Le vol noir des corbeaux sur Siou-Blanc

Cette histoire, n’a strictement rien à voir avec la légende indienne des Sioux ou les corbeaux étaient blancs avant de devenir noirs.

Le corbeau blanc était l’ami des bisons. Lorsque les Sioux voulaient attraper et tuer les bisons, le corbeau allait les prévenir. Pour cette raison, les Indiens en voulaient beaucoup au corbeau.

Un jour, pour le punir, ils l’attachèrent à une corde, tout au sommet d’un poteau et firent un feu autour de lui. La fumée qui montait noircit alors complètement le corbeau, finalement, le feu rompit la corde et le corbeau s’envola. C’est pour cette raison que le corbeau est aujourd’hui tout noir.

Dans le récit qui a pour cadre Siou-Blanc, il est aussi question de corbeaux noirs qui dénoncent et préviennent d’autres hommes en uniformes noirs.

corbeaux noirs sur siou blancLa résistance dans le Var

Le massif des Maures a vu naître l’un des plus importants maquis de la région.

Le Var est couvert depuis de longs mois par de nombreux réseaux et mouvements avec des groupes de résistants dans presque toutes les localités. Les Forces Françaises de I’ Intérieur (FFI), l’ Armée Secrète (AS) et les Franc Tireurs Partisans (FTP) stationnent dans le nord du département. L’ensemble des maquis est soumis à l’autorité du Comité Départemental de la Libération (CDL) créé par Henri Sarie, futur préfet du département.

Le Service de Renseignement des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) est dirigé par Frank Arnal dit « le commandant Franklin » dont le PC se trouve à Toulon.

ArnalFrank Arnal a également eu sous ses ordres les Forces Françaises de l’intérieur (FFI) dirigés par le capitaine Salvatori. Près de 500 des Forces Françaises de l’ Intérieur de la région toulonnaise sont rassemblés au nord de la ville, dans le maquis de Siou Blanc.

En l’absence de parachutages et de débarquement, menacés par l’attaque que les Allemands préparent, les résistants reçoivent l’ordre de dispersion, mais un grand nombre d’entre eux seront tués ou fusillés et plusieurs responsables arrêtés.

A l’automne 1943, menacée par la répression et traquée par les Allemands, la 1ère compagnie FTP (Francs-Tireurs Partisans) éclate en détachements et se disperse dans le moyen Var.

Fin novembre, l’un d’entre eux, le détachement  « Marat »  s’installe dans la ferme bergerie de la Limate au cœur du plateau de « Siou Blanc » au sud du village de Signes. Il comprend une douzaine de combattants français et italiens.

Les Renseignements Généraux viennent enquêter sur place et confirment la présence d’un groupe de « réfractaires » dans les bois et que ce camp situé dans le Jas de Laure serait un camp de transit vers le reste du Var et les Basses-Alpes.

La police signale que le groupe jouit de la connivence de la population qui reste « obstinément muette ».

Les Lieux Le village de Signes est situé dans une plaine entouré de collines et de montagnes.

signes siou blancAu nord-ouest le massif de la Sainte Baume dont le sommet culmine à 1148 mètres.

Au sud le plateau de Siou-Blanc avec la Limate dont son plus haut sommet est à situé à 825 mètres.

« Siou Blanc », un nom énigmatique dont l’origine provençale signifie «cimes blanches». Dans ces vastes solitudes, le calcaire blanc des cimes dénudées, alterne avec une végétation dense, souvent impénétrable de chênes kermès et de garrigue qui sent bon le thym et le romarin. Les hivers sont rudes surtout en janvier sur le plateau de Siou-Blanc. Il n’est pas rare d’avoir de la neige. Dans une cuvette, à 679 mètres d’altitude, on trouve le domaine de la Limate avec sa ferme isolée et cernée par les bois.

Le domaine de la Limate est entouré par cinq collines appelées « Têtes » : – Au nord-ouest, la Tête de la Paillette à 761 mètres, – A l’ouest, la Tête de la Commune à 800 mètres, – Au nord, la grosse Tête à 793 mètres, – A l’est la barre de l’ Eoure de 734 mètres – Au sud la colle de Fède avec sa borne à 825 mètres.

La position du camp du groupe « Marat » (Guy Moquet) n’est pas idéale au point de vue stratégique.

