La cité maudite, la chamelle de Dieu, les peuples disparus

hegraVoici l’histoire de la cité maudite, de la « chamelle de Dieu », ou des peuples ont disparus et ont été oubliés pendant 20 siècles .

Pendant plusieurs années, j’ai vécu et travaillé pour la marine en Arabie Saoudite. Durant mes séjours, je me suis passionné par l’histoire de ce pays qui plonge ses racines dans un passé archéologique très riche et très lointain, mais…. hélas!, méconnu.

Je vais essayer de vous dévoiler quelques facettes de ce pays appelé dans le passé « Jazeera al Arab » (l’île aux arabes).

ile aux arabes2Cette légende, lorsque j’étais en poste en Arabie Saoudite, me fut racontée par l’un de mes élèves, officier de la Marine Royale Saoudienne.

La cité Nabatéenne de « Pétra » en Jordanie, taillée dans une roche de grès rouge, est une destination touristique de premier ordre.

Alors pourquoi sa cité jumelle, dans le désert saoudien, a-t-elle si longtemps été ignorée ?

hegra2Cette cité appelée « Hégra » par les Romains est également construite dans des grès ocres-rouges par les nabatéens est tout splendide avec plus de 130 monuments, temples et sépultures diverses.

Il a y pour cela trois raisons essentielles :

–         L’ Arabie saoudite n’attribue pas de visas de tourisme, seuls les pèlerins qui vont à la Mecque et les étrangers détenteurs d’un « IQAMA » (permis de travail) peuvent entrer et rester sur le territoire. La liberté de circuler n’est pas permise sans une demande préalable auprès des autorités,

–         Le lieu est frappé par une ancienne malédiction.Cette   malédiction prend ses racines dans un « conte » (légende) qui figure dans le certains chapitres du Coran.

–         les méfaits de l’après 11 septembre 2001 concernant la sécurité dans le désert.

Le Coran comprend 114 chapitres dénommés « sourates ». Chaque sourates comprend un certain nombre variable de « versets ».

la légende est mentionnée dans la sourate 7  « El Araf »,  versets 71 à 73, et la sourate 15 « Al Hajir », encore appelée « des contes anciens », versets 80 à 84. La plupart des versets (dit tabous) ont disparus du Coran.

Le terme  » Al Hajir » signifie en langue arabe « l’entrave » et par extension,il signifie également « l’interdit« .

« Al Hajir » désigne le lieu d’habitations des « Thamouds » dans la vallée « d’ Al Qora »  à 400 km au nord de Médine et à 22 km au nord de l’oasis « d’ Al Ula ».

carte al ulaLes « Thamouds » sont les descendants des nomades « Aad » qui auraient survécu au déluge ?

La cité est connue de nos jours sous le nom de « Madaïn Saleh ».

Madaïn Saleh se trouve à 750 km au nord du grand port de Djeddah sur la Mer Rouge et à 300 km de Médine qui est la seconde ville sainte des musulmans.

carte hegraLa cité est située en plein désert dans la région connue sous le nom de « Al Hajir » sur une piste caravanière, le long du Wadi (oued) « d’Al Ula » . Cet endroit était également connu dans la bible sous le nom de royaume de « Dêdan ».

Image3La cité existe encore, mais ce  lieu est maudit pour les musulmans. Peu de gens y on accès, même encore de nos jours. Il est déconseillé aux musulmans de pénétrer dans ces endroits ou les Thamouds furent punis. 

Image1Image2Image1Image2Image8Image4Image4Image5Image9Image6chamelle de dieuImage7Image8Image9Image15Image16caravane

fuitetempête de sableciel rougeImage3

Image11Les Thamouds ayant disparus, un autre peuple pris possession des lieux abandonnés:

« Les Dêdanites ».

Le royaume de « Dêdan » est mentionné dans la bible et l’ancien testament vers le 6 ième et 5 ième siècle avant J.C.

Les « Dêdanites » étaient des nomades qui commerçaient avec la cité antique de Tyr (Phénicie) au sud du Liban actuel.  Ils décident de se sédentariser et s’installent dans l’oasis d’Al Ula pour contrôler le trafic caravanier. Il semblerai que les « Minéens » aient cohabité avec les Dêdanites dans la palmeraie d’ Al Ula.

