B n B à Lesconil, Beaux Bars et Bobards

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Le faux bar du « Tad an Diaoul » qui servit de décor au film de pierre Schoendoerffer « La haut, un roi au dessus des nuages » en 2003 avec Jacques Perrin, Bruno Crémer.

Avant-propos

Un bar, un beau, un vrai, un bon, un savoureux, un authentique.

Les histoires de bars, de « bobards » de « bars beaux »  de « loubards » et même de « Bombard » ne manquaient pas en ce temps-là  dans le petit port de Lesconil.

Encore faut-il savoir ce que l’on entend par « bar ».

Une enquête approfondie avec un retour aux sources (nombreuses dans un bar)  est nécessaire pour essayer de percer ce mystère.

Le terme de « Bar » désigne principalement deux espèces de poissons :

– le Dicentrarchus labrax  (commun),

– le Dicentrarchus punctatus  (tacheté).

Le mot « Bar » vient de l’allemand « Barsch» (il faut bien prononcer le « R » avec le « CH » comme en breton pour éviter la confusion avec « barge »).

Il y a aussi deux appellations distinctes pour un même poisson : bar et loup

loup

Le Loup

Le loup est un carnassier craintif, pas facile à attraper se cachant  dans des endroits difficiles d’accès. Contrairement à son homonyme terrestre, le  loup de mer n’attaque pas en meute pour capturer ses proies. Il est plutôt du genre solitaire.

Pourquoi un terme aussi peu attirant pour un poisson aussi noble. C’est peut-être pour leur côté sauvage que les pêcheurs méditerranéens lui ont attribué ce nom. Il est vrai que le loup se jette facilement sur ses proies.

Le bar

Le bar breton est un poisson très apprécié, surtout quand il s’agit du « bar de ligne ».

On le pêche à la traîne avec une ligne équipée d’une cuillère. Ce n’est pas une plaisanterie,  la cuillère n’est pas celle qui sert à manger la soupe, mais une vague esquisse brillante munie d’un grappin.

Il n’était pas nécessaire qu’elle fut en argent, le bar tout en étant un poisson noble ne dédaigne pas de se jeter sur une cuillère en plomb ou en toc.

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Il ne dédaigne pas non plus de se jeter, carnivore qu’il est, sur un « rapala » pourvu que celui ci fut à son goût. Pour les non pêcheur, un rapala est un leurre, en général, une imitation d’un petit poisson.

rapalaLe rapala géant du Comptoir de la Mer au Guilvinec

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rapala géant du Comptoir de la Mer du Guilvinec

Le bar aime aussi les vers de vase, lombrics, avec une préférence pour la Néréide ou gravette.

Le bar, qui est un carnassier plutôt vorace, se jette  sur la cuillère croyant attraper une sardine.

Il aime chasser dans les forts courants marins comme ceux du Raz de Sein.

Dans ma jeunesse, durant les périodes d’hiver, les bars venait frayer dans le Ster et qu’il n’était pas rare d’en pêcher depuis la digue.

J’ai eu la chance d’en attraper, quand la marée montait et que le courant était fort. La construction du pont digue a fait disparaitre cette migration.

De nos jours, les prises de bars sauvages se faisant plus rares, même dans les courants du raz de Sein,  la production aquacole est devenue un enjeu majeur.

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Les élevages disposent de stocks de géniteurs dont la ponte peut être déclenchée à tout moment dans l’année.

Les juvéniles passent de quelques grammes à plus d’une livre en deux ans.

Le bar d’élevage n’a pas du tout a même saveur que le bar sauvage en particulier celui pêché à la ligne.

Après la seconde guerre mondiale, la commune de Plobannalec-Lesconil connu une période florissante, en particulier le port.

La pêche était abondante, car durant toute la période d’occupation, les ressources halieutiques avaient eu le temps de prospérer, « Gast donc ». Il faut souligner que durant cette période la « Gast » (douane allemande) veillait au grain et ne délivrait les autorisations de pêche qu’au compte-goutte.

La  libération avait eu un effet bénéfique sur les toutes les « bourses » et on put alors assister au boum des constructions neuves , bateaux et maisons, comme à celui des naissances.

Poussé par la progression de l’armée allemande quelques familles vinrent s’installer à Lesconil.

Un de ces réfugiés venant du nord de la France, vint s’y  installer et devint marin pêcheur.

Il disait avec son accent de « ch’ti » : « Lesconil est un petit pays qui n’est pas grand ». Même monsieur de La Palisse n’aurait pas fait mieux.

Bon bar ou plutôt Bombard

Tous les marins du  monde connaissent cette fameuse annexe en caoutchouc de type « zodiac » qui à l’origine devait servir de radeau de survie pour les naufragés.

L’inventeur du soit disant « Insubmersible »  ou plutôt son « pilote expérimentateur » fut le très controversé docteur Bombard qui testa seul sur son radeau  dénommé « l’Hérétique » la traversée de l’Atlantique, sans vivre et sans eau.

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Le 3 octobre 1958, Alain Bombard, voulu expérimenter son radeau de survie par gros temps.

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Il choisit  pour son expérimentation la « barre d’ Etel », zone dangereuse par excellence  à cause des courants, des bancs de sable et des grandes lames qui se forment à l’embouchure du goulet de la rivière lorsque le jusant de la ria rencontre les hauts fonds ou se  forment  les bancs de sable. Le phénomène est accentué par fort vent de suroit qui contrarie l’écoulement des eaux.

L’expérience tourna au drame. Le radeau « Bombard »  se retourna.

Le bateau de sauvetage d’ Etel « Vice-Amiral Schwerer » vint au secours des naufragés.Malheureusement un orin se prit dans l’hélice et sans propulseur, ne pouvant plus manœuvrer, il se mit en travers des lames et n’étant pas un canot dit « insubmersible », chavira à son tour.

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Le bilan fut très lourd: neuf morts dont cinq de la Société de Sauvetage en Mer d’ Etel et quatre des six passagers volontaires du radeau  d’Alain Bombard.

A propos de « « Bombard » , quelques anecdotes, pas des bobards, circulaient dans les bars de Lesconil.

Alain Bombard était marié en première noce à madame Calvet, Docteur en médecine, dont les parents possédaient la grande maison près du sémaphore.

Il adorait faire de la plongée  en apnée au tombant du Goudoul.

Ma mère m’a raconté que quand il avait la chance de ferrer une belle vieille  commune ou coquette (je ne parle pas d’une personne d’un certain âge mais des poissons de roche appelés labrus bergyita ou labrus vixtus), il faisait le tour du port et des rues de Lesconil pour montrer sa capture et non… sa conquête…

La vieille ne figure toujours pas dans la catégorie des poissons dit « nobles », sans doute à cause de ce nom populaire et de l’aspect ridé de sa tête.

Pourtant une bonne « velour groar » (orthographe breton phonétique), une belle vieille cuite à la vapeur sur un lit de pommes de terre est un plat délicieux.

Après une chute malencontreuse en vélo, ma mère m’a conduit chez le docteur Calvet qui était absente. C’est donc Alain Bombard qui a essayé, tant bien que mal, de me remettre la côte cassée en place. N’étant pas vraiment docteur au sens étymologique du terme mais plutôt « biologiste marin », le résultat ne fut pas probant.

Après son expérience dramatique d’Etel et une période de dépression, Alain Bombard fut appelé comme « Délégué Général » du Musée Océanographique fondé et financé par Paul Ricard sur l’île des Embiez.

Au bout de quelques années d’oubli sur l’archipel, Bombard, qui aimait être sous les projecteurs, passait plus de temps à faire de la politique que de s’occuper du sexe ou de  la reproduction des mollusques, moules, palourdes ou bigorneaux.

Il fut quelque temps, de 1979 à 1985, conseiller général du canton de Six-Fours les Plages. Il eut son heure de gloire en devenant durant une très brève période pour ne pas dire supersonique, un mois en 1981,  secrétaire d’État à l’environnement du gouvernement de Pierre Mauroy.

En 2002, lorsque j’étais Responsable du Développement de la Société Paul Ricard, j’ai revu Alain Bombard à Six-Fours les Plages et Bandol

Une autre anecdote lesconiloise concernant Alain Bombard.

Il s’était lié d’amitié avec le docteur Colin qui venait de s’installer à lesconil et qui avait son premier cabinet dans sa maison sur les dunes pas très loin de la bâtisse du sémaphore.

Françoise Colin, la fille du docteur, a bien voulu me raconter cette histoire au sujet de son père et de Bombard.

Ils partaient parfois en bateau pêcher dans les parages de l’archipel des Glénan.

A cette époque les ilots étaient quasiment désertiques.

Après la partie de pêche, ils se baignaient en « simple appareil », je ne parle pas d’un quelconque appareil photo ou autre, mais plutôt de l’absence de maillot de bain.

Il est vrai que durant cette période, les « naïades bigoudènes » n’étaient pas légion sur les plages.

Dans ma jeunesse, je n’ai jamais vu une bigoudène dans l’eau, à part les pieds.

Ils étaient sans aucun doute les pionniers de la plongée « sans appareil » contrairement aux « Mousquemers » qui avaient inventé l’appareil de plongée le scaphandre autonome.

Les Mousquemers sont les pendants des Mousquetaires, sauf que leurs terrains de jeux n’étaient pas sur terre mais sous la mer.

Comme eux ils étaient quatre :

  • Le capitaine de corvette Philippe Taillez
  • Le lieutenant de vaisseau Jacques-Yves Cousteau
  • Frédéric Dumas
  • L’ingénieur Emile Gagnan (trop souvent oublié)

A ces quatre pionniers, il faut ajouter l’officier mécanicien Léon Veche (complètement occulté)

Les mousquemers furent les pionniers de la plongée en France. Ils sont à l’origine de nombreuses inventions concernant comme :

  • Le scaphandre autonome (bouteilles d’air comprimé)
  • Le détendeur d’air
  • Le masque de plongée

Le commandant Philippe Taillez fut le premier commandant du Groupe d’ Études et de Recherches Sous-marine (GERS) de la Marine nationale en 1945 qui deviendra le Groupe d’Intervention Sous la MER (GISMER) et de nos jours la CEllule de Plongée Humaine et d’Intervention Sous la MER (CEPHISMER).

Les palmes qu’utilisaient les mousquemers furent inventés par le capitaine de corvette Louis de Corlieu qui habitait près du port de Six-Fours Le Brusc face à l’archipel des Embiez et de la petite île du Gaou ou se trouve la plaque commémorative des plongées des mousquemers.

Le 10 mai 2002, j’ai participé à cette inauguration en compagnie de Patricia Ricard, Présidente de l’Institut  Océanographique Paul Ricard.