Une cuvette entourée de cinq collines, cette position en contrebas me rappelle une autre triste histoire qui se déroulera dix ans plus tard en 1954. L’armée française n’avait pas fait mieux en installant son camp dans la cuvette de Dien Bien Phu dominé par cinq collines.

domaine de la limate2

ferme de la limateLe contexte dans le var en 1943-1944

Dans le Var, les dénonciations concernent plus de vengeances privées, de dénonciations dérisoires, de trafics que d’affaires de résistance (moins de 10 %). Un cas parmi t’en d’autres : dans le petit village de Vins sur Caramy, des « fascistes » dénoncent dix habitants de la commune pour détention d’armes de chasse.

avisÀ partir de février 1943, après quelques semaines de modération, la répression se durcit. Les sabotages sont suivis de brimades, de restrictions à la circulation et de prises d’otages et de mises à mort après une parodie de  jugement.

repression janvier 1944A Signes, cinq adolescents travestis narguent les soldats en leur criant que les Anglais débarquent. Certains maires démissionnent de leur fonction ou menacent de le faire. Le préfet parvient encore assez souvent à faire fléchir un maire démissionnaire. Lorsqu’il n’y a pas de solution de rechange, il en appelle à la fidélité au Maréchal comme à Bandol, au Beausset, ou à Six-Fours en jouant sur la corde républicaine et en en insistant sur la menace qu’il y aurait à laisser la commune aux extrémistes. Faute de pouvoir faire fléchir les maires démissionnaires, Le préfet se tourne vers Vichy pour savoir si l’on peut recourir à un administrateur provisoire. La crise est profonde L’appareil d’État est ébranlé.

Les « préfets de Vichy » pendant l’occupation allemande

Les consignes du maréchal Pétain aux préfets sont claires: « Les préfets, garants du « maintien de l’ordre », doivent informer le gouvernement des réactions et de l’état d’esprit de la population ».  » Ils sont les principaux interlocuteurs de l’occupant allemand ». Le gouvernement sous l’occupation révoquait très facilement les préfets qui ne respectaient pas la « ligne Vichy » pour les remplacer par des préfets plus « coopératifs ».

prestation de serment des préfetsA cette époque, le siège de la préfecture du Var était situé à Draguignan.

Le premier « préfet de Vichy » en 1940 et 1941 est Pierre Gentil. Le suivant est André Lahillonne de 1941 à 1943. Le dernier « préfet de Vichy » est Jacques Feschotte qui était auparavant en Bretagne, préfet des Côtes-du-nord (Côtes d’Armor) de juin 1940 à avril 1943.

En 1943, La milice du Var Créée le 28 janvier sous l’égide de Louis Lumière obtient enfin le départ du préfet Lahillonne, devenu sa bête noire et celle de tous les “ collaborateurs ”. Ses sympathies républicaines, sa fidélité maintenue à Marianne (dont il a gardé le buste sur son bureau) lui valent, par contre, l’indulgence de la Résistance.

Le 7 avril 1943, Lahillonne permute avec le préfet des Côtes-du-Nord (Côtes d’Armor) Jacques Feschotte, qui est bien davantage compromis avec Vichy. Ce lettré, attaché à la politique de collaboration, est en effet un fervent de Laval. C’est un partisan de la révolution nationale qui dès la mi-juillet assure le gouvernement de Vichy de son « profond dévouement ». Très hostile au gaullisme et bien sûr à la résistance comme à l’autonomisme breton, il s’efforce d’appliquer avec zèle les grandes orientations du régime tout en cherchant à défendre ses administrés face aux Allemands.

Le 21 avril 1943, accompagné de son chef de cabinet, il arrive dans un département du Var dont il doit tout apprendre. Il se fera plus discret. A la libération, compte tenu de son « profond dévouement » auprès du gouvernement de Vichy, il sera immédiatement remplacé par Henri Sarie premier « préfet de la résistance ». Jacques Feschotte sera assigné à résidence. Il ne sera pas poursuivi pour collaboration et continuera ses activités d’homme de lettres et de musicologue jusqu’ à sa mort à Neuilly-sur-Seine le 21 avril 1966.

andre lahillonneAndré Lahillonne ne sera préfet des Côtes d’Armor que durant quatre mois. Il est arrêté par les allemands et déporté à Buchenwald le 10 août 1943. Il est décédé le 25 mars 1987 à Sorrèze dans le Tarn.

