Le Crabe Mousse

crabe mousse San FranciscoŒuvre d’art située au bout du « pier 39 » (quai 39)  de San Francisco

Le quai 39 est le lieu de villégiature préféré des habitants de San Francisco avec ses bars, boutiques, restaurants et… ses otaries et ses  lions de mer qui se prélassent sur les pontons.

Une nouvelle histoire vécue, dont je garde en mémoire des souvenirs mitigés, les bons comme les mauvais.

Je dédie ce récit à tous les marins des « malamoks » du pays bigouden, et en particulier, à ceux de Lesconil.

Mousse du « Crap Melen » (Corail Jaune) GV 302 497

Photo de Christian Signor: le chalutier  « le Crap Melen » à Concarneau après vente .

On peut voir cette photo diffusée sur le site :

http://wwwbateaudepeche.net

Les modifications effectuées sur le « malamok » (chalutier) depuis sa construction en 1953:

– Un enrouleur de chalut à l’arrière à la place des potences appelées « fermes » qui étaient situées coté bâbord et qui servaient à virer les câbles (funes) du chalut pour le ramener le long du bord,

– des ailerons de part et d’autre de la passerelle, 

– un radar sur le toit de la passerelle.

Il a gardé son immatriculation du Guilvinec: GV 302497.

Voir le dessin de l’original dans la rubrique méthode de chalutage. Le chalutier « Crap Melen » après avoir été vendu à un armateur de Concarneau a été démoli en 1998.

AVANT PROPOS

« CRAP » & « KRANK »

« Crap » est le mot breton qui signifie « corail »

« Crap Melen » signifie « Corail Jaune »

« Krank » est le nom breton qui signifie « Crabe ».

Dans le pays bigouden, de Loctudy à Lesconil, lors des grandes marées, les petits crustacés abondaient  sous les cailloux, sous les goémons, et dans les trous d’eau que la mer avait laissées en se retirant.

Pendant la durée d’exondation (le retrait de la mer) des différentes parties de l’estran, il était possible de pécher à pied et d’accéder à des fonds qui la plupart du temps étaient inaccessibles.

Les crustacés les plus abondants étaient les étrilles. Les bigoudens les nomment « crabes cerises » à cause de la « couleur cerise » quand ils sont cuits.

On pouvait également dénicher sous les roches  les délicieux ormeaux, qui malheureusement, de nos jours continuent d’être pillés, mais également des petits crabes couverts de mousse appelés « toulourous », que l’on peut traduire par « tout est roux »

Dans le pays bigouden, ce crabe est considéré comme étant une espèce à part, bien que ressemblant globalement à l’animal adulte.

En réalité, le « crabe mousse » est bien la forme juvénile de l’araignée (maja squinado).

CRABES MOUSSE

Des années 1920 à 1960,  le port de Lesconil était réputé pour ses « caseyeurs » qui allaient pêcher les crustacés le long de la côte des rochers des « Inizan » aux roches traitres des « Etocs » devant le Guilvinec.

Les endroits les plus propices étaient situés vers les rochers aux noms parfois étranges donnés par les pêcheurs : « Ar Char » (la charrette), les « fourches », « Ar  Guisty » (les putains) pourquoi un nom aussi évocateur pour désigner des roches ? Côtoyer des péripatéticiennes pourrait en effet être dangereux… »putains de roches!.. »

carte lescoChaque bateau avait plus d’une centaine de casiers. Ils ramenaient quotidiennement des centaines de kilos de tourteaux, araignées et bien sûr les homards bigoudens. Je me souviens avoir entendu mon grand-père annoncer 800 kilos de crustacés dans une journée, ce qui était remarquable. De nos jours, quelques dizaines de kilos sont ramenés à terre quotidiennement.

Les casiers, sortes de nasse en bois étaient fabriqués à la main par les pêcheurs eux même durant l’hiver.

Ils étaient faits  en osier ou en lames de châtaigniers pour les pêcheurs bigoudens.

Les casiers de mon grand-père

Mon grand- père les fabriquait dans un petit appentis sur le pignon de la maison, mais quand l’hiver était rude, il se repliait dans la petite cuisine qui était chauffée avec un poêle à charbon. Il y passait toutes ses matinées et après-midi à fabriquer ses casiers.

Sur le cliché des années 1950, totalement à gauche, on peut apercevoir mon grand-père qui répare un de ses casiers, son frère est accoudé derrière lui. A l’arrière plan la grande maison de deux étages de mes grand-parents (en sombre).

Son frère Sébastien, en faisait de même dans sa maison face au Ster et au Sables Blancs.

Quand les beaux jours arrivaient, ils étaient fin prêt pour larguer leurs filières de casiers entre Goudoul et les Etocs.

Les brins de châtaigniers étaient préparés par un « feuillardier ». Celui ci coupait les branches (tiges)  de châtaignier en deux pour obtenir un « feuillard » qui pouvait facilement être plié jusqu’à former un cercle.

Les casiers étaient montés sur un gabarit pour lui donner sa forme.

Deux formes principales de casiers:

types de casiers–          Le casier rond

–          Le casier cylindrique

Dans la partie haute un entonnoir permettait au crustacé de s’introduire dans le casier, mais il ne pouvait plus en sortir.

