Carnet d’un Bigouden

Mis en avant

carnetdeguemer matSuivez les bigoudènes, fières de leur entité à nulle autre pareille, qui dressaient fièrement, leurs belles coiffes blanches, brodées et amidonnées, face au vent. Nulle tempête ne pouvait venir à bout de leurs coiffes fièrement dressées. Elles ne craignaient rien…….sauf la pluie!

bigoudenes lesconil

vieux goemoniers

plobannalec lesconil entre terre et mercliquer sur ce lien pour dérouler le diaporama: plobannalec_lesconil_entre terre et mer

Un clic sur ce lien pour une promenade en musique sur les rivages de sel:diaporama _balade sur les rivages de sel

Le drapeau breton (le gwenn ha du: blanc et noir)

Les onze hermines rappellent le souvenir des rois et des ducs qui gouvernèrent la Bretagne indépendante. Les neufs bandes, cinq noires et quatre blanches, symbolisent les neufs anciens évêchés. Les noires représentent les diocèses de langue gallos : Dol, Nantes, Rennes, Saint-Malo et St-Brieuc, et les blanches les diocèses de langue bretonne : Trégor, Léon, Cornouaille et Vannes.

Le drapeau du pays bigouden (ar vro vigoudenn)

drapeau bigoudenLes vingt deux hermines représentent les vingt communes du pays bigouden plus deux communes qui s’y sont rattachées, Gourlizon et Guilers.
Les deux bandes jaunes sont le symbole des anciens cantons du pays  Bigouden: Pont- L’ Abbé et Plogastel Saint-Germain.
Les trois bandes oranges sont les cantons actuels.

cheval d'orgueil2dolmens-et-korrigans

Publicités

B n B à Lesconil, Beaux Bars et Bobards

bnb

Le faux bar du « Tad an Diaoul » qui servit de décor au film de pierre Schoendoerffer « La haut, un roi au dessus des nuages » en 2003 avec Jacques Perrin, Bruno Crémer.

Avant-propos

Un bar, un beau, un vrai, un bon, un savoureux, un authentique.

Les histoires de bars, de « bobards » de « bars beaux »  de « loubards » et même de « Bombard » ne manquaient pas en ce temps-là  dans le petit port de Lesconil.

Encore faut-il savoir ce que l’on entend par « bar ».

Une enquête approfondie avec un retour aux sources (nombreuses dans un bar)  est nécessaire pour essayer de percer ce mystère.

Le terme de « Bar » désigne principalement deux espèces de poissons :

– le Dicentrarchus labrax  (commun),

– le Dicentrarchus punctatus  (tacheté).

Le mot « Bar » vient de l’allemand « Barsch» (il faut bien prononcer le « R » avec le « CH » comme en breton pour éviter la confusion avec « barge »).

Il y a aussi deux appellations distinctes pour un même poisson : bar et loup

loup

Le Loup

Le loup est un carnassier craintif, pas facile à attraper se cachant  dans des endroits difficiles d’accès. Contrairement à son homonyme terrestre, le  loup de mer n’attaque pas en meute pour capturer ses proies. Il est plutôt du genre solitaire.

Pourquoi un terme aussi peu attirant pour un poisson aussi noble. C’est peut-être pour leur côté sauvage que les pêcheurs méditerranéens lui ont attribué ce nom. Il est vrai que le loup se jette facilement sur ses proies.

Le bar

Le bar breton est un poisson très apprécié, surtout quand il s’agit du « bar de ligne ».

On le pêche à la traîne avec une ligne équipée d’une cuillère. Ce n’est pas une plaisanterie,  la cuillère n’est pas celle qui sert à manger la soupe, mais une vague esquisse brillante munie d’un grappin.

Il n’était pas nécessaire qu’elle fut en argent, le bar tout en étant un poisson noble ne dédaigne pas de se jeter sur une cuillère en plomb ou en toc.

cuillere

Il ne dédaigne pas non plus de se jeter, carnivore qu’il est, sur un « rapala » pourvu que celui ci fut à son goût. Pour les non pêcheur, un rapala est un leurre, en général, une imitation d’un petit poisson.

rapalaLe rapala géant du Comptoir de la Mer au Guilvinec

rapala

rapala géant du Comptoir de la Mer du Guilvinec

Le bar aime aussi les vers de vase, lombrics, avec une préférence pour la Néréide ou gravette.

Le bar, qui est un carnassier plutôt vorace, se jette  sur la cuillère croyant attraper une sardine.

Il aime chasser dans les forts courants marins comme ceux du Raz de Sein.

Dans ma jeunesse, durant les périodes d’hiver, les bars venait frayer dans le Ster et qu’il n’était pas rare d’en pêcher depuis la digue.

J’ai eu la chance d’en attraper, quand la marée montait et que le courant était fort. La construction du pont digue a fait disparaitre cette migration.

De nos jours, les prises de bars sauvages se faisant plus rares, même dans les courants du raz de Sein,  la production aquacole est devenue un enjeu majeur.

pecheur-de-bar-du-raz-de-sein

Les élevages disposent de stocks de géniteurs dont la ponte peut être déclenchée à tout moment dans l’année.

Les juvéniles passent de quelques grammes à plus d’une livre en deux ans.

Le bar d’élevage n’a pas du tout a même saveur que le bar sauvage en particulier celui pêché à la ligne.

Après la seconde guerre mondiale, la commune de Plobannalec-Lesconil connu une période florissante, en particulier le port.

La pêche était abondante, car durant toute la période d’occupation, les ressources halieutiques avaient eu le temps de prospérer, « Gast donc ». Il faut souligner que durant cette période la « Gast » (douane allemande) veillait au grain et ne délivrait les autorisations de pêche qu’au compte-goutte.

La  libération avait eu un effet bénéfique sur les toutes les « bourses » et on put alors assister au boum des constructions neuves , bateaux et maisons, comme à celui des naissances.

Poussé par la progression de l’armée allemande quelques familles vinrent s’installer à Lesconil.

Un de ces réfugiés venant du nord de la France, vint s’y  installer et devint marin pêcheur.

Il disait avec son accent de « ch’ti » : « Lesconil est un petit pays qui n’est pas grand ». Même monsieur de La Palisse n’aurait pas fait mieux.

Bon bar ou plutôt Bombard

Tous les marins du  monde connaissent cette fameuse annexe en caoutchouc de type « zodiac » qui à l’origine devait servir de radeau de survie pour les naufragés.

L’inventeur du soit disant « Insubmersible »  ou plutôt son « pilote expérimentateur » fut le très controversé docteur Bombard qui testa seul sur son radeau  dénommé « l’Hérétique » la traversée de l’Atlantique, sans vivre et sans eau.

bombard-lheretique

Le 3 octobre 1958, Alain Bombard, voulu expérimenter son radeau de survie par gros temps.

barre-detel-bombard

Il choisit  pour son expérimentation la « barre d’ Etel », zone dangereuse par excellence  à cause des courants, des bancs de sable et des grandes lames qui se forment à l’embouchure du goulet de la rivière lorsque le jusant de la ria rencontre les hauts fonds ou se  forment  les bancs de sable. Le phénomène est accentué par fort vent de suroit qui contrarie l’écoulement des eaux.

L’expérience tourna au drame. Le radeau « Bombard »  se retourna.

Le bateau de sauvetage d’ Etel « Vice-Amiral Schwerer » vint au secours des naufragés.Malheureusement un orin se prit dans l’hélice et sans propulseur, ne pouvant plus manœuvrer, il se mit en travers des lames et n’étant pas un canot dit « insubmersible », chavira à son tour.

bombard-etel

Le bilan fut très lourd: neuf morts dont cinq de la Société de Sauvetage en Mer d’ Etel et quatre des six passagers volontaires du radeau  d’Alain Bombard.