Le contexte  à Signes en 1943 -1944

SIGNES PLACE Depuis 1935, le maire du village est François Bonnefoy

Le 24 novembre 1943, le maire François Bonnefoy, signale aux autorités françaises de Vichy la présence d’ »étrangers » sur le territoire de la commune. Il leur attribue de nombreuses rapines. Cette lettre attire l’attention de la police. Début décembre, les hommes des Renseignements Généraux viennent (R.G.) enquêter. Leur rapport daté du 15 décembre ne signale pas de vols, mais confirme la présence d’un groupe de « réfractaires » a établi un camp dans les bois, situé au Jas de Laure. Ils signalent également que le groupe jouit de la connivence de la population qui reste « obstinément muette ». De nouvelles lettres anonymes parviennent aux autorités de Draguignan. Le 16 décembre, le maire avise les gendarmes. Le même jour, parvient à Draguignan une nouvelle lettre anonyme sur le même sujet. Le 21 décembre, le préfet écrit au commandant de gendarmerie pour lui signaler la présence du groupe de réfractaires. Le 27 décembre, le préfet confirme la présence de sept jeunes gens qui stationneraient au Groupatier et réclame une action immédiate contre eux.

Les motivations du déclenchement de la répression allemande

Les Allemands prévenus, ils se préparent à mener une action sur le plateau de Siou-Blanc.

Ils vont la mener le dimanche 2 janvier 1944,

Malgré de fortes présomptions, Il n’est pas sûr qu’il y ait un lien entre les dénonciations et les lettres transmises et l’attaque allemande.

En effet, depuis octobre, stationne à Toulon puis à Bandol un groupe de jeunes « français », spécialisés dans le repérage des maquis et leur infiltration en se faisant passer pour des réfractaires.

Il est fort possible que ce groupe dit de « Brandebourg » serait peut être à l’origine de l’attaque.

La présence des maquisards est connue par tous, la population, le maire, les gendarmes, mais surtout le préfet Feschotte,  qui ont tous signalé leur présence. Les maquisards ne sont pas discrets. Certains fréquentent même les bals de l’hôtel des Acacias.

les acacias signesLes bals étant interdits, l’hôtel des Acacias sera dénoncé par les lettres anonymes en novembre et décembre. Le ou les corbeaux avaient encore frappés.

Conscients du danger de la position enclavée ou se trouve le détachement dans la ferme de la Limate, les responsables de la 1e Compagnie des Francs-Tireurs Partisans Français (FTPF) lui ont donné l’ordre de changer de lieu de stationnement.

Voici le film des évènements  du 2 janvier 1944 qui s’est terminé par un massacre: « le massacre de la Limate »

film1film2MOULIN DU GAPEAU2film3film4 progession encerclement

film5film6film7film8film9Le charnier de la Limate

Les Allemands obligent les prisonniers à creuser une fosse de 50 cm de profondeur sur 7 m de long. les neuf résistants FTPF et le berger Honorat sont fusillés à bout portant. Criblés de balles (33 pour l’un d’entre eux). Le berger Honorat aurait été forcé par les Allemands de les conduire à la ferme.

Les fusillés de la Limate

LES FUSILLIES DE LA LIMATELes rapports et dépositions des témoins. Extraits des Archives Nationales

La déposition de Monsieur Raoul Meunier  telle qu’elle fut rédigée par la police:

Je soussigné, Raoul MAUNIER, né le 11 juin 1907 à TOULON (VAR), chef des F.R.S., lieutenant des FFI, membre du comité de libération de SIGNES (VAR) déclare :

« Le 2 janvier 1944, à 07h00 et demi du matin, matin du moulin du Gapeau un groupe d’environ 50 soldats allemands et officiers sous l’escorte de monsieur Wagner, propriétaire du dit domaine, en direction de la ferme des LIMATES. Vers 08h00 et demi, j’entendis une fusillade qui dura plusieurs heures et qui semblait provenir de la ferme des LIMATES. Dans l’après-midi de ce même jour, j’appris que 2 patriotes qui avaient réussi s’échapper l’attaque de leur camp par les Allemands et qu’ils ignoraient ce qu’étaient devenu leurs camarades car ils s’étaient défendus jusqu’à épuisement de leurs munitions ».