Étapes de la construction d’un casier rond

Pierre Marie Quintric, mon grand-père fabriquant ses casiers ronds

Les différentes  étapes de la construction des casiers

Les casiers étaient lestés avec deux pierres, à l’intérieur, pour lui permettre de descendre verticalement au fond de l’eau de rester stables avec son entonnoir vers le haut.

Dans les casiers, les pêcheurs accrochaient sur un lacet différent types de poissons qu’ils nommaient la « boëtte » pour attirer les crustacés dans la nasse , en général des chinchards car ceux-ci  n’avaient pas beaucoup de valeur marchande. Ils conservaient la « boëtte » dans des barriques avec de la saumure. Au bout de quelques jours la « boëtte » fermentait et sentait le « nuok mân » qui plaisait bien aux crabes. Il faut dire que les crustacés sont considérés comme les charognards des océans.

Les chinchards, que certains jours, les malamoks ramenaient par tonnes étaient pratiquement tous rejetés à la mer sauf la  partie qui était réservée aux caseyeurs attitrés.

Le chinchard, dont le prix a fortement grimpé de nos jours, l’espèce se faisant plus rare, est utilisé pour donner un goût âpre aux soupes de poissons. Il n’est pas recherché par les connaisseurs car plein d’arêtes.

Les casiers étaient  immergés l’un après l’autre en filière de 10 à 40 casiers.

A chaque extrémité de la filière une bouée surmontée d’un mât avec un pavillon de couleur permettait aux pêcheurs de retrouver sa filière.La filière était maintenue en place sur le fond au par des lests de pierres.

Chaque casier était maintenu à la filière par un « orin » (corde de chanvre).

La filière de casiers

Un retour en arrière dans le pays bigouden dans les années 1960

Pont l’ Abbé

Nous sommes à la fin du mois de juin 1961, ce vendredi après-midi, un beau soleil inonde la cour,  l’effervescence règne au Lycée Laennec, les élèves se précipitent vers la sortie ou dans les différents cars qui sont stationnés  devant les réfectoires.

C’est les grandes vacances, les mines sont radieuses, car beaucoup envisagent le farniente à la plage et les bains de mer.

Je suis, est bien moins joyeux que la plupart de mes camarades, car les vacances   qui s’annoncent seront bien moins reposantes et festives que celles de ses compagnons de classe.

Ce n’est pas pour me réjouir, car je m’en vais pour deux mois vers un monde totalement inconnu et que j’appréhende un peu:

celui des marins pêcheurs et plus particulièrement celui des chalutiers, les fameux  « malamoks ».

Lesconil

Dans les années 1960, le petit port de pêche de Lesconil comprend  plus de cinquante « malamoks », qui s’en vont, de bon matin, pêcher les poissons et surtout les  langoustines au large dans le golfe de Gascogne entre les Glénan et la pointe de Penmarc’h.

Le métier est rude et la pêche se fait au chalut de fond, à la traîne.

La méthode du chalutage des années 1950/1960

Chalut classique à Lesconil quai Ouest dit de Langoguen (Langogen).

Chalut en réparation quai Est coté Men « Ar Groaz »

Le Guilvinec

L’entrée du port, la criée

Après une visite médicale pour déterminer l’aptitude à la mer au quartier Maritime du Guilvinec (GV) , me voilà inscrit maritime,  mousse du « Crap Melen » (corail jaune).

Je n’avais  pas encore 14 ans.La visite médicale effectuée, il faut maintenant s’équiper de la tête en cape en « marin ».

Direction la coopérative maritime de Lesconil.

Pour une semaine à la mer, un couchage s’avère indispensable. Me voilà donc avec une espèce de grand sac rustique en toile de jute qu’il faut remplir de paille.

Mon grand-père s’en charge en le bourrant le plus possible pour éviter qu’au bout d’un certain temps, avec le poids de se retrouver au contact des planches du fond de la couchette.

La « paillasse » (nom donné au couchage) est fin prête.

Ma valise se remplie des affaires indispensables pour une semaine de mer :

Un tablier jaune pour remonter le chalut sans se salir et se mouiller et pour trier les poissons et les langoustines

Un ciré jaune avec pantalon et vareuse,

vareuses et pantalons en coton bleu,

Des bottes en caoutchouc,

Un bonnet de laine et surtout le fameux Opinel pour étriper les poissons.

Toutes sortes de petits linges et quelques boites de conserve dont l’indispensable pâté Hénaff.

La valise est pleine à craquer, il va falloir y aller.

J’ai gardé précieusement cette relique en osier.

Le Corail Jaune (Crap Melen)

corail jauneLundi, le rendez-vous est à 02h00 du matin sur la place de la Poste à Lesconil, le taxi « Biger », nous conduit sur le port de Loctudy.

Loctudy

De nos jours, les quais de la criée, sont la plupart du temps déserts.

Le « Crap Melen » est à couple de la « Berceuse II » autre chalutier de Lesconil, qui lui aussi, vendait sa pêche à Concarneau.

BERCEUSE iiLa « Berceuse II » de  Louis Primot à quai à Loctudy

Il y avait à cette époque cinq « malamoks » de Lesconil qui chalutaient entre l’archipel des « Glénan » et l’île de Groix : en plus du « Crap Melen » d’André Le Pape, de la « Berceuse » de Louis Primot, il y avait la « Marseillaise » de Louis Le Fur, le « Réséda » de Corentin Durand et le « Kerdalaie » d’ Elie Percelay.

