filières de plus de cinquante casiers chacune . Ils ramenaient quotidiennement des centaines de kilos de tourteaux, araignées et bien sur les fameux homards bleus.

HISTOIRE DE « MALACOSTRACÉS »:

Savez vous qu’il existe un très grand nombre de crabes de la famille des « Eupacides » (crabes communs).

Plus de 3500 espèces de crustacea sont recensées sur la planète.

Voici quelques exemples dont certaines fréquentent nos côtes:

– le crabe dormeur,

– le crabe tourteau (cancer pagarus), ci dessus un gros tourteau de plus de trois kilogramme, vieux de plus de dix années

– le crabe cerise (l’étrille)

– le crabe araignée,

En plus des crabes communs de nos côtes, voici quelques curieux spécimen

Les crabes de couleurs:

– le crabe vert,

– le crabe jaune (Crap Melen)

– le crabe bleu, que l’on trouve en Mer Rouge et qui fait penser à l’étrille.

– le crabe noir,

– le crabe rouge des Tuamotu qui est toxique, parfois mortel

Après les couleurs,  les crabes spécialistes:

– le crabe violoniste, dénommé ainsi à cause de l’atrophie de sa pince droite.

 – le crabe soldat,

– le crabe boxeur,

– le crabe fantôme,

– le crabe vampire,

le crabe carnaval,

– le crabe des neiges (opilio) , « l’araignée aux pattes gelées » qui est pêchée dans l’Atlantique ou le Pacifique nord.

– le crabe des cocotiers

– le crabe yeti qui vit dans les grandes profondeurs de l’Antarctique à plus de 2000 m.

Le crabe mandarin

Les crabes aux systèmes pileux développés:

– le crabe velu

– le crabe à barbe

– le crabe mousse

En réalité, le « crabe mousse » est bien la forme juvénile de l’araignée (maja squinado).

Le crabe de haut rang:

– le crabe royal

Il y a également un crabe très spécial, très utile lorsque l’on pratique la pêche à pied en Atlantique, en Manche, en mer du Nord et surtout dans le pays bigouden.

Il s’agit du « Crabe Toiseur » qui sert à mesurer la taille autorisée pour pêcher et cueillir les fruits de la mer.

Attention aux contrevenants l’amende pour la palourde peut être…très lourde.

Même Hergé n’a pas voulu laisser passer le plaisir

de raconter une histoire de crabe dans une de ses BD.

En plus des arthropodes, il existe aussi des crabes de la famille des « homo sapiens  marinus » qui sont des espèces particulières qui sévissent uniquement sur les navires de la Marine Nationale.

« DE CRABE »  à  « CHOUFF »

LES « CARABUS BIPEDUS MARINUS »

Les « Crabes » bipèdes de la Marine Nationale

Le Crabe (quartier-maitre) est l’équivalent de caporal dans les autres armes.

Il est surnommé «Crabe», peut-être à cause des chevrons rouges de son insigne de grade qui rappellent les pinces du crustacé du même nom, et bien sûr de l’influence maritime.

Le Crabe-Chef (Quartier-maitre-chef) est l’équivalent de Caporal-Chef dans les autres armes.

C’est le plus haut grade des « hommes du rang ». Il est surnommé: « Chouff » sans doute parce que c’est lui qui surveille  le travail effectué par les « crabes » et des « matafs » (matelots). Chouff qui vient de l’arabe qui signifie: regarde, surveille.

L’un de ces « crabes » est devenu célèbre grâce au correspondant de guerre, écrivain et cinéaste: Pierre Schoendoerffer.

LE « CRABE TAMBOUR »

Le  « Crabe-Tambour » est adapté du roman que Pierre Schoendorffer avait écrit en 1976, publié chez Grasset.

C’est une  histoire de soldats et de marins pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie.

Les origines de l’histoire

L’histoire est issue d’un malentendu entre hommes, militaires et marins. Une parole donnée mais non tenue qui perdure bien après la fin des guerres d ‘Indochine et d’Algérie.