« Ce n’est que le lendemain, en compagnie du garde SANSONNETTI Jules et de Ludovic BASSET, que je me rendais à la ferme des LIMATES pour me rendre compte de ce qu’étaient devenus mes camarades. Mes recherches ne furent pas vaines car au bout de quelques heures je découvris le charnier ou avaient été enterrés nos camarades. Nous sommes redescendus en informer le maire qui ne voulut prendre aucune responsabilité et ce n’est qu’après avoir reçu des ordres de DRAGUGNAN que nous sommes remontés aux LIMATES ou nous avions rendez-vous avec le parquet de TOULON. A notre arrivée sur les lieux, nous avons pu constater que tous ces jeunes avaient été déterrés et recouverts d’une couverture sur laquelle était mentionnée l’identité de chaque victime. C’est alors en présence des autorités, nous avons constaté que ces jeunes patriotes étaient horriblement mutilés et méconnaissables. Certains avaient la tête complètement écrasée. Nous avons relevé sur une victime 33 blessures soit : coups de baïonnettes ou balles tirées à bout portant. Nous avons ramassé, à 4 mètres du bord de la fosse, 9 petits tas de 12 douilles environ. Après constatation, je suis redescendu à SIGNES pour rechercher le docteur, mon cheval et ma voiture et je suis remonté avec le cheval et la charrette de Monsieur BAUMIER. Nous avons chargé les victimes au nombre de 5 chacun et les avons redescendues au cimetière de SIGNES ou les cercueils avaient été apportés ; nous avons effectué la mise en bière ».

Suivant les rapports et les dépositions,  les déclarations et témoignages différent en ce qui concerne les heures, la durée de la fusillade, nombre de soldats allemands et de maquisards, le nom et le nombre de rescapés etc…

Les questions et les mystères, l’ombre des corbeaux

Beaucoup de mystères planent encore de nos jours sur ce massacre.

1. Qui a envoyé les lettres anonymes ? 2. Quels ont été les facteurs déterminants de l’intervention allemande pour détruire ce maquis ? 3. Qui est le rescapé ? 4. Qui a déterré les cadavres ?

Éléments de réponse

1. Plusieurs personnes sont soupçonnées à Signes d’être responsable du drame. Le 4 mai à 21h30 les F.T.P. exécutent le receveur buraliste dont le fils a été accusé d’avoir guidé les Allemands.

2. Un infiltré du groupe Brandebourg ? Les lettres anonymes ? Les plaintes du maire de Signes, François Bonnefoy, du préfet de Draguignan, Jacques Feschotte, du commandant de la gendarmerie, des Renseignements Généraux concernant les rapines et la présence d’étrangers ? Sans doute, l’ensemble de tous ces plaintes ?

3. Le jour du drame, Raoul Maunier a rencontré deux rescapés. L’un d’eux était t’il Paul Rossi, celui-ci blessé à la fesse, aurait été caché par Sansonnetti et soigné par le Docteur Sauvet de La Seyne, puis envoyé à St Tropez. Qui est l’autre ?

4. Parmi les FTP qui ont pu s’échapper se trouve Lucien Jandrew dit « le tatoué ». C’est lui qui aurait déterré les victimes. Il a rejoint le reste du maquis vers le Mouret d’ Agnis. Il est suspecté par ses camarades d’avoir été « retourné » par les allemands après avoir été capturé.

Basset et Sansonnetti ont été arrêté par les allemands le 9 janvier et envoyés en déportation d’où ils ne reviendront pas. Leurs noms sont inscrits avec ceux des fusillés de la Limatte sur la stèle du cimetière de Signes.

Soixante ans après, le chant de la libération  a retenti dans l’air glacial du champ gelé:

« Ami entends tu … le vol noir des corbeaux…».

le chant dse partisansAnna Marly  pour la musique et Emmanuel d’Astier de la Vigerie » pour les paroles, alias « Bernard » dans l’armée secrète (AS) avaient composé un autre chant pour les maquisards:

de la VIGERIE

« LA COMPLAINTE DES PARTISANS »

Plus que dans « le chant de la libération », « la complainte des partisans» décrit les angoisses du résistant qui s’engage le plus souvent seul, parfois à contre courant, sur les dangers qui le guette lui et sa famille. Les paroles sont fortes et belles.

