Balade à Lesconil sur les « rivages du sel »

balade rivages de selDe la pointe de Larvor en passant par le port de Lesconil jusqu’au rocher du Goudoul et la Grande Plage.

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diaporama _balade sur les rivages de sel

Laisser vous guider dans cette balade des « sables blancs » à  » l’éléphant blanc » accompagné par une superbe mélodie  écrite par le « barde » breton Dan Ar Braz : « Borders of salt » (les frontières, les bordures ,du sel).

les sables blancs

LA PLAGE DES SABLES BLANCS. AU FOND, LE PORT DE LESCONIL

 Chantée par Hélène Morgan accompagné par le bagad Kemper.

bagad KemperLa « balade sur les rivages de sel » peut également être consultée avec mes autres publications,en particulier, l’insaisissable et non mois fameuse:

« anguilles sous roches » 

Cliquer sur le lien ci dessous:

http://fr.calameo.com/read/0011726290d93b689bc7e

sur le site:

http://calameo.com

Le crabe mousse

crabe mousse San FranciscoŒuvre d’art située au bout du « pier 39 » (quai 39)  de San Francisco

Le quai 39 est le lieu de villégiature préféré des habitants de San Francisco avec ses bars, boutiques, restaurants et… ses otaries et ses  lions de mer qui se prélassent sur les pontons.

Une nouvelle histoire vécue, dont je garde en mémoire des souvenirs mitigés, les bons comme les mauvais.

Je dédie ce récit à tous les marins des « malamoks » du pays bigouden, et en particulier, à ceux de Lesconil.

Mousse du « Crap Melen » (Corail Jaune) GV 302 497

Photo de Christian Signor: le chalutier  « le Crap Melen » à Concarneau après vente .

On peut voir cette photo diffusée sur le site :

http://wwwbateaudepeche.net

Les modifications effectuées sur le « malamok » (chalutier) depuis sa construction en 1953:

– Un enrouleur de chalut à l’arrière à la place des potences appelées « fermes » qui étaient situées coté bâbord et qui servaient à virer les câbles (funes) du chalut pour le ramener le long du bord,

– des ailerons de part et d’autre de la passerelle, 

– un radar sur le toit de la passerelle.

Il a gardé son immatriculation du Guilvinec: GV 302497.

Voir le dessin de l’original dans la rubrique méthode de chalutage. Le chalutier « Crap Melen » après avoir été vendu à un armateur de Concarneau a été démoli en 1998.

AVANT PROPOS

« CRAP » & « KRANK »

« Crap » est le mot breton qui signifie « corail »

« Crap Melen » signifie « Corail Jaune »

« Krank » est le nom breton qui signifie « Crabe ».

Dans le pays bigouden, de Loctudy à Lesconil, lors des grandes marées, les petits crustacés abondaient  sous les cailloux, sous les goémons, et dans les trous d’eau que la mer avait laissées en se retirant.

Pendant la durée d’exondation (le retrait de la mer) des différentes parties de l’estran, il était possible de pécher à pied et d’accéder à des fonds qui la plupart du temps étaient inaccessibles.

Les crustacés les plus abondants étaient les étrilles. Les bigoudens les nomment « crabes cerises » à cause de la « couleur cerise » quand ils sont cuits.

On pouvait également dénicher sous les roches  les délicieux ormeaux, qui malheureusement, de nos jours continuent d’être pillés, mais également des petits crabes couverts de mousse appelés « toulourous », que l’on peut traduire par « tout est roux »

Dans le pays bigouden, ce crabe est considéré comme étant une espèce à part, bien que ressemblant globalement à l’animal adulte.

En réalité, le « crabe mousse » est bien la forme juvénile de l’araignée (maja squinado).

CRABES MOUSSE

Des années 1920 à 1960,  le port de Lesconil était réputé pour ses « caseyeurs » qui allaient pêcher les crustacés le long de la côte des rochers des « Inizan » aux roches traitres des « Etocs » devant le Guilvinec.

Les endroits les plus propices étaient situés vers les rochers aux noms parfois étranges donnés par les pêcheurs : « Ar Char » (la charrette), les « fourches », « Ar  Guisty » (les putains) pourquoi un nom aussi évocateur pour désigner des roches ? Côtoyer des péripatéticiennes pourrait en effet être dangereux… »putains de roches!.. »

carte lescoChaque bateau avait plus d’une centaine de casiers. Ils ramenaient quotidiennement des centaines de kilos de tourteaux, araignées et bien sûr les homards bigoudens. Je me souviens avoir entendu mon grand-père annoncer 800 kilos de crustacés dans une journée, ce qui était remarquable. De nos jours, quelques dizaines de kilos sont ramenés à terre quotidiennement.

Les casiers, sortes de nasse en bois étaient fabriqués à la main par les pêcheurs eux même durant l’hiver.

Ils étaient faits  en osier ou en lames de châtaigniers pour les pêcheurs bigoudens.

Les casiers de mon grand-père

Mon grand- père les fabriquait dans un petit appentis sur le pignon de la maison, mais quand l’hiver était rude, il se repliait dans la petite cuisine qui était chauffée avec un poêle à charbon. Il y passait toutes ses matinées et après-midi à fabriquer ses casiers.

Sur le cliché des années 1950, totalement à gauche, on peut apercevoir mon grand-père qui répare un de ses casiers, son frère est accoudé derrière lui. A l’arrière plan la grande maison de deux étages de mes grand-parents (en sombre).

Son frère Sébastien, en faisait de même dans sa maison face au Ster et au Sables Blancs.

Quand les beaux jours arrivaient, ils étaient fin prêt pour larguer leurs filières de casiers entre Goudoul et les Etocs.

Les brins de châtaigniers étaient préparés par un « feuillardier ». Celui ci coupait les branches (tiges)  de châtaignier en deux pour obtenir un « feuillard » qui pouvait facilement être plié jusqu’à former un cercle.

Les casiers étaient montés sur un gabarit pour lui donner sa forme.

Deux formes principales de casiers:

types de casiers–          Le casier rond

–          Le casier cylindrique

Dans la partie haute un entonnoir permettait au crustacé de s’introduire dans le casier, mais il ne pouvait plus en sortir.

Étapes de la construction d’un casier rond

Pierre Marie Quintric, mon grand-père fabriquant ses casiers ronds

Les différentes  étapes de la construction des casiers

Les casiers étaient lestés avec deux pierres, à l’intérieur, pour lui permettre de descendre verticalement au fond de l’eau de rester stables avec son entonnoir vers le haut.

Dans les casiers, les pêcheurs accrochaient sur un lacet différent types de poissons qu’ils nommaient la « boëtte » pour attirer les crustacés dans la nasse , en général des chinchards car ceux-ci  n’avaient pas beaucoup de valeur marchande. Ils conservaient la « boëtte » dans des barriques avec de la saumure. Au bout de quelques jours la « boëtte » fermentait et sentait le « nuok mân » qui plaisait bien aux crabes. Il faut dire que les crustacés sont considérés comme les charognards des océans.

Les chinchards, que certains jours, les malamoks ramenaient par tonnes étaient pratiquement tous rejetés à la mer sauf la  partie qui était réservée aux caseyeurs attitrés.

Le chinchard, dont le prix a fortement grimpé de nos jours, l’espèce se faisant plus rare, est utilisé pour donner un goût âpre aux soupes de poissons. Il n’est pas recherché par les connaisseurs car plein d’arêtes.

Les casiers étaient  immergés l’un après l’autre en filière de 10 à 40 casiers.

A chaque extrémité de la filière une bouée surmontée d’un mât avec un pavillon de couleur permettait aux pêcheurs de retrouver sa filière.La filière était maintenue en place sur le fond au par des lests de pierres.

Chaque casier était maintenu à la filière par un « orin » (corde de chanvre).

La filière de casiers

Un retour en arrière dans le pays bigouden dans les années 1960

Pont l’ Abbé

Nous sommes à la fin du mois de juin 1961, ce vendredi après-midi, un beau soleil inonde la cour,  l’effervescence règne au Lycée Laennec, les élèves se précipitent vers la sortie ou dans les différents cars qui sont stationnés  devant les réfectoires.

C’est les grandes vacances, les mines sont radieuses, car beaucoup envisagent le farniente à la plage et les bains de mer.

Je suis, est bien moins joyeux que la plupart de mes camarades, car les vacances   qui s’annoncent seront bien moins reposantes et festives que celles de ses compagnons de classe.

Ce n’est pas pour me réjouir, car je m’en vais pour deux mois vers un monde totalement inconnu et que j’appréhende un peu:

celui des marins pêcheurs et plus particulièrement celui des chalutiers, les fameux  « malamoks ».

Lesconil

Dans les années 1960, le petit port de pêche de Lesconil comprend  plus de cinquante « malamoks », qui s’en vont, de bon matin, pêcher les poissons et surtout les  langoustines au large dans le golfe de Gascogne entre les Glénan et la pointe de Penmarc’h.

Le métier est rude et la pêche se fait au chalut de fond, à la traîne.

La méthode du chalutage des années 1950/1960

Chalut classique à Lesconil quai Ouest dit de Langoguen (Langogen).

Chalut en réparation quai Est coté Men « Ar Groaz »

Le Guilvinec

L’entrée du port, la criée

Après une visite médicale pour déterminer l’aptitude à la mer au quartier Maritime du Guilvinec (GV) , me voilà inscrit maritime,  mousse du « Crap Melen » (corail jaune).

Je n’avais  pas encore 14 ans.La visite médicale effectuée, il faut maintenant s’équiper de la tête en cape en « marin ».

Direction la coopérative maritime de Lesconil.

Pour une semaine à la mer, un couchage s’avère indispensable. Me voilà donc avec une espèce de grand sac rustique en toile de jute qu’il faut remplir de paille.

Mon grand-père s’en charge en le bourrant le plus possible pour éviter qu’au bout d’un certain temps, avec le poids de se retrouver au contact des planches du fond de la couchette.

La « paillasse » (nom donné au couchage) est fin prête.

Ma valise se remplie des affaires indispensables pour une semaine de mer :

Un tablier jaune pour remonter le chalut sans se salir et se mouiller et pour trier les poissons et les langoustines

Un ciré jaune avec pantalon et vareuse,

vareuses et pantalons en coton bleu,

Des bottes en caoutchouc,

Un bonnet de laine et surtout le fameux Opinel pour étriper les poissons.

Toutes sortes de petits linges et quelques boites de conserve dont l’indispensable pâté Hénaff.