Le musée océanographique Paul Ricard est le seul musée « privé » au monde.

Pour la petite histoire:

  • En 2016, des ossements humains furent découverts à côté de l’ex villa Calvet au Goudoul, sans qu’on sache leur provenance. L’énigme perdure encore de nos jours.

Durant la seconde guerre mondiale, les allemands de « la Gast » (douane) occupaient le sémaphore. Un épisode tragique a eu lieu peu avant la libération à Lesconil. Y aurait t’il une relation et une piste en ce qui concerne ces ossements ?

Pour tout savoir sur cette histoire suivez le lien ci dessous:

https://kermokostories.wordpress.com/2016/01/23/du-sang-sur-la-plage-de-la-torche/

maison-calvet

Malgré son impopularité surtout du côté du golfe du Morbihan , Alain Bombard à été le précurseur du problème de la survie en mer. Il a convaincu les gens de mer de la nécessité d’embarquer à bord de tous les navires des radeaux pneumatiques. Les progrès du largage et du gonflage automatique sont venus conforter cette absolue nécessité.   Il n’est pas un navire qui ne soit équipé d’un « Bombard ».

Le bar, débit de boissons et non de poissons

Mais revenons à notre sujet…le bar, mais pas celui capturé par les pêcheurs à la « barre » de leurs  sa  « barques » ou « barcasses », et qu’on mange avec délectation, mais plutôt celui dans lequel on consomme liquide.

Parfois le bar proposait une autre activité mercantile comme  le tabac, les journaux, le pain et même la viande. Le bar avait d’autres appellations telles que: Buvette, bistrot, café, troquet, gargote, taverne, débit de boissons etc…

En ce temps-là, la boisson phare du marin était le vin rouge. Pas un Pommard, un Margaux  ou un Château-Laffitte, mais plutôt un vin corsé titrant 13 ou 14 degrés qui venait en droite ligne d’ Afrique du nord par la mer dans des « pinardiers » jusqu’au port du Corniguel à Quimper. Le vin était directement pompé les cuves pour être transféré dans des chais.

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Des camions citernes convoyaient ensuite ce breuvage épais qui titrait 14 ou 15 degrés d’alcool vers les unités d’embouteillage.

Les quais du port de Brest étaient pourvus de « pipeline à vin »  qui permettaient le remplissage des cuves de « pinard » des bateaux de guerre.

Le vin était stocké dans des cuves en ferraille située à l’avant du bateau. Du bromure y était ajouté. Le vin était brassé en mer et il tournait vite au vinaigre. Il fallait avoir l’estomac blindé pour ingurgiter un tel breuvage. Le « picrate » était servi dans des bidons, un quart par marin.

Les marques les plus connues à l’époque et  dont je me souviens étaient:

le Margnat, le Kiravi, le Sénéclauze.

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Les vieux marins disaient:

« le Margnat, l’ami de l’estomac ». Il aurait été plus judicieux de dire:

« le Margnat, des trous dans l’estomac »,

Trop  plein de « Kiravi  » adieu la vie ».

« le Sénéclauze », avec deux ou trois  verres l’affaire est clause.

Un peu d’histoire de ces vins d’Algérie

Le vin « Margnat »

margnatEdouard Margnat est un des premiers négociants en vins. Il crée ses chais à Marseille, au quai de la Tourette. Il fait venir le vin d’Algérie), Ses fils Paul, Robert et Jacques, lui succèdent à partir de 1940. Ils vont être connus dans le milieu du vin sous le surnom des « Frères Margnat ». Par la publicité sur les murs, chez les détaillants, le long des routes et sur les camions de livraison, le « vin Margnat » va devenir progressivement au cours de ces années un terme familier dans le paysage des villes et des campagnes françaises.

Le vin « Kiravi »

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La société Sapvin de Marseille est dépositaire de la marque « Kiravi ».  Sapvin absorbe en 1965 la Société des Vins de France de Lyon. Sapvin est alors un des premiers négociants français. En 1967, Sapvin est absorbée à son tour par la société Margnat.

Le vin « Sénéclauze »

seneclauzeThéodore Sénéclauze, monte en 1890 à Oran en Algérie une affaire de négoce de vin en barriques. Théodore Sénéclauze est sans doute le premier à avoir lancé ce système de distribution. Bientôt la Maison Sénéclauze se spécialise dans la sélection de vins d’Algérie et particulièrement d’ Oranie.

Pierre Sénéclauze, son fils, fait l’acquisition en 1935 du  Grand Cru classé « Château Marquis de Terme » à Margaux.

En 1962,  la famille Sénéclauze s’installe à Marseille. La Maison poursuit ses activités de distribution de vins d’Algérie en ajoutant à sa gamme des vins du Sud de la France.

Les marins bretons de cette époque consommaient en priorité ce vin rouge rugueux venant des coteaux du  Maghreb car il n’était pas onéreux.

Le quart était l’unité de mesure par excellence. Les quarts étaient remplis à raz bord.

quartPour  boire sans en renverser la moindre goutte, les marins utilisaient la méthode dite du  « Meutou kozh ».

Cette méthode consistait à ne pas prendre le verre avec la main, au risque de renverser le précieux liquide, mais de rapprocher ses lèvres  du bord du verre et d’aspirer pour faire baisser le niveau. C’est seulement après cette première et délicate opération que le verre pouvait être saisi sans risque de débordement.

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Je me souviens d’une anecdote qui se racontait entre marins à Brest.

C’était à n’en pas douter un bobard pour se moquer des marins des ports (marins des remorqueurs) surnommés « Margats ».

« Yann ar Gall » , un vieux quartier maître-chef au dessus de 10 ans de grade « Margat », mais aussi « Margnat » à toutes heures , passe un test pour  essayer de passer au grade de  second-maître.

Le maître principal examinateur lui demande: « Le Gall » pouvez vous me dire combien y a t’il de quarts dans un litre ».

Yann réfléchi un bon moment en se frisant une moustache décolorée tirant sur le rouge Margat et annonce, sur de lui:  » Trois bons! Maître principal »

D’où vient ce surnom de « Margat »?

Sans doute du nom d’une espèce de  mouettes qui tournent et virevoltent dans les ports, tout comme le font les petits remorqueurs de rade autour d’un grand bateau pour l’aider à accoster.

Le bar,  lieu de convivialité

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A cette époque, point de télé ni d’internet, les bars étaient le lieu de rendez-vous des marins et des autochtones ou toute la vie locale se déclinait,  la vrai, comme la fausse.

Si les murs des bars de Lesconil pouvaient parler, ils nous raconteraient des histoires de marins « barbus», qui racontaient des « bobards », « conchenou » et autres « ouin ouin » de  la vie locale.

Dans ces estaminets, les rumeurs allaient bon train. Les absents avaient systématiquement le droit à un costume sur mesure. On y rencontrait des personnages haut en couleur comme :

  • Les marins« barbus » « baragouinant » dans leurs  « barbes» fournies,

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  • Le «barbouze » qui racontait ses périples sur les côtes  de « Zamzi bar »,
  • Le «bar bot» qui se gaussait d’histoires de « slibars » et de « ni bars »,
  • Le « barjot » qui se prend pour un « malabar« ,
  • Le « loubard » qui ventait ses exploits de loup de « barrière »,

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  • Le « barde» qui chantait de la musique « bar oque »,
  • Le « Malbar » qui se souvenait de la fête du « kabar» sur son île,*

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  • Le «baron » qui parlait de sa « baronne »,
  • Le « barman » qui tirait du vin de  sa « barrique »,
  • Le « barjo » qui exhibait son « Kalbar » à fleurs,

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  • Le « barbare » qui voulait expier ses péchés pour atteindre au « baradoz ».(« baradoz » en breton signifie: « Paradis »).

Ce paradis existe bien à quelques encablures de Lesconil, au pays des Tartares.

De bars en bars en évitant les embardées

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Avec sextant et boussole, pour éviter de perdre la route

Embarquez dans la barcasse pour une navigation erratique, en faisant escale dans les différents bars, cafés, buvettes, débits, bistrots et estaminets, qui jalonnaient le port. La plupart de ces escales mythiques ont disparues à jamais.

Par le passé, les mauvaises langues disaient qu’à Lesconil il y avait autant de bars que de bateaux, mais ce n’était qu’un mythe. En réalité on a compté dans les années d’après guerre entre 1950 et 1970 vingt-sept bars pour une cinquantaine de « Malamoks » et une vingtaine de « Misainiers ».

Les bateaux accostaient de part et d’autre de la cale en pente qui servait à mettre à l’eau le canot de sauvetage. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les marins remontaient la cale pour se rendre à  la Descente des Marins », notre première escale.

A la « Descente des Marins »

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La « descente des marins »dans les années 1920

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Ce bar fut construit par la famille Kerling dans une grande bâtisse sur le port derrière l’abri du canot de sauvetage entre les deux postes des  douanes.

Plus tard, le café fut tenu par Madame le Garrec dite « Bouclettes ».

Parfois, avec mon grand-père, j’ai eu l’occasion d’entrer dans le lieu et j’en garde un  vague souvenir.

Passé la porte et une petite marche, on pénétrait dans le café qui me paraissait sombre et austère. Le sol du bar était en terre battue, le comptoir se trouvait au fond à droite avec derrière, à peine visible,  la patronne aux cheveux blancs bouclés.

Une porte permettait d’accéder à une cour intérieure ou était installé de grandes cuves posées sur des tréteaux  et chauffées au feu de bois.

L’une d’entre elles contenait du coaltar qui servait à colmater les coques et surtout à enduire les casiers;

Dans la seconde bouillonnait une mixture rougeâtre qui servait à teindre les voiles et les cordages.

Pendant que les cordages et les voiles trempaient dans le liquide chaud couleur de sang, les marins patientaient au comptoir en descendant quelques chopines de vin rouge. Le bar méritait bien son nom car la descente était conséquente.

La famille kerling avait vendus le bar pour faire construire, un peu plus loin sur le port,  un établissement hôtelier avec une épicerie et bien sur un petit bar. Nous y ferons escale plus tard.

Le bar « A la Descente des Marins » existe encore de nos jours.

Il n’y a pas que les marins pour faire escale à la « Descente des Marins ». Ce superbe goéland est venu voir le menu avant de s’installer en terrasse face au port.

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Après la descente des marins, peu de route à faire pour amerrir au « Café du Port ».

De la  » Buvette » au « Quincy » en passant par le  « Café du Port »

A quelques encablures, l’abri du canot de sauvetage n’existait pas encore,  fut construit la « Buvette » du port. le premier propriétaire était Théodore Goulard. Théo et son épouse, que les marins appelaient gentiment « tante Adèle », ont tenu ce bistrot de marins dès les années 1900.