Les allemands étaient chez moi, on m’a dit « résigne- toi », mais je n’ai pas pu et j’ai repris mon arme.

Personne ne m’a demandé d’où je viens et où je vais. Vous qui le savez effacez mon passage.

J’ai changé cent fois de nom, j’ai perdu femme et enfants, mais j’ai tant d’amis et j’ai la France entière.

Un vieil homme dans un grenier pour la nuit nous a cachés. Les allemands l’ont pris, il est mort sans surprise.

Hier encore nous étions trois, il ne reste plus que moi et je tourne en rond dans la prison des frontières.

Le vent souffle sur les tombes. La liberté reviendra, on nous oubliera, nous rentrerons dans l’ombre.

Il est dommage que le chant du maquis de Provence «Sur la grand’ route » dont les paroles écrites par le maquisard de la 1 ère compagnie des Francs Tireurs Partisans, François-Marie Armenier alias « Pavel » n’ait pas été fredonnées car ces paroles de la résistance locale reflètent bien la notion de sacrifice des maquisards .

« Il est dans les forêts varoises Une compagnie de Francs-Tireurs Ne connaissant pas la peur… Bravant le sort, bravant la mort Combattre tous les tyrans… Si les copains tombent en luttant… En marchant sur la grand’ route Patriote souviens-toi, oui souviens-toi… »

Paroles de François-Marie Armenier dit « Pavel’ fut un des maquisards  de la 1ere Cie FTP de Provence.

limate 33Toutes les cérémonies auxquelles j’ai participé  de 2000 à 2007 se sont déroulées dans la dignité et le recueillement à la mémoire des résistants  de la Limate.

2 janvierQuel ne fut pas mon étonnement de découvrir certains articles parus dans la presse et les médias suite à la cérémonie du 2 janvier 2011, en particulier celui de Media-part dont voici quelques extraits:

« L’ ANACR rend chaque année hommage aux dix maquisards assassinés par les nazis à la ferme de La Limatte, près de Signes dans le Var, le 2 janvier 1944. La cérémonie se déroule selon un protocole quasi-immuable : rassemblement et dépôts de gerbes au pied de la stèle où sont gravés les noms des martyrs et celui du berger venu les prévenir de l’arrivée des Allemands ; défilé dans les rues du village ; nouveaux dépôts de gerbes au monument aux morts ; recueillement dans le cimetière devant la tombe des Résistants ; enfin, discours et vin d’honneur dans une salle municipale. Cette manifestation annuelle, qui revêt un caractère sacré pour les Résistants, leurs familles et les amis de la Résistance du Var, attire toujours de nombreux élus auquel se joint le représentant du préfet.

Rien ne laissait présager que la dernière commémoration, le 2 janvier donc, donnerait lieu à un vif incident. Qui l’a provoqué ? Est-ce le discours iconoclaste de la présidente départementale de l’ANACR, Claude Roddier, résolue à dénoncer l’hypocrisie de ceux qui laissent « se dissoudre la France…..

Présents à la tribune aux côtés de Claude Roddier, le représentant du préfet et la députée de la circonscription, Mme Josette Pons, donnèrent très vite les signes les plus évidents d’une grande nervosité. La présidente continuant d’appeler un chat un chat, tous deux se levèrent bientôt pour quitter la tribune et la salle, marquant leur désapprobation. Situation inouïe que le maire de Signes, Jean Michel, écartelé entre ses devoirs protocolaires et ses propres engagements de fils de Résistant, eut bien du mal à arbitrer »…

Voici un extrait du discours de la présidente de l’ ANACR:

« M. le préfet, maires, conseillers généraux, régionaux, Mesdames et Messieurs les présidents d’associations, Chers camarades et chers amis de la Résistance;

 » Merci de votre présence fidèle, année après année pour commémorer le souvenir des 10 maquisards et du courageux berger Ambroise Honnorat abattus à la Limatte le dimanche 2 janvier 1944 au matin »……..