La valise est pleine à craquer, il va falloir y aller.

J’ai gardé précieusement cette relique en osier.

Le Corail Jaune (Crap Melen)

corail jauneLundi, le rendez-vous est à 02h00 du matin sur la place de la Poste à Lesconil, le taxi « Biger », nous conduit sur le port de Loctudy.

Loctudy

De nos jours, les quais de la criée, comme à Lesconil, sont déserts.

Le « Crap Melen » est à couple de la « Berceuse » autre chalutier de Lesconil, qui lui aussi, vendait sa pêche à Concarneau.

BERCEUSE iiLa Berceuse II de « Lili » Primot à quai à Loctudy

Il y avait à cette époque cinq « malamoks » de Lesconil qui chalutaient entre l’archipel des « Glénan » et l’île de Groix : en plus du « Crap Melen » d’André Le Pape, de la « Berceuse » de Louis Primot, il y avait la « Marseillaise » de Louis Le Fur, le « Réséda » de Corentin Durand et le « Kerdalaie » d’ Elie Percelay.

Je n’ai jamais bien compris pourquoi, ces cinq chalutiers de Lesconil, vendant leur prises à Concarneau durant toute la semaine étaient basés à Loctudy. Tous les lundi de très bonne heure (02h00), il fallait faire appel au taxi « d’Albert Biger » qui nous attendait sur le parking de la poste à Lesconil pour nous conduire sur le port de Loctudy…c’était à mon sens une aberration. Il aurait été plus judicieux d’appareiller directement du port de Lesconil vers les lieux de pêche situés derrière Les Glénan. La mise à l’eau du chalut se faisait en général près de la « basse jaune ».

« Dédé », le patron,  tel un « Pape » à la porte de la passerelle, toujours avare de ses mots, jamais un sourire, même quand la pêche était bonne donne l’ordre de: « larguer ».

Les amarres aussitôt retirées, le Crap Melen s’écarte du quai et s’élance lentement vers la sortie du port . Le moteur de 120 CV Baudouin s’ébroue en lâchant des volutes de fumée noire.

Le gros « Louis », le mécanicien, le visage écarlate, boudiné dans sa vareuse délavée, le pantalon lacé sous une bedaine proéminente, sort tel un mineur de fond du poste moteur.

Une odeur d’huile  et de gaz oïl envahie totalement le poste d’équipage.

Nous laissons la tourelle de la Perdrix sur tribord et déjà le chalutier se balance bord sur bord.

Je rejoins le poste avant ou se trouve ma paillasse, parmi les chaluts de rechange, les câbles pleins de graisse, les poulies huilées, les panneaux et toutes sortes de matériel de secours en cas de casse.

L’ odeur est insupportable,et j’essaye de trouver un sommeil qui n’arrive pas, mais plutôt une nausée de cet endroit qui sera ma couchette durant toute la semaine. J’en éprouve déjà une aversion pour cet endroit qui m’est révolu. J’en garderai de très mauvais souvenirs.

Les zones de pêche du Crap Melen étaient toujours les mêmes, situées entre l’archipel des Glénan et l’île de Groix autour du plateau de la « Basse Jaune ».

carte basse jauneLa zone était vaste, mais pratiquement toujours en vue de terre pour pouvoir se repérer avec les amers et les points remarquables tel que les phares de l’île Penfret et celui de l’ile de Groix.

Concarneau ( KONQ KERNE)

la ville close

Le quai de débarquement des poissons et la criée

Les escales à Concarneau était plutôt brèves. Le temps de débarquer la pêche durant la nuit qu’il fallait repartir aussitôt en mer.

Une seule fois, pour cause de tempête, la flottille des malamoks lesconilois fut clouée au port pendant une journée entière.

Certains en profitèrent pour faire un tour en ville, pas très loin, juste derrière la criée. Après avoir traversé les rails du chemin de fer, il y avait des marche-pieds réalisés avec des caisses de criée, pour passer sans encombre. On arrivait, après avoir passé la route  directement  dans le quartier de prédilection des dockers et des marins, celui « des bars à matelots »…interdits aux « mousses »…

De nos jours, l’ilot n’a pas beaucoup changé.

Avec d’autres jeunes marins des chalutiers lesconilois, nous nous rendîmes à  « l’École de Pêche » maintenant appelée  « École des Formations Maritimes » de l’autre côté de la ville close.

Cette école existe toujours et elle regroupe toutes les formations maritimes.

Le grand bâtiment austère de l’école de pêche

Le samedi matin après avoir débarqué la pêche du jour, et avoir reçu le « billet rose » du montant des ventes de la semaine, nous appareillons en direction de Loctudy en longeant la côte au plus près. Après la pointe de Beg-Meil, celle de Mousterlin, la traversée de la baie de Benodet, nous voila devant la tourelle de la Perdrix que nous laissons cette fois-ci sur tribord pour accéder au port de Loctudy, notre point de départ.

Pendant cette traversée, on en profitait pour ranger le chalut le long du bord, laver le pont, les caisses de langoustines et nettoyer le minuscule carré. On en profitait aussi pour faire un brin de toilette, car après toute une semaine, la barbe naissante avait envahie la figure et tout le corps était imprégné de l’odeur des poissons. l’habit de coton pouvait tenir debout tout seul avec tout le sel séché qui le raidissait.

Le « Crap Melen » comme les autres « malamoks » de cette époque, n’étaient  pas équipés de lavabos ni même de toilettes. Il fallait se débrouiller pour  faire ses besoins assis sur le bastingage accroché aux haubans, le pantalon à « mi-drisse ». La position n’était pas des plus confortable et de plus très risquée à cause des coups de roulis qui vous amenaient les fesses dans l’eau avec le risque de vous faire basculer par dessus bord.

On faisait  également très attention à la direction du vent,  pour éviter que les papiers ne virevoltent vers la passerelle  et viennent se coller sur les vitres ou plus grave encore,  sur la casquette du patron. Cela était déjà arrivé et vous pouvez vous imaginer sa colère . Inutile de vous dire que l’on ne s’attardait pas le moins du monde dans cette position. Pas le temps de lire le journal, les nouvelles n’étant d’ailleurs pas fraîches, mais l’eau de mer, oui…

Arrivée à quai à Loctudy, plein de gas-oil, vivres pour la semaine suivant et départ en taxi vers Lesconil.

Le samedi après-midi vers les 16h00 , rendez-vous dans un des nombreux bars pour les comptes et le partage de la paie.

Tout d’abord, tous les frais (gas-oil, vivres, abonnements radio, etc..) étaient déduits de la somme globale des gains de la pêche.

La somme restante était divisée en deux. Une moitié pour le patron, le reste pour l’équipage.

Dans cette part le patron avait  également une autre part et le mousse 1/2 part.

la moitié dévolue au patron, armateur, était réservée aux remboursements des crédits pour  l’achat du bateau, des frais divers et fortunes de mers comme une perte de chalut ou le remplacement de matériel (moteur, panneaux, câbles etc..). Inutile de préciser que les patrons faisaient très attention à ne pas perdre de matériel. Sur le Crap Melen, « Dédé » n’allait pas souvent « caresser la roche » ou se nichent pourtant les langoustines. Il préférait faire des coups de chalut de trois heures sur des zones sablonneuses ou les risques sont quasiment nuls à moins de rencontrer une épave , mais à contre partie, les prises ne sont pas terribles…à croire que cela suffisait…routine quand tu nous tiens.

Comme le dit si bien l’adage: « qui ne tente rien n’a rien ».

Deux ans plus tard, sur un autre malamok, j’ai pu voir que le risque payait, mais cela est une autre histoire.

L’été suivant me revoilà toujours mousse sur le « Crap Melen », mais je n’ai plus aucune motivation pour ce bateau et ce sera ma dernière campagne de pêche à Concarneau.

LESCONIL, ÉTÉ  1963 SUR « LA MARYSE FRANÇOISE » GV 7859

La « Maryse »  rentre au port de Lesconil dans les années 1970

Photo Philippe Malepertu sur le site:

http://www.bateauxdepeche.net

De novice à matelot sur un autre « malamok » de Lesconil:

« La Maryse Françoise » GV 302 582

On peut noter que l’immatriculation a changée dans les années 1980

Le chalutier Maryse Françoise à été construit en 1959 dans les chantiers « Le Cœur » situés en plein centre de Lesconil. Les membrures terminées, le bateau remplissait entièrement la cour du chantier. A se demander comment allait t’ on le sortir de cet espace pour rejoindre le port en passant par la grande rue puis celle plus étroite encore devant l’ex pharmacie.

C’était un samedi de 1960, tous les habitants de Lesconil suivaient les opérations. Cette immense coque vide reposant sur deux chariots traversant le village tractée par un vieux camion.

Il fallait parfois lever les fils électriques et téléphoniques pour permettre le passage.

La mise à l’eau,  après baptême, s’effectua sans problème majeur et le nouveau chalutier flotta très haut sur l’eau, il était totalement vide et le bois était bien sec.

En compagnie de Gérard, frère du patron, nous fûmes parmi les premiers à monter à bord. Comme quoi le destin fait bien les choses car j’étais loin d’imaginer qu’un jour j’embarquerai comme novice puis matelot pendant quatre été sur ce tout nouveau chalutier.

Je fut impressionné de voir toutes les membrures de la proue à la poupe sans aucune cloison, un beau et grand vide, un travail majestueux qui faisait la réputation des chantiers Le Cœur. Ce fut leur dernière grande réalisation.

Ce qui ne changeait pas pour moi contrairement à tous mes camarades qui rentraient tous les soirs chez eux, une semaine complète à la mer.

Les cales pleines nous débarquions notre pêche durant toute la nuit du samedi à la criée de Guilvinec avant de faire route au plus près des côtes vers Lesconil.

Ce qui a changé: Tout !…ou presque !… la Maryse Françoise était considéré à cette époque comme le meilleur chalutier de Lesconil.

La « Maryse », comme tous les habitants de Lesconil l’appelait était basé à Lesconil, juste devant la maison familiale. Je n’avais qu’une centaine de mètres à faire pour être à bord ce qui est appréciable.

Le lundi, le départ en mer est bien plus tôt que sur le « Crap Melen » car les zones de pêche sont plus lointaines, quatre heures de route en général. Il n’était plus question de se positionner avec les amers en vue des côtes.

Le chalutier était équipé de matériel le plus performant pour l’époque: « le système de radio navigation DECCA « .