Je n’ai jamais bien compris pourquoi, ces cinq chalutiers de Lesconil, vendant leur prises à Concarneau durant toute la semaine étaient basés à Loctudy. A cette époque il n’y avait pas de quota de pêche.

Tous les lundi de très bonne heure (02h00), il fallait faire appel au taxi « d’Albert Biger » qui nous attendait sur le parking de la poste à Lesconil pour nous conduire sur le port de Loctudy…c’était à mon sens une aberration. Il aurait été plus judicieux d’appareiller directement du port de Lesconil vers les lieux de pêche situés derrière Les Glénan. La mise à l’eau du chalut se faisait en général près de la « basse jaune ».

« Dédé » Le Pape, le patron,  tel un « grand échassier  » à la porte de la passerelle, toujours avare de mots, jamais un sourire, même quand la pêche était bonne, donne l’ordre de larguer les amarres.

Les amarres aussitôt retirées, le Crap Melen s’écarte du quai et s’élance lentement vers la sortie du port. Le moteur de 120 CV Baudouin s’ébroue en lâchant des volutes de fumée noires.

Louis Chaffron, le mécanicien, le visage écarlate, boudiné dans sa vareuse délavée, le pantalon lacé sous une bedaine proéminente, sort tel un mineur de fond du poste moteur.

Une odeur d’huile  et de gaz oïl envahie totalement le poste d’équipage.

Nous laissons la tourelle de la Perdrix sur tribord et déjà le chalutier se balance bord sur bord.

Je rejoins le poste avant ou se trouve ma paillasse, parmi les chaluts de rechange, les câbles pleins de graisse, les poulies huilées, les panneaux et toutes sortes de matériel de secours en cas de casse.

L’ odeur est insupportable,et j’essaye de trouver un sommeil qui n’arrive pas, mais plutôt une nausée de cet endroit qui sera ma couchette durant toute la semaine. J’en éprouve déjà une aversion pour cet endroit qui m’est révolu. J’en garderai de très mauvais souvenirs.

Les zones de pêche du Crap Melen étaient toujours les mêmes, situées entre l’archipel des Glénan et l’île de Groix autour du plateau de la « Basse Jaune ».

carte basse jauneLa zone était vaste, mais pratiquement toujours en vue de terre pour pouvoir se repérer avec les amers et les points remarquables tel que les phares de l’île Penfret et celui de l’ile de Groix.

Concarneau ( KONQ KERNE)

la ville close

Le quai de débarquement des poissons et la criée

Les escales à Concarneau était plutôt brèves. Le temps de débarquer la pêche durant la nuit qu’il fallait repartir aussitôt en mer.

Une seule fois, pour cause de tempête, la flottille des malamoks lesconilois fut clouée au port pendant une journée entière.

Certains en profitèrent pour faire un tour en ville, pas très loin, juste derrière la criée. Après avoir traversé les rails du chemin de fer, il y avait des marche-pieds réalisés avec des caisses de criée, pour passer sans encombre. On arrivait, après avoir passé la route  directement  dans le quartier de prédilection des dockers et des marins, celui « des bars à matelots »…interdits aux « mousses »…

De nos jours, l’ilot n’a pas beaucoup changé.

Avec d’autres jeunes marins des chalutiers lesconilois, nous nous rendîmes à  « l’École de Pêche » maintenant appelée  « École des Formations Maritimes » de l’autre côté de la ville close.

Cette école existe toujours et elle regroupe toutes les formations maritimes.

Le grand bâtiment austère de l’école de pêche

Le samedi matin après avoir débarqué la pêche du jour, et avoir reçu le « billet rose » du montant des ventes de la semaine, nous appareillons en direction de Loctudy en longeant la côte au plus près. Après la pointe de Beg-Meil, celle de Mousterlin, la traversée de la baie de Benodet, nous voila devant la tourelle de la Perdrix que nous laissons cette fois-ci sur tribord pour accéder au port de Loctudy, notre point de départ.

Pendant cette traversée, on en profitait pour ranger le chalut le long du bord, laver le pont, les caisses de langoustines et nettoyer le minuscule carré. On en profitait aussi pour faire un brin de toilette, car après toute une semaine, la barbe naissante avait envahie la figure et tout le corps était imprégné de l’odeur des poissons. l’habit de coton pouvait tenir debout tout seul avec tout le sel séché qui le raidissait.

Le « Crap Melen » comme les autres « malamoks » de cette époque, n’étaient  pas équipés de lavabos ni même de toilettes. Il fallait se débrouiller pour  faire ses besoins assis sur le bastingage accroché aux haubans, le pantalon à « mi-drisse ». La position n’était pas des plus confortable et de plus très risquée à cause des coups de roulis qui vous amenaient les fesses dans l’eau avec le risque de vous faire basculer par dessus bord.