A propos de « « Bombard » , quelques anecdotes, pas des bobards, circulaient dans les bars de Lesconil.

Alain Bombard était marié en première noce à madame Calvet, Docteur en médecine, dont les parents possédaient la grande maison près du sémaphore.

Il adorait faire de la plongée  en apnée au tombant du Goudoul.

Ma mère m’a raconté que quand il avait la chance de ferrer une belle vieille  commune ou coquette (je ne parle pas d’une personne d’un certain âge mais des poissons de roche appelés labrus bergyita ou labrus vixtus), il faisait le tour du port et des rues de Lesconil pour montrer sa capture et non… sa conquête…

La vieille ne figure toujours pas dans la catégorie des poissons dit « nobles », sans doute à cause de ce nom populaire et de l’aspect ridé de sa tête.

Pourtant une bonne « velour groar » (orthographe breton phonétique), une belle vieille cuite à la vapeur sur un lit de pommes de terre est un plat délicieux.

Après une chute malencontreuse en vélo, ma mère m’a conduit chez le docteur Calvet qui était absente. C’est donc Alain Bombard qui a essayé, tant bien que mal, de me remettre la côte cassée en place. N’étant pas vraiment docteur au sens étymologique du terme mais plutôt « biologiste marin », le résultat ne fut pas probant.

Après son expérience dramatique d’Etel et une période de dépression, Alain Bombard fut appelé comme « Délégué Général » du Musée Océanographique fondé et financé par Paul Ricard sur l’île des Embiez.

Au bout de quelques années d’oubli sur l’archipel, Bombard, qui aimait être sous les projecteurs, passait plus de temps à faire de la politique que de s’occuper du sexe ou de  la reproduction des mollusques, moules, palourdes ou bigorneaux.

Il fut quelque temps, de 1979 à 1985, conseiller général du canton de Six-Fours les Plages. Il eut son heure de gloire en devenant durant une très brève période pour ne pas dire supersonique, un mois en 1981,  secrétaire d’État à l’environnement du gouvernement de Pierre Mauroy.

En 2002, lorsque j’étais Responsable du Développement de la Société Paul Ricard, j’ai revu Alain Bombard à Six-Fours les Plages et Bandol

Une autre anecdote lesconiloise concernant Alain Bombard.

Il s’était lié d’amitié avec le docteur Colin qui venait de s’installer à lesconil et qui avait son premier cabinet dans sa maison sur les dunes pas très loin de la bâtisse du sémaphore.

Françoise Colin, la fille du docteur, a bien voulu me raconter cette histoire au sujet de son père et de Bombard.

Ils partaient parfois en bateau pêcher dans les parages de l’archipel des Glénan.

A cette époque les ilots étaient quasiment désertiques.

Après la partie de pêche, ils se baignaient en « simple appareil », je ne parle pas d’un quelconque appareil photo ou autre, mais plutôt de l’absence de maillot de bain.

Il est vrai que durant cette période, les « naïades bigoudènes » n’étaient pas légion sur les plages.

Dans ma jeunesse, je n’ai jamais vu une bigoudène dans l’eau, à part les pieds.

Ils étaient sans aucun doute les pionniers de la plongée « sans appareil » contrairement aux « Mousquemers » qui avaient inventé l’appareil de plongée le scaphandre autonome.

Les Mousquemers sont les pendants des Mousquetaires, sauf que leurs terrains de jeux n’étaient pas sur terre mais sous la mer.

Comme eux ils étaient quatre :

  • Le capitaine de corvette Philippe Taillez
  • Le lieutenant de vaisseau Jacques-Yves Cousteau
  • Frédéric Dumas
  • L’ingénieur Emile Gagnan (trop souvent oublié)

A ces quatre pionniers, il faut ajouter l’officier mécanicien Léon Veche (complètement occulté)

Les mousquemers furent les pionniers de la plongée en France. Ils sont à l’origine de nombreuses inventions concernant comme :

  • Le scaphandre autonome (bouteilles d’air comprimé)
  • Le détendeur d’air
  • Le masque de plongée

Le commandant Philippe Taillez fut le premier commandant du Groupe d’ Études et de Recherches Sous-marine (GERS) de la Marine nationale en 1945 qui deviendra le Groupe d’Intervention Sous la MER (GISMER) et de nos jours la CEllule de Plongée Humaine et d’Intervention Sous la MER (CEPHISMER).

Les palmes qu’utilisaient les mousquemers furent inventés par le capitaine de corvette Louis de Corlieu qui habitait près du port de Six-Fours Le Brusc face à l’archipel des Embiez et de la petite île du Gaou ou se trouve la plaque commémorative des plongées des mousquemers.

Le 10 mai 2002, j’ai participé à cette inauguration en compagnie de Patricia Ricard, Présidente de l’Institut  Océanographique Paul Ricard.

Le musée océanographique Paul Ricard est le seul musée « privé » au monde.

Pour la petite histoire:

  • En 2016, des ossements humains furent découverts à côté de l’ex villa Calvet au Goudoul, sans qu’on sache leur provenance. L’énigme perdure encore de nos jours.

Durant la seconde guerre mondiale, les allemands de « la Gast » (douane) occupaient le sémaphore. Un épisode tragique a eu lieu peu avant la libération à Lesconil. Y aurait t’il une relation et une piste en ce qui concerne ces ossements ?

Pour tout savoir sur cette histoire suivez le lien ci dessous:

https://kermokostories.wordpress.com/2016/01/23/du-sang-sur-la-plage-de-la-torche/

maison-calvet

Malgré son impopularité surtout du côté du golfe du Morbihan , Alain Bombard à été le précurseur du problème de la survie en mer. Il a convaincu les gens de mer de la nécessité d’embarquer à bord de tous les navires des radeaux pneumatiques. Les progrès du largage et du gonflage automatique sont venus conforter cette absolue nécessité.   Il n’est pas un navire qui ne soit équipé d’un « Bombard ».

Le bar, débit de boissons et non de poissons

Mais revenons à notre sujet…le bar, mais pas celui capturé par les pêcheurs à la « barre » de leurs  sa  « barques » ou « barcasses », et qu’on mange avec délectation, mais plutôt celui dans lequel on consomme liquide.

Parfois le bar proposait une autre activité mercantile comme  le tabac, les journaux, le pain et même la viande. Le bar avait d’autres appellations telles que: Buvette, bistrot, café, troquet, gargote, taverne, débit de boissons etc…

En ce temps-là, la boisson phare du marin était le vin rouge. Pas un Pommard, un Margaux  ou un Château-Laffitte, mais plutôt un vin corsé titrant 13 ou 14 degrés qui venait en droite ligne d’ Afrique du nord par la mer dans des « pinardiers » jusqu’au port du Corniguel à Quimper. Le vin était directement pompé les cuves pour être transféré dans des chais.

pinardier

Des camions citernes convoyaient ensuite ce breuvage épais qui titrait 14 ou 15 degrés d’alcool vers les unités d’embouteillage.

Les quais du port de Brest étaient pourvus de « pipeline à vin »  qui permettaient le remplissage des cuves de « pinard » des bateaux de guerre.

Le vin était stocké dans des cuves en ferraille située à l’avant du bateau. Du bromure y était ajouté. Le vin était brassé en mer et il tournait vite au vinaigre. Il fallait avoir l’estomac blindé pour ingurgiter un tel breuvage. Le « picrate » était servi dans des bidons, un quart par marin.