Le système de radio navigation a été inventé par l’ américain J. O’ Brien en 1941 et développé par les anglais de « Decca Radio et Télévision de Londres ».

Il a été utilisé pour la première fois pour le débarquement en Normandie. Il permettait aux navires et aux aéronefs de se  positionner correctement, par rapport au fond, dans le dispositif du « D » Day.

Le « DECCA » n’était pas la panacée, car il était assujetti à des transmissions de stations à terre situées dans des positions différentes qui émettaient des signaux radio à différentes fréquences. Le recoupement des droites de  ces signaux donnait un point ( un fixe) plus ou moins précis.

Le système DECCA est composé de stations terrestres organisée en chaînes.

Chaque chaîne comporte une station maître (master) et trois (parfois deux) stations esclaves (slaves), repérées en jargon Decca « Rouge », « Vert » et « Violet ». Idéalement, les esclaves seraient aux sommets d’un triangle équilatéral, et le maître au centre.

Le Decca utilisait initialement des ondes continues sur quatre fréquences entre 70 et 130 kHz.

La station  « master » (maître) émettait ses signaux radio sur la fréquence de 85 Khz.

les stations  » slaves » (esclaves) transmettaient les ondes:

– Le rouge entre 112 et 115 Khz

-Le vert entre 126 et 129 Khz

                                                                                – Le violet entre 70 et 72 Khz

Le positionnement des navires par rapport aux fonds marins a été tout de suite appliqué par les chalutiers, à condition d’avoir de bonnes cartes. Ces cartes, vierges à l’origine se complétaient petit à petit avec les acquis et les expériences, les bonnes comme les mauvaises: chaluts déchirés sur la roche, et parfois même perte totale du matériel de pêche.

Le chalutier devait suivre les trois phases relatives entre la fréquence maître et les fréquences secondaires (esclaves). Il a été perfectionné dans les années 1970.

Récepteur DECCA MARK 12

Pour déterminer le point, on mesure le déphasage entre les signaux issus de la station maître et ceux issus de chacun des esclaves. La taille du triangle constitué par les intersections des hyperboles renseigne sur la précision du point : plus la surface du triangle est petite, plus la précision est bonne.

Le jour, ces erreurs allaient de quelques mètres sur une ligne de base à un mille en limite de portée. La nuit les erreurs augmentaient.

Les chaînes Decca sont aujourd’hui arrêtées.

Ce système étant devenu obsolète à été remplacé par le LORAN C, puis par le GPS.

Le patron, aimait les risques et n’hésitait pas à slalomer, grâce au positionnement en temps réel du malamok donné par les hyperboles du Decca, entre les pointes de roches, pour dénicher les bons coins ou se cachent les langoustines.

Exemple de carte DECCA renseignée par le patron du chalutier

Je me souviens très bien des changements de cap très marqués avec pleine puissance pour contourner les zones critiques et éviter ainsi que le chalut ne « croche » les roches et ne soit déchiré.

A cette époque les chaluts étaient encore fabriqués en chanvre et au moindre accrochage avec le fond ils filaient presque comme des bas de soie. Plus tard les mailles des chaluts furent conçues en fils de nylon plus résistants.

J’ai parfois vu près de nous au large de Penmar’ch les gros chalutiers soviétiques de pêche par l’arrière qui venaient taquiner la langoustine avec des chaluts avec mailles en fils d’acier.

Ils ne se préoccupaient pas des zones de roches.  Ils dévastaient tous les fonds marins en dehors des zones territoriales françaises des 12 miles. C’est durant la convention de Genève en 1958 que le droit de la mer fut codifié avec les notions de « mer territoriale », « zone contiguë » et « haute mer ».

La Zone Exclusive Européenne (ZEE) n’existait pas encore.

La ZEE trouve son fondement juridique dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (signée le 10 décembre 1982 à Montego-Bay ).

Dans la zone économique exclusive, l’État côtier a :

– des droits souverains aux fins d’exploration et d’exploitation, de  conservation et de gestion des ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, des eaux subjacentes aux fonds marins, des fonds marins et de leur sous-sol, ainsi qu’en ce qui concerne d’autres activités tendant à l’exploration et à l’exploitation de la zone à des fins économiques, telles que la production d’énergie à partir de l’eau, des courants et des vents,

– juridiction en ce qui concerne la mise en place et l’utilisation d’îles artificielles,      d’installations et d’ouvrages, la recherche scientifique marine, la protection et la préservation du milieu marin. »

Ce que beaucoup de gens ignore c’est que la France se classe en deuxième position en surface totale de ZEE grâce à toutes ses îles , départements et territoires d’Outre-mer:

– États-Unis : 11 351 000 km2

– France : 11 035 000 km2

– Australie : 8 148 000 km2

– Russie : 7 566 673 km2

A noter que les États-Unis n’ont toujours pas ratifié cette convention.

Le travail sur « la Maryse » n’était pas facile avec un patron « droit dans ses bottes » sur de lui, très exigeant, mais juste.

Nous étions toujours les premiers pour partir en mer, le lundi peu après minuit vers 01h00 ou 02h00 du matin. Dur dur, lorsque l’on est jeune et qu’il y a le bal du dimanche soir qu’il faut quitter pour enfiler ses habits de coton, prendre son panier et monter à bord.

Les quatre heures de route à la barre du chalutier me paraissaient  une éternité et souvent les paupières qui se faisaient lourdes se fermaient de temps en temps.

Heureusement la radio permettait de rester veiller pour tenir le cap et retrouver sur le DECCA , la position prévue pour effectuer le premier coup de chalut avant le lever du soleil.

Une petite anecdote de mon passage sur le chalutier Maryse Françoise qui restera à jamais gravée dans ma mémoire.

J’avais pratiquement terminé un quart de près de quatre heures. le jour n’était pas encore levé, mais Il faisait un peu plus clair. La tête était lourde après toutes ces heures passées à la barre, qui n’était pas hydraulique comme maintenant, mais à chaînes.  Il fallait sans arrêt compenser d’un bord ou de l’autre, ce n’était pas aisé.

Un « coup de pompe », j’ai du m’assoupir quelques secondes, j’ouvre les yeux et, devant moi,  à quelques centaines de mètres, des flashs blancs très rapides, apparurent soudainement devant l’étrave du chalutier.

Je ne me pose pas de questions et je tourne rapidement la roue de la barre à fond sur la droite, le chalutier fait un tour complet. Je regarde dans la direction des occultations et  je m’aperçois qu’ il s’agit  du kiosque d’un sous- marin qui venait de faire surface sous mon nez. Heureusement nous étions en paix et je n’ai pas eu à redouter d’un tir de torpille.

J’ai eu une belle frayeur mais je reprends mes esprits et mon cap après avoir fait une grande boucle pour éviter le sous-marin qui semble maintenant stoppé.

Il s’agissait d’un des sous-marins basés à cette époque à  Lorient. Sans doute un sous-marin de 800 tonnes du type « Daphné », car ce type de sous-marins étaient basés à Lorient à cette époque. Peut être s’agissait- il du S.M. Flore?

Il n’y a plus de base sous marine à Lorient, mais par contre on peut visiter à la base des sous-marins de Keroman un sous-marin du même type: « Le  Flore » ainsi que la « Cité de la voile » Eric Tabarly qui jouxte l’ex base sous-marine.

Les sous-marins francais ont également déserté cette base construite durant la dernière guerre par les allemands pour protéger leurs  « U-Boat » qui semaient la terreur dans les convois alliés en Atlantique.

La base idéalement placée servait même d’amirauté pour la flotte sous-marine sous les ordres de l’Amiral Dônitz.

La flottille des « U-boat » de la base sous-marine de Lorient

L’amiral Donîtz s’installe avec tout son état-major en face le la base sous-marines.

Les trois villas de Kernevel (Kerozen, Margaret et Kerlilon) sont réquisitionnées.

Ces trois villas,  Kerozen (1850), Margaret (1896) et Kerlilon (1899), furent construite dans la  deuxième moitié du XIX éme siècle par des armateurs de la pêche à la sardine, présidents de la chambre de commerce de Lorient et apparentés aux plus grandes familles de la bourgeoisie lorientaise.

LA VILLA KERLILON  dite « CHÂTEAU DES SARDINES »

Que signifie ce terme ?

Y aurait-il un rapport avec les poissons ?

Ou un rapport avec les galons des officiers?

Dans la Royale l’équipage dénommais les grades de leurs officiers au nombre des «sardines » Certains pourraient croire que ce nom donné à  la villa vient du fait qu’il  a  eu beaucoup de gradés qui y habitaient.

Les grades des officiers au nombre de  leurs « sardines »:

–          Une sardine correspondant à un galon, Enseigne de Vaisseau,

–          Trois sardines, lieutenant de vaisseau  etc…

Que nenni, en réalité ce nom  vient de la réussite des Armateurs lorientais de la pêche à la sardine qui habitaient ces lieux, à Larmor Plage, en face de Lorient, signe ostentatoire de leur réussite.

Trois villas, faisaient face au front de mer avec pour horizon le fort Saint-Louis à l’Est et le port de pêche au Nord. De leurs villas les armateurs pouvaient surveiller les départs et les arrivées de leurs navires au port de pêche de Lorient Keroman.

La villa Kerlilon était utilisée comme de  poste de commandement de la poche de Lorient par l’Amiral Dönitz.

Après la guerre, les villas sont louées par la Marine Nationale qui y abrite son État- major. En 1956, la Marine achète les villas Kerlilon et Kerozen.

Depuis 1945, la villa Kerlilon sert exclusivement de résidence à l’Amiral commandant l’arrondissement maritime de Lorient.

La villa Margaret fut rendue à ses anciens propriétaires. « Cap Lorient » rachète la villa pour la transformer en un sympathique bar du port de plaisance de Kernevel ou règne encore l’atmosphère des sous-mariniers des « U-Boat »

Le parc devant Port-Louis est très agréable avec tous les mouvement des bateaux de toutes tailles qui rentrent et sortent des ports de Lorient.

Pour ceux qui sont intéressé par cette histoire suivez le lien:

https://kermokostories.wordpress.com/le-chateau-des-sardines/

Après cet épisode lorientais, retour en mer sur la « Maryse »

Les semaines passaient rapidement, le moteur ne s’arrêtait pratiquement jamais.

Les journées de travail dépassaient les 18h00 et parfois plus, sans que personne ne se plaigne. La nuit était courte, entre quatre et six heures et encore fallait il assurer, à tour de rôle, un quart de deux heures. Il nous est arrivé de faire du non stop 24/24 pour pêcher les baudroies.

la baudroie communément appelée lotte

Le débarquement au Guilvinec était alors assez impressionnant avec toutes ces rangées de caisses de lottes de toutes les tailles alignées sous la criée.