On faisait  également très attention à la direction du vent,  pour éviter que les papiers ne virevoltent vers la passerelle  et viennent se coller sur les vitres ou plus grave encore,  sur la casquette du patron. Cela était déjà arrivé et vous pouvez vous imaginer sa colère . Inutile de vous dire que l’on ne s’attardait pas le moins du monde dans cette position. Pas le temps de lire le journal, les nouvelles n’étant d’ailleurs pas fraîches, mais l’eau de mer, oui…

Arrivée à quai à Loctudy, plein de gas-oil, vivres pour la semaine suivant et départ en taxi vers Lesconil.

Le samedi après-midi vers les 16h00 , rendez-vous dans un des nombreux bars pour les comptes et le partage de la paie.

Tout d’abord, tous les frais (gas-oil, vivres, abonnements radio, etc..) étaient déduits de la somme globale des gains de la pêche.

La somme restante était divisée en deux. Une moitié pour le patron, le reste pour l’équipage.

Dans cette part le patron avait  également une autre part et le mousse 1/2 part.

la moitié dévolue au patron, armateur, était réservée aux remboursements des crédits pour  l’achat du bateau, des frais divers et fortunes de mers comme une perte de chalut ou le remplacement de matériel (moteur, panneaux, câbles etc..). Inutile de préciser que les patrons faisaient très attention à ne pas perdre de matériel. Sur le Crap Melen, « Dédé » n’allait pas souvent « caresser la roche » ou se nichent pourtant les langoustines. Il préférait faire des coups de chalut de trois heures sur des zones sablonneuses ou les risques sont quasiment nuls à moins de rencontrer une épave , mais à contre partie, les prises ne sont pas terribles…à croire que cela suffisait…routine quand tu nous tiens.

Comme le dit si bien l’adage: « qui ne tente rien n’a rien ».

Deux ans plus tard, sur un autre malamok, j’ai pu voir que le risque payait, mais cela est une autre histoire.

L’été suivant me revoilà toujours mousse sur le « Crap Melen », mais je n’ai plus aucune motivation pour ce bateau et ce sera ma dernière campagne de pêche à Concarneau.

LESCONIL, ÉTÉ  1963 SUR « LA MARYSE FRANÇOISE » GV 7859

Photo Philippe Malepertu sur le site:

http://www.bateauxdepeche.net

De novice à matelot sur un autre « malamok » de Lesconil:

« La Maryse Françoise » GV 302 582

On peut noter que l’immatriculation a changée dans les années 1980

Le chalutier Maryse Françoise à été construit en 1959 dans les chantiers « Le Cœur » situés en plein centre de Lesconil. Les membrures terminées, le bateau remplissait entièrement la cour du chantier. A se demander comment allait t’ on le sortir de cet espace pour rejoindre le port en passant par la grande rue puis celle plus étroite encore devant l’ex pharmacie.

C’était un samedi de 1960, tous les habitants de Lesconil suivaient les opérations. Cette immense coque vide reposant sur deux chariots traversant le village tractée par un vieux camion.

Il fallait parfois lever les fils électriques et téléphoniques pour permettre le passage.

La mise à l’eau,  après baptême, s’effectua sans problème majeur et le nouveau chalutier flotta très haut sur l’eau, il était totalement vide et le bois était bien sec.

En compagnie de Gérard, frère du patron, nous fûmes parmi les premiers à monter à bord. Comme quoi le destin fait bien les choses car j’étais loin d’imaginer qu’un jour j’embarquerai comme novice puis matelot pendant quatre été sur ce tout nouveau chalutier.

Je fut impressionné de voir toutes les membrures de la proue à la poupe sans aucune cloison, un beau et grand vide, un travail majestueux qui faisait la réputation des chantiers Le Cœur. Ce fut leur dernière grande réalisation.

Ce qui ne changeait pas pour moi contrairement à tous mes camarades qui rentraient tous les soirs chez eux, une semaine complète à la mer.

Les cales pleines nous débarquions notre pêche durant toute la nuit du samedi à la criée de Guilvinec avant de faire route au plus près des côtes vers Lesconil.

Ce qui a changé: Tout !…ou presque !… la Maryse Françoise était considéré à cette époque comme le meilleur chalutier de Lesconil.

La « Maryse », comme tous les habitants de Lesconil l’appelait était basé à Lesconil, juste devant la maison familiale. Je n’avais qu’une centaine de mètres à faire pour être à bord ce qui est appréciable.

Le lundi, le départ en mer est bien plus tôt que sur le « Crap Melen » car les zones de pêche sont plus lointaines, quatre heures de route en général. Il n’était plus question de se positionner avec les amers en vue des côtes.

Le chalutier était équipé de matériel le plus performant pour l’époque: « le système de radio navigation DECCA « .

Le système de radio navigation a été inventé par l’ américain J. O’ Brien en 1941 et développé par les anglais de « Decca Radio et Télévision de Londres ».

Il a été utilisé pour la première fois pour le débarquement en Normandie. Il permettait aux navires et aux aéronefs de se  positionner correctement, par rapport au fond, dans le dispositif du « D » Day.

Le « DECCA » n’était pas la panacée, car il était assujetti à des transmissions de stations à terre situées dans des positions différentes qui émettaient des signaux radio à différentes fréquences. Le recoupement des droites de  ces signaux donnait un point ( un fixe) plus ou moins précis.

Le système DECCA est composé de stations terrestres organisée en chaînes.