Pierre Schoendorffer fut témoin et cinéaste durant la guerre du Viet- Nam

(Photo E.C.P.A.)

Le film a été tourné totalement en extérieurs dans des décors exotiques, en Indochine pour les scènes sur le fleuve avec la jonque chinoise ou dans le désert de Somalie, mais aussi dans le froid et la neige de Saint Pierre et Miquelon mais surtout sur l’Escorteur d’Escadre Jaureguiberry de type 53. Le navire fut détaché pour effectuer la surveillance des pêches sur les Grands Bancs de Terre Neuve.

La mer, les tempêtes, le vent du large et les embruns glacés entre pour la première fois dans les salles de cinéma. Les spectateurs en ressortent trempés,vacillant par tant de roulis et de tangage et  surtout « malades » ….d’émotion.

Toutes les images sont à couper le souffle, pour cette performance Raoul Coutard a obtenu en 1978 le César du meilleur Chef Opérateur.

Le film est sorti dans les salles de cinéma  en 1977

Jacques Perrin dans le rôle du « crabe tambour »

Pourquoi ce sobriquet de « crabe tambour » ? pourquoi pas le « chat noir « ?..

Pierre Schœndœrffer s’en explique : « J’ai dédié mon roman à mon fils cadet, Ludovic, parce qu’enfant, il avait un petit ventre rond sur lequel il tambourinait, et comme il marchait à quatre pattes et de travers, je l’appelais le crabe. D’où le Crabe-Tambour… »

Le film est inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume.

Marin et soldat d’exception, il est né le 11 août 1925 à Saint-Servan.

Élève de l’École navale en 1945, il débutât sa carrière  sur le croiseur « Duquesne », puis sur « le Commandant de Pimodan » de Saïgon à Shangaï en 1948.

Il est ensuite affecté sur les sous-marins de Lorient en 1952, puis sur les vedettes côtières de Cherbourg en 1957.

C’est aussi un combattant d’élite qui mène une guerre de courses dans le delta du Mékong et du Fleuve Rouge en (1945 ; 1948-1950 ; 1953-1955), contre le Wiet-Minh en Cochinchine.

Après les accords de Genève, en 1954, il termine la guerre avec le grade de lieutenant de vaisseau.

Désobéissant au haut commandement, il sauve alors, en embarquant dans les navires sous ses ordres, 1600 Vietnamiens catholiques voulant fuir le communisme.

En 1956, il tente de rejoindre la France seul à bord d’une jonque de 8 mètres, « Le Manohara », mais s’échoue finalement sur les côtes somaliennes, le 13 novembre de la même année. Il est alors recueilli par une tribu locale, assez fascinée par ce prisonnier aux cheveux roux.

Fin 1956, il rentre à Paris et apprend que son frère Jean-Marie Guillaume, officier parachutiste est tombé à la tête de son commando en Algérie. Il demande immédiatement et obtient d’être muté dans l’armée de Terre, afin de succéder à son frère à la tête du commando. Promesse avait été faite que ce commando porterait le nom du premier de ses membres qui serait tué au combat, le commando prend alors le nom de « Guillaume ».

Pierre Guillaume le commande du 14 juillet 1957 au 12 mars 1958.

Le Lieutenant de vaisseau Guillaume à participé au « putsch des généraux » à Alger.

Il était « l’Adjoint Marine »  du général Challe. Pour sa participation, Il fut condamné à 4 années de prison avec sursis. Dépité, il rejoint, avec d’autres officiers,  l’OAS  dirigé par les généraux Jouhaud et Salan.  Arrêté il sera condamné avec tous les protagonistes du putsch à 8 ans de prison dont quatre années à la prison de Tulle avec les autre putschistes:

4 août 1961 :

Les généraux Zeller, Challe, Bigot, Petit et Nicot

Les lieutenants colonels  Lecomte, De la Chapelle et Masselot

Les chefs de bataillons Robin et Denoix de Saint-Marc.