Les marques les plus connues à l’époque et  dont je me souviens étaient:

le Margnat, le Kiravi, le Sénéclauze.

vins-dalgerie

Les vieux marins disaient:

« le Margnat, l’ami de l’estomac ». Il aurait été plus judicieux de dire:

« le Margnat, des trous dans l’estomac »,

Trop  plein de « Kiravi  » adieu la vie ».

« le Sénéclauze », avec deux ou trois  verres l’affaire est clause.

Un peu d’histoire de ces vins d’Algérie

Le vin « Margnat »

margnatEdouard Margnat est un des premiers négociants en vins. Il crée ses chais à Marseille, au quai de la Tourette. Il fait venir le vin d’Algérie), Ses fils Paul, Robert et Jacques, lui succèdent à partir de 1940. Ils vont être connus dans le milieu du vin sous le surnom des « Frères Margnat ». Par la publicité sur les murs, chez les détaillants, le long des routes et sur les camions de livraison, le « vin Margnat » va devenir progressivement au cours de ces années un terme familier dans le paysage des villes et des campagnes françaises.

Le vin « Kiravi »

kiravi2

La société Sapvin de Marseille est dépositaire de la marque « Kiravi ».  Sapvin absorbe en 1965 la Société des Vins de France de Lyon. Sapvin est alors un des premiers négociants français. En 1967, Sapvin est absorbée à son tour par la société Margnat.

Le vin « Sénéclauze »

seneclauzeThéodore Sénéclauze, monte en 1890 à Oran en Algérie une affaire de négoce de vin en barriques. Théodore Sénéclauze est sans doute le premier à avoir lancé ce système de distribution. Bientôt la Maison Sénéclauze se spécialise dans la sélection de vins d’Algérie et particulièrement d’ Oranie.

Pierre Sénéclauze, son fils, fait l’acquisition en 1935 du  Grand Cru classé « Château Marquis de Terme » à Margaux.

En 1962,  la famille Sénéclauze s’installe à Marseille. La Maison poursuit ses activités de distribution de vins d’Algérie en ajoutant à sa gamme des vins du Sud de la France.

Les marins bretons de cette époque consommaient en priorité ce vin rouge rugueux venant des coteaux du  Maghreb car il n’était pas onéreux.

Le quart était l’unité de mesure par excellence. Les quarts étaient remplis à raz bord.

quartPour  boire sans en renverser la moindre goutte, les marins utilisaient la méthode dite du  « Meutou kozh ».

Cette méthode consistait à ne pas prendre le verre avec la main, au risque de renverser le précieux liquide, mais de rapprocher ses lèvres  du bord du verre et d’aspirer pour faire baisser le niveau. C’est seulement après cette première et délicate opération que le verre pouvait être saisi sans risque de débordement.

raz-bord

Je me souviens d’une anecdote qui se racontait entre marins à Brest.

C’était à n’en pas douter un bobard pour se moquer des marins des ports (marins des remorqueurs) surnommés « Margats ».

« Yann ar Gall » , un vieux quartier maître-chef au dessus de 10 ans de grade « Margat », mais aussi « Margnat » à toutes heures , passe un test pour  essayer de passer au grade de  second-maître.

Le maître principal examinateur lui demande: « Le Gall » pouvez vous me dire combien y a t’il de quarts dans un litre ».

Yann réfléchi un bon moment en se frisant une moustache décolorée tirant sur le rouge Margat et annonce, sur de lui:  » Trois bons! Maître principal »

D’où vient ce surnom de « Margat »?

Sans doute du nom d’une espèce de  mouettes qui tournent et virevoltent dans les ports, tout comme le font les petits remorqueurs de rade autour d’un grand bateau pour l’aider à accoster.

Le bar,  lieu de convivialité

bar-de-la-marine

A cette époque, point de télé ni d’internet, les bars étaient le lieu de rendez-vous des marins et des autochtones ou toute la vie locale se déclinait,  la vrai, comme la fausse.

Si les murs des bars de Lesconil pouvaient parler, ils nous raconteraient des histoires de marins « barbus», qui racontaient des « bobards », « conchenou » et autres « ouin ouin » de  la vie locale.

Dans ces estaminets, les rumeurs allaient bon train. Les absents avaient systématiquement le droit à un costume sur mesure. On y rencontrait des personnages haut en couleur comme :

  • Les marins« barbus » « baragouinant » dans leurs  « barbes» fournies,

marins-barbus

  • Le «barbouze » qui racontait ses périples sur les côtes  de « Zamzi bar »,
  • Le «bar bot» qui se gaussait d’histoires de « slibars » et de « ni bars »,
  • Le « barjot » qui se prend pour un « malabar« ,
  • Le « loubard » qui ventait ses exploits de loup de « barrière »,

loubard

  • Le « barde» qui chantait de la musique « bar oque »,
  • Le « Malbar » qui se souvenait de la fête du « kabar» sur son île,*

barde

  • Le «baron » qui parlait de sa « baronne »,
  • Le « barman » qui tirait du vin de  sa « barrique »,
  • Le « barjo » qui exhibait son « Kalbar » à fleurs,

kalbar-barman

  • Le « barbare » qui voulait expier ses péchés pour atteindre au « baradoz ».(« baradoz » en breton signifie: « Paradis »).

Ce paradis existe bien à quelques encablures de Lesconil, au pays des Tartares.

De bars en bars en évitant les embardées

sextant

Avec sextant et boussole, pour éviter de perdre la route

Embarquez dans la barcasse pour une navigation erratique, en faisant escale dans les différents bars, cafés, buvettes, débits, bistrots et estaminets, qui jalonnaient le port. La plupart de ces escales mythiques ont disparues à jamais.

Par le passé, les mauvaises langues disaient qu’à Lesconil il y avait autant de bars que de bateaux, mais ce n’était qu’un mythe. En réalité on a compté dans les années d’après guerre entre 1950 et 1970 vingt-sept bars pour une cinquantaine de « Malamoks » et une vingtaine de « Misainiers ».

Les bateaux accostaient de part et d’autre de la cale en pente qui servait à mettre à l’eau le canot de sauvetage. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les marins remontaient la cale pour se rendre à  la Descente des Marins », notre première escale.

A la « Descente des Marins »

a-la-descente-des-marins

La « descente des marins »dans les années 1920

toile-descente-des-marins

Ce bar fut construit par la famille Kerling dans une grande bâtisse sur le port derrière l’abri du canot de sauvetage entre les deux postes des  douanes.

Plus tard, le café fut tenu par Madame le Garrec dite « Bouclettes ».

Parfois, avec mon grand-père, j’ai eu l’occasion d’entrer dans le lieu et j’en garde un  vague souvenir.

Passé la porte et une petite marche, on pénétrait dans le café qui me paraissait sombre et austère. Le sol du bar était en terre battue, le comptoir se trouvait au fond à droite avec derrière, à peine visible,  la patronne aux cheveux blancs bouclés.

Une porte permettait d’accéder à une cour intérieure ou était installé de grandes cuves posées sur des tréteaux  et chauffées au feu de bois.

L’une d’entre elles contenait du coaltar qui servait à colmater les coques et surtout à enduire les casiers;

Dans la seconde bouillonnait une mixture rougeâtre qui servait à teindre les voiles et les cordages.

Pendant que les cordages et les voiles trempaient dans le liquide chaud couleur de sang, les marins patientaient au comptoir en descendant quelques chopines de vin rouge. Le bar méritait bien son nom car la descente était conséquente.

La famille kerling avait vendus le bar pour faire construire, un peu plus loin sur le port,  un établissement hôtelier avec une épicerie et bien sur un petit bar. Nous y ferons escale plus tard.