Les autres patrons pêcheurs de Lesconil étaient incrédules de voir cette pêche, alors que leurs prises étaient dans la norme. Sébastien Cosquer le patron de la « Maryse » était un peu casanier et la discrétion était son crédo.

Une autre anecdote de pêche sur la « Maryse »

Je me souviendrai toujours de ce fameux lundi.

Nous avions quitté le port de Lesconil de très bonne heure pour une semaine de mer.

Quatre heures de route comme d’habitude vers le  large de Penmarc’h.

Mise à l’eau du chalut et trois heures de traine. Serge  veille « au chien » pour ce premier coup de chalut de la semaine.

Être de   » chien » Quesako ???

Quelle galère que d’être lié à une chaîne comme un pauvre toutou qui doit en plus aboyer quand il ressent des secousses sur les câbles. Les secousses sont engendrées par les chocs des panneaux sur de la roche.  quand cela survient, il y a danger pour le chalut car il risque d’accrocher et de se déchirer.

Le chien est une pièce d’acier qui encercle des deux « funes » (câbles reliant les panneaux) comme dans une mâchoire.Les deux câbles sont prisonniers l’un au dessus de l’autre. L’homme de chien en enserrant les deux câbles dans sa main ressent tous les vibrations et les chocs sur l’un ou l’autre des câbles ou parfois les deux. On peux donc déterminer quel panneau, celui de  bâbord ou de tribord transmet les coups par l’intermédiaire des funes quand l’un ou l’autre des panneaux rencontre un plateau rocheux.

Le patron vire aussitôt de bord  pour éviter que le chalut de croche dans la roche et se déchire.

Quand les deux panneaux tapent en même temps c’est  qu’il n’y a plus d’échappatoire possible et qu’il faut stopper au plus vite et virer le chalut en faisant route inverse.

Panneau classique des années 1960

Les funes (câbles) permettent de filer le chalut jusqu’au fond et de le remonter au bout de deux ou trois heures de traîne appelé « trait de chalut ».

Au bout des trois heures le chien est largué et on commense à virer le chalut.

Les panneaux sont fixés aux « fermes » (potences) par des chaines qu’aussitôt le « cul » du chalut remonte à la surface rempli à ras bord de gros poissons gonflés d’air par une remontée à la surface trop rapide.

Le chalut ressemble a une grosse baleine qui se balance au gré de la houle.

Panneau divergents utilisé de nos jours

L’embarquement à bord se fait par palanquées successives,le pont et les deux coursives sont pleines de lieux frétillants jusqu’au milieu du bastingage.

Lieu jaune polachius-pollachius

Le lieu jaune est un excellent poisson et les meilleurs d’entre eux sont ceux de petites tailles péchés à la ligne devant la grande plage et le rocher de l’éléphant blanc.

Les tonnes de lieux à bord, il ne restait plus qu’à les vider et les mettre en cale. Celle ci  fut vite remplie et nous n’avions plus assez de caisses pour le reste de cette pêche miraculeuse.

Il n’était pas question de faire une semaine de mer avec tous ces lieux jaunes sur le pont et le patron Sébastien décida de faire route terre vers Lesconil.

La petite criée de Lesconil fut pratiquement remplie de caisses de lieux de « La Maryse ».

Vente en ligne à la criée dans les années 1960

La semaine étant largement gagnée par ce seul coup de chalut, le patron décida de mettre le bateau au sec pour un toilettage et une peinture complète des œuvres mortes (tout se qui se trouve sous la ligne de flottaison) et des œuvres vives (tout ce qui est au dessus).

La « Maryse » se prépare pour une nouvelle peinture, le nettoyage a débuté.

Tous les étés de mes années Lycée à Pont-L’Abbé, je les ai passés en mer sur la « Maryse Françoise « . Une année, j’ai même complété l’équipage, décimé par la maladie, durant mes vacances de Pâques. Une semaine de galère par très mauvais temps, que je ne suis pas près d’oublier.

Tous les week-end je participais à l’avitaillement en vivres et à la comptabilité du chalutier.

En septembre 1966,  j’ai quitté la pêche sur la Maryse et mes études pour m’engager dans la Marine Nationale, mais ceci est une autre longue histoire.

J’ai gardé de toutes ces campagnes de pêche sur la « Maryse Françoise » un excellent souvenir, malgré des conditions de travail hors du commun, dangereuses, parfois très risquées.

Un jour, en passant l’élingue et le croc à Sébastien pour palanquer une énorme roche prise dans le cul du chalut, nous avons été entrainé par dessus bord. Sans la présence d’esprit de Noël Le Floch, le treuilliste, qui a réussi à coincer le cable de la caliorne, nous aurions été entrainé au fond, empêtré, pris au piège comme des poissons, dans les mailles du chalut.

Durant cette période, quoique privé de vacances scolaires , j’ai découvert et partagé la rude vie des marins pêcheurs, les joies et les peines, de toucher du doigt les difficultés du métier, les dangers encourus, la fraternité, la solidarité et l’amitié.

Une belle leçon de vie qui vous forge le caractère, dont je n’oublierai jamais.

Après un passage dans la plaisance comme Commandant du port de Port-Grimaud, j’ai terminé ma carrière dans la Marine Marchande comme Responsable du Service Maritime de la Société Paul Ricard, Responsable de Développement de la société.

La société Paul Ricard possédait à l’époque six navires de transport pour effectuer les transferts de marchandises et de personnes du continent vers les deux îles de la société que sont Bandor et les Embiez.

Je remercie mon ami Louis (Lili) le Fur de Lesconil,  marin à cette époque sur le malamok « La Marseillaise » pour son soutient dans l’écriture de cet épisode de mousse du chalutier « Crap Melen » à Concarneau.

Merci à Sébastien Cosquer, patron du « Kreiz an Aod »,  pour les  photos de la « Maryse », le bateau de son père,  qu’il a eu la gentillesse de me transmettre.

Je garderai un souvenir ému de Bastien Cosquer, patron du malamok « Maryse Françoise », avec qui j’ai tout appris du dur métier de marin pêcheur.

J’ai également une pensée pour Armand Cossec père et fils, le mécanicien Louis Lucas le père l’Alain, ancien maire de Lesconil, Serge Guillou et Noël le Floch , les marins de la Maryse.

Capitaine de Frégate (H)

Jean Claude Quideau

Quand un Homard en pince pour une Miss

MISS HOMARD

A la mémoire de ma bigoudène de mère, Odette Anne-Marie Quideau – Quintric

La bigoudène Odette Quideau-Quintric

A LESCONIL DANS LE PAYS BIGOUDEN, L’HISTOIRE PEU BANALE

DU « COMITÉ DU HOMARD »

Avant propos

Comme toutes les histoires elle commence  par :

il était une fois !..

Dans l’extrême ouest de l’hexagone, la , ou la « terre  finie », le  « Finistère »

Tout au bout de la pointe dénommé, « Beg ar pich » dans le pays bigouden…

Un petit port dynamique spécialisé dans la pêche des langoustines.

L’histoire que je vais vous raconter est celle d’une bande de jeunes copains venant de différents milieux qui avaient gommé  leurs différences pour s’unir et essayer de créer une animation autre que  celle de « louvoyer » entre les nombreux bars du petit port de Lesconil.

Cette petite histoire est émaillée d’anecdotes et de photos anciennes et récentes.

Cette histoire, sans pointe de nostalgie, mais avec un zeste d’humour, est émaillée d’anecdotes et de photos anciennes et récentes. Elle rappellera à tous les amis, les bons souvenirs et à d’autres, qui parlent de ce temps là, sans jamais y avoir participé, de connaitre enfin, la vraie histoire du « Comité du homard« .

Le contexte

Il est vrai que dans les années soixante, les « week end » dans le premier port de pêche de langoustines fraiches de France n’étaient pas des plus réjouissants pour les jeunes, qu’ils soient marins,  apprentis ou étudiants.

Un gabian en terrasse. « Gouelini rous »

Un « Gabian » est venu se poser sur le panneau de la « Descente du Marin » pour voir le menu et attendre son plat préféré.

le gabian est l’appellation donnée aux « leucophées » ( goélands).

Le gabian est une sorte de goéland argenté « larus Michahellis » ou plutôt un goéland pontique « Larus Cachinnans » plus petit que le goéland des côtes Bretonnes.

Mes amis des années sixties, José et Jean-Luc

josé_jean luc_moi

Devant le port de Lesconil, rempli de malamoks, dans les années 1960.

port-de-lesconil-den-1965

Les seuls divertissements de limitaient pour la jeunesse à  bal ou « balle » :

–         Le bal du samedi soir, mais uniquement dans les communes voisines et à ceux qui possédaient un moyen de locomotion.

–         Le football le dimanche après-midi

Certains se reconnaitrons certainement sur cette photo de l’équipe cadet/junior de l’ A.S.P.L. des années 1960.

Equipe junior de l'ASPL

Malheur à ceux qui n’aimaient ni l’un ni l’autre, la solitude de la maison, la lecture les études  étaient leur seul crédo. La météo, en ces journées d’hivers n’était pas non plus propice aux promenades sur les dunes le long de la mer.

Les plus âgés pratiquaient la « galoche » sur le parking du stade à « Pont Plat ».

Contrairement à ce que l’on peut penser, la galoche n’est pas une paire de vieilles chaussures en cuir avec une semelle cloutée.

galoche22

Ce n’est pas non plus le restaurant pizzeria à Beaulieu en Haute Loire

galohe pizzeria de beaulieu

Ni un Beaujolais « appellation contrôlée »

galoche beaujolais

Ni même l’histoire d’un chien de Yvon Brochu

galoche histoire de chien

Encore moins du folk traditionnel français

galoche folk

il y a encore la « galoche » que tous les jeunes pratiquent avec leurs copines, mais ce n’est pas encore la galoche dont il est question dans ce récit.

La galoche est tout simplement un jeu traditionnel de la Bretagne.

La galoche est mentionné pour la première en Bretagne en 1388.

Les archives de la cathédrale de Quimper font allusion au jeu de « galoche » sur la place de la cathédrale. Le jeu en question était le « jeu de bouchon », largement répandu alors en Bretagne et ailleurs. Ce jeu consistait à renverser à l’aide de pierres plates ou de galets un morceau de bois cylindrique placé sur un sol uni et sur lequel on plaçait divers enjeux.