21 mars 1962 :

Le Commandant Forhan

8 septembre 1962 :

Les généraux Faure et Gouraud

7 décembre 1962 :

Les généraux Jouhaud et Salan

3 septembre 1963 :

Le colonel de Sèze

4 mars 1964 :

Le commandant Gamelin

Le lieutenant de vaisseau Guillaume.

Ils sont tous libérés entre 1962 et 1968.  (Pierre Guillaume en 1966).

 

PUTSCHISTES à Tulle

En 1977,  Pierre Guillaume à armé un ancien chalutier « l’Antinéa » mais pas pour pratiquer la pêche à la morue comme dans le film, mais pour débarquer aux Comores avec Bob Dénard.

Entre 1981 et 1987, il se rend en Arabie Saoudite, où il s’occupe des systèmes de défense maritime.

J’ai croisé brièvement sa route en Arabie Saoudite. J’étais à cette époque  (entre 1981 et 1987) détaché par le Ministère de la Défense dans le cadre du programme SAWARI concernant la vente de frégates et l’entraînement des équipages en France puis en Arabie.

A la base de Al jubail, sur la côte du Golfe Persique, en Arabie Saoudite,  Amiral AL Sulaimani  remet une lettre de félicitations au lieutenant de vaisseau Jean Claude Quideau

A la fin de sa vie, Pierre Guillaume vivait à bord de son voilier, l’Agathe, dans le port de Saint-Malo, ou il écrivit ses mémoires.

pierre guillaume

Le lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume est mort le 3 décembre 2002 au terme d’une existence intense et mouvementée.

Il aimait à répéter qu’il n’avait pas « un goût particulier pour le renoncement et le déshonneur ».

George Fleury, un ancien commando d’Algérie a écrit un roman sur la vie mouvementée du Lieutenant de vaisseau Guillaume

on l'appelait le crabe tambour

LE FILM LE « CRABE TAMBOUR »

L’HISTOIRE

Atteint d’un cancer du poumon, un officier de la Marine Nationale se voit confier un dernier commandement, l’escorteur d’escadre Jauréguiberry dont c’est également le dernier voyage avant la réforme. Il est chargé de l’assistance et de la surveillance de la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve.

Le commandant a aussi une quête personnelle, enracinée dans les guerres coloniales françaises, croiser une dernière fois un homme qu’il a connu, durant la guerre du Vietnam qui est devenu capitaine de chalutier.

Sa quête est relayée par les souvenirs du médecin du bord et de l’officier mécanicien, qui évoquent les un lieutenant de vaisseau surnommé « le Crabe-Tambour ». Les souvenirs et les témoignages se succèdent ; ils évoquent cette figure légendaire qui a marqué ceux qui ont connu cet officier.

Le Crabe-Tambour, c’est le titre d’un long-métrage du réalisateur et écrivain Pierre Schœndœrffer, inspiré de l’un de ses romans.

Inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume, le « Crabe-Tambour » fait référence à cet officier toujours accompagné, dans le film, d’un chat noir.

« C’était un de ces capitaines légendaires ! Donc on a fait connaissance, et l’on s’est pris de sympathie. Quand j’ai commencé à écrire mon livre : Le Crabe-Tambour, je me suis dit qu’il y avait dans son histoire quelque chose qui m’intéressait. Ce n’est pas sa vie, ce n’est pas la mienne, c’est autre chose »… précisera lors la sortie du film Pierre Schœndœrffer.

Construit autour du dialogue entre un « pacha » (Jean Rochefort) et le médecin de bord (Claude Rich).

Le film alterne les séquences de mers, et les « flash-back » narrant les tribulations de Willsdorff, dit le « Crabe-tambour » (Jacques Perrin), un ancien de « la Royale » devenu capitaine d’un chalutier.