Le bar « A la Descente des Marins » existe encore de nos jours.

Il n’y a pas que les marins pour faire escale à la « Descente des Marins ». Ce superbe goéland est venu voir le menu avant de s’installer en terrasse face au port.

descente-des-marins3

Après la descente des marins, peu de route à faire pour amerrir au « Café du Port ».

De la  » Buvette » au « Quincy » en passant par le  « Café du Port »

A quelques encablures, l’abri du canot de sauvetage n’existait pas encore,  fut construit la « Buvette » du port. le premier propriétaire était Théodore Goulard. Théo et son épouse, que les marins appelaient gentiment « tante Adèle », ont tenu ce bistrot de marins dès les années 1900.

buvette-goulard

Après la seconde guerre mondiale la buvette fut vendue à François Tanguy dit « Fanch ».

La « buvette » changea de nom pour devenir le  » Café du Port ».

« Fanch » était un petit personnage, court sur pattes mais haut en couleur,  qui n’hésitait pas à remettre sa tournée aux clients les plus fidèles. Cela lui permettait aussi de ne pas avoir le gosier trop sec tout au long de la journée.

cafe-du-port

Le « Café du Port »,  du simple bistrot de marins, s’agrandit pour devenir la crêperie « du Vieux Logis » avec une petite restauration des produits de la mer.

Le « Men Ar Groaz » ( la pierre du milieu)

Plus tard un troisième bar, vint s’immiscer sur petite place derrière le bâtiment de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN) ex Hospitaliers Sauveteurs Bretons (HSB) qui servi d’abri pour les canots de sauvetage « Foubert de Bizy » jusqu’en 1910, puis « Amiral de Maigret » jusqu’en septembre 1952.

men-ar-groas

Par la suite le bâtiment fut transformé en criée aux poissons, puis entièrement rasé.

Les marins arrivés en canot depuis les malamoks mouillés dans le port débarquaient leur pêche sur des charrettes et ils remontaient la cale en pente jusque dans la criée ou les produits de leur pêche étaient exposés pour être vendus. Les mareyeurs se tenaient de part et d’autre des charrettes sur des estrades d’où ils pouvaient jauger le contenu des caisses et acheter la marchandise au prix du « crieur ».

Le « Men ar Groas » fut le bar branché de la jeunesse lesconiloise des années 1960/1970. Il avait été construit par Jean Claude Bozec le propriétaire.

jukeboxDans le bar un jukebox faisait entendre les chansons et musiques des années « Salut les Copains ». Les vinyles 78 tours des « Chaussettes Noires » d’Eddy Mitchell, des « Chats Sauvages » de Dick Rivers, qu’imitait mon copain Jean Claude Charlot, tournaient sans discontinuer en boucle sur le jukebox en diffusant  les paroles et musiques Rock and  Roll des chanteurs et des groupes en vogue de l’époque « Yé Yé ».  » Tombe la neige », « Elle était si jolie » , « J’entends siffler le train », « Capri c’est fini », » Nathalie », « les copains d’abord » et bien d’autres encore.

Plus tard, fini l’insouciance des années « Age Tendre et Têtes de bois »,  le « Men Ar Groas » fut vendu et il plongea vers les profondeurs pour devenir «  les Abysses ».

De nos jours, le « Café du Port » et les « Abysses» sont réunis en un seul et même établissement : «  le Quincy ».

quincy11quincy22

A partir de 1998, le « Quincy » va servir de QG à l’équipe du Suisse Bernard Stamm tout au long de la construction du voilier qu’il destine pour le Vendée Globe de 2000/2001. Le chantier est situé non loin de là sur le port dans un hangar  face au « Comptoir de la Mer ».

superbigou2

En 1999 les demi-coques sont démoulées  avec l’aide des habitants de Lesconil.

Le bateau est un plan Rolland de 60 pieds en carbone. Il mesure 18 m 28  pour 5,63 de largeur avec un déplacement de 8,8 tonnes. Il a une voilure de 335 m2.

mise-a-leau-de-superbigou

En 2001  Superbigou a battu le record de traversée de l’Atlantique en 8 jours 20 heures.

Pour la petite histoire, « Superbigou » a été racheté par le Suisse Alan Roura. Devenu « La Fabrique« ,  Il participe au Vendée Globe 2016/217.

la-fabrique

Quittons la place du port et ses trois débits de boissons par la rue du Port. Il ne faut pas plus d’une centaine de pas pour nous retrouver dans un nouveau « triangle de bars ». Le plus ancien d’entre eux était le débit tabac Cariou.

Débitant de tabac Cariou

img_1881

Situé à l’angle de la rue du Port et la Grand Rue de nos jours, rue Jean Jaurès, ce bar construit au début des années 1900  par Germain Cariou, était plutôt connu sous le nom de chez « Pitt ».

Plus tard vers 1910, le bar, débit de tabac fut tenu par « Fine » Cariou.

bar-cariou

carotte-de-tabacLes marins des années 1900 portaient des bérets à larges bords pour se protéger de la pluie et des embruns. Ils étaient aussi bien pratique pour y glisser le rouleau de tabac à chiquer qu’ils appelaient : « la carotte » pas à cause de la couleur, mais plutôt pour la forme.

A propos de « Pitt » et de « Fine », une anecdote circulait entre marins dans les bars de Lesconil.

Peut être que ce n’était qu’un  » bobard »…de plus…?

« Per Bihan » et « Youtar » son attablés chez « Pitt ». Ils commandent un verre de lambig pour se réchauffer le gosier après leur retour de mer.

« Fine » rempli les verres sans « faux col » en prenant soin de ne pas déborder.

« Youtard » aussitôt s’écrit :  » Fine, j’ai l’impression que  ton lambig s’est noyé! »

« Per Bihan » confirme les dires :  » Ar boeson zo kuit ! »

Derrière le comptoir « Pitt » qui a suivi la conversation, dit discrètement à l’oreille de « Fine » :

« je t’avais dit, tu as trop mis d’eau dans le lambig »

« Fine » se croyait maline, mais pas assez pour tromper ces vieux « loups de mer ».

Après la seconde guerre mondiale, l’établissement fut racheté par la famille Le Faou.

Fini la vente de tabac, le petit bar est maintenu. Un étal de boucher voit le jour.

Plus tard un petit super marché  « SPAR » a vu le jour rue Joliot Curie.

cariou_le-faou

De nos jours, il n’y a plus de boucherie ni de bar. L’immeuble a été vendu.

En face de chez « Pitt », toujours dans le triangle des bars, il y avait un autre débit de boissons très fréquenté par les marins:  l’hôtel du port.

« L’hôtel du Port »

Cet établissement construit en 1925 par Guillaume Corcuff comprenait en rez de chaussé, une boulangerie -débit.

hotel-du-port

Plus tard, l’établissement fut tenu par Louis Stephan et son épouse Yvonne Corcuff dit « Vovonne ».

Louis tenait le bar, qui avait été aménagé en lieu et place de la boulangerie. « Vovonne’ tenait la petite confiserie attenante au bar sur la partie gauche.

image1

Le bar de l’hôtel du port « Chez Louis »

Louis Stéphan, le patron, régnait en maître derrière le haut comptoir en zinc de son petit bar donnant sur la rue du port. De nos jours, le local est devenu une pizzéria snack grill au nom de « la Paillotte ».

Derrière le comptoir l’œil était attiré par un énorme crabe aux pattes tentaculaires qui semblait ramper sur une bonne partie du mur. Si l’araignée de mer est une espèce endémique de nos côtes, ce type de crabe est totalement inconnu.