Un dessin, publié en 1835, fournit une description assez précise du jeu de galoche pratiqué dans les campagnes « cornouaillaises » au début du 19éme siècle.

Dessin réalisé par Olivier Perrin, né à Rostrenen en 1761, décédé à Quimper en 1832.

Le jeu de galoche est exclusivement réservé aux garçons. Ce jeu consiste à placer debout sur un sol uni un petit morceau de bois de forme cylindrique, d’environ deux pouces de hauteur, qu’on appelle galoche, et dont le sommet se couronne d’une pièce de monnaie. On règle le rang des joueurs et chacun, muni de deux palets, jette un de ses palets aussi près que possible de la galoche, et essaie, en lançant le second immédiatement après, de la culbuter de façon que l’un des deux palets se trouve plus rapproché de la monnaie renversée que la galoche elle-même.

La galoche bigoudène

Depuis 1984, il existe dans le pays bigouden un championnat organisé en quatre divisions de D1 à D4. Chaque division comprend 8 équipes de clubs.

Il y a au total 14  clubs avec plus de 600 licenciés.

Le championnat se joue en matchs aller-retour sur les « galochodromes » du pays bigouden.

Les règles du  jeu

Le jeu nécessite une galoche, trois palets et une pièce de monnaie :

  • La galoche, appelée « ar kaloj » ou « ar kalochenn » est un petit cylindre de bois, de 11,5 cm de haut pour 3,5 cm de diamètre.
  • Les palets, appelés « ar peiou », sont en fer, et d’un poids de 850 grammes à 1,100 kilo environ, d’une épaisseur de 15 mm et d’un diamètre de 11,5 cm. Ils sont ronds et biseautés, pour mieux accrocher au sol lors du lancer en piqué. Ces palets sont en général artisanaux, et peuvent s’user au cours du temps.

La pièce de monnaie, appelée « ar lipar », est destinée à être posée au sommet de la galoche. Elle doit donc avoir à peu près le même diamètre.

Le jeu se pratique en général par équipe de deux.

Les joueurs sont situés à 9 pas de la cible.

Le but du jeu consiste à faire tomber la galoche et de placer son palet le plus près possible du « lipar ».

Dans le pays bigouden, on ne plaisante pas avec la galoche.

galoche-bigoudene

Le championnat

Le dernier match 2017 opposait l’équipe de Peumerit à celle des locaux de Plobannalec-Lesconil pour la première place de championnat de D1. Après des parties acharnées, les locaux l’emportent sur le « galochodrome » de Pont-Plat et gardent de justesse leur suprématie.

Claude Leroux

Lesconil, un port en hiver

Durant tout le week-end, les chalutiers tiraient sur leurs amarrages. Les drisses cliquetaient contre les mâts tandis que les chaluts qui séchaient se balançaient au gré d’un roulis lancinant. Les coques de bois grinçaient en se touchant, car les bateaux étaient amarrés les uns aux autres sur quatre ou cinq rangées.Malamok « kezako »?

malamok

Comme on peut le voir sur la photo, il y avait à Lesconil un chalutier qui portait ce nom  de « Malamok »

Les marins, se gratteront certainement le crâne sous la casquette, avec un air bien embarrassé, si vous leur posez de but en blanc la question suivante:

« D’où vient donc ce nom « malamok » ?

Ce nom par lequel ils désignaient eux-mêmes, en breton comme en français, le bateau de pêche qui leur était familier. Ils l’ignoraient pour la plupart et ignorent peut-être encore l’origine de ce nom malamok !

En 1763, les marins allemands donnaient le nom de « mallemucke » à un oiseau marin du Spitzberg qui semble être le Pétrel. On appelle « mallemuwk », « mallemucke » ou « mallemowk » cet oiseau des mers du nord, dans les différents patois de la langue allemande, suivant que l’on se trouve dans le sud du Danemark, ou dans le nord des Pays-Bas.

Ce nom signifie en dialecte néerlandais ou allemand: « mouette folle ». Les Anglo-saxons le surnommèrent plus tard: « molly hawk » (rapace dingue) car, selon eux, cet oiseau vorace et stupide n’hésitait pas à se poser sur les ponts pour y dérober sa pitance. Ses ailes d’oiseau océanique l’empêchant de repartir, il fallait le remettre à l’eau à coups de bottes dans les plumes.

Chez nos marins, les appellations étrangères se sont vite transformées en malamok. Ce nom très peu utilisé en français le sera davantage dans la langue bretonne.

Photo Philippe Malepertu

Beaucoup  de « malamoks » avaient pour nom de baptême de jolis noms d’oiseaux de fleurs ou de prénoms féminins.

Voici quelques exemples de noms de malamoks qui restent gravés dans ma mémoire :

Une « Hirondelle »  désemparée tournoyait au dessus du port.

Un petit « Serin » jaune avec son liseret rouge  essayait de se cacher entre les malamoks

serinTandis que  «le Phénix» déployait ses chaluts en forme d’ailes.Le « Mimosa » embaumait l’air de ses effluves enivrantes qui  se mélangeaient aux senteurs marines de la « Fleur de l’océan ».

On pouvait voir le « Cygne » tout de blanc vêtu lissant son plumage immaculé devant  la « Mouette »  rieuse posée sur l’arrière d’un chalutier.

La « Colombe » dormant  sur une bouée tandis qu’un léger ressac faisait se courber le « Réséda » tout de vert vêtu aux fragiles pétales blanches.

Photo Philippe Malepertu

la « Fleur de Lys » faisait admirer sa blanche beauté royale à un « Oxalis » déployant ses cinq pétales.

Dans l’arrière port la petite « Fleur d’Ajonc » laissait  admirer ses pétales jaunes à une « Étoile de mer » tapie sur un fond de sable.

« l’Alcyon » au bec pointu se frottait à une  « Andalouse » qui dansait sur de un air de flamenco.

Le « Pélican » blanc  plongeant dans le port essayant d’attraper un « Exocet »  s’enfuyant à tire d’ailes.

lesco pelican

pelican papillon des mers

Le fragile « Papillon des mers » était blotti contre une « Amazone » qui fièrement pointait sa proue face au large.

Le papillon des mers pour les béotiens, n’est pas un lépidoptère que l’on peut voir dans nos jardins dès que vient les beaux jours, mais un petit mollusque marin sans coquille, translucide, d’environ 2,5 cm de long, qui possède sur les côtés du corps deux nageoires qu’il utilise pour se déplacer.

Le papillon des mers ne possède ni coquille ni branchie. Son corps transparent laisse apercevoir ses organes, sa tête portant trois paires de tentacules que l’animal déploie pour capturer ses proies.

Une « Mousmé » se trémoussait langoureusement devant un  « Yannick » subjugué qui avait délaissé la Brigitte « Brigitte Yannick ».

 « Mousmé » est une retranscription du mot japonais « musume », qui signifie « fille » au sens de la filiation.

En français du début du XXe siècle, ce terme désigne plutôt une fille facile

C’est Louis Marie Julien Viaud qui introduisit ce mot en France. C’est un mot qui signifie jeune fille ou très jeune femme. C’est un des plus jolis mots de la langue nippone.

Qui est ce pierre Marie Julien Viaud ?

Pierre Loti, bien sur.

Il cite en parlant de la Mousmé:

« Il semble qu’il y ait, dans ce mot, de la moue (de la petite moue gentille et drôle comme elles en font) et surtout de la frimousse (de la frimousse chiffonnée comme est la leur). Je l’emploierai souvent, n’en connaissant aucun en français qui le vaille ».

Pierre Loti la décrit de la façon suivante:

« Quant à la mousmé, je la retrouve toujours la même, avec son beau chignon d’ébène vernie, sa ceinture à grandes coques, sa révérence et ses petits yeux si bridés qu’ils ne s’ouvrent plus »

Pierre Loti à droite et Madame Chrysanthème

Un des romans de Pierre « MATELOT »

loti matelotVoici quelques autres noms de malamoks qui ont eux aussi disparus depuis les années 1960. Certains tragiquement corps et biens peu de temps avant.

Le « Korrigan » dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22  janvier 1950 et le « Lilas Blanc » le vendredi 29 novembre 1954. Il essayaient tous deux de rallier les ports de Loctudy et de Lesconil pour y débarquer leur pêche.

Le « lilas blanc » a sombré au sud de « Karreg Kreiz » avec ses quatre membres d’équipage pendant la mémorable tempête de novembre qui a causé la disparition de soixante trois marins du sud Finistère.

Le « korrigan » a sombré sur la roche du « Men Du » en face de Larvor entrainant la noyade des six membres d’équipage.

Le « Bleuet de France » faisait également part de la flottille des chalutiers de Lesconil.

Il y en a certainement d’autres noms que j’ai oublié mais que je ne manquerai pas de mentionner plus tard.

Il faut reconnaitre, qu’à cette époque, avec tous ces noms de fleurs donnés aux chalutiers, le port de Lesconil était comme un véritable jardin fleuri, ou des oiseaux de toutes les espèces venaient s’y poser.LA NAISSANCE DU COMITÉ DU HOMARD DE LESCONIL

Le samedi , mon ami François le Bec dit « Fanchik », Chef Cuisinier, et fils des propriétaires du grand « Hôtel des Dunes » s’occupait de la préparation du pot au feu qu’il mettait de bon matin à mijoter sur son piano, car c’était vraiment une grande symphonie des saveurs qu’il nous préparait.

En fin de journée, il se rendait sur le port prévenir ses invités :« que le repas était en préparation».

Dans la soirée, nous nous retrouvions avec d’autres amis devant  quelques verres de l’amitié et nous nous délections le délicieux « pot au feu mitonné » par notre « Chef » en attendant l’heure du départ vers le bal du samedi soir.

Nous regrettions tous qu’il n’y ait jamais de bal à Lesconil. Il fallait toujours se déplacer parfois assez loin pour rallier les salles de bal des environs.

Il y avait entre autres , le « Bataclan » à Léchiagat, le « Sydney » au Guilvinec. Ces deux établissements étaient dirigés par Jacques Péron dit Jacky.

La « Caravelle » à Tréfiagat, un peu plus loin « les Anémones » à Penmarc’h, « Stan Ar Bakol  » à Tréméoc et parfois il fallait même sortir des frontières du pays bigouden et s’aventurer jusqu’à Audierne.

Pour le conducteur, c’était une véritable corvée, la plus part du temps sous la pluie et dans le vent sur des routes dangereuses et glissantes.