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Après la seconde guerre mondiale la buvette fut vendue à François Tanguy dit « Fanch ».

La « buvette » changea de nom pour devenir le  » Café du Port ».

« Fanch » était un petit personnage, court sur pattes mais haut en couleur,  qui n’hésitait pas à remettre sa tournée aux clients les plus fidèles. Cela lui permettait aussi de ne pas avoir le gosier trop sec tout au long de la journée.

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Le « Café du Port »,  du simple bistrot de marins, s’agrandit pour devenir la crêperie « du Vieux Logis » avec une petite restauration des produits de la mer.

Le « Men Ar Groaz » ( la pierre du milieu)

Plus tard un troisième bar, vint s’immiscer sur petite place derrière le bâtiment de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN) ex Hospitaliers Sauveteurs Bretons (HSB) qui servi d’abri pour les canots de sauvetage « Foubert de Bizy » jusqu’en 1910, puis « Amiral de Maigret » jusqu’en septembre 1952.

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Par la suite le bâtiment fut transformé en criée aux poissons, puis entièrement rasé.

Les marins arrivés en canot depuis les malamoks mouillés dans le port débarquaient leur pêche sur des charrettes et ils remontaient la cale en pente jusque dans la criée ou les produits de leur pêche étaient exposés pour être vendus. Les mareyeurs se tenaient de part et d’autre des charrettes sur des estrades d’où ils pouvaient jauger le contenu des caisses et acheter la marchandise au prix du « crieur ».

Le « Men ar Groas » fut le bar branché de la jeunesse lesconiloise des années 1960/1970. Il avait été construit par Jean Claude Bozec le propriétaire.

jukeboxDans le bar un jukebox faisait entendre les chansons et musiques des années « Salut les Copains ». Les vinyles 78 tours des « Chaussettes Noires » d’Eddy Mitchell, des « Chats Sauvages » de Dick Rivers, qu’imitait mon copain Jean Claude Charlot, tournaient sans discontinuer en boucle sur le jukebox en diffusant  les paroles et musiques Rock and  Roll des chanteurs et des groupes en vogue de l’époque « Yé Yé ».  » Tombe la neige », « Elle était si jolie » , « J’entends siffler le train », « Capri c’est fini », » Nathalie », « les copains d’abord » et bien d’autres encore.

Plus tard, fini l’insouciance des années « Age Tendre et Têtes de bois »,  le « Men Ar Groas » fut vendu et il plongea vers les profondeurs pour devenir «  les Abysses ».

De nos jours, le « Café du Port » et les « Abysses» sont réunis en un seul et même établissement : «  le Quincy ».

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A partir de 1998, le « Quincy » va servir de QG à l’équipe du Suisse Bernard Stamm tout au long de la construction du voilier qu’il destine pour le Vendée Globe de 2000/2001. Le chantier est situé non loin de là sur le port dans un hangar  face au « Comptoir de la Mer ».

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En 1999 les demi-coques sont démoulées  avec l’aide des habitants de Lesconil.

Le bateau est un plan Rolland de 60 pieds en carbone. Il mesure 18 m 28  pour 5,63 de largeur avec un déplacement de 8,8 tonnes. Il a une voilure de 335 m2.

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En 2001  Superbigou a battu le record de traversée de l’Atlantique en 8 jours 20 heures.

Pour la petite histoire, « Superbigou » a été racheté par le Suisse Alan Roura. Devenu « La Fabrique« ,  Il participe au Vendée Globe 2016/217.

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Quittons la place du port et ses trois débits de boissons par la rue du Port. Il ne faut pas plus d’une centaine de pas pour nous retrouver dans un nouveau « triangle de bars ». Le plus ancien d’entre eux était le débit tabac Cariou.

Débitant de tabac Cariou

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Situé à l’angle de la rue du Port et la Grand Rue de nos jours, rue Jean Jaurès, ce bar construit au début des années 1900  par Germain Cariou, était plutôt connu sous le nom de chez « Pitt ».

Plus tard vers 1910, le bar, débit de tabac fut tenu par « Fine » Cariou.

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carotte-de-tabacLes marins des années 1900 portaient des bérets à larges bords pour se protéger de la pluie et des embruns. Ils étaient aussi bien pratique pour y glisser le rouleau de tabac à chiquer qu’ils appelaient : « la carotte » pas à cause de la couleur, mais plutôt pour la forme.

A propos de « Pitt » et de « Fine », une anecdote circulait entre marins dans les bars de Lesconil.

Peut être que ce n’était qu’un  » bobard »…de plus…?

« Per Bihan » et « Youtar » son attablés chez « Pitt ». Ils commandent un verre de lambig pour se réchauffer le gosier après leur retour de mer.

« Fine » rempli les verres sans « faux col » en prenant soin de ne pas déborder.

« Youtard » aussitôt s’écrit :  » Fine, j’ai l’impression que  ton lambig s’est noyé! »

« Per Bihan » confirme les dires :  » Ar boeson zo kuit ! »

Derrière le comptoir « Pitt » qui a suivi la conversation, dit discrètement à l’oreille de « Fine » :

« je t’avais dit, tu as trop mis d’eau dans le lambig »

« Fine » se croyait maline, mais pas assez pour tromper ces vieux « loups de mer ».

Après la seconde guerre mondiale, l’établissement fut racheté par la famille Le Faou.

Fini la vente de tabac, le petit bar est maintenu. Un étal de boucher voit le jour.

Plus tard un petit super marché  « SPAR » a vu le jour rue Joliot Curie.

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De nos jours, il n’y a plus de boucherie ni de bar. L’immeuble a été vendu.

En face de chez « Pitt », toujours dans le triangle des bars, il y avait un autre débit de boissons très fréquenté par les marins:  l’hôtel du port.

« L’hôtel du Port »

Cet établissement construit en 1925 par Guillaume Corcuff comprenait en rez de chaussé, une boulangerie -débit.

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Plus tard, l’établissement fut tenu par Louis Stephan et son épouse Yvonne Corcuff dit « Vovonne ».

Louis tenait le bar, qui avait été aménagé en lieu et place de la boulangerie. « Vovonne’ tenait la petite confiserie attenante au bar sur la partie gauche.

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Le bar de l’hôtel du port « Chez Louis »

Louis Stéphan, le patron, régnait en maître derrière le haut comptoir en zinc de son petit bar donnant sur la rue du port. De nos jours, le local est devenu une pizzéria snack grill au nom de « la Paillotte ».

Derrière le comptoir l’œil était attiré par un énorme crabe aux pattes tentaculaires qui semblait ramper sur une bonne partie du mur. Si l’araignée de mer est une espèce endémique de nos côtes, ce type de crabe est totalement inconnu.

Le « Macrocheira Kaemferi » communément appelé crabe-araignée géant du japon est une araignée de mer dont le mâle peut atteindre plus de 3 mètres d’envergure. Celui du bar à Louis faisait bien 1,50 mètres.

En semaine, le bar était très calme, seul quelques « notables » venaient ensemble prendre leur petit verre de vin blanc. Il y avait entre autres, un ancien maire, un directeur d’école, un instituteur…il ne manquait plus que le curé pour être « Pagnolesque ».

Le soir, après l’arrivée des chalutiers au port, la pêche vendue en criée, les équipages venaient prendre un verre appelé « chopine de pêche » avant de rentrer à la maison pour la soupe.

Le samedi après-midi, le bar connaissait une grande affluence car certains équipages de malamoks se retrouvaient pour « loder » (partager) le fruit de la pêche de  toute la semaine. Louis mettait à disposition une petite salle au fond du bar ainsi qu’une partie de la salle du restaurant. Après la paye, l’ambiance était chaude. Louis comme son araignée aux pattes tentaculaires se démenait aux quatre coins du bar pour servir les gosiers assoiffés. Dans ces moments-là, Louis devenait bourru avec la pression et…22 de tension.

Les souvenirs qui me resteront de Louis Stéphan, en plus d’être un grand ami de mon père, tous deux conscrits et natifs de Plobannalec, c’est sa gentillesse.

Sur cette photo de la classe 1942, on peut reconnaitre également Arsène Coïc,  un autre ami de mon père (ancien résistant FFI arrêté et déporté).  André Trébern, René Cadiou (ancien coiffeur) etc..

Plus tard, suite à des agrandissements de l’hôtel du port, un autre bar verra le jour rue des Équipages. Ce bar sera tenu par Vovonne ».

Attenant à « l’ Hôtel du Port » un autre bar-tabac-journaux, vit le jour dans les années 1950.

Tenu par Pierre et Francine Draoulec, l’établissement vendait également les billets d’accès aux  bus desservant les villes des alentours, jusqu’à la gare de Quimper. Pierre Draoulec était l’un des chauffeurs.

« L’Escale »

Plus tard, le bar tabac librairie journaux  fut appelé  » L’Escale ». Il est de nos jours tenu par Pierrick Draoulec et son épouse.

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A la pointe du triangle, pas celui des Bermudes, à l’endroit où se trouvait jadis l’ancienne conserverie de poissons Maingourd,  « ar fritur cozh », vit le jour dans un vieux penty qui avait servi pendant un certain temps de Poste Centrale, la maison de la côte : « Ty an Aod ».

L’auberge « Ty an Aod »( la maison de la côte)

Ce bar situé place de la résistance ouvrit ses portes en 1971. Il était tenu par Gilbert et Nicole Divanac’h. Sur le côté du bar, les propriétaires y installèrent une petite auberge.

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Le comptoir du bar était  original,  fait une demi-coque de bateau. Gilbert était toujours à la barre avec le sourire.

Les soirées étaient conviviales et souvent musicales ce qui n’a pas manquer d’attirer de nombreux chanteurs bretons comme Alan Stivell, Dan ar Braz et même le canadien Gilles Vigneault. La notoriété des lieux était acquise, mais un apéritif typiquement  bigouden au « pouvoir renversant » va en augmenter les effets. Gilbert jamais à court d’idées, fut l’inventeur du « diboulac’h », qui se prononce : « diboular »

Le « diboulac’h », kesako ?

Le « diboulac’h » est une boisson composée d’un mélange de crème de cassis et d’eau de vie de cidre dénommé «  lambig ». Le lambig est le pendant du Calva normand. Cet apéritif bigouden était connu sous le nom de mélange cassis, « mêlécass »pour les anciens. .

Alors pourquoi ce nom de « diboulac’h » ?

La dose de lambig bien supérieure à celle du « mêlécass » était aussi variable suivant l’humeur du patron et la tête du consommateur. Surtout pas de glaçon qui aurait altéré le parfum subtil du mélange de la pomme et du cassis.