« La France libérée, libérée par nos alliés mais aussi par elle même, a pu mettre en place le programme pour lequel ces hommes avaient donné leur vie. Qu’en est-il aujourd’hui? Que penseraient-ils de nous s’ils pouvaient connaître notre monde et nos actions? Diraient-ils toujours “oui, je referais ce chemin”? ou ne se demanderaient-ils pas s’ils n’ont pas donné leur seule vie pour des hommes et femmes indifférents aux deux causes qui leur tenaient tant à coeur? Leur regard ne peut être que sévère ».

« Nous avons laissé se dissoudre la France dans un magma informe et nous sommes en train de laisser se dilapider toutes les conquêtes sociales acquises à la Libération »….

« Le CNR n’était-il pas un concentré de politique? Et l’union de toutes les familles politiques en son sein n’a-t-il pas été plus efficace que leur négation?…….

Mes commentaires personnels sur le discours de La Présidente de l’ ANARCR du Var.

J’ai participé, pendant de nombreuses années, en tant que Représentant des Autorités Militaires, aux cérémonies de la Limate du 2 janvier et du Charnier de Signes le 18 juillet.

18 JUILLET SIGNESJamais il n’y avait eu de discours politique qui n’avaient d’ailleurs pas lieu d’être en ces lieux de mémoire.

Fils de FFI et de l’Armée Secrète (AS), issu d’une famille de résistants de l’Oise (chef du maquis FTP « AN II  » de Ronquerolles )  et de Bretagne,  il était de mon devoir d’ancien combattant de participer aux cérémonies du souvenir en ces lieux.

Un clic sur le lien ci-dessous pour permettra d’accéder au récit sur le maquis de l’Oise.

Le dernier combat de l’AN 2, le vol noir des corbeaux…

AN IIJe regrette que la présidente de l’ANARC du Var  (fille du résistant Gleb Sivirine, alias « lieutenant Vallier ») puisse confondre une cérémonie du souvenir, à la mémoire des maquisards du plateau de Siou-Blanc avec un discours politique.

Ce n’était pas la tribune appropriée, ni le moment, ni le lieu.

La présidente de l’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance du Var aurait mieux fait de s’ inspirer des discours de Mme Gentil-Rossi  plein de dignité, exempt de politique car Il ne faut pas oublier que dans la résistance, toutes les opinions, toutes les tendances, toutes les religions et même toutes les nationalités étaient représentées.

Je la rejoints sur un point quand elle dit: »« Le CNR n’était-il pas un concentré de politique?Et l’union de toutes les familles politiques en son sein n’a-t-il pas été plus efficace que leur négation? »

Voici quelques exemples de diversité  dans la résistance de 1940 à 1945:

Robert Rossi, alias « Levallois », d’origine Belge, capitaine de l’armée de l’air, devient chef des Corps francs de la Libération. Il est nommé chef régional FFI de la région R2, à Marseille.

ZONES DE RESISTANCE 2Le 16 juillet 1944 il est arrêté par la Gestapo avec son épouse l’aviatrice Ida Genty-Rossi, suite a une dénonciation. Les corbeaux avaient encore frappés.

Il  est torturé, puis fusillé à Signes deux jours plus tard aux côtés de vingt-huit de ses camarades.

RossiQuelques exemples de cette pluralité de personnalités qui ont marqué la résistance française en commençant par le plus connu et le plus célèbre d’entre eux: « Max ».

Jean MoulinRol Tanguyacte de capitulationestienne dorves2avisOTTO KUHNEmanoukian

ViannayVous pouvez visionner l’histoire du maquis de Ronquerolles et du couple Viannay en cliquant sur le lien ce dessous

Le dernier combat de l’AN II

P ViannayCharles Tillongreves des bigoudènes 1926malrauxcolonel remyjl theobaldDE GAULLELes corbeaux pourront encore croasser,

Le chant des partisans,

Résonnera  toujours sur Siou-Blanc,

A la mémoire de ceux qui y sont tombés.

vol noir des corbeaux« Ami , entends tu le vol noir des corbeaux. »...

chant des parisants 2Ce chant inspiré d’ une complainte de Russie composée par Anna Marly à Londres en 1941.

Les paroles étaient écrites en russe, la langue maternelle de Anna Marly.

Capitaine de frégate (H)

Jean Claude QUIDEAU

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