Chaque chaîne comporte une station maître (master) et trois (parfois deux) stations esclaves (slaves), repérées en jargon Decca « Rouge », « Vert » et « Violet ». Idéalement, les esclaves seraient aux sommets d’un triangle équilatéral, et le maître au centre.

Le Decca utilisait initialement des ondes continues sur quatre fréquences entre 70 et 130 kHz.

La station  « master » (maître) émettait ses signaux radio sur la fréquence de 85 Khz.

les stations  » slaves » (esclaves) transmettaient les ondes:

– Le rouge entre 112 et 115 Khz

-Le vert entre 126 et 129 Khz

                                                                                – Le violet entre 70 et 72 Khz

Le positionnement des navires par rapport aux fonds marins a été tout de suite appliqué par les chalutiers, à condition d’avoir de bonnes cartes. Ces cartes, vierges à l’origine se complétaient petit à petit avec les acquis et les expériences, les bonnes comme les mauvaises: chaluts déchirés sur la roche, et parfois même perte totale du matériel de pêche.

Le chalutier devait suivre les trois phases relatives entre la fréquence maître et les fréquences secondaires (esclaves). Il a été perfectionné dans les années 1970.

Récepteur DECCA MARK 12

Pour déterminer le point, on mesure le déphasage entre les signaux issus de la station maître et ceux issus de chacun des esclaves. La taille du triangle constitué par les intersections des hyperboles renseigne sur la précision du point : plus la surface du triangle est petite, plus la précision est bonne.

Le jour, ces erreurs allaient de quelques mètres sur une ligne de base à un mille en limite de portée. La nuit les erreurs augmentaient.

Les chaînes Decca sont aujourd’hui arrêtées.

Ce système étant devenu obsolète à été remplacé par le LORAN C, puis par le GPS.

Le patron, aimait les risques et n’hésitait pas à slalomer, grâce au positionnement en temps réel du malamok donné par les hyperboles du Decca, entre les pointes de roches, pour dénicher les bons coins ou se cachent les langoustines.

Exemple de carte DECCA renseignée par le patron du chalutier

Je me souviens très bien des changements de cap très marqués avec pleine puissance pour contourner les zones critiques et éviter ainsi que le chalut ne « croche » les roches et ne soit déchiré.

A cette époque les chaluts étaient encore fabriqués en chanvre et au moindre accrochage avec le fond ils filaient presque comme des bas de soie. Plus tard les mailles des chaluts furent conçues en fils de nylon ( cristal) plus résistants.

Mon ami Guy le Brun en plein travail de « ramandage » sur un chalut de fond

J’ai parfois vu près de nous au large de Penmar’ch les gros chalutiers soviétiques de pêche par l’arrière qui venaient taquiner la langoustine avec des chaluts avec mailles en fils d’acier.

Ils ne se préoccupaient pas des zones de roches.  Ils dévastaient tous les fonds marins en dehors des zones territoriales françaises des 12 miles. C’est durant la convention de Genève en 1958 que le droit de la mer fut codifié avec les notions de « mer territoriale », « zone contiguë » et « haute mer ».

La Zone Exclusive Européenne (ZEE) n’existait pas encore.

La ZEE trouve son fondement juridique dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (signée le 10 décembre 1982 à Montego-Bay ).

Dans la zone économique exclusive, l’État côtier a :

– des droits souverains aux fins d’exploration et d’exploitation, de  conservation et de gestion des ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, des eaux subjacentes aux fonds marins, des fonds marins et de leur sous-sol, ainsi qu’en ce qui concerne d’autres activités tendant à l’exploration et à l’exploitation de la zone à des fins économiques, telles que la production d’énergie à partir de l’eau, des courants et des vents,

– juridiction en ce qui concerne la mise en place et l’utilisation d’îles artificielles,      d’installations et d’ouvrages, la recherche scientifique marine, la protection et la préservation du milieu marin. »

Ce que beaucoup de gens ignore c’est que la France se classe en deuxième position en surface totale de ZEE grâce à toutes ses îles , départements et territoires d’Outre-mer:

– États-Unis : 11 351 000 km2

– France : 11 035 000 km2

– Australie : 8 148 000 km2

– Russie : 7 566 673 km2

A noter que les États-Unis n’ont toujours pas ratifié cette convention.

Le travail sur « la Maryse » n’était pas facile avec un patron « droit dans ses bottes » sur de lui, très exigeant, mais juste.

Nous étions toujours les premiers pour partir en mer, le lundi peu après minuit vers 01h00 ou 02h00 du matin. Dur dur, lorsque l’on est jeune et qu’il y a le bal du dimanche soir qu’il faut quitter pour enfiler ses habits de coton, prendre son panier et monter à bord.

Les quatre heures de route à la barre du chalutier me paraissaient  une éternité et souvent les paupières qui se faisaient lourdes se fermaient de temps en temps.

Heureusement la radio permettait de rester veiller pour tenir le cap et retrouver sur le DECCA , la position prévue pour effectuer le premier coup de chalut avant le lever du soleil.

Une petite anecdote de mon passage sur le chalutier Maryse Françoise qui restera à jamais gravée dans ma mémoire.

J’avais pratiquement terminé un quart de près de quatre heures. le jour n’était pas encore levé, mais Il faisait un peu plus clair. La tête était lourde après toutes ces heures passées à la barre, qui n’était pas hydraulique comme maintenant, mais à chaînes.  Il fallait sans arrêt compenser d’un bord ou de l’autre, ce n’était pas aisé.