Après un verre de ce breuvage, l’humeur virait au beau fixe, après deux verres il y avait déjà quelques coups de soleil sur la figure, un troisième verre c’était plein feu dans la mature. Tangage et roulis assuré.

Au tout début, un client lui demande : « Gilbert, ton cocktail est excellent, comment tu l’appelles ? ».

Gilbert réfléchi. Il aperçoit sur le mur du bar le grand cadre avec la photo d’un vieux gréement  bigouden dont le nom est « Diboulac’h ».

Un « diboulac’h » !,  dit-il fièrement ».

En 2009, l’auberge « Ty an Aod » est vendue, elle change de propriétaire et de nom pour

devenir « Leskobar ».

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Aujourd’hui le « Leskobar » est de nouveau à vendre.

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En se dirigeant  vers le quartier de Pontruche, de nos jours rue Joliot Curie, deux imposantes bâtisses possédaient chacun un discret petit bar.

« Hôtel Bellevue »

Le premier était situé dans l’hôtel « Bellevue ». Cet établissement tenu par les sœurs Kerling possédait également une petite épicerie attenante au bar.

Les marins qui passaient à l’épicerie acheter une « petite bricole » pour la maison, sur demande de madame, n’omettaient pas non plus  de commander un petit verre au bar.   Le bar à double emploi (bar-épicerie ou tabac ou boucherie)  a toujours été un bon plan pour les tenanciers. Ils faisaient d’une pierre deux coups.

« Hôtel de la Plage »

Le second, était situé dans « l’Hôtel de la Plage » tenu par madame Cossec-Keraudren. C’était également une halte discrète avant le retour à la maison pour la soupe du soir.

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La salle de restaurant de l’hôtel de la Plage

Une chambre donnant sur le port de l’hôtel de la Plage

L’Hôtel de la Plage mis en vente, se dégrade petit à petit.

Exit aussi  l’hôtel « Bellevue » et son restaurant, l’établissement est  devenu l’imposant bar PMU  « Le Galion ».

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Le « Grand Hôtel des Dunes »

Plus loin à la sortie de la commune, sur la route du sémaphore (rue Laennec), le « Grand Hôtel des Dunes » possédait également son petit bar.

Cet hôtel restaurant est toujours la propriété de la famille  Le Bec.

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En venant par la route de Plobannalec, de nos jours appelée « Rue de la Libération »  nous ferons  escale dans les différents bars, buvettes, débits, bistrots et estaminets, qui jalonnaient les routes qui menaient au port de pêche. La plupart de ces escales ont disparus à jamais.

La « Buvette » Boulangerie d’ Henri Chever

Cette « buvette », dont il ne reste que l’enseigne effacée sur la bâtisse, était le premier bar à l’entrée de Lesconil actuellement sise rue des hirondelles.

Les habitués du quartier de  Penaruen s’adonnaient la galoche sur le chemin devant la buvette.

Pourquoi ce terme de buvette ?

Dans les stations thermales, la buvette est un endroit où l’on boit « les eaux ».

De nos jours, dans une buvette, on y boit plutôt du vin que de l’eau.

Je me souviens que par le passé, sur le port de Saint Guénolé, il y avait une petite buvette dont l’enseigne sur la façade était la suivante :

« O 20 100 O »

 Il fallait trouver et oser : « au vin sans eau »

Henri Chever était principalement boulanger et son pain était réputé.

Chez Chever comme pour l’eucharistie, il y avait le pain et le vin, mais je ne pense pas qu’à la sortie l’absolution était acquise.

Toujours est il qu’il y avait souvent un  « petit coup pour la route », pour se rendre  au cimetière et un « petit coup à  la mémoire » du défunt au retour.

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Les habitants de Penaruen et de Menez Veil venaient très souvent faire cuire leur riz au lait dans le four du boulanger.

A la droite de l’entrée, il y avait un grand comptoir en bois. Sur sa face avant, des panneaux peints de couleurs vives, façon tapisserie,  représentaient des paysages bucoliques de champs de fleurs.

Un jour, un couple de touristes néerlandais, de passage dans le pays bigouden, s’arrête pour quelques jours dans le petit port de Lesconil.

En se promenant dans cet endroit, à l’entrée du village, connu seulement des autochtones et des joueurs de galoches, ils entrent dans le bar pour se désaltérer et tombent en admiration devant le comptoir entièrement peint à la main.

Amoureux des fleurs, en particulier des tulipes et des jacinthes comme tous les hollandais, Ils décident aussitôt de l’acheter et en offrent un bon prix à Henri Chever. Malheureusement le comptoir était indispensable à Henri pour poser les verres et il ne voulait pas s’en séparer.

Plus tard quand le commerce ferma ses portes, le « Bon Coin » n’existant pas encore, le comptoir fut bradé et il disparut à jamais.

La seconde escale n’était pas bien loin, quelques dizaines de mètres, dans le rond-point de la Rue de la République et de la Rue de la Paix.

Le bar de Maï Rouz  (Marie la rousse)

Qui aurait imaginé qu’un petit bar était caché à l’intérieur de ce penty de bord de route ou Il y avait toujours affluence lors des enterrements. En effet après chaque cérémonie au cimetière de Lesconil, les amis du défunt qui revenait à pied y faisaient une halte pour boire un verre et même plusieurs à la mémoire du disparu.

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Si le penty existe encore de nos jours au bord de Rue de la République, plus de halte, le bar s’en est allé, décédé lui aussi. Disparu aussi les cortèges funèbres qui partaient de la maison du défunt derrière le corbillard tracté par un vieux cheval de trait.

A quelques encablures, sur la place de La Roche, le petit bar faisait office d’arrêt de bus.

Quoi de plus logique qu’un petit verre ou  même un quart en attendant son car.

Le bar chez « Per »Din »

Au milieu de la place il y avait un petit bar qui faisait office de bureau de vente des tickets pour les bus.

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Cet établissement était tenu par Pierre Draoulec dit « Per Din« .

En descendant la « Grande Rue » en direction du port, d’autres escales nous attendent.

Bar chez Struillou

Au croisement de la rue de la rue de la République et de la rue Guy Moquet, il y avait une petite boulangerie qui faisait également office de bar chez Maurice Struillou.

Plus tard la boulangerie sera transformée en magasin d’électroménager par Monsieur Tréguer.

De nos jours les locaux sont transformés en une laverie automatique.

Un peu plus bas dans la « grand rue », il y avait un petit bar qui avait fait office de premier  bureau de poste de Lesconil. Il était tenu par un ancien maire de Plobannalec-Lesconil : Hervé Guirriec.

Le bar de l’ Atlantic Hôtel

A quelques encablures, l’ Atlantic Hôtel tenu par Nicolas Stephan puis par Madame Toulemont plus connue sous son nom de jeune fille, Odette Biger, avait bien sur son petit bar.

De temps en temps, la grande salle de restaurant servait de salle de bal.

Plus bas sur la gauche encore une boulangerie, épicerie, boissons tenue par Mrs Draoulec, puis Riou, puis Albout.

Après toutes ces escales, nous revoici  revenu dans le « triangle du port » .

Le bar-boucherie de Marcel Draoulec, le père de « Tintin »

En prenant la rue Pasteur, à l’angle de la rue des Francs-Tireurs, on ne pouvait pas manquer la boucherie-bar de Marcel Draoulec, le père de « Tintin ».

Je me souviens très bien de la disposition des lieux. Il fallait descendre une marche pour accéder au local. La boucherie se trouvait à gauche de l’entrée et le comptoir du bar sur la droite.

Avec l’équipage du « Crap Melen » nous avions rendez-vous tous les samedi après-midi dans la salle du fond pour « loder ». Cette salle servait parfois de salle de restaurant et de bal.

Le « Crap Melen » ( Corail Jaune) à Concarneau

Le terme  breton « Loder » signifie partager. Le « lod » étant le lot, la partie.

« Loder » consiste donc à déterminer la part qui revient à chaque membre de l’équipage du chalutier.

André le Pape, le patron du « Crap Melen »  tel un  « grand argentier » sortait de sa sacoche les liasses de billets, fruit de la vente des prises de la semaine à la  criée de Concarneau.

« Dédé » changeait alors de tablier pour devenir « comptable en chef». Il sortait toutes les factures de son sac et son crayon magique, finement taillé énumérait à voix haute tous les frais occasionnés durant la semaine écoulée : « gaz oïl, vivres, location de la radio, du sondeur… »

Après avoir soustrait les dépenses des recettes, il divisait la somme en deux parts. La première part revenait en totalité au patron armateur et les billets retournaient illico presto dans la sacoche de « Dédé ».

L’autre moitié était divisée par le nombre de matelots, patron compris. Chaque part ainsi obtenue correspondait à la paye de la semaine. Le mousse n’avait qu’une demi-part et le novice ¾ de part.

Les comptes terminés, l’argent rangé, « Dédé » offrait la tournée. Avant de se quitter il donnait l’heure de rendez-vous pour le lundi suivant.

De nos jours,les locaux sont occupés par un cabinet médical.

Boulangerie-bar Cariou

En face de la boucherie de Marcel Draoulec, il y avait la boulangerie de « Célestine » qui faisait également office de bar.

Je me souviens qu’avant de partir en mer, vers 4 heures du matin,  je frappais sur le volet à l’arrière de la boulangerie pour prendre le pain frais pour la semaine. Le pain était mis dans la cale sur la glace pour le conserver au mieux.

De nos jours, exit le bar, mais  la boulangerie perdure sous l’enseigne « Guidal ».

Dans le quartier des quatre vents il y avait deux petits bars dans la rue Romain Rolland, dont le plus connu était celui de Paul Jaffry.

Epicerie-bar chez Paul Jaffry

Ce petit commerce était plus connu sous le nom de « Maï Lay ». Les enfants du quartier passaient souvent pour acheter des bonbons qu’elle vendait dans de gros bocaux.

Quelques mètres plus loin il y avait un autre petit bar qui faisait également office d’épicerie

Epicerie-bar le Coz

Ce commerce était également connu sous le nom de bistrot de « Per Rouz » (Pierre le Rouge).

Quittons le quartier des Quatre-Vents et dirigeons nous vers le Ster Nibilic et l’église « Notre Dame de la Mer ».

Le café de l’église d’ Albert Biger

Le bar était on ne peut plus discret. Normal il se situait à quelques mètres de l’église « Notre Dame de la mer ».

Sa fréquentation était dépendante de celle de l’église. Les jours de baptême, de mariage ou même d’office pour un décès, il y avait quelques clients pas « pratiquants » ni même catholiques dans son petit bar.

Albert n’était pas sectaire et il accueillait toutes les brebis, même elles qui s’étaient égarées.