Parfois les périples nous menaient aussi sur l’autre rive de l’Odet ou à l’opposé du côté de Douarnenez , chez nos amis appelés les « Pen Sardin » (têtes de sardines) du fait que les marins de Douarnenez étaient spécialisés dans la pêche de la sardine contrairement à ceux de Lesconil qui pêchaient principalement la langoustine au chalut.

L’idée a germée dans nos esprits , pourquoi pas organiser aussi des bals à Lesconil, dans la salle des fêtes qui était sous employée.

Au fil de la soirée,  le projet s’est affiné  et l’idée de fonder une Association était ce qu’il y avait de mieux à faire.

Pour donner du piment et attirer les jeunes à Lesconil, ce qui n’était pas évident, il fallait les appâter par une animation pas courante en bigoudennie excepté pour les différentes Reines du folklore local , de « Cornouailles », « Filet bleu » etc…

Nous élirons une pour la première fois une « Miss ».

Oui une Miss,  c’était une idée géniale, mais Miss qui ? ou quoi ?…

Nous sommes partis à la pêche du nom à donner à la Miss.

Ce fut une grosse partie de rigolade dans le plus grand délire des noms proposés. Lesconil étant un port de pêche , il tombait sous le sens que ce fut un nom relatif aux produits de la mer.

La recherche commença par tous les noms de poissons:

Sole,  plie, flétan turbot et autres poissons plats furent vite  écartés car une « Miss Limande » manquait de rondeurs et une « Miss Barbue », un peu trop poilue… au menton.

« Miss Barbue », aurait fait mauvais genre à l’époque. De nos jours une chanteuse barbue qui gagne le grand prix de l’Eurovision de la chanson cela n’a pas l’air de  trop choquer.

Les « pleuronectiformes heterosomata » furent donc vite éliminés.

« Baudroie » ou « Lotte » ne convenait pas non plus. Même si la chair est excellente surtout préparée à l’armoricaine, la tête est bien trop vilaine pour celle d’une « Miss ».

« Miss Daurade », sonnait bien, c’était un poisson noble, mais un peu trop dodue.

« Miss Sardine », un peu trop petite, même si en Méditerranée elle a bouchée le port de Marseille.

« Miss Roussette » trop longue et trop tachetée.

  « Miss Bar » on aurait pu confondre et avoir des problèmes avec nos amis « tenanciers des estaminets » des environs.

Quand à une « Miss Thon » beaucoup trop négatif pour désigner une « Miss » car être comparée à un thon n’est pas des plus avenant.

« Miss Perche » un peu trop grande. « Miss Rascasse », trop piquante.

« Miss Morue », « Miss Truite » ou encore « Miss tacaud »,  beaucoup trop péjoratif pour une l’appellation  d’une belle fille.

« Miss vieille » incompatible pour une élection d’une demoiselle, même si certaines espèces de vieilles sont appelées demoiselles.

En ce qui concerne les autres noms de poissons comme  mulet, merlan, merlu, colinot, merluchon, friture, rouget, grondin, congre, requinmaquereau  ou chinchard on y pensera peut être pour l’élection d’un « « Mister »que nous avions envisagé pour la suite à donner à notre comité.

« Un mister Requin Mulet ou Merlan » ça pouvait encore être acceptable,  mais un mister « Maquereau » on retombait dans la concurrence avec un  tenancier, plus de bar, cette fois ci, mais d’un tout autre type d’établissement.

Après avoir passé en revue tous les noms de poissons locaux, nous voila dans les gastéropodes et lamellibranches.

Bernique, patelle, bigorneau, ormeau coque et praire furent éliminés.

Une « Miss Coque » serait un peu trop fermée tandis qu’un « Miss huitre » un peu trop ouverte.

« Une Miss moule » c’est beaucoup trop péjoratif  pour le nom d’une miss, quelle soit crue ou cuite.

Une parenthèse en ce qui concerne la moule.

Savez vous qui a inventé la mytiliculture ?

C’est un marin Irlandais, Patrick Walton.

 Il fait a fait naufrage en 1235 et gagne la côte à la nage. Dans le but d’attraper quelques oiseaux sauvages pour se nourrir, il plante dans l’eau des pieux, reliés par des branchages. Ce furent des moules qui se fixèrent sur les branches.

Bouchot :  »Bout choat » en gaélique signifie « bouts de bois ».

La Mytiliculture était née !

« Une mise palourde » trop légère mais délicieuse tout de même, crue ou farcie au beurre d’escargot.

Nous voila donc condamné à trouver un nom dans la branche des « arthropa crustacea ».

Tourteau, crevette, langouste  et araignée furent éliminés.

« Miss Araignée » trop piégeuse avec sa toile, un peu poilue lorsqu’il s’agit d’une « toulourou ».

« Miss Cigale » ( de mer) , le nom sonnait bien, chantait bien,  sentait bon le thym et le romarin, mais  il représentait plus le « Sud » et les mers chaudes que le pays bigouden.

« Miss langouste » très belle,mais avec de  trop longues antennes…

Pourquoi pas alors: « Miss langoustine »

« Miss langoustine » oui, ce nom était celui qui représentait le mieux Lesconil.

Malgré toutes ses qualités gustatives, il fut écarté au détriment d’un crustacé encore plus noble que notre Chef cuisinait à merveille dans son restaurant : le homard, mais le vrai, le seul, le meilleur, le breton, le bigouden.

homard22

Ce fut donc « Miss Homard » qui fut retenu pour le nom de la reine de notre futur bal.

Comme vous pouvez vous en rendre compte, je vous ai cité pratiquement tous les produits de la mer que vous pouvez trouver à Lesconil. Si vous savez les préparer vous ne pouvez que vous régaler.

 Étant tombé d’accord sur le nom de la miss, tout naturellement l’Association intitulée : « Comité du Homard de Lesconil » (C.H.L.).

L’idée s’est vite affinée, peu de temps après, d’autre copains ont adhéré.

le comité s’est étoffé avec un Président, un Vice-Président, un Secrétaire, un Trésorier et des membres du bureau.

Le comité du homard inscrit à la préfecture du Finistère à pu se lancer dans l’organisation de son bal avec élection de Miss Homard.

Des affiches furent éditées et diffusées dans toutes la bigoudennie. On en a mis partout.

Le premier bal du « Comité du Homard »

Jamais nous n’aurions imaginé un tel succès.

Une salle des fêtes bondée dans une ambiance indescriptible.

L’élection de la première « Miss Homard » eu lieu tant bien que mal dans un brouhaha proche de l’hystérie. La « Miss » sans être cuite était rouge de plaisir et les nombreux participants à l’élection en « pincèrent » pour sa coiffe et sa prestance de Miss.

miss homard 1968

Une des recettes du « Homard » bigouden avec un grand  » H !  »

Tout le secret de la recette réside dans le choix des « Homards »:

–         « l’ Homard » ricain,  trop gros,

–         « l’ Homard » russe,  trop froid,

–         « l’ Homard » africain,  trop bronzé,

–         « l’ Homard » asiatique,  trop bridé,

–         « l’ Homard » arabe,  trop typé,

Et pour finir  » l’ Homard Charif « ,  trop acteur.

Préférez un « Homard » Celte ou breton  d’environ 450 grammes

Dans les « Homards» bretons, il existe différents variétés:

–         Le « Galos » des côtes d’Armor,  très rapides,

–        Le « Morbihanais », en général trop petits (Bihan),

–         Le « Bigouden » reconnaissable à sa coiffe,

On reconnait l’âge du « Homard bigouden » à la hauteur de sa coiffe.

Petite au départ, elle faisait en général 33 cm dans les années soixante. Heureusement qu’elle avait arrêté de grandir au gré du temps, sinon elle aurait pu atteindre des tailles irraisonnées. IL y avait quand même, chez les bigoudennes,  une volonté, un défi  de faire mieux que la voisine:

  • toujours plus beau,
  • toujours plus haut.

Toute en dentelle blanche, la coiffe était amidonnée pour rester bien dressée et ne pas pencher au moindre coup de vent. Lors des « rares temps de pluie », il fallait l’affubler d’un préservatif XXL pour éviter qu’elle ne s’écroule.

Une des recettes du  « Homard bigouden »

Dans un récipient, mettre de l’eau avec un peu de sel du poivre, un bouquet garni (Laurier, thym,romarin)

PHASE 1

Plonger le « homard » vivant dans l’eau bouillante.

Mettre un couvercle pour éviter que le homard ne sorte la pince pour éteindre le gaz…..

Quand le « homard hi bou », sortez le et laisser le égoutter et refroidir.

PHASE 2

Couper chaque « homard » en deux parties égales ;

Évider la tête ;

Pré casser les grosses pinces.

PHASE 3

Préparer la sauce en faisant revenir dans du beurre et de l’oignon ;

Et des échalotes émincés environ 5/10 minutes.


Rajouter l’ail coupé en morceaux, les carottes râpées ;

Les tomates pelées avec le jus et le concentré de tomate.

Rajouter du vin blanc et assaisonner. Laisser mijoter 30 minutes.

PHASE 4

Accompagnement du « Homard Bigouden »

Faire cuire sur feu moyen les « homards » dans du beurre,

Assaisonner (sel, poivre) puis flamber au Cognac.

Au bout des 30 min, passer la sauce au moulin à légumes,

Laisser à nouveau mijoter doucement 10 min.

Homard 1er de « Langogen » petit fils de « Toutenbreton » à dit:

« Même petit « Homard» est grand et bon ,

qui « l’eut  Crus…..t’…acé»

L’épilogue de l’ histoire

Avec quelques bonnes idées et beaucoup d’amitié on peut faire évoluer les mentalités des bigoudens à rendre jaloux les esprits étriqués.

Pourquoi ne pas recréer entre amis, amoureux de Lesconil,

le « NCHL » ( Nouveau Comité du Homard de Lesconil).

Mais tout ceci n’est qu’un rêve… Homard…Si ?..

Le bigouden n’est pas un individu pingre et renfermé comme certains essayent de le caricaturer.

Il est fier, rebelle généreux et têtu.

Il est souvent désintéressé tout en gardant  un  caractère pudique, parfois renfermé car il a peur de perdre la face « ar fez » ( la honte).

Mon grand-père Pierre Marie Quintric sur son caseyeur « Le Laffaux » devant les rochers des Enizans

Certains n’hésitent pas à risquer leur vie  pour sauver celle des autres.

Mon grand-père faisait parti de ces héros.