Le « Macrocheira Kaemferi » communément appelé crabe-araignée géant du japon est une araignée de mer dont le mâle peut atteindre plus de 3 mètres d’envergure. Celui du bar à Louis faisait bien 1,50 mètres.

En semaine, le bar était très calme, seul quelques « notables » venaient ensemble prendre leur petit verre de vin blanc. Il y avait entre autres, un ancien maire, un directeur d’école, un instituteur…il ne manquait plus que le curé pour être « Pagnolesque ».

Le soir, après l’arrivée des chalutiers au port, la pêche vendue en criée, les équipages venaient prendre un verre appelé « chopine de pêche » avant de rentrer à la maison pour la soupe.

Le samedi après-midi, le bar connaissait une grande affluence car certains équipages de malamoks se retrouvaient pour « loder » (partager) le fruit de la pêche de  toute la semaine. Louis mettait à disposition une petite salle au fond du bar ainsi qu’une partie de la salle du restaurant. Après la paye, l’ambiance était chaude. Louis comme son araignée aux pattes tentaculaires se démenait aux quatre coins du bar pour servir les gosiers assoiffés. Dans ces moments-là, Louis devenait bourru avec la pression et…22 de tension.

Les souvenirs qui me resteront de Louis Stéphan, en plus d’être un grand ami de mon père, tous deux conscrits et natifs de Plobannalec, c’est sa gentillesse.

Sur cette photo de la classe 1942, on peut reconnaitre également Arsène Coïc,  un autre ami de mon père (ancien résistant FFI arrêté et déporté).  André Trébern, René Cadiou (ancien coiffeur) etc..

Plus tard, suite à des agrandissements de l’hôtel du port, un autre bar verra le jour rue des Équipages. Ce bar sera tenu par Vovonne ».

Attenant à « l’ Hôtel du Port » un autre bar-tabac-journaux, vit le jour dans les années 1950.

Tenu par Pierre et Francine Draoulec, l’établissement vendait également les billets d’accès aux  bus desservant les villes des alentours, jusqu’à la gare de Quimper. Pierre Draoulec était l’un des chauffeurs.

« L’Escale »

Plus tard, le bar tabac librairie journaux  fut appelé  » L’Escale ». Il est de nos jours tenu par Pierrick Draoulec et son épouse.

lescale-lesconil

escale-et-hotel-du-port

A la pointe du triangle, pas celui des Bermudes, à l’endroit où se trouvait jadis l’ancienne conserverie de poissons Maingourd,  « ar fritur cozh », vit le jour dans un vieux penty qui avait servi pendant un certain temps de Poste Centrale, la maison de la côte : « Ty an Aod ».

L’auberge « Ty an Aod »( la maison de la côte)

Ce bar situé place de la résistance ouvrit ses portes en 1971. Il était tenu par Gilbert et Nicole Divanac’h. Sur le côté du bar, les propriétaires y installèrent une petite auberge.

ty-an-aod2

Le comptoir du bar était  original,  fait une demi-coque de bateau. Gilbert était toujours à la barre avec le sourire.

Les soirées étaient conviviales et souvent musicales ce qui n’a pas manquer d’attirer de nombreux chanteurs bretons comme Alan Stivell, Dan ar Braz et même le canadien Gilles Vigneault. La notoriété des lieux était acquise, mais un apéritif typiquement  bigouden au « pouvoir renversant » va en augmenter les effets. Gilbert jamais à court d’idées, fut l’inventeur du « diboulac’h », qui se prononce : « diboular »

Le « diboulac’h », kesako ?

Le « diboulac’h » est une boisson composée d’un mélange de crème de cassis et d’eau de vie de cidre dénommé «  lambig ». Le lambig est le pendant du Calva normand. Cet apéritif bigouden était connu sous le nom de mélange cassis, « mêlécass »pour les anciens. .

Alors pourquoi ce nom de « diboulac’h » ?

La dose de lambig bien supérieure à celle du « mêlécass » était aussi variable suivant l’humeur du patron et la tête du consommateur. Surtout pas de glaçon qui aurait altéré le parfum subtil du mélange de la pomme et du cassis.

Après un verre de ce breuvage, l’humeur virait au beau fixe, après deux verres il y avait déjà quelques coups de soleil sur la figure, un troisième verre c’était plein feu dans la mature. Tangage et roulis assuré.

Au tout début, un client lui demande : « Gilbert, ton cocktail est excellent, comment tu l’appelles ? ».

Gilbert réfléchi. Il aperçoit sur le mur du bar le grand cadre avec la photo d’un vieux gréement  bigouden dont le nom est « Diboulac’h ».

Un « diboulac’h » !,  dit-il fièrement ».

En 2009, l’auberge « Ty an Aod » est vendue, elle change de propriétaire et de nom pour

devenir « Leskobar ».

exit-ty-an-aod

Aujourd’hui le « Leskobar » est de nouveau à vendre.

leskobar

En se dirigeant  vers le quartier de Pontruche, de nos jours rue Joliot Curie, deux imposantes bâtisses possédaient chacun un discret petit bar.

« Hôtel Bellevue »

Le premier était situé dans l’hôtel « Bellevue ». Cet établissement tenu par les sœurs Kerling possédait également une petite épicerie attenante au bar.

Les marins qui passaient à l’épicerie acheter une « petite bricole » pour la maison, sur demande de madame, n’omettaient pas non plus  de commander un petit verre au bar.   Le bar à double emploi (bar-épicerie ou tabac ou boucherie)  a toujours été un bon plan pour les tenanciers. Ils faisaient d’une pierre deux coups.

« Hôtel de la Plage »

Le second, était situé dans « l’Hôtel de la Plage » tenu par madame Cossec-Keraudren. C’était également une halte discrète avant le retour à la maison pour la soupe du soir.

hotel-de-la-plage-et-bellevue3

La salle de restaurant de l’hôtel de la Plage

Une chambre donnant sur le port de l’hôtel de la Plage

L’Hôtel de la Plage mis en vente, se dégrade petit à petit.

Exit aussi  l’hôtel « Bellevue » et son restaurant, l’établissement est  devenu l’imposant bar PMU  « Le Galion ».

galion-bar-pmu

Le « Grand Hôtel des Dunes »

Plus loin à la sortie de la commune, sur la route du sémaphore (rue Laennec), le « Grand Hôtel des Dunes » possédait également son petit bar.

Cet hôtel restaurant est toujours la propriété de la famille  Le Bec.

grand-hotel-des-dunes_le-bar

En venant par la route de Plobannalec, de nos jours appelée « Rue de la Libération »  nous ferons  escale dans les différents bars, buvettes, débits, bistrots et estaminets, qui jalonnaient les routes qui menaient au port de pêche. La plupart de ces escales ont disparus à jamais.

La « Buvette » Boulangerie d’ Henri Chever

Cette « buvette », dont il ne reste que l’enseigne effacée sur la bâtisse, était le premier bar à l’entrée de Lesconil actuellement sise rue des hirondelles.

Les habitués du quartier de  Penaruen s’adonnaient la galoche sur le chemin devant la buvette.

Pourquoi ce terme de buvette ?

Dans les stations thermales, la buvette est un endroit où l’on boit « les eaux ».

De nos jours, dans une buvette, on y boit plutôt du vin que de l’eau.

Je me souviens que par le passé, sur le port de Saint Guénolé, il y avait une petite buvette dont l’enseigne sur la façade était la suivante :

« O 20 100 O »

 Il fallait trouver et oser : « au vin sans eau »

Henri Chever était principalement boulanger et son pain était réputé.

Chez Chever comme pour l’eucharistie, il y avait le pain et le vin, mais je ne pense pas qu’à la sortie l’absolution était acquise.