Albert, était aussi  le grossiste en vin de toute l’agglomération. Il fournissait tous les autres bars ainsi que tous les bateaux de pêche.

Tous les samedi matin, avec ses jeunes employés, étudiants pour la plupart, il faisait déposer les caisses de vin, de bières et d’eau sur le quai devant chaque bateau ayant passé commande comme on peut le voir sur la photo ci dessous à coté du chalutier la Maryse Françoise

En plus de cette activité florissante et lucrative, Albert, infatigable faisait office de taxi.

Tous les lundi matin, à quatre heures, en compagnie d’André le Pape, le patron, et de Louis Chaffron, le mécanicien, j’attendais sur la place de la poste l’arrivée de la DS Citroën commerciale blanche d’Albert qui devait nous conduire au port de Loctudy pour embarquer sur le « Crap Melen ». Je me suis souvent posé la question du pourquoi de toute cette logistique  contraignante et couteuse. Plusieurs chalutiers de Lesconil pratiquaient ce modèle de pêche.

En changeant de chalutier l’année suivante, j’ai découvert un autre univers. Oublié le taxi d’Albert, le chalutage autour de la « base jaune », les débarquements de la pêche toutes les nuits à Concarneau, le retour à Loctudy.

Bienvenu dans l’univers des jours sans fin, avec parfois du chalutage nuit et jour.

Bienvenu sur la « Maryse Françoise », mais ceci est une autre histoire que je me ferais un plaisir de vous raconter ultérieurement.

Un peu plus tard dans les années 1980, face à la cale de l’entrée du Ster, un nouveau bar vint compléter la longue liste des  » Lescobars » disparus à jamais.

Cet établissement était connu sous l’enseigne de « Bar chez Marie Cécile »

Épilogue

Tous les petits commerces  de proximité disparaissent les uns après les autres.

Les bars, bistrots, buvettes, et autres estaminets désertent aussi nos ports et nos côtes.

Même les « Bobards » le bar dancing mythique de Montréal à fermé ses portes en 2015.

Un espoir est toutefois permis dans ce monde cruel ou tout se perd et se délite.

Derrière la plage des Sables Blancs, entre Lesconil et Loctudy, un nouveau bar dénommé le « Baradoz »  a ouvert ses portes pour tous ceux qui veulent rejoindre, l’espace d’une soirée…….. le « Paradis ».

Merci à tous mes anciens camarades et amis de lesconil pour leur aide dans cette « tournée » des anciens bars de Lesconil.

Yé mad !

Jean Claude Quideau

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Le Crabe Mousse

crabe mousse San FranciscoŒuvre d’art située au bout du « pier 39 » (quai 39)  de San Francisco

Le quai 39 est le lieu de villégiature préféré des habitants de San Francisco avec ses bars, boutiques, restaurants et… ses otaries et ses  lions de mer qui se prélassent sur les pontons.

Une nouvelle histoire vécue, dont je garde en mémoire des souvenirs mitigés, les bons comme les mauvais.

Je dédie ce récit à tous les marins des « malamoks » du pays bigouden, et en particulier, à ceux de Lesconil.

Mousse du « Crap Melen » (Corail Jaune) GV 302 497

Photo de Christian Signor: le chalutier  « le Crap Melen » à Concarneau après vente .

On peut voir cette photo diffusée sur le site :

http://wwwbateaudepeche.net

Les modifications effectuées sur le « malamok » (chalutier) depuis sa construction en 1953:

– Un enrouleur de chalut à l’arrière à la place des potences appelées « fermes » qui étaient situées coté bâbord et qui servaient à virer les câbles (funes) du chalut pour le ramener le long du bord,

– des ailerons de part et d’autre de la passerelle, 

– un radar sur le toit de la passerelle.

Il a gardé son immatriculation du Guilvinec: GV 302497.

Voir le dessin de l’original dans la rubrique méthode de chalutage. Le chalutier « Crap Melen » après avoir été vendu à un armateur de Concarneau a été démoli en 1998.

AVANT PROPOS

« CRAP » & « KRANK »

« Crap » est le mot breton qui signifie « corail »

« Crap Melen » signifie « Corail Jaune »

« Krank » est le nom breton qui signifie « Crabe ».

Dans le pays bigouden, de Loctudy à Lesconil, lors des grandes marées, les petits crustacés abondaient  sous les cailloux, sous les goémons, et dans les trous d’eau que la mer avait laissées en se retirant.

Pendant la durée d’exondation (le retrait de la mer) des différentes parties de l’estran, il était possible de pécher à pied et d’accéder à des fonds qui la plupart du temps étaient inaccessibles.

Les crustacés les plus abondants étaient les étrilles. Les bigoudens les nomment « crabes cerises » à cause de la « couleur cerise » quand ils sont cuits.

On pouvait également dénicher sous les roches  les délicieux ormeaux, qui malheureusement, de nos jours continuent d’être pillés, mais également des petits crabes couverts de mousse appelés « toulourous », que l’on peut traduire par « tout est roux »

Dans le pays bigouden, ce crabe est considéré comme étant une espèce à part, bien que ressemblant globalement à l’animal adulte.

En réalité, le « crabe mousse » est bien la forme juvénile de l’araignée (maja squinado).

CRABES MOUSSE

Des années 1920 à 1960,  le port de Lesconil était réputé pour ses « caseyeurs » qui allaient pêcher les crustacés le long de la côte des rochers des « Inizan » aux roches traitres des « Etocs » devant le Guilvinec.

Les endroits les plus propices étaient situés vers les rochers aux noms parfois étranges donnés par les pêcheurs : « Ar Char » (la charrette), les « fourches », « Ar  Guisty » (les putains) pourquoi un nom aussi évocateur pour désigner des roches ? Côtoyer des péripatéticiennes pourrait en effet être dangereux… »putains de roches!.. »

carte lescoChaque bateau avait plus d’une centaine de casiers. Ils ramenaient quotidiennement des centaines de kilos de tourteaux, araignées et bien sûr les homards bigoudens. Je me souviens avoir entendu mon grand-père annoncer 800 kilos de crustacés dans une journée, ce qui était remarquable. De nos jours, quelques dizaines de kilos sont ramenés à terre quotidiennement.

Les casiers, sortes de nasse en bois étaient fabriqués à la main par les pêcheurs eux même durant l’hiver.

Ils étaient faits  en osier ou en lames de châtaigniers pour les pêcheurs bigoudens.

Les casiers de mon grand-père

Mon grand- père les fabriquait dans un petit appentis sur le pignon de la maison, mais quand l’hiver était rude, il se repliait dans la petite cuisine qui était chauffée avec un poêle à charbon. Il y passait toutes ses matinées et après-midi à fabriquer ses casiers.

Sur le cliché des années 1950, totalement à gauche, on peut apercevoir mon grand-père qui répare un de ses casiers, son frère est accoudé derrière lui. A l’arrière plan la grande maison de deux étages de mes grand-parents (en sombre).

Son frère Sébastien, en faisait de même dans sa maison face au Ster et au Sables Blancs.

Quand les beaux jours arrivaient, ils étaient fin prêt pour larguer leurs filières de casiers entre Goudoul et les Etocs.

Les brins de châtaigniers étaient préparés par un « feuillardier ». Celui ci coupait les branches (tiges)  de châtaignier en deux pour obtenir un « feuillard » qui pouvait facilement être plié jusqu’à former un cercle.

Les casiers étaient montés sur un gabarit pour lui donner sa forme.

Deux formes principales de casiers:

types de casiers–          Le casier rond

–          Le casier cylindrique

Dans la partie haute un entonnoir permettait au crustacé de s’introduire dans le casier, mais il ne pouvait plus en sortir.

Étapes de la construction d’un casier rond

Pierre Marie Quintric, mon grand-père fabriquant ses casiers ronds

Les différentes  étapes de la construction des casiers

Les casiers étaient lestés avec deux pierres, à l’intérieur, pour lui permettre de descendre verticalement au fond de l’eau de rester stables avec son entonnoir vers le haut.

Dans les casiers, les pêcheurs accrochaient sur un lacet différent types de poissons qu’ils nommaient la « boëtte » pour attirer les crustacés dans la nasse , en général des chinchards car ceux-ci  n’avaient pas beaucoup de valeur marchande. Ils conservaient la « boëtte » dans des barriques avec de la saumure. Au bout de quelques jours la « boëtte » fermentait et sentait le « nuok mân » qui plaisait bien aux crabes. Il faut dire que les crustacés sont considérés comme les charognards des océans.

Les chinchards, que certains jours, les malamoks ramenaient par tonnes étaient pratiquement tous rejetés à la mer sauf la  partie qui était réservée aux caseyeurs attitrés.

Le chinchard, dont le prix a fortement grimpé de nos jours, l’espèce se faisant plus rare, est utilisé pour donner un goût âpre aux soupes de poissons. Il n’est pas recherché par les connaisseurs car plein d’arêtes.

Les casiers étaient  immergés l’un après l’autre en filière de 10 à 40 casiers.

A chaque extrémité de la filière une bouée surmontée d’un mât avec un pavillon de couleur permettait aux pêcheurs de retrouver sa filière.La filière était maintenue en place sur le fond au par des lests de pierres.

Chaque casier était maintenu à la filière par un « orin » (corde de chanvre).

La filière de casiers

Un retour en arrière dans le pays bigouden dans les années 1960

Pont l’ Abbé

Nous sommes à la fin du mois de juin 1961, ce vendredi après-midi, un beau soleil inonde la cour,  l’effervescence règne au Lycée Laennec, les élèves se précipitent vers la sortie ou dans les différents cars qui sont stationnés  devant les réfectoires.

C’est les grandes vacances, les mines sont radieuses, car beaucoup envisagent le farniente à la plage et les bains de mer.

Je suis, est bien moins joyeux que la plupart de mes camarades, car les vacances   qui s’annoncent seront bien moins reposantes et festives que celles de ses compagnons de classe.

Ce n’est pas pour me réjouir, car je m’en vais pour deux mois vers un monde totalement inconnu et que j’appréhende un peu:

celui des marins pêcheurs et plus particulièrement celui des chalutiers, les fameux  « malamoks ».

Lesconil

Dans les années 1960, le petit port de pêche de Lesconil comprend  plus de cinquante « malamoks », qui s’en vont, de bon matin, pêcher les poissons et surtout les  langoustines au large dans le golfe de Gascogne entre les Glénan et la pointe de Penmarc’h.

Le métier est rude et la pêche se fait au chalut de fond, à la traîne.

La méthode du chalutage des années 1950/1960

Chalut classique à Lesconil quai Ouest dit de Langoguen (Langogen).