Image12Plus tard, ils se heurtèrent aux « Babyloniens », qui les chassèrent pour s’approprier les subsides générés par le commerce de l’encens, des épices  et des métaux précieux.

Puis ce fut le tour des « Perses Achéménides » de mettre le grappin sur ce commerce lucratif.

Aux alentours de l’an 400 avant J.C. la tribu des « Liyanites » fut la suivante à réinvestir les lieux.

Cette tribu nomade venait du sud de l’Arabie, le Yémen actuel, qui fut par le passé dénommé « l’Arabie Heureuse » ou encore « Royaume de Saba » dont la reine était célèbre.

La reine de Saba est mentionnée dans la bible sous le nom de « Reine de Midi ». Elle figure également dans le Coran à la sourate 27 sous le nom de « Balqis ». La reine de Saba en plus d’avoir la beauté d’une « houri » (créature du paradis) était dotée d’une grande sagesse. Elle adorait les énigmes, dont celle ci:

 » quelle eau est parfois douce parfois salée ? »

sabaPuis ce fut au tour des « Nabatéens » vers l’an 300 avant J.C de coloniser la contrée. Le royaume des nabatéens qui étaient déjà puissants à l’époque des nouveaux pharaons d’ Égypte, « les Ptolémée ». Jusqu’en 100 avant J.C leur territoire ne cesse de s’étendre vers le Hauran en Syrie actuelle et une grande partie du désert du « Néguev ».

En plus d’être de formidable bâtisseurs, les nabatéens étaient d’habiles commerçants qui savaient profiter de leur puissant voisin, l’Égypte à qui ils fournissaient toutes sortes de produits:

– l’encens dont les prêtres égyptiens faisait une importante consommation,

– l’or et les pierres précieuses dont raffolaient les pharaons pour les temples et les statues,les épices et les plantes pour les médecins.

Pour les nabatéens, ce commerce était une affaire juteuse dont ils avaient le monopole.

Ils avaient de plus découverts dans le désert près de la « Mer Morte » un produit qui allait faire leur fortune: « le bitume ».

bitumeAu 4 ième siècle avant J.C., cette substance, était en passe de devenir le principal ingrédient utilisé par les prêtres égyptiens pour la momification. Ils en faisaient une énorme consommation. Momification vient du mot arabe « mumiyâ ».

Auparavant, les prêtres utilisaient de la résine aromatique récoltée sur les arbres et les buissons ainsi que le « natron » pour embaumer leurs morts.

Le « natron » est un carbonate de sodium qui se trouve à l’état naturel dans les terrains désertiques des pays chauds. C’est une roche qui ressemble à du sel.

natronA partir de cette date, pour faire face à la pénurie de résine, ils utilisent le bitume fondu qu’ils mélangent avec des aromates. Ils appellent ce bitume « merhit » (mrht), les arabes le nomme « al hummar ».

Ils trouvent ce bitume sous forme liquide dans des résurgences ou sous forme de roches noires solidifiées dans le désert.

Couché sur un papyrus ancien on a trouvé la recette de l’embaumement selon « Anubis », la déesse à tête de chacal: « remplir l’intérieur du crane avec du mrht, de l’encens, de la myrrhe, de l’huile de cèdre et du gras de veau ».

Les Nabatéens poursuivent leurs exportations vers l’Égypte durant tout le 1er siècle avant J.C. Le bitume était acheminé par caravanes de chameaux vers le nord jusqu’à la cité portuaire de Gaza, puis embarqué sur des bateaux en direction d’Alexandrie.

La conquête romaine

A partir de 62 avant J.C les romains font des incursions en terres nabatéennes, mais se retirent contre une rançon. Sept ans plus tard,Gabinius, un autre commandant romain envahi le pays. En fin de compte, l’Empereur Marc- Antoine soumis le royaume sous la tutelle de Rome.

royaume des nabateensCléopâtre persuada Marc-Antoine de lui attribuer le commerce des huiles bitumeuses en provenance du royaume nabatéen.

Elle contraignit les nabatéens à signé le premier contrat de sous-traitance connu au monde pour la colossale somme de 200 talents or par an (environ 80 000 000 € actuels).