Toujours est il qu’il y avait souvent un  « petit coup pour la route », pour se rendre  au cimetière et un « petit coup à  la mémoire » du défunt au retour.

chever

Les habitants de Penaruen et de Menez Veil venaient très souvent faire cuire leur riz au lait dans le four du boulanger.

A la droite de l’entrée, il y avait un grand comptoir en bois. Sur sa face avant, des panneaux peints de couleurs vives, façon tapisserie,  représentaient des paysages bucoliques de champs de fleurs.

Un jour, un couple de touristes néerlandais, de passage dans le pays bigouden, s’arrête pour quelques jours dans le petit port de Lesconil.

En se promenant dans cet endroit, à l’entrée du village, connu seulement des autochtones et des joueurs de galoches, ils entrent dans le bar pour se désaltérer et tombent en admiration devant le comptoir entièrement peint à la main.

Amoureux des fleurs, en particulier des tulipes et des jacinthes comme tous les hollandais, Ils décident aussitôt de l’acheter et en offrent un bon prix à Henri Chever. Malheureusement le comptoir était indispensable à Henri pour poser les verres et il ne voulait pas s’en séparer.

Plus tard quand le commerce ferma ses portes, le « Bon Coin » n’existant pas encore, le comptoir fut bradé et il disparut à jamais.

La seconde escale n’était pas bien loin, quelques dizaines de mètres, dans le rond-point de la Rue de la République et de la Rue de la Paix.

Le bar de Maï Rouz  (Marie la rousse)

Qui aurait imaginé qu’un petit bar était caché à l’intérieur de ce penty de bord de route ou Il y avait toujours affluence lors des enterrements. En effet après chaque cérémonie au cimetière de Lesconil, les amis du défunt qui revenait à pied y faisaient une halte pour boire un verre et même plusieurs à la mémoire du disparu.

mai-rouz-chever

Si le penty existe encore de nos jours au bord de Rue de la République, plus de halte, le bar s’en est allé, décédé lui aussi. Disparu aussi les cortèges funèbres qui partaient de la maison du défunt derrière le corbillard tracté par un vieux cheval de trait.

A quelques encablures, sur la place de La Roche, le petit bar faisait office d’arrêt de bus.

Quoi de plus logique qu’un petit verre ou  même un quart en attendant son car.

Le bar chez « Per »Din »

Au milieu de la place il y avait un petit bar qui faisait office de bureau de vente des tickets pour les bus.

per-din

Cet établissement était tenu par Pierre Draoulec dit « Per Din« .

En descendant la « Grande Rue » en direction du port, d’autres escales nous attendent.

Bar chez Struillou

Au croisement de la rue de la rue de la République et de la rue Guy Moquet, il y avait une petite boulangerie qui faisait également office de bar chez Maurice Struillou.

Plus tard la boulangerie sera transformée en magasin d’électroménager par Monsieur Tréguer.

De nos jours les locaux sont transformés en une laverie automatique.

Un peu plus bas dans la « grand rue », il y avait un petit bar qui avait fait office de premier  bureau de poste de Lesconil. Il était tenu par un ancien maire de Plobannalec-Lesconil : Hervé Guirriec.

Le bar de l’ Atlantic Hôtel

A quelques encablures, l’ Atlantic Hôtel tenu par Nicolas Stephan puis par Madame Toulemont plus connue sous son nom de jeune fille, Odette Biger, avait bien sur son petit bar.

De temps en temps, la grande salle de restaurant servait de salle de bal.

Plus bas sur la gauche encore une boulangerie, épicerie, boissons tenue par Mrs Draoulec, puis Riou, puis Albout.

Après toutes ces escales, nous revoici  revenu dans le « triangle du port » .

Le bar-boucherie de Marcel Draoulec, le père de « Tintin »

En prenant la rue Pasteur, à l’angle de la rue des Francs-Tireurs, on ne pouvait pas manquer la boucherie-bar de Marcel Draoulec, le père de « Tintin ».

Je me souviens très bien de la disposition des lieux. Il fallait descendre une marche pour accéder au local. La boucherie se trouvait à gauche de l’entrée et le comptoir du bar sur la droite.

Avec l’équipage du « Crap Melen » nous avions rendez-vous tous les samedi après-midi dans la salle du fond pour « loder ». Cette salle servait parfois de salle de restaurant et de bal.

Le « Crap Melen » ( Corail Jaune) à Concarneau

Le terme  breton « Loder » signifie partager. Le « lod » étant le lot, la partie.

« Loder » consiste donc à déterminer la part qui revient à chaque membre de l’équipage du chalutier.

André le Pape, le patron du « Crap Melen »  tel un  « grand argentier » sortait de sa sacoche les liasses de billets, fruit de la vente des prises de la semaine à la  criée de Concarneau.

« Dédé » changeait alors de tablier pour devenir « comptable en chef». Il sortait toutes les factures de son sac et son crayon magique, finement taillé énumérait à voix haute tous les frais occasionnés durant la semaine écoulée : « gaz oïl, vivres, location de la radio, du sondeur… »

Après avoir soustrait les dépenses des recettes, il divisait la somme en deux parts. La première part revenait en totalité au patron armateur et les billets retournaient illico presto dans la sacoche de « Dédé ».

L’autre moitié était divisée par le nombre de matelots, patron compris. Chaque part ainsi obtenue correspondait à la paye de la semaine. Le mousse n’avait qu’une demi-part et le novice ¾ de part.

Les comptes terminés, l’argent rangé, « Dédé » offrait la tournée. Avant de se quitter il donnait l’heure de rendez-vous pour le lundi suivant.

De nos jours,les locaux sont occupés par un cabinet médical.

Boulangerie-bar Cariou

En face de la boucherie de Marcel Draoulec, il y avait la boulangerie de « Célestine » qui faisait également office de bar.

Je me souviens qu’avant de partir en mer, vers 4 heures du matin,  je frappais sur le volet à l’arrière de la boulangerie pour prendre le pain frais pour la semaine. Le pain était mis dans la cale sur la glace pour le conserver au mieux.

De nos jours, exit le bar, mais  la boulangerie perdure sous l’enseigne « Guidal ».

Dans le quartier des quatre vents il y avait deux petits bars dans la rue Romain Rolland, dont le plus connu était celui de Paul Jaffry.

Epicerie-bar chez Paul Jaffry

Ce petit commerce était plus connu sous le nom de « Maï Lay ». Les enfants du quartier passaient souvent pour acheter des bonbons qu’elle vendait dans de gros bocaux.

Quelques mètres plus loin il y avait un autre petit bar qui faisait également office d’épicerie

Epicerie-bar le Coz

Ce commerce était également connu sous le nom de bistrot de « Per Rouz » (Pierre le Rouge).

Quittons le quartier des Quatre-Vents et dirigeons nous vers le Ster Nibilic et l’église « Notre Dame de la Mer ».

Le café de l’église d’ Albert Biger

Le bar était on ne peut plus discret. Normal il se situait à quelques mètres de l’église « Notre Dame de la mer ».

Sa fréquentation était dépendante de celle de l’église. Les jours de baptême, de mariage ou même d’office pour un décès, il y avait quelques clients pas « pratiquants » ni même catholiques dans son petit bar.

Albert n’était pas sectaire et il accueillait toutes les brebis, même elles qui s’étaient égarées.

Albert, était aussi  le grossiste en vin de toute l’agglomération. Il fournissait tous les autres bars ainsi que tous les bateaux de pêche.