Un « coup de pompe », j’ai du m’assoupir quelques secondes, j’ouvre les yeux et, devant moi,  à quelques centaines de mètres, des flashs blancs très rapides, apparurent soudainement devant l’étrave du chalutier.

Je ne me pose pas de questions et je tourne rapidement la roue de la barre à fond sur la droite, le chalutier fait un tour complet. Je regarde dans la direction des occultations et  je m’aperçois qu’ il s’agit  du kiosque d’un sous- marin qui venait de faire surface sous mon nez. Heureusement nous étions en paix et je n’ai pas eu à redouter d’un tir de torpille.

J’ai eu une belle frayeur mais je reprends mes esprits et mon cap après avoir fait une grande boucle pour éviter le sous-marin qui semble maintenant stoppé.

Il s’agissait d’un des sous-marins basés à cette époque à  Lorient. Sans doute un sous-marin de 1600 tonnes du type « Narval », car ce type de sous-marins étaient basés à Lorient à partir de 1958.Les classes « Daphné » de 800 tonnes ne le seront qu’à partir de 1964 et les quatre classe « Agosta »  de 1500 tonnes à partir de 1984.

Voici une autre anecdote, que m’a racontée Louis Primot, lors d’une journée de mer avec lui sur son chalutier la « Berceuse II ».

La « Berceuse » et le « Requin »

Le 1er avril 1963, le chalutier « la Berceuse II » de Lesconil est en pêche dans le Sud-Ouest de l’archipel des Glénan au large de l’île de Groix.

Ce malamok fait partie, comme le « Crap Melen » de la flottille de chalutiers de Lesconil basés à Loctudy qui vendent le produit de leur pêche à Concarneau.

Le chalutier la « Berceuse II » se trouve alors à 12 milles dans le sud-sud-ouest de Groix.

C’est le premier coup de chalut, il fait encore nuit.

La Berceuse  vient de filer son chalut de fond avec 200 mètres de funes. Les câbles sont pris dans le chien et la traine vient tout juste de commencer quand le bateau  ralenti brusquement, le moteur force. Le patron, Louis Primot pense que les panneaux sont pris dans un fond vaseux. Il pousse la poignée des gaz, sans effet et s’apprête à stopper quand tout à coup, le chalutier effectue un quart de tour sur lui-même. Le bateau se couche sur tribord, son plat bord sous l’eau, la mer l’envahit jusqu’à la passerelle.

« Lili » Primot, ne perd pas son sang-froid et donne  l’ordre de laisser filer les funes.

A peine cet ordre exécuté, le navire est entraîné en marche arrière à grande vitesse de l’ordre de 12 nœuds.

Le patron n’a plus le choix, il faut tout larguer pour sauver le bateau.

Il ordonne de dévider les funes jusqu’au bout et lorsque le treuil sera vide de mettre une bouée à l’eau  pour marquer l’emplacement du matériel pour essayer de le récupérer plus tard.

Si la « Berceuse », vient d’être malmenée plutôt que d’être bercée, c’est qu’elle vient de faire une prise sensationnelle, un requin, mais pas n’importe lequel car il s’agit du sous-marin le « Requin » basé à Lorient qui effectuait un exercice de plongée dans les parages.  Le sous-marin fit aussitôt surface.

Le « Requin »  S 634,  était un sous-marin classique de 1600 tonnes  de type « Narval ». Long de 78 mètres avec un équipage de 64 marins. Il pouvait atteindre une vitesse de 18 nœuds en plongée.

Il fut mis à flot en 1955, en service en 1958, désarmé en 1996 et coulé comme cible au large de Toulon. Il était durant cet épisode commandé par le lieutenant de vaisseau Japy.

La Berceuse qui n’a pas subi de dommage, seulement quelques frayeurs pour le patron Lili Primot et son équipage regagna le port de Loctudy pour faire son rapport aux Affaires Maritimes et signaler la perte de son matériel.

Cet épisode qui eut  lieu un 1er avril, n’était pas un poisson, même s’il en portait le nom.

Il s’agissait bien du « Requin » le sous-marin de  1600 tonnes basé durant cette période à Lorient Keroman.

Il n’y a plus de base sous marine à Lorient, mais par contre on peut visiter à la base des sous-marins de Keroman un sous-marin du même type: « Le  Flore » ainsi que la « Cité de la voile » Eric Tabarly qui jouxte l’ex base sous-marine.

Les sous-marins francais ont également déserté cette base construite durant la dernière guerre par les allemands pour protéger leurs  « U-Boat » qui semaient la terreur dans les convois alliés en Atlantique.

La base idéalement placée servait même d’amirauté pour la flotte sous-marine sous les ordres de l’Amiral Dônitz.

La flottille des « U-boat » de la base sous-marine de Lorient

L’amiral Donîtz s’installe avec tout son état-major en face le la base sous-marines.

Les trois villas de Kernevel (Kerozen, Margaret et Kerlilon) sont réquisitionnées.