A la mort de Cléopâtre et de Marc-Antoine en 30 avant J.C., l’Égypte devint une colonie de l’empire romain crée par Octave.

Les nabatéens conservèrent une sorte d’indépendance par rapport à Rome, mais la vieille coutume des embaumements ayant disparue, le commerce du bitume périclita.

L’empereur Trajan, décida de les intégrer dans la nouvelle province d’Arabie romaine avec Bosra (Syrie) comme capitale.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAle théâtre romain de Bosra au sud de la Syrie

Si les romains ne pratiquaient pas l’embaumement, ils avaient adopté une coutume moyen-orientale qui consistait à avaler du pétrole brut ou du bitume à titre de médicaments. On peut imaginer les « bienfaits » de cette médication.

L’ histoire d’une pharmacopée du Moyen-Age: »la mumia » (momie)

Au 12 ième siècle après J.C., l’Europe médiévale apprit que les Égyptiens avaient utilisés dans l’antiquité une mixture de bitume appelé « mumiya » par les arabes et qui était utilisée pour embaumer leurs morts, mais qu’ils l’utilisaient également comme médicament.

Dès lors des milliers de momies égyptiennes furent exportées d’Alexandrie vers Marseille et l’Europe.

Initialement le bitume en était extrait et fondu, mais plus tard, ce fut la momie entière qui fut broyée, réduite en poudre et vendue sous le nom pharmaceutique de « momie ». Cette substance usuelle, très recherchée, vint bientôt à manquer. Il n’y avait plus de vraies momies de disponibles sur le marcher.

Les marchants peu scrupuleux d’Alexandrie, pour faire du profit trouvèrent la solution. Sous l’appellation de « momie », ils expédièrent vers l’Europe des cadavres de criminels ou d’esclaves qu’ils avaient éviscérés, exposés dans le désert aux rayons brulants du soleil pour les vieillir et enfin qu’ils avaient  badigeonnés d’un peu de bitume.

Il ne faut pas s’étonner que cette pratique ait eu des effets désastreux en Europe et en particulier en France et en Allemagne ou elle contribua à la diffusion rapide de la peste noire.

Une petite parenthèse: de nos jours, la méthode n’a pas changée, pour faire du profit, certains n’hésitent pas de vendre de la viande de cheval à la place de viande de bœuf. Heureusement il n’y a pas pour l’instant de problème sanitaire comme au Moyen-Age, mais on parle déjà de viande avariée dans certains plats cuisinés?

Quelques belles vues des sites de Al Ula et Hégra

Les installations hôtelières de Madaïn Saleh

madain1madain2hotel madainMadaïn Saleh l’Hégra romaineles monuments funéraires

monuments funéraire 2le passagela tombe inachevéeles nichesLes alentours de Madaïn Saleh et Al Ula

madain3madain4A suivre as soon as possible

Jean Claude Quideau

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6 réflexions au sujet de « La cité maudite, la chamelle de Dieu, les peuples disparus »

  1. Une histoire étonnante doublée d’une légende sur un site archéologique magnifique qui n’a rien à envier à Pétra, la cité la plus connue des Nabatéens.
    Hégra est tout aussi splendide mais inconnue du grand public.
    J’ai essayé par mon récit de vous faire partager avec quelques photos ce site, qui de nos jours n’est pas ouvert aux « Tour Opérateurs » est c’est bien dommage.

  2. En poste au Yémen, j’ai parcouru la patrie yéménite de la route des caravanes de l’encens et de l’or. Lors d’un convoyage de valise diplomatique à Amman, j’ai eu l’occasion de visiter Pétra. Tout ceci me ceci me parle donc.

    • les rives de l’Odet son magnifiques et cette histoire des Espagnols m’a toujours passionnée. j’ai eu l’occasion de remonter en bateau jusqu’au port du Corniguel et les « vire-court » son impressionnants avec la marrée.J’imagine la galère avec des bateaux à voiles.
      JC Q

    • Je n’ai pas été au Yémen, mais en face à Djibouti.
      j’ai également été en poste durant plusieurs années en Arabie Saoudite. Je connais la côte ouest des caravanes qui venaient du sud avec l’encens en provenance du Yémen.
      Cette route était connue par les nabatéens qui ont construit Hegra et Petra.
      Cordialement

      JC Q

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