Tous les samedi matin, avec ses jeunes employés, étudiants pour la plupart, il faisait déposer les caisses de vin, de bières et d’eau sur le quai devant chaque bateau ayant passé commande comme on peut le voir sur la photo ci dessous à coté du chalutier la Maryse Françoise

En plus de cette activité florissante et lucrative, Albert, infatigable faisait office de taxi.

Tous les lundi matin, à quatre heures, en compagnie d’André le Pape, le patron, et de Louis Chaffron, le mécanicien, j’attendais sur la place de la poste l’arrivée de la DS Citroën commerciale blanche d’Albert qui devait nous conduire au port de Loctudy pour embarquer sur le « Crap Melen ». Je me suis souvent posé la question du pourquoi de toute cette logistique  contraignante et couteuse. Plusieurs chalutiers de Lesconil pratiquaient ce modèle de pêche.

En changeant de chalutier l’année suivante, j’ai découvert un autre univers. Oublié le taxi d’Albert, le chalutage autour de la « base jaune », les débarquements de la pêche toutes les nuits à Concarneau, le retour à Loctudy.

Bienvenu dans l’univers des jours sans fin, avec parfois du chalutage nuit et jour.

Bienvenu sur la « Maryse Françoise », mais ceci est une autre histoire que je me ferais un plaisir de vous raconter ultérieurement.

Un peu plus tard dans les années 1980, face à la cale de l’entrée du Ster, un nouveau bar vint compléter la longue liste des  » Lescobars » disparus à jamais.

Cet établissement était connu sous l’enseigne de « Bar chez Marie Cécile »

Épilogue

Tous les petits commerces  de proximité disparaissent les uns après les autres.

Les bars, bistrots, buvettes, et autres estaminets désertent aussi nos ports et nos côtes.

Même les « Bobards » le bar dancing mythique de Montréal à fermé ses portes en 2015.

Un espoir est toutefois permis dans ce monde cruel ou tout se perd et se délite.

Derrière la plage des Sables Blancs, entre Lesconil et Loctudy, un nouveau bar dénommé le « Baradoz »  a ouvert ses portes pour tous ceux qui veulent rejoindre, l’espace d’une soirée…….. le « Paradis ».

Merci à tous mes anciens camarades et amis de lesconil pour leur aide dans cette « tournée » des anciens bars de Lesconil.

Yé mad !

Jean Claude Quideau

La côte des Tartares

les tartares da cote

Comme toutes les histoires, elle commense par il était une fois…

Dans l’ouest…

A la fin de la terre,

Dans le sud Finistère,

Au bord d’une côte déchiquetée et sauvage,

 Lieu de violentes tempêtes et de naufrages ,

Cachés derrière les rochers qui bordent  sa plage,

Dos à la mer, ils cultivaient leur terre,

Sur la palue du Cosquer.

cheval d'orgueil2

La « côte des Tartares » est située face au grand large, tout au sud du pays bigouden, en plein pays du « marc’h ar lorc’h, le cheval d’orgueil,

march ar lorch

L’endroit est sauvage, parsemé de rias et de marais. Les rochers, les dunes et les plages qui bordent la côte sont  balayés par des vagues hargneuses, des vents violents et des tempêtes fréquentes.

Ce lieu est dénommé « Ar Vor » (le bourg). « Ar Vor » est devenu au fil du temps Larvor.

carte larvor

« AR VOR AN TARTARES »

ar vor an tartare

C’est le géodésien, cartographe, César-François Cassini qui traça cette carte ainsi que les 180 autres feuilles qui représentaient le plus fidèlement possible le relief de toutes les régions  françaises.

César-François Cassini

Un peu partout en France on trouve des traces des « pyramides de Cassini »  composée de tas de pierres en forme de pyramides qui servaient de points de repères pour les tracés des cartes.

Pyramide-de-Cassini

Jean-Dominique Cassini  termina les remarquables travaux de cartographie de son père.

C’est à l’arrière de la côte, derrière une grande dune de sable blanc dans un vallon (an Traon en breton) marécageux dénommé « Palue ou palud » (marais) que les « Tartares » ont élu domicile.

Sur la carte de Cassini on peut voir que la côte de Larvor était composée de plusieurs rias.

Le Ster qui s’étendait après la chapelle de Plonivel  jusqu’au manoir de Kerhoas.

La seconde ria, celle de Keralouet, derrière la palue du Cosquer  s’enfonçait dans les terres jusqu’à Kerogan.

La troisième, celle de Lodonnec, allait jusqu’à Kerillan.
palud des tartares

Les maisons des « Tartares » étaient basses et solides car bâties en granite avec de petites ouvertures pour se protéger des vents violents et des tempêtes fréquentes.

Le bourg est situé entre la commune de Loctudy dont elle est rattachée et la commune de Plobannalec-Lesconil.
Une petite ria dénommée le Ster, sépare le bourg de Larvor de Lesconil.

Le nouveau Plan  de Prévention  des Risques du Littoral (P.P.R.L.) édité récemment par la Préfecture du Finistère reprend les cartes anciennes (Cassini et d’État-major) pour étayer son argumentation sur les risques de submersion.

le ster lesconilsteir

De l’autre côté du Ster, c’est le pays des marais et des étangs ou l’eau de mer se mélange à l’eau douce des ruisseaux. Cette zone humide, sauvage, couverte de roseaux, appelé « Ster Kerdour » (lieu d’eau) est le domaine de prédilection des grands échassiers, hérons, aigrettes ainsi que les autres oiseaux des marais (canards, chevaliers, plumiers, bécasseaux, grèbes). Les poisons, anguilles et mulets pullulent dans ces eaux saumâtres.
cote des tartaresEn 1850, cette lagune fut l’objet d’une tentative de « polderisation » avec la construction de digues. Le projet bien entamé périclita au fil du temps et l’objectif de valorisation agricole abandonné. Les canaux d’irrigation n’étant plus entretenus, les parcelles plus cultivées, la nature reprend ses droits. Je me souviens pourtant que la culture des carottes avait trouvé en ces lieux un terreau favorable.
Depuis quelques années, la zone est envahie par une herbacée envahissante surnommée « roseaux à plumes ». Cette plante envahissante importée d’Amérique du sud plus communément appelée « herbe de la pampa « à colonisé le polder. Du nom scientifique de « Cortaderia Selloana », cette plante vivace est très invasive surtout quand elle trouve un endroit propice à son développement. Elle a un impact négatif sur la biodiversité du Ster Kerdour ainsi que toute la zone environnante du « Traon ».
Depuis 2007 ce lieu de plus de 8 hectares est un site protégé.

Il n’y a pas si longtemps, un ancien marin de Lesconil , assurait avec sa barque à fond plat dénommé « plate », le passage ente la petite digue du quartier des « Quatre- Vents » de Lesconil et le bourg des tartares de Loctudy. La « godille » était le moyen utilisé par le passeur pour faire avancer sa plate dans le courant du Ster.

le passeur de larvor

La « Reine de Larvor » est un cantique toujours chanté à l’église, en particulier lors des processions en l’honneur de Saint Quido

La bourgade s’est développée dans le vallon « an Traon » séparé de la mer par la grande plage de sable fin d’un blanc éclatant du nom éponyme « les Sables Blancs ». Après la plage, d’immenses plateaux de roches, couverts à marée haute se prolongent au long de la côte sauvage jusqu’au loch (ria) de Tudy (Loctudy).

port de larvor

Pourquoi cette appellation de « Tartares ». Mystère ?

Une première piste

Dans la mythologie grecque, Tartare est le nom d’un lieu à la porte de fer où toutes les formes de torture physique ou psychologique sont représentées.
D’après Virgile, le tartare est l’endroit le plus profond des enfers que l’on appelait Hadès, où quelques criminels mythiques célèbres reçoivent leur punition. C’est aussi la prison des dieux déchus.