Ces trois villas,  Kerozen (1850), Margaret (1896) et Kerlilon (1899), furent construite dans la  deuxième moitié du XIX éme siècle par des armateurs de la pêche à la sardine, présidents de la chambre de commerce de Lorient et apparentés aux plus grandes familles de la bourgeoisie lorientaise.

LA VILLA KERLILON  dite « CHÂTEAU DES SARDINES »

Que signifie ce terme ?

Y aurait-il un rapport avec les poissons ?

Ou un rapport avec les galons des officiers?

Dans la Royale l’équipage dénommais les grades de leurs officiers au nombre des «sardines » Certains pourraient croire que ce nom donné à  la villa vient du fait qu’il  a  eu beaucoup de gradés qui y habitaient.

Les grades des officiers au nombre de  leurs « sardines »:

–          Une sardine correspondant à un galon, Enseigne de Vaisseau,

–          Trois sardines, lieutenant de vaisseau  etc…

Que nenni, en réalité ce nom  vient de la réussite des Armateurs lorientais de la pêche à la sardine qui habitaient ces lieux, à Larmor Plage, en face de Lorient, signe ostentatoire de leur réussite.

Trois villas, faisaient face au front de mer avec pour horizon le fort Saint-Louis à l’Est et le port de pêche au Nord. De leurs villas les armateurs pouvaient surveiller les départs et les arrivées de leurs navires au port de pêche de Lorient Keroman.

La villa Kerlilon était utilisée comme de  poste de commandement de la poche de Lorient par l’Amiral Dönitz.

Après la guerre, les villas sont louées par la Marine Nationale qui y abrite son État- major. En 1956, la Marine achète les villas Kerlilon et Kerozen.

Depuis 1945, la villa Kerlilon sert exclusivement de résidence à l’Amiral commandant l’arrondissement maritime de Lorient.

La villa Margaret fut rendue à ses anciens propriétaires. « Cap Lorient » rachète la villa pour la transformer en un sympathique bar du port de plaisance de Kernevel ou règne encore l’atmosphère des sous-mariniers des « U-Boat »

Le parc devant Port-Louis est très agréable avec tous les mouvement des bateaux de toutes tailles qui rentrent et sortent des ports de Lorient.

Pour ceux qui sont intéressé par cette histoire suivez le lien:

https://kermokostories.wordpress.com/le-chateau-des-sardines/

Après cet épisode lorientais, retour en mer sur la « Maryse »

Les semaines passaient rapidement, le moteur ne s’arrêtait pratiquement jamais.

Les journées de travail dépassaient les 18h00 et parfois plus, sans que personne ne se plaigne. La nuit était courte, entre quatre et six heures et encore fallait il assurer, à tour de rôle, un quart de deux heures. Il nous est arrivé de faire du non stop 24/24 pour pêcher les baudroies.

la baudroie communément appelée lotte

Le débarquement au Guilvinec était alors assez impressionnant avec toutes ces rangées de caisses de lottes de toutes les tailles alignées sous la criée.

Les autres patrons pêcheurs de Lesconil étaient incrédules de voir cette pêche, alors que leurs prises étaient dans la norme. Sébastien Cosquer le patron de la « Maryse » était un peu casanier et la discrétion était son crédo.

Une autre anecdote de pêche sur la « Maryse »

Je me souviendrai toujours de ce fameux lundi.

Nous avions quitté le port de Lesconil de très bonne heure pour une semaine de mer.

Quatre heures de route comme d’habitude vers le  large de Penmarc’h.

Mise à l’eau du chalut et trois heures de traine. Serge  veille « au chien » pour ce premier coup de chalut de la semaine.

Être de   » chien » Quesako ???

Quelle galère que d’être lié à une chaîne comme un pauvre toutou qui doit en plus aboyer quand il ressent des secousses sur les câbles. Les secousses sont engendrées par les chocs des panneaux sur de la roche.  quand cela survient, il y a danger pour le chalut car il risque d’accrocher et de se déchirer.

Le chien est une pièce d’acier qui encercle des deux « funes » (câbles reliant les panneaux) comme dans une mâchoire.Les deux câbles sont prisonniers l’un au dessus de l’autre. L’homme de chien en enserrant les deux câbles dans sa main ressent tous les vibrations et les chocs sur l’un ou l’autre des câbles ou parfois les deux. On peux donc déterminer quel panneau, celui de  bâbord ou de tribord transmet les coups par l’intermédiaire des funes quand l’un ou l’autre des panneaux rencontre un plateau rocheux.

Le patron vire aussitôt de bord  pour éviter que le chalut de croche dans la roche et se déchire.

Quand les deux panneaux tapent en même temps c’est  qu’il n’y a plus d’échappatoire possible et qu’il faut stopper au plus vite et virer le chalut en faisant route inverse.

Panneau classique des années 1960

Les funes (câbles) permettent de filer le chalut jusqu’au fond et de le remonter au bout de deux ou trois heures de traîne appelé « trait de chalut ».

Au bout des trois heures le chien est largué et on commense à virer le chalut.

Les panneaux sont fixés aux « fermes » (potences) par des chaines qu’aussitôt le « cul » du chalut remonte à la surface rempli à ras bord de gros poissons gonflés d’air par une remontée à la surface trop rapide.

Le chalut ressemble a une grosse baleine qui se balance au gré de la houle.