 « Le bigouden, en plus du sang , a aussi de l’eau salée qui lui coule dans les veines »

L’abri du canot de sauvetage et les bars  » A la descente du marin  » et le « Quincy » ex « Men ar Groaz »sur le port  de  Lesconil.

Qu’il est agréable de prendre un verre au soleil , avec le port grand ouvert devant vous, aux terrasses de ces deux établissement sympathiques.

Même les goélands apprécient les menus, mais celui-ci semble trouver le service un peu lent…

Jean Claude Quideau

Histoires de crabes: du « crabe soldat » au « crabe tambour »

du crabe soldat au crabe tambour

Dans les années de 1920 à 1960,  le port de Lesconil était réputé pour ses « caseyeurs » qui allaient pêcher les crustacés le long de la côte de l’archipel des « Glénan » aux roches des « Etocs devant Penmarc’h ».

Les frères Quintric: Pierre Marie, mon grand-père et Sébastien, son frère, réparant leurs casiers à crustacés sur le port de Lesconil

Chaque bateau possédait deux ou trois filières de plus de cinquante casiers chacune . Ils ramenaient quotidiennement des centaines de kilos de tourteaux, araignées et bien sur les fameux homards bleus.

HISTOIRE DE « MALACOSTRACÉS »:

Savez vous qu’il existe un très grand nombre de crabes de la famille des « Eupacides » (crabes communs).

Plus de 3500 espèces de crustacea sont recensées sur la planète.

Voici quelques exemples dont certaines fréquentent nos côtes:

– le crabe dormeur,

– le crabe tourteau (cancer pagarus), ci dessus un gros tourteau de plus de trois kilogramme, vieux de plus de dix années

– le crabe cerise (l’étrille)

– le crabe araignée,

En plus des crabes communs de nos côtes, voici quelques curieux spécimen

Les crabes de couleurs:

– le crabe vert,

– le crabe jaune (Crap Melen)

– le crabe bleu, que l’on trouve en Mer Rouge et qui fait penser à l’étrille.

– le crabe noir,

– le crabe rouge des Tuamotu qui est toxique, parfois mortel

Après les couleurs,  les crabes spécialistes:

– le crabe violoniste, dénommé ainsi à cause de l’atrophie de sa pince droite.

 – le crabe soldat,

– le crabe boxeur,

– le crabe fantôme,

– le crabe vampire,

le crabe carnaval,

– le crabe des neiges (opilio) , « l’araignée aux pattes gelées » qui est pêchée dans l’Atlantique ou le Pacifique nord.

– le crabe des cocotiers

– le crabe yeti qui vit dans les grandes profondeurs de l’Antarctique à plus de 2000 m.

Le crabe mandarin

Les crabes aux systèmes pileux développés:

– le crabe velu

– le crabe à barbe

– le crabe mousse

En réalité, le « crabe mousse » est bien la forme juvénile de l’araignée (maja squinado).

Le crabe de haut rang:

– le crabe royal

Même Hergé n’a pas voulu laisser passer le plaisir

de raconter une histoire de crabe dans une de ses BD.

En plus des arthropodes, il existe aussi des crabes de la famille des « homo sapiens  marinus » qui sont des espèces particulières qui sévissent uniquement sur les navires de la Marine Nationale.

« DE CRABE »  à  « CHOUFF »

LES « CARABUS BIPEDUS MARINUS »

Les « Crabes » bipèdes de la Marine Nationale

Le Crabe (quartier-maitre) est l’équivalent de caporal dans les autres armes.

Il est surnommé «Crabe», peut-être à cause des chevrons rouges de son insigne de grade qui rappellent les pinces du crustacé du même nom, et bien sûr de l’influence maritime.

Le Crabe-Chef (Quartier-maitre-chef) est l’équivalent de Caporal-Chef dans les autres armes.

C’est le plus haut grade des « hommes du rang ». Il est surnommé: « Chouff » sans doute parce que c’est lui qui surveille  le travail effectué par les « crabes » et des « matafs » (matelots). Chouff qui vient de l’arabe qui signifie: regarde, surveille.

L’un de ces « crabes » est devenu célèbre grâce au correspondant de guerre, écrivain et cinéaste: Pierre Schoendoerffer.

LE « CRABE TAMBOUR »

Le  « Crabe-Tambour » est adapté du roman que Pierre Schoendorffer avait écrit en 1976, publié chez Grasset.

C’est une  histoire de soldats et de marins pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie.

Les origines de l’histoire

L’histoire est issue d’un malentendu entre hommes, militaires et marins. Une parole donnée mais non tenue qui perdure bien après la fin des guerres d ‘Indochine et d’Algérie.

Pierre Schoendorffer fut témoin et cinéaste durant la guerre du Viet- Nam

(Photo E.C.P.A.)

Le film a été tourné totalement en extérieurs dans des décors exotiques, en Indochine pour les scènes sur le fleuve avec la jonque chinoise ou dans le désert de Somalie, mais aussi dans le froid et la neige de Saint Pierre et Miquelon mais surtout sur l’Escorteur d’Escadre Jaureguiberry de type 53. Le navire fut détaché pour effectuer la surveillance des pêches sur les Grands Bancs de Terre Neuve.

La mer, les tempêtes, le vent du large et les embruns glacés entre pour la première fois dans les salles de cinéma. Les spectateurs en ressortent trempés,vacillant par tant de roulis et de tangage et  surtout « malades » ….d’émotion.

Toutes les images sont à couper le souffle, pour cette performance Raoul Coutard a obtenu en 1978 le César du meilleur Chef Opérateur.

Le film est sorti dans les salles de cinéma  en 1977

Jacques Perrin dans le rôle du « crabe tambour »

Pourquoi ce sobriquet de « crabe tambour » ? pourquoi pas le « chat noir « ?..

Pierre Schœndœrffer s’en explique : « J’ai dédié mon roman à mon fils cadet, Ludovic, parce qu’enfant, il avait un petit ventre rond sur lequel il tambourinait, et comme il marchait à quatre pattes et de travers, je l’appelais le crabe. D’où le Crabe-Tambour… »

Le film est inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume.

Marin et soldat d’exception, il est né le 11 août 1925 à Saint-Servan.

Élève de l’École navale en 1945, il débutât sa carrière  sur le croiseur « Duquesne », puis sur « le Commandant de Pimodan » de Saïgon à Shangaï en 1948.

Il est ensuite affecté sur les sous-marins de Lorient en 1952, puis sur les vedettes côtières de Cherbourg en 1957.

C’est aussi un combattant d’élite qui mène une guerre de courses dans le delta du Mékong et du Fleuve Rouge en (1945 ; 1948-1950 ; 1953-1955), contre le Wiet-Minh en Cochinchine.

Après les accords de Genève, en 1954, il termine la guerre avec le grade de lieutenant de vaisseau.

Désobéissant au haut commandement, il sauve alors, en embarquant dans les navires sous ses ordres, 1600 Vietnamiens catholiques voulant fuir le communisme.

En 1956, il tente de rejoindre la France seul à bord d’une jonque de 8 mètres, « Le Manohara », mais s’échoue finalement sur les côtes somaliennes, le 13 novembre de la même année. Il est alors recueilli par une tribu locale, assez fascinée par ce prisonnier aux cheveux roux.

Fin 1956, il rentre à Paris et apprend que son frère Jean-Marie Guillaume, officier parachutiste est tombé à la tête de son commando en Algérie. Il demande immédiatement et obtient d’être muté dans l’armée de Terre, afin de succéder à son frère à la tête du commando. Promesse avait été faite que ce commando porterait le nom du premier de ses membres qui serait tué au combat, le commando prend alors le nom de « Guillaume ».

Pierre Guillaume le commande du 14 juillet 1957 au 12 mars 1958.

Le Lieutenant de vaisseau Guillaume à participé au « putsch des généraux » à Alger.

Il était « l’Adjoint Marine »  du général Challe. Pour sa participation, Il fut condamné à 4 années de prison avec sursis. Dépité, il rejoint, avec d’autres officiers,  l’OAS  dirigé par les généraux Jouhaud et Salan.  Arrêté il sera condamné avec tous les protagonistes du putsch à 8 ans de prison dont quatre années à la prison de Tulle avec les autre putschistes:

4 août 1961 :

Les généraux Zeller, Challe, Bigot, Petit et Nicot

Les lieutenants colonels  Lecomte, De la Chapelle et Masselot

Les chefs de bataillons Robin et Denoix de Saint-Marc.

21 mars 1962 :

Le Commandant Forhan

8 septembre 1962 :

Les généraux Faure et Gouraud

7 décembre 1962 :

Les généraux Jouhaud et Salan

3 septembre 1963 :

Le colonel de Sèze

4 mars 1964 :

Le commandant Gamelin

Le lieutenant de vaisseau Guillaume.

Ils sont tous libérés entre 1962 et 1968.  (Pierre Guillaume en 1966).

 

PUTSCHISTES à Tulle

En 1977,  Pierre Guillaume à armé un ancien chalutier « l’Antinéa » mais pas pour pratiquer la pêche à la morue comme dans le film, mais pour débarquer aux Comores avec Bob Dénard.

Entre 1981 et 1987, il se rend en Arabie Saoudite, où il s’occupe des systèmes de défense maritime.

J’ai croisé brièvement sa route en Arabie Saoudite. J’étais à cette époque  (entre 1981 et 1987) détaché par le Ministère de la Défense dans le cadre du programme SAWARI concernant la vente de frégates et l’entraînement des équipages en France puis en Arabie.

A la base de Al jubail, sur la côte du Golfe Persique, en Arabie Saoudite,  Amiral AL Sulaimani  remet une lettre de félicitations au lieutenant de vaisseau Jean Claude Quideau

A la fin de sa vie, Pierre Guillaume vivait à bord de son voilier, l’Agathe, dans le port de Saint-Malo, ou il écrivit ses mémoires.

pierre guillaume

Le lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume est mort le 3 décembre 2002 au terme d’une existence intense et mouvementée.

Il aimait à répéter qu’il n’avait pas « un goût particulier pour le renoncement et le déshonneur ».

George Fleury, un ancien commando d’Algérie a écrit un roman sur la vie mouvementée du Lieutenant de vaisseau Guillaume

on l'appelait le crabe tambour

LE FILM LE « CRABE TAMBOUR »

L’HISTOIRE

Atteint d’un cancer du poumon, un officier de la Marine Nationale se voit confier un dernier commandement, l’escorteur d’escadre Jauréguiberry dont c’est également le dernier voyage avant la réforme. Il est chargé de l’assistance et de la surveillance de la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve.