Chalut en réparation quai Est coté Men « Ar Groaz »

Le Guilvinec

L’entrée du port, la criée

Après une visite médicale pour déterminer l’aptitude à la mer au quartier Maritime du Guilvinec (GV) , me voilà inscrit maritime,  mousse du « Crap Melen » (corail jaune).

Je n’avais  pas encore 14 ans.La visite médicale effectuée, il faut maintenant s’équiper de la tête en cape en « marin ».

Direction la coopérative maritime de Lesconil.

Pour une semaine à la mer, un couchage s’avère indispensable. Me voilà donc avec une espèce de grand sac rustique en toile de jute qu’il faut remplir de paille.

Mon grand-père s’en charge en le bourrant le plus possible pour éviter qu’au bout d’un certain temps, avec le poids de se retrouver au contact des planches du fond de la couchette.

La « paillasse » (nom donné au couchage) est fin prête.

Ma valise se remplie des affaires indispensables pour une semaine de mer :

Un tablier jaune pour remonter le chalut sans se salir et se mouiller et pour trier les poissons et les langoustines

Un ciré jaune avec pantalon et vareuse,

vareuses et pantalons en coton bleu,

Des bottes en caoutchouc,

Un bonnet de laine et surtout le fameux Opinel pour étriper les poissons.

Toutes sortes de petits linges et quelques boites de conserve dont l’indispensable pâté Hénaff.

La valise est pleine à craquer, il va falloir y aller.

J’ai gardé précieusement cette relique en osier.

Le Corail Jaune (Crap Melen)

corail jauneLundi, le rendez-vous est à 02h00 du matin sur la place de la Poste à Lesconil, le taxi « Biger », nous conduit sur le port de Loctudy.

Loctudy

De nos jours, les quais de la criée, sont la plupart du temps déserts.

Le « Crap Melen » est à couple de la « Berceuse II » autre chalutier de Lesconil, qui lui aussi, vendait sa pêche à Concarneau.

BERCEUSE iiLa « Berceuse II » de  Louis Primot à quai à Loctudy

Il y avait à cette époque cinq « malamoks » de Lesconil qui chalutaient entre l’archipel des « Glénan » et l’île de Groix : en plus du « Crap Melen » d’André Le Pape, de la « Berceuse » de Louis Primot, il y avait la « Marseillaise » de Louis Le Fur, le « Réséda » de Corentin Durand et le « Kerdalaie » d’ Elie Percelay.

Je n’ai jamais bien compris pourquoi, ces cinq chalutiers de Lesconil, vendant leur prises à Concarneau durant toute la semaine étaient basés à Loctudy. A cette époque il n’y avait pas de quota de pêche.

Tous les lundi de très bonne heure (02h00), il fallait faire appel au taxi « d’Albert Biger » qui nous attendait sur le parking de la poste à Lesconil pour nous conduire sur le port de Loctudy…c’était à mon sens une aberration. Il aurait été plus judicieux d’appareiller directement du port de Lesconil vers les lieux de pêche situés derrière Les Glénan. La mise à l’eau du chalut se faisait en général près de la « basse jaune ».

« Dédé » Le Pape, le patron,  tel un « grand échassier  » à la porte de la passerelle, toujours avare de mots, jamais un sourire, même quand la pêche était bonne, donne l’ordre de larguer les amarres.

Les amarres aussitôt retirées, le Crap Melen s’écarte du quai et s’élance lentement vers la sortie du port. Le moteur de 120 CV Baudouin s’ébroue en lâchant des volutes de fumée noires.

Louis Chaffron, le mécanicien, le visage écarlate, boudiné dans sa vareuse délavée, le pantalon lacé sous une bedaine proéminente, sort tel un mineur de fond du poste moteur.

Une odeur d’huile  et de gaz oïl envahie totalement le poste d’équipage.

Nous laissons la tourelle de la Perdrix sur tribord et déjà le chalutier se balance bord sur bord.

Je rejoins le poste avant ou se trouve ma paillasse, parmi les chaluts de rechange, les câbles pleins de graisse, les poulies huilées, les panneaux et toutes sortes de matériel de secours en cas de casse.

L’ odeur est insupportable,et j’essaye de trouver un sommeil qui n’arrive pas, mais plutôt une nausée de cet endroit qui sera ma couchette durant toute la semaine. J’en éprouve déjà une aversion pour cet endroit qui m’est révolu. J’en garderai de très mauvais souvenirs.

Les zones de pêche du Crap Melen étaient toujours les mêmes, situées entre l’archipel des Glénan et l’île de Groix autour du plateau de la « Basse Jaune ».

carte basse jauneLa zone était vaste, mais pratiquement toujours en vue de terre pour pouvoir se repérer avec les amers et les points remarquables tel que les phares de l’île Penfret et celui de l’ile de Groix.

Concarneau ( KONQ KERNE)

la ville close

Le quai de débarquement des poissons et la criée

Les escales à Concarneau était plutôt brèves. Le temps de débarquer la pêche durant la nuit qu’il fallait repartir aussitôt en mer.

Une seule fois, pour cause de tempête, la flottille des malamoks lesconilois fut clouée au port pendant une journée entière.

Certains en profitèrent pour faire un tour en ville, pas très loin, juste derrière la criée. Après avoir traversé les rails du chemin de fer, il y avait des marche-pieds réalisés avec des caisses de criée, pour passer sans encombre. On arrivait, après avoir passé la route  directement  dans le quartier de prédilection des dockers et des marins, celui « des bars à matelots »…interdits aux « mousses »…

De nos jours, l’ilot n’a pas beaucoup changé.

Avec d’autres jeunes marins des chalutiers lesconilois, nous nous rendîmes à  « l’École de Pêche » maintenant appelée  « École des Formations Maritimes » de l’autre côté de la ville close.

Cette école existe toujours et elle regroupe toutes les formations maritimes.

Le grand bâtiment austère de l’école de pêche

Le samedi matin après avoir débarqué la pêche du jour, et avoir reçu le « billet rose » du montant des ventes de la semaine, nous appareillons en direction de Loctudy en longeant la côte au plus près. Après la pointe de Beg-Meil, celle de Mousterlin, la traversée de la baie de Benodet, nous voila devant la tourelle de la Perdrix que nous laissons cette fois-ci sur tribord pour accéder au port de Loctudy, notre point de départ.

Pendant cette traversée, on en profitait pour ranger le chalut le long du bord, laver le pont, les caisses de langoustines et nettoyer le minuscule carré. On en profitait aussi pour faire un brin de toilette, car après toute une semaine, la barbe naissante avait envahie la figure et tout le corps était imprégné de l’odeur des poissons. l’habit de coton pouvait tenir debout tout seul avec tout le sel séché qui le raidissait.

Le « Crap Melen » comme les autres « malamoks » de cette époque, n’étaient  pas équipés de lavabos ni même de toilettes. Il fallait se débrouiller pour  faire ses besoins assis sur le bastingage accroché aux haubans, le pantalon à « mi-drisse ». La position n’était pas des plus confortable et de plus très risquée à cause des coups de roulis qui vous amenaient les fesses dans l’eau avec le risque de vous faire basculer par dessus bord.

On faisait  également très attention à la direction du vent,  pour éviter que les papiers ne virevoltent vers la passerelle  et viennent se coller sur les vitres ou plus grave encore,  sur la casquette du patron. Cela était déjà arrivé et vous pouvez vous imaginer sa colère . Inutile de vous dire que l’on ne s’attardait pas le moins du monde dans cette position. Pas le temps de lire le journal, les nouvelles n’étant d’ailleurs pas fraîches, mais l’eau de mer, oui…

Arrivée à quai à Loctudy, plein de gas-oil, vivres pour la semaine suivant et départ en taxi vers Lesconil.

Le samedi après-midi vers les 16h00 , rendez-vous dans un des nombreux bars pour les comptes et le partage de la paie.

Tout d’abord, tous les frais (gas-oil, vivres, abonnements radio, etc..) étaient déduits de la somme globale des gains de la pêche.

La somme restante était divisée en deux. Une moitié pour le patron, le reste pour l’équipage.

Dans cette part le patron avait  également une autre part et le mousse 1/2 part.

la moitié dévolue au patron, armateur, était réservée aux remboursements des crédits pour  l’achat du bateau, des frais divers et fortunes de mers comme une perte de chalut ou le remplacement de matériel (moteur, panneaux, câbles etc..). Inutile de préciser que les patrons faisaient très attention à ne pas perdre de matériel. Sur le Crap Melen, « Dédé » n’allait pas souvent « caresser la roche » ou se nichent pourtant les langoustines. Il préférait faire des coups de chalut de trois heures sur des zones sablonneuses ou les risques sont quasiment nuls à moins de rencontrer une épave , mais à contre partie, les prises ne sont pas terribles…à croire que cela suffisait…routine quand tu nous tiens.

Comme le dit si bien l’adage: « qui ne tente rien n’a rien ».

Deux ans plus tard, sur un autre malamok, j’ai pu voir que le risque payait, mais cela est une autre histoire.

L’été suivant me revoilà toujours mousse sur le « Crap Melen », mais je n’ai plus aucune motivation pour ce bateau et ce sera ma dernière campagne de pêche à Concarneau.

LESCONIL, ÉTÉ  1963 SUR « LA MARYSE FRANÇOISE » GV 7859

Photo Philippe Malepertu sur le site:

http://www.bateauxdepeche.net

De novice à matelot sur un autre « malamok » de Lesconil:

« La Maryse Françoise » GV 302 582

On peut noter que l’immatriculation a changée dans les années 1980

Le chalutier Maryse Françoise à été construit en 1959 dans les chantiers « Le Cœur » situés en plein centre de Lesconil. Les membrures terminées, le bateau remplissait entièrement la cour du chantier. A se demander comment allait t’ on le sortir de cet espace pour rejoindre le port en passant par la grande rue puis celle plus étroite encore devant l’ex pharmacie.

C’était un samedi de 1960, tous les habitants de Lesconil suivaient les opérations. Cette immense coque vide reposant sur deux chariots traversant le village tractée par un vieux camion.

Il fallait parfois lever les fils électriques et téléphoniques pour permettre le passage.

La mise à l’eau,  après baptême, s’effectua sans problème majeur et le nouveau chalutier flotta très haut sur l’eau, il était totalement vide et le bois était bien sec.

En compagnie de Gérard, frère du patron, nous fûmes parmi les premiers à monter à bord. Comme quoi le destin fait bien les choses car j’étais loin d’imaginer qu’un jour j’embarquerai comme novice puis matelot pendant quatre été sur ce tout nouveau chalutier.

Je fut impressionné de voir toutes les membrures de la proue à la poupe sans aucune cloison, un beau et grand vide, un travail majestueux qui faisait la réputation des chantiers Le Cœur. Ce fut leur dernière grande réalisation.