Panneau divergents utilisé de nos jours

L’embarquement à bord se fait par palanquées successives,le pont et les deux coursives sont pleines de lieux frétillants jusqu’au milieu du bastingage.

Lieu jaune polachius-pollachius

Le lieu jaune est un excellent poisson et les meilleurs d’entre eux sont ceux de petites tailles péchés à la ligne devant la grande plage et le rocher de l’éléphant blanc.

Les tonnes de lieux à bord, il ne restait plus qu’à les vider et les mettre en cale. Celle ci  fut vite remplie et nous n’avions plus assez de caisses pour le reste de cette pêche miraculeuse.

Il n’était pas question de faire une semaine de mer avec tous ces lieux jaunes sur le pont et le patron Sébastien décida de faire route terre vers Lesconil.

La petite criée de Lesconil fut pratiquement remplie de caisses de lieux de « La Maryse ».

Vente en ligne à la criée dans les années 1960

La semaine étant largement gagnée par ce seul coup de chalut, le patron décida de mettre le bateau au sec pour un toilettage et une peinture complète des œuvres mortes (tout se qui se trouve sous la ligne de flottaison) et des œuvres vives (tout ce qui est au dessus).

La « Maryse » se prépare pour une nouvelle peinture, le nettoyage a débuté.

Tous les étés de mes années Lycée à Pont-L’Abbé, je les ai passés en mer sur la « Maryse Françoise « . Une année, j’ai même complété l’équipage, décimé par la maladie, durant mes vacances de Pâques. Une semaine de galère par très mauvais temps, que je ne suis pas près d’oublier.

Tous les week-end je participais à l’avitaillement en vivres et à la comptabilité du chalutier.

En septembre 1966,  j’ai quitté la pêche sur la Maryse et mes études pour m’engager dans la Marine Nationale, mais ceci est une autre longue histoire.

J’ai gardé de toutes ces campagnes de pêche sur la « Maryse Françoise » un excellent souvenir, malgré des conditions de travail hors du commun, dangereuses, parfois très risquées.

Un jour, en passant l’élingue et le croc à Sébastien pour palanquer une énorme roche prise dans le cul du chalut, nous avons été entrainé par dessus bord. Sans la présence d’esprit de Noël Le Floch, le treuilliste, qui a réussi à coincer le cable de la caliorne, nous aurions été entrainé au fond, empêtré, pris au piège comme des poissons, dans les mailles du chalut.

Durant cette période, quoique privé de vacances scolaires , j’ai découvert et partagé la rude vie des marins pêcheurs, les joies et les peines, de toucher du doigt les difficultés du métier, les dangers encourus, la fraternité, la solidarité et l’amitié.

Une belle leçon de vie, qui vous forge le caractère, dont je n’oublierai jamais.

Après un passage comme Commandant du port de plaisance  de Port-Grimaud.

J’ai mis un terme à ma carrière dans la Marine Marchande comme Responsable du Service Maritime de la Société Paul Ricard, Responsable de Développement.

Un nouveau livret matricule me fut délivré par le quartier maritime de Toulon

La société Paul Ricard possédait à l’époque six navires de transport pour effectuer les transferts de marchandises et de personnes du continent vers les deux îles de la société que sont Bandor et les Embiez.

Je remercie mon ami Louis (Lili) le Fur de Lesconil,  marin à cette époque sur le malamok « La Marseillaise » pour son soutient dans l’écriture de cet épisode de mousse du chalutier « Crap Melen » à Concarneau.

Merci à Sébastien Cosquer, patron du « Kreiz an Aod »,  pour les  photos de la « Maryse », le bateau de son père,  qu’il a eu la gentillesse de me transmettre.

Le Kreiz An Aod à quai à Loctudy

 

 

 

 

 

 

 

 

Je garderai un souvenir ému de Bastien Cosquer, patron du malamok « Maryse Françoise », avec qui j’ai tout appris du dur métier de marin pêcheur.

J’ai également une pensée pour Armand Cossec père et fils, le mécanicien Louis Lucas le père l’Alain, ancien maire de Lesconil, Serge Guillou et Noël le Floch , les marins de la Maryse.

Capitaine de Frégate (H)

Jean Claude Quideau

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4 réflexions au sujet de « Le Crabe Mousse »

  1. tres belle histoire veridique que personnelement j ai vecu d une certaine manière mais un peut plus tot commencee en 1957

    • Bonjour,
      Cela fait toujours plaisir de recevoir en retour, un petit mot sur un de mes récits que j’offre en partage, rien que pour le plaisir de raconter mon vécu atypique de marin dans les trois marines: Marchande, Nationale et Plaisance.
      Si vous avez aimé ce récit de crabes, je vous invite à lire sur mon site une autre de mes histoires de crabes:
      « Du crabe soldat au crabe tambour »
      Salutations
      JC Quideau

  2. Bonjour, je suis une des trois filles de Bastien C. et je suis très émue de lire vos témoignages sur le Maryse-Françoise. Pour ma part, je ne connaissais pas les anecdotes que vous racontez, merci.

    • Corinne bonjour,
      merci pour ton petit mot.
      J’ai beaucoup de souvenirs et d’anecdotes de cette période sur la « Maryse ». Je compte les réunir dans une autre petite histoire. J’avais beaucoup d’estime pour ton père.
      JC Quideau

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