Un extrait du film « le Crabe Tambour »

A cette narration croisée se mêlent des séquences de vie embarquée, des plans du Jauréguiberry dans le gros temps et des séquences poétiques comme l’inoubliable tirade du chef mécanicien (Jacques Dufilho) racontant un recteur fou en pays Bigouden.

C’est sur ce calvaire de la chapelle de « Notre Dame de la Joie »  sur la commune de Penmarc’h non loin du phare d’Echmuhl qu’à été tourné la scène des jeunes bigoudens ou la farce du calvaire vire au drame.

La scène au bar « la Morue joyeuse » durant laquelle un vieux marin refait la bataille de l’Atlantique avec des verres sur le comptoir de l’établissement tandis qu’un téléviseur diffuse des images de la guerre du Vietnam. Quant à l’influence de ce dernier, considéré comme l’un des auteurs de romans d’aventures du vingtième siècle les plus réputés avec Robert Louis Stevenson, elle est manifeste non seulement dans « Le Crabe-tambour » mais également dans toute l’œuvre de Pierre Schoendorffer.

FICHE TECHNIQUE DU FILM
« Le Crabe-tambour « de Pierre Schœndœrffer.

Avec Jean Rochefort, Jacques Perrin, Claude Rich, Jacques Dufilho & Aurore Clément. Sortie en salle le 9 novembre 1977.

César du meilleur acteur 78 : Jean Rochefort.

César du meilleur acteur dans un second rôle 78 : Jacques Dufilho.

César de la meilleure photographie 78 : Raoul Coutard.

Cliquer sur le lien ci dessous pour voir le film le « crabe-tambour »


« L’honneur d’un Capitaine »,

 « Pêcheur d’Islande » , »L’adieu au roi »

« la 317 ème section »

« Dien Bien Phu »

les autres films de Pierre Schoendorffer

Son dernier film : « La Haut un roi au dessus des nuages »

Pierre Schœndœrffer a réalisé un nouveau film en Bretagne qui sera une sorte de biographie de sa vie qui est un « flash back » des histoires de l’époque coloniale de la Cochinchine et de l’Algérie. Dans ce film tourné dans les environs de Saint Guénolé et Penmarc’h on retrouve des images d’archives des conflits et du film le « crabe tambour ».

C’est l’histoire d’un cinéaste Henri Lanvern (c’est bien de chez nous, Plonéour n’est pas loin et la totalité du nom de la commune est: « Plonéour-Lanvern ») qui quitte le tournage d’un film pour essayer de retrouver un vieil ami de la guerre du Vietnam.

Ce bistrot est totalement imaginaire car il a été monté de toutes pièces pour les besoins du film dans l’abri du canot de sauvetage de Saint Guénolé.

« Un film prémonitoire qui sonne comme un adieu »

 Kenavo le « Crabe »

Le « crabe » s’en est allé pour toujours, tout « LA HAUT » au dessus des nuages.

Il est parti le « crabe soldat », sans « Tambour » ni trompette, plus haut que les crabes des cocotiers, plus loin que les crabes des neiges, « La Haut », comme un roi au-dessus des nuages rejoindre un autre « crabe », le Commandant Guillaume, Jacques Dufhilo, un autre amoureux du « Pays du Cheval d’ Orgueil » et tous ses compagnons d’armes.

Ils vont pouvoir se raconter des histoires de crabes dans le bar du « Tad an Diaoul » (le père du diable )  dans le pays bigouden.

Le bar de « tad an dioual » (le bar du père du diable)

Le bistro de « tad an diaoul » a retrouvé sa fonction première d’abri de canot du sauvetage sur le port de Saint-Guénolé Penmach.

 Le cinéma, l’armée, la Marine et le pays Bigouden perdent un grand cinéaste.

Adieu de la part d’un autre « crabe »

A voir sur le site  l’histoire du « Crabe Mousse « Capitaine de Frégate (H)

Jean Claude Quideau

Publicités