Ce qui ne changeait pas pour moi contrairement à tous mes camarades qui rentraient tous les soirs chez eux, une semaine complète à la mer.

Les cales pleines nous débarquions notre pêche durant toute la nuit du samedi à la criée de Guilvinec avant de faire route au plus près des côtes vers Lesconil.

Ce qui a changé: Tout !…ou presque !… la Maryse Françoise était considéré à cette époque comme le meilleur chalutier de Lesconil.

La « Maryse », comme tous les habitants de Lesconil l’appelait était basé à Lesconil, juste devant la maison familiale. Je n’avais qu’une centaine de mètres à faire pour être à bord ce qui est appréciable.

Le lundi, le départ en mer est bien plus tôt que sur le « Crap Melen » car les zones de pêche sont plus lointaines, quatre heures de route en général. Il n’était plus question de se positionner avec les amers en vue des côtes.

Le chalutier était équipé de matériel le plus performant pour l’époque: « le système de radio navigation DECCA « .

Le système de radio navigation a été inventé par l’ américain J. O’ Brien en 1941 et développé par les anglais de « Decca Radio et Télévision de Londres ».

Il a été utilisé pour la première fois pour le débarquement en Normandie. Il permettait aux navires et aux aéronefs de se  positionner correctement, par rapport au fond, dans le dispositif du « D » Day.

Le « DECCA » n’était pas la panacée, car il était assujetti à des transmissions de stations à terre situées dans des positions différentes qui émettaient des signaux radio à différentes fréquences. Le recoupement des droites de  ces signaux donnait un point ( un fixe) plus ou moins précis.

Le système DECCA est composé de stations terrestres organisée en chaînes.

Chaque chaîne comporte une station maître (master) et trois (parfois deux) stations esclaves (slaves), repérées en jargon Decca « Rouge », « Vert » et « Violet ». Idéalement, les esclaves seraient aux sommets d’un triangle équilatéral, et le maître au centre.

Le Decca utilisait initialement des ondes continues sur quatre fréquences entre 70 et 130 kHz.

La station  « master » (maître) émettait ses signaux radio sur la fréquence de 85 Khz.

les stations  » slaves » (esclaves) transmettaient les ondes:

– Le rouge entre 112 et 115 Khz

-Le vert entre 126 et 129 Khz

                                                                                – Le violet entre 70 et 72 Khz

Le positionnement des navires par rapport aux fonds marins a été tout de suite appliqué par les chalutiers, à condition d’avoir de bonnes cartes. Ces cartes, vierges à l’origine se complétaient petit à petit avec les acquis et les expériences, les bonnes comme les mauvaises: chaluts déchirés sur la roche, et parfois même perte totale du matériel de pêche.

Le chalutier devait suivre les trois phases relatives entre la fréquence maître et les fréquences secondaires (esclaves). Il a été perfectionné dans les années 1970.

Récepteur DECCA MARK 12

Pour déterminer le point, on mesure le déphasage entre les signaux issus de la station maître et ceux issus de chacun des esclaves. La taille du triangle constitué par les intersections des hyperboles renseigne sur la précision du point : plus la surface du triangle est petite, plus la précision est bonne.

Le jour, ces erreurs allaient de quelques mètres sur une ligne de base à un mille en limite de portée. La nuit les erreurs augmentaient.

Les chaînes Decca sont aujourd’hui arrêtées.

Ce système étant devenu obsolète à été remplacé par le LORAN C, puis par le GPS.

Le patron, aimait les risques et n’hésitait pas à slalomer, grâce au positionnement en temps réel du malamok donné par les hyperboles du Decca, entre les pointes de roches, pour dénicher les bons coins ou se cachent les langoustines.

Exemple de carte DECCA renseignée par le patron du chalutier

Je me souviens très bien des changements de cap très marqués avec pleine puissance pour contourner les zones critiques et éviter ainsi que le chalut ne « croche » les roches et ne soit déchiré.

A cette époque les chaluts étaient encore fabriqués en chanvre et au moindre accrochage avec le fond ils filaient presque comme des bas de soie. Plus tard les mailles des chaluts furent conçues en fils de nylon ( cristal) plus résistants.

Mon ami Guy le Brun en plein travail de « ramandage » sur un chalut de fond

J’ai parfois vu près de nous au large de Penmar’ch les gros chalutiers soviétiques de pêche par l’arrière qui venaient taquiner la langoustine avec des chaluts avec mailles en fils d’acier.

Ils ne se préoccupaient pas des zones de roches.  Ils dévastaient tous les fonds marins en dehors des zones territoriales françaises des 12 miles. C’est durant la convention de Genève en 1958 que le droit de la mer fut codifié avec les notions de « mer territoriale », « zone contiguë » et « haute mer ».

La Zone Exclusive Européenne (ZEE) n’existait pas encore.

La ZEE trouve son fondement juridique dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (signée le 10 décembre 1982 à Montego-Bay ).

Dans la zone économique exclusive, l’État côtier a :

– des droits souverains aux fins d’exploration et d’exploitation, de  conservation et de gestion des ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, des eaux subjacentes aux fonds marins, des fonds marins et de leur sous-sol, ainsi qu’en ce qui concerne d’autres activités tendant à l’exploration et à l’exploitation de la zone à des fins économiques, telles que la production d’énergie à partir de l’eau, des courants et des vents,

– juridiction en ce qui concerne la mise en place et l’utilisation d’îles artificielles,      d’installations et d’ouvrages, la recherche scientifique marine, la protection et la préservation du milieu marin. »

Ce que beaucoup de gens ignore c’est que la France se classe en deuxième position en surface totale de ZEE grâce à toutes ses îles , départements et territoires d’Outre-mer:

– États-Unis : 11 351 000 km2

– France : 11 035 000 km2

– Australie : 8 148 000 km2

– Russie : 7 566 673 km2

A noter que les États-Unis n’ont toujours pas ratifié cette convention.

Le travail sur « la Maryse » n’était pas facile avec un patron « droit dans ses bottes » sur de lui, très exigeant, mais juste.

Nous étions toujours les premiers pour partir en mer, le lundi peu après minuit vers 01h00 ou 02h00 du matin. Dur dur, lorsque l’on est jeune et qu’il y a le bal du dimanche soir qu’il faut quitter pour enfiler ses habits de coton, prendre son panier et monter à bord.

Les quatre heures de route à la barre du chalutier me paraissaient  une éternité et souvent les paupières qui se faisaient lourdes se fermaient de temps en temps.

Heureusement la radio permettait de rester veiller pour tenir le cap et retrouver sur le DECCA , la position prévue pour effectuer le premier coup de chalut avant le lever du soleil.

Une petite anecdote de mon passage sur le chalutier Maryse Françoise qui restera à jamais gravée dans ma mémoire.

J’avais pratiquement terminé un quart de près de quatre heures. le jour n’était pas encore levé, mais Il faisait un peu plus clair. La tête était lourde après toutes ces heures passées à la barre, qui n’était pas hydraulique comme maintenant, mais à chaînes.  Il fallait sans arrêt compenser d’un bord ou de l’autre, ce n’était pas aisé.

Un « coup de pompe », j’ai du m’assoupir quelques secondes, j’ouvre les yeux et, devant moi,  à quelques centaines de mètres, des flashs blancs très rapides, apparurent soudainement devant l’étrave du chalutier.

Je ne me pose pas de questions et je tourne rapidement la roue de la barre à fond sur la droite, le chalutier fait un tour complet. Je regarde dans la direction des occultations et  je m’aperçois qu’ il s’agit  du kiosque d’un sous- marin qui venait de faire surface sous mon nez. Heureusement nous étions en paix et je n’ai pas eu à redouter d’un tir de torpille.

J’ai eu une belle frayeur mais je reprends mes esprits et mon cap après avoir fait une grande boucle pour éviter le sous-marin qui semble maintenant stoppé.

Il s’agissait d’un des sous-marins basés à cette époque à  Lorient. Sans doute un sous-marin de 1600 tonnes du type « Narval », car ce type de sous-marins étaient basés à Lorient à partir de 1958.Les classes « Daphné » de 800 tonnes ne le seront qu’à partir de 1964 et les quatre classe « Agosta »  de 1500 tonnes à partir de 1984.

Voici une autre anecdote, que m’a racontée Louis Primot, lors d’une journée de mer avec lui sur son chalutier la « Berceuse II ».

La « Berceuse » et le « Requin »

Le 1er avril 1963, le chalutier « la Berceuse II » de Lesconil est en pêche dans le Sud-Ouest de l’archipel des Glénan au large de l’île de Groix.

Ce malamok fait partie, comme le « Crap Melen » de la flottille de chalutiers de Lesconil basés à Loctudy qui vendent le produit de leur pêche à Concarneau.

Le chalutier la « Berceuse II » se trouve alors à 12 milles dans le sud-sud-ouest de Groix.

C’est le premier coup de chalut, il fait encore nuit.

La Berceuse  vient de filer son chalut de fond avec 200 mètres de funes. Les câbles sont pris dans le chien et la traine vient tout juste de commencer quand le bateau  ralenti brusquement, le moteur force. Le patron, Louis Primot pense que les panneaux sont pris dans un fond vaseux. Il pousse la poignée des gaz, sans effet et s’apprête à stopper quand tout à coup, le chalutier effectue un quart de tour sur lui-même. Le bateau se couche sur tribord, son plat bord sous l’eau, la mer l’envahit jusqu’à la passerelle.

« Lili » Primot, ne perd pas son sang-froid et donne  l’ordre de laisser filer les funes.

A peine cet ordre exécuté, le navire est entraîné en marche arrière à grande vitesse de l’ordre de 12 nœuds.

Le patron n’a plus le choix, il faut tout larguer pour sauver le bateau.

Il ordonne de dévider les funes jusqu’au bout et lorsque le treuil sera vide de mettre une bouée à l’eau  pour marquer l’emplacement du matériel pour essayer de le récupérer plus tard.

Si la « Berceuse », vient d’être malmenée plutôt que d’être bercée, c’est qu’elle vient de faire une prise sensationnelle, un requin, mais pas n’importe lequel car il s’agit du sous-marin le « Requin » basé à Lorient qui effectuait un exercice de plongée dans les parages.  Le sous-marin fit aussitôt surface.

Le « Requin »  S 634,  était un sous-marin classique de 1600 tonnes  de type « Narval ». Long de 78 mètres avec un équipage de 64 marins. Il pouvait atteindre une vitesse de 18 nœuds en plongée.

Il fut mis à flot en 1955, en service en 1958, désarmé en 1996 et coulé comme cible au large de Toulon. Il était durant cet épisode commandé par le lieutenant de vaisseau Japy.