Le commandant a aussi une quête personnelle, enracinée dans les guerres coloniales françaises, croiser une dernière fois un homme qu’il a connu, durant la guerre du Vietnam qui est devenu capitaine de chalutier.

Sa quête est relayée par les souvenirs du médecin du bord et de l’officier mécanicien, qui évoquent les un lieutenant de vaisseau surnommé « le Crabe-Tambour ». Les souvenirs et les témoignages se succèdent ; ils évoquent cette figure légendaire qui a marqué ceux qui ont connu cet officier.

Le Crabe-Tambour, c’est le titre d’un long-métrage du réalisateur et écrivain Pierre Schœndœrffer, inspiré de l’un de ses romans.

Inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume, le « Crabe-Tambour » fait référence à cet officier toujours accompagné, dans le film, d’un chat noir.

« C’était un de ces capitaines légendaires ! Donc on a fait connaissance, et l’on s’est pris de sympathie. Quand j’ai commencé à écrire mon livre : Le Crabe-Tambour, je me suis dit qu’il y avait dans son histoire quelque chose qui m’intéressait. Ce n’est pas sa vie, ce n’est pas la mienne, c’est autre chose »… précisera lors la sortie du film Pierre Schœndœrffer.

Construit autour du dialogue entre un « pacha » (Jean Rochefort) et le médecin de bord (Claude Rich).

Le film alterne les séquences de mers, et les « flash-back » narrant les tribulations de Willsdorff, dit le « Crabe-tambour » (Jacques Perrin), un ancien de « la Royale » devenu capitaine d’un chalutier.

Un extrait du film « le Crabe Tambour »

A cette narration croisée se mêlent des séquences de vie embarquée, des plans du Jauréguiberry dans le gros temps et des séquences poétiques comme l’inoubliable tirade du chef mécanicien (Jacques Dufilho) racontant un recteur fou en pays Bigouden.

C’est sur ce calvaire de la chapelle de « Notre Dame de la Joie »  sur la commune de Penmarc’h non loin du phare d’Echmuhl qu’à été tourné la scène des jeunes bigoudens ou la farce du calvaire vire au drame.

La scène au bar « la Morue joyeuse » durant laquelle un vieux marin refait la bataille de l’Atlantique avec des verres sur le comptoir de l’établissement tandis qu’un téléviseur diffuse des images de la guerre du Vietnam. Quant à l’influence de ce dernier, considéré comme l’un des auteurs de romans d’aventures du vingtième siècle les plus réputés avec Robert Louis Stevenson, elle est manifeste non seulement dans « Le Crabe-tambour » mais également dans toute l’œuvre de Pierre Schoendorffer.

FICHE TECHNIQUE DU FILM
« Le Crabe-tambour « de Pierre Schœndœrffer.

Avec Jean Rochefort, Jacques Perrin, Claude Rich, Jacques Dufilho & Aurore Clément. Sortie en salle le 9 novembre 1977.

César du meilleur acteur 78 : Jean Rochefort.

César du meilleur acteur dans un second rôle 78 : Jacques Dufilho.

César de la meilleure photographie 78 : Raoul Coutard.

Cliquer sur le lien ci dessous pour voir le film le « crabe-tambour »


« L’honneur d’un Capitaine »,

 « Pêcheur d’Islande » , »L’adieu au roi »

« la 317 ème section »

« Dien Bien Phu »

les autres films de Pierre Schoendorffer

Son dernier film : « La Haut un roi au dessus des nuages »

Pierre Schœndœrffer a réalisé un nouveau film en Bretagne qui sera une sorte de biographie de sa vie qui est un « flash back » des histoires de l’époque coloniale de la Cochinchine et de l’Algérie. Dans ce film tourné dans les environs de Saint Guénolé et Penmarc’h on retrouve des images d’archives des conflits et du film le « crabe tambour ».

C’est l’histoire d’un cinéaste Henri Lanvern (c’est bien de chez nous, Plonéour n’est pas loin et la totalité du nom de la commune est: « Plonéour-Lanvern ») qui quitte le tournage d’un film pour essayer de retrouver un vieil ami de la guerre du Vietnam.

Ce bistrot est totalement imaginaire car il a été monté de toutes pièces pour les besoins du film dans l’abri du canot de sauvetage de Saint Guénolé.

« Un film prémonitoire qui sonne comme un adieu »

 Kenavo le « Crabe »

Le « crabe » s’en est allé pour toujours, tout « LA HAUT » au dessus des nuages.

Il est parti le « crabe soldat », sans « Tambour » ni trompette, plus haut que les crabes des cocotiers, plus loin que les crabes des neiges, « La Haut », comme un roi au-dessus des nuages rejoindre un autre « crabe », le Commandant Guillaume, Jacques Dufhilo, un autre amoureux du « Pays du Cheval d’ Orgueil » et tous ses compagnons d’armes.

Ils vont pouvoir se raconter des histoires de crabes dans le bar du « Tad an Diaoul » (le père du diable )  dans le pays bigouden.

Le bar de « tad an dioual » (le bar du père du diable)

Le bistro de « tad an diaoul » a retrouvé sa fonction d’abri de canot de sauvetage.

 Le cinéma, l’armée, la Marine et le pays Bigouden perdent un grand cinéaste.

Adieu de la part d’un autre « crabe »

voir l’histoire du « Crab Melen » (corail jaune )

Capitaine de Frégate (H)

Jean Claude Quideau

Anguilles sous roches à Lesconil

anguilles sous rochesConnaissez-vous l’origine du proverbe : « Il y a anguille sous roche » ?

Un autre proverbe ancien qui a la même signification :

« Tel croit guiller Guillot que Guillot grille »

Cet ancien proverbe utilise un verbe au moins tout aussi ancien, guiller, qui signifie : tromper, séduire.

Le sens de guiller subsiste dans « guilledou, « guilleret ».

Guiller, guilledou, signifie au sens propre comme au figuré faufilage, insinuation, expression évoquant les soupçons que l’on nourrit à propos d’une liaison ou d’une affaire tenue secrète.

Molière lui-même dans le « Bourgeois Gentilhomme il fait référence. Il cite dans l’acte III scène VII :

« Ma foi, madame la curiosité m’a coûté quelque chose, mais je crois qu’il y a quelque anguille sous roche, et ils parlent de quelque affaire ou ils ne veulent pas que vous soyez.. »

Il est plausible que la symbolique sexuelle de cette visiteuse de la mer des Sargasses, se laissant emporté par le courant du Gulf-Stream vers nos côtes se soit aussi faufilée dans la genèse de cette expression.

La mer des Sargasses

La mer des Sargasses est la seule mer considérée comme ne possédant pas de rivages.

Les marins qui sillonnaient l’Atlantique nord aux XV et XVIe siècles, craignaient la mer des Sargasses. En effet, cette zone de calme plat, sans vent, entravait la progression des voiliers, et il était difficile d’en sortir. De plus, la présence en grande concentration à la surface des algues sargasses, de grande taille, donnait l’impression d’être en panne sur une sorte d’immense prairie marine.

La mer des Sargasses se trouve en plein dans le fameux triangle redouté des Bermudes.

triangle des bermudesSelon les témoignages anciens, les thons étaient très abondants dans « la mer herbeuse ». On a même imaginé dans les années 1870 d’aller y exploiter les algues.

La mer des Sargasses joue également un rôle important dans la migration de l’anguille européenne et de l’anguille américaine : les larves des deux espèces y croissent, pour se diriger ensuite vers les côtes de l’Europe et de l’est de l’Amérique du nord. Une vingtaine d’années plus tard, elles essayent d’y retourner pondre leurs œufs.

route des anguillesLes anguilles peuvent parcourir cinq mille kilomètres grâce au Gulf Stream afin de s’y reproduire.

« Sous roche » : tout un chacun sait que l’anguille adore se cacher sous le moindre rocher, pour se protéger des prédateurs, mais aussi de la lumière du jour.

La locution « anguille sous roche » a pris au fil du temps un sens plus général : Entreprise qui se trame en sous-main, conspiration cachée et secrète dessein ou fourberie concoctée en cachette.

Quelques extraits du petit livre illustré par des photos anciennes et récentes ainsi que des reproductions d’aquarelles des Peintres Officiels de la Marine (P.O.M.) Serge Marko et Michel King.

Mon petit livre illustré de photos anciennes et plus récentes raconte  les histoires cachées sous les rochers de Lesconil , ce livre est consultable sur le site de calameo:

http://fr.calameo.com/books/0011726290d93b689bc7e

Sous la roche « an diaoul » (le diable)

an diaoulQuelques extrait de cette histoire d’anguilles

Aquarelle de Serge Marko à Venise lors de la dernière escale du croiseur Colbert

Aquarelle de Michel King du port de Lesconil

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Carnet d’un Bigouden

Mis en avant

carnetdeguemer matSuivez les bigoudènes, fières de leur entité à nulle autre pareille, qui dressaient fièrement, leurs belles coiffes blanches, brodées et amidonnées, face au vent. Nulle tempête ne pouvait venir à bout de leurs coiffes fièrement dressées. Elles ne craignaient rien…….sauf la pluie!

bigoudenes lesconil

vieux goemoniers

plobannalec lesconil entre terre et mercliquer sur ce lien pour dérouler le diaporama: plobannalec_lesconil_entre terre et mer

Un clic sur ce lien pour une promenade en musique sur les rivages de sel:diaporama _balade sur les rivages de sel

Le drapeau breton (le gwenn ha du: blanc et noir)

Les onze hermines rappellent le souvenir des rois et des ducs qui gouvernèrent la Bretagne indépendante. Les neufs bandes, cinq noires et quatre blanches, symbolisent les neufs anciens évêchés. Les noires représentent les diocèses de langue gallos : Dol, Nantes, Rennes, Saint-Malo et St-Brieuc, et les blanches les diocèses de langue bretonne : Trégor, Léon, Cornouaille et Vannes.

Le drapeau du pays bigouden (ar vro vigoudenn)

drapeau bigoudenLes vingt deux hermines représentent les vingt communes du pays bigouden plus deux communes qui s’y sont rattachées, Gourlizon et Guilers.
Les deux bandes jaunes sont le symbole des anciens cantons du pays  Bigouden: Pont- L’ Abbé et Plogastel Saint-Germain.
Les trois bandes oranges sont les cantons actuels.

cheval d'orgueil2dolmens-et-korrigans