La Berceuse qui n’a pas subi de dommage, seulement quelques frayeurs pour le patron Lili Primot et son équipage regagna le port de Loctudy pour faire son rapport aux Affaires Maritimes et signaler la perte de son matériel.

Cet épisode qui eut  lieu un 1er avril, n’était pas un poisson, même s’il en portait le nom.

Il s’agissait bien du « Requin » le sous-marin de  1600 tonnes basé durant cette période à Lorient Keroman.

Il n’y a plus de base sous marine à Lorient, mais par contre on peut visiter à la base des sous-marins de Keroman un sous-marin du même type: « Le  Flore » ainsi que la « Cité de la voile » Eric Tabarly qui jouxte l’ex base sous-marine.

Les sous-marins francais ont également déserté cette base construite durant la dernière guerre par les allemands pour protéger leurs  « U-Boat » qui semaient la terreur dans les convois alliés en Atlantique.

La base idéalement placée servait même d’amirauté pour la flotte sous-marine sous les ordres de l’Amiral Dônitz.

La flottille des « U-boat » de la base sous-marine de Lorient

L’amiral Donîtz s’installe avec tout son état-major en face le la base sous-marines.

Les trois villas de Kernevel (Kerozen, Margaret et Kerlilon) sont réquisitionnées.

Ces trois villas,  Kerozen (1850), Margaret (1896) et Kerlilon (1899), furent construite dans la  deuxième moitié du XIX éme siècle par des armateurs de la pêche à la sardine, présidents de la chambre de commerce de Lorient et apparentés aux plus grandes familles de la bourgeoisie lorientaise.

LA VILLA KERLILON  dite « CHÂTEAU DES SARDINES »

Que signifie ce terme ?

Y aurait-il un rapport avec les poissons ?

Ou un rapport avec les galons des officiers?

Dans la Royale l’équipage dénommais les grades de leurs officiers au nombre des «sardines » Certains pourraient croire que ce nom donné à  la villa vient du fait qu’il  a  eu beaucoup de gradés qui y habitaient.

Les grades des officiers au nombre de  leurs « sardines »:

–          Une sardine correspondant à un galon, Enseigne de Vaisseau,

–          Trois sardines, lieutenant de vaisseau  etc…

Que nenni, en réalité ce nom  vient de la réussite des Armateurs lorientais de la pêche à la sardine qui habitaient ces lieux, à Larmor Plage, en face de Lorient, signe ostentatoire de leur réussite.

Trois villas, faisaient face au front de mer avec pour horizon le fort Saint-Louis à l’Est et le port de pêche au Nord. De leurs villas les armateurs pouvaient surveiller les départs et les arrivées de leurs navires au port de pêche de Lorient Keroman.

La villa Kerlilon était utilisée comme de  poste de commandement de la poche de Lorient par l’Amiral Dönitz.

Après la guerre, les villas sont louées par la Marine Nationale qui y abrite son État- major. En 1956, la Marine achète les villas Kerlilon et Kerozen.

Depuis 1945, la villa Kerlilon sert exclusivement de résidence à l’Amiral commandant l’arrondissement maritime de Lorient.

La villa Margaret fut rendue à ses anciens propriétaires. « Cap Lorient » rachète la villa pour la transformer en un sympathique bar du port de plaisance de Kernevel ou règne encore l’atmosphère des sous-mariniers des « U-Boat »

Le parc devant Port-Louis est très agréable avec tous les mouvement des bateaux de toutes tailles qui rentrent et sortent des ports de Lorient.

Pour ceux qui sont intéressé par cette histoire suivez le lien:

https://kermokostories.wordpress.com/le-chateau-des-sardines/

Après cet épisode lorientais, retour en mer sur la « Maryse »

Les semaines passaient rapidement, le moteur ne s’arrêtait pratiquement jamais.

Les journées de travail dépassaient les 18h00 et parfois plus, sans que personne ne se plaigne. La nuit était courte, entre quatre et six heures et encore fallait il assurer, à tour de rôle, un quart de deux heures. Il nous est arrivé de faire du non stop 24/24 pour pêcher les baudroies.

la baudroie communément appelée lotte

Le débarquement au Guilvinec était alors assez impressionnant avec toutes ces rangées de caisses de lottes de toutes les tailles alignées sous la criée.

Les autres patrons pêcheurs de Lesconil étaient incrédules de voir cette pêche, alors que leurs prises étaient dans la norme. Sébastien Cosquer le patron de la « Maryse » était un peu casanier et la discrétion était son crédo.

Une autre anecdote de pêche sur la « Maryse »

Je me souviendrai toujours de ce fameux lundi.

Nous avions quitté le port de Lesconil de très bonne heure pour une semaine de mer.

Quatre heures de route comme d’habitude vers le  large de Penmarc’h.

Mise à l’eau du chalut et trois heures de traine. Serge  veille « au chien » pour ce premier coup de chalut de la semaine.

Être de   » chien » Quesako ???

Quelle galère que d’être lié à une chaîne comme un pauvre toutou qui doit en plus aboyer quand il ressent des secousses sur les câbles. Les secousses sont engendrées par les chocs des panneaux sur de la roche.  quand cela survient, il y a danger pour le chalut car il risque d’accrocher et de se déchirer.

Le chien est une pièce d’acier qui encercle des deux « funes » (câbles reliant les panneaux) comme dans une mâchoire.Les deux câbles sont prisonniers l’un au dessus de l’autre. L’homme de chien en enserrant les deux câbles dans sa main ressent tous les vibrations et les chocs sur l’un ou l’autre des câbles ou parfois les deux. On peux donc déterminer quel panneau, celui de  bâbord ou de tribord transmet les coups par l’intermédiaire des funes quand l’un ou l’autre des panneaux rencontre un plateau rocheux.

Le patron vire aussitôt de bord  pour éviter que le chalut de croche dans la roche et se déchire.

Quand les deux panneaux tapent en même temps c’est  qu’il n’y a plus d’échappatoire possible et qu’il faut stopper au plus vite et virer le chalut en faisant route inverse.

Panneau classique des années 1960

Les funes (câbles) permettent de filer le chalut jusqu’au fond et de le remonter au bout de deux ou trois heures de traîne appelé « trait de chalut ».

Au bout des trois heures le chien est largué et on commense à virer le chalut.

Les panneaux sont fixés aux « fermes » (potences) par des chaines qu’aussitôt le « cul » du chalut remonte à la surface rempli à ras bord de gros poissons gonflés d’air par une remontée à la surface trop rapide.

Le chalut ressemble a une grosse baleine qui se balance au gré de la houle.

Panneau divergents utilisé de nos jours

L’embarquement à bord se fait par palanquées successives,le pont et les deux coursives sont pleines de lieux frétillants jusqu’au milieu du bastingage.

Lieu jaune polachius-pollachius

Le lieu jaune est un excellent poisson et les meilleurs d’entre eux sont ceux de petites tailles péchés à la ligne devant la grande plage et le rocher de l’éléphant blanc.

Les tonnes de lieux à bord, il ne restait plus qu’à les vider et les mettre en cale. Celle ci  fut vite remplie et nous n’avions plus assez de caisses pour le reste de cette pêche miraculeuse.

Il n’était pas question de faire une semaine de mer avec tous ces lieux jaunes sur le pont et le patron Sébastien décida de faire route terre vers Lesconil.

La petite criée de Lesconil fut pratiquement remplie de caisses de lieux de « La Maryse ».

Vente en ligne à la criée dans les années 1960

La semaine étant largement gagnée par ce seul coup de chalut, le patron décida de mettre le bateau au sec pour un toilettage et une peinture complète des œuvres mortes (tout se qui se trouve sous la ligne de flottaison) et des œuvres vives (tout ce qui est au dessus).

La « Maryse » se prépare pour une nouvelle peinture, le nettoyage a débuté.

Tous les étés de mes années Lycée à Pont-L’Abbé, je les ai passés en mer sur la « Maryse Françoise « . Une année, j’ai même complété l’équipage, décimé par la maladie, durant mes vacances de Pâques. Une semaine de galère par très mauvais temps, que je ne suis pas près d’oublier.

Tous les week-end je participais à l’avitaillement en vivres et à la comptabilité du chalutier.

En septembre 1966,  j’ai quitté la pêche sur la Maryse et mes études pour m’engager dans la Marine Nationale, mais ceci est une autre longue histoire.

J’ai gardé de toutes ces campagnes de pêche sur la « Maryse Françoise » un excellent souvenir, malgré des conditions de travail hors du commun, dangereuses, parfois très risquées.

Un jour, en passant l’élingue et le croc à Sébastien pour palanquer une énorme roche prise dans le cul du chalut, nous avons été entrainé par dessus bord. Sans la présence d’esprit de Noël Le Floch, le treuilliste, qui a réussi à coincer le cable de la caliorne, nous aurions été entrainé au fond, empêtré, pris au piège comme des poissons, dans les mailles du chalut.

Durant cette période, quoique privé de vacances scolaires , j’ai découvert et partagé la rude vie des marins pêcheurs, les joies et les peines, de toucher du doigt les difficultés du métier, les dangers encourus, la fraternité, la solidarité et l’amitié.

Une belle leçon de vie, qui vous forge le caractère, dont je n’oublierai jamais.

Après un passage comme Commandant du port de plaisance  de Port-Grimaud.

J’ai mis un terme à ma carrière dans la Marine Marchande comme Responsable du Service Maritime de la Société Paul Ricard, Responsable de Développement.

Un nouveau livret matricule me fut délivré par le quartier maritime de Toulon

La société Paul Ricard possédait à l’époque six navires de transport pour effectuer les transferts de marchandises et de personnes du continent vers les deux îles de la société que sont Bandor et les Embiez.

Je remercie mon ami Louis (Lili) le Fur de Lesconil,  marin à cette époque sur le malamok « La Marseillaise » pour son soutient dans l’écriture de cet épisode de mousse du chalutier « Crap Melen » à Concarneau.

Merci à Sébastien Cosquer, patron du « Kreiz an Aod »,  pour les  photos de la « Maryse », le bateau de son père,  qu’il a eu la gentillesse de me transmettre.

Le Kreiz An Aod à quai à Loctudy

 

 

 

 

 

 

 

 

Je garderai un souvenir ému de Bastien Cosquer, patron du malamok « Maryse Françoise », avec qui j’ai tout appris du dur métier de marin pêcheur.

J’ai également une pensée pour Armand Cossec père et fils, le mécanicien Louis Lucas le père l’Alain, ancien maire de Lesconil, Serge Guillou et Noël le Floch , les marins de la Maryse.

Capitaine de Frégate (H)

Jean Claude Quideau