Le Tartare selon Virgile

tartare la porte de fer

C’est dans le Tartare, que les condamnés expient leurs fautes. Les Cyclopes, Salmomée, Ixion et les Danaïdes condamnées à remplir un tonneau sans fond pour avoir tuées leurs maris.

Représentation grecque du tonneau des danaïdes

tonneau des danaides

C’est une région désertique, sans vie avec des étangs glacés entourée par des rivières aux eaux boueuses, des marécages à l’odeur nauséabonde, qui forment un rempart pour que nulle âme n’échappe à sa peine.

Le Ster Kerdour a beau être une zone peu hospitalière avec un marais appelé « palue » et des petits ruisseaux, le lieu n’est pas aussi ténébreux que celui décrit dans la mythologie grecque. Il faut toutefois souligner que de ce nom « palue » ou « palud » vient du latin « paludis » (marais). Le terme paludisme qui découle directement de ce nom., est également appelé malaria qui signifie: « mauvais air ».

Une deuxième piste me vient tout naturellement à l’esprit

Pour le commun des mortels, l’évocation de ce seul nom de Tartares ou Tatars est synonyme de horde sauvage tuant et pillant tout sur leur passage .

TARTARE PERSONNAGE

Les guerriers Tartares étaient organisé en hordes dévastatrices qui cherchaient à conquérir l’Europe.

La maxime attribuée aux « Huns », on pourrait également s’appliquer aux Tartares :

 » Ou sont passé les Tartares, l’herbe ne repousse plus ».

Aujourd’hui c’est encore une « légende noire » de la littérature.
Gengis Khan, le chef emblématique des Tartares, fut le fondateur au XIIIe siècle d’un immense empire, qui s’étendait de la Méditerranée au Pacifique. En 1240, ses redoutables guerriers déferlèrent sur la Russie. La domination tartare durera trois siècles. Elle a profondément marqué l’identité russe, jusqu’à nos jours.
Au XIIIe siècle, l’Europe chrétienne voyait déferler des Mongols, plus connus dans les sources occidentales sous le nom de « Tatars ».

la horde des tartaresL’irruption de ces guerriers redoutables provoqua à la fois stupeur et terreur. En définitive, l’Empire mongol fondé au début du XIIIe siècle par Gengis Khan et ses fils ne s’étendit pas jusqu’aux royaumes d’Europe occidentale.

Les Tartares de la côte
Contrairement à ce que l’on pensait, les Tartares seraient donc venus jusqu’à la pointe bretonne, en pays bigouden. Comment cela est-il possible ou serait-ce le fruit de l’imagination populaire, une légende qui se racontait oralement près de la cheminée devant un feu de varech.
Que l’on raconte que des vikings auraient débarqué sur cette côte rocheuses parsemé d’écueils aux noms évocateurs tel que : « Men Du » (le rocher noir), « Daou Pennec » (les deux petites têtes), c’eut été du domaine du possible, pour ce qui est des Tartares, c’est complètement utopique.

daou pennec

Une troisième piste, bien moins connue, du mot « Tartare »

Tartares était le nom donné aux valets militaires de la maison du roi, parce qu’ils pillaient pendant que leurs maîtres se battaient sur les champs de batailles..
Un jeu de mots que l’on prête à Saint Louis : « S’ils arrivent ces Tartares, nous les ferons rentrer dans le Tartare d’où ils sont sortis ».

D’autres pistes, plus alimentaires, mais peu réalistes telles que :
– Tartare de bœuf,
– Tartare de thon,
– tartare de saumon,

tartare de saumon– Tartare de saucisson,
– Tartare de steak,
– Sauce tartare,

Et bien sur, 

– le tartare de fromage.

Après la seconde guerre mondiale, Jean-Noël Bongrain, prend les rênes de la fromagerie familiale de Haute Marne.
En 1956, il baptise le fameux « Caprice des Dieux »
En 1965, il envahit les marchés avec sa horde de « tartares » dont le plus célèbre est le:

« Tartare aux fines herbes ».

tartare de larvor

A ma connaissance, les habitants de Larvor n’ont jamais fait de fromage. Il me faudra chercher ailleurs.

L’origine de l’appellation: « Tartares de Larvor »

Pour savoir un peu plus sur l’origine de cette appellation étonnante de ce coin reculé du Finistère sud, j’ai écouté avec attention le témoignage d’un ancien marin, qui a bien voulu me dévoiler le mystère.

Voici son récit :

« Entre les deux guerres, un jeune « instit », natif de Lesconil, fraichement sorti de l’école de formation des instituteurs, son « brevet élémentaire de capacité de l’enseignement primaire » en poche, se voit affecté dans la toute nouvelle école qui vient d’ouvrir à Larvor ». Je ne suis pas certain de son nom, mais je crois qu’il était de la famille Coic et que son prénom était « Per » comme Jackez Hélias, mais je n’en suis pas sûr.

larvor2

L’école de Larvor fut inaugurée en 1911

« Il était enchanté de cette affectation. Natif de Plobannalec-Lesconil, il  pouvait ainsi facilement  se rendre à l’école en traversant le bras de mer, à basse mer, ou en contournant la ria par le domaine du manoir de Kerlut, le manoir de Kerhoas puis la chapelle de Plonivel ».

ster kerlut

« Plein de bonne intentions, fier de sa charge d’instituteur, il se rendit à l’école primaire de Larvor en passant un peu plus haut du Ster pour éviter de mouiller son bas de pantalon neuf qu’il avait pris soin de retrousser jusqu’au genoux. Arrivé de l’autre côté il se rechaussa et il réajusta le bas du pantalon. Il traversa le Ster Kerdour en s’arrêtant un instant pour admirer une famille de canards, mère en tête, avec toute sa portée derrière qui formait un « v » parfait, chacun à sa place, à son rang dans la hiérarchie, attentifs aux ordres et conseils de la mère. Songeur il se voyait déjà devant ses élèves attentifs et silencieux, à l’écoute de sa parole tout comme ces gentils petits canards.
Arrivé devant l’école, il fut quelque peu décontenancé par le brouhaha de la vingtaine d’ élèves qui se bousculaient et s’invectivaient plus en breton qu’en français dans la cour. Il fit tout de suite le rapprochement avec la mère et ses petits canards bien disciplinés qu’il venait de voir et fut tout de suite quelque peu désappointé.
Le Directeur de l’école, qui l’avait accueilli assez froidement, donna de la voix pour calmer les cris.  Il fit aligner sur deux rangs tout ce beau monde, qui courait dans tous les sens tel des étourneaux cherchant les branches d’un même arbre pour s’y poser et piaffer en cœur.
Il se plaça devant une des deux colonnes et invita son nouvel instituteur à se placer devant la seconde. Puis il présenta Monsieur Coic aux élèves de la classe.
La brève présentation terminée, les élèves entrèrent dans leurs classes respectives en se bousculant quelque peu ».

Image1ecole publique de LARVOR« La journée écoulée, Per Coîc, le cartable gonflé par les fiches personnelles des élèves ainsi que des emplois du temps, il sorti de l’école. Il emprunta le chemin de retour vers la ria du Ster. La tête basse, les épaules voutées. Il semblait perdu dans ses pensées au point de ne pas voir un couple de hérons qui sortait des roseaux ainsi que les aigrettes qui fouillaient la vase en quête de nourriture ».

Arrivé chez lui, voyant sa grise mine, sa mère lui demanda :
« Alors fils, comment s’est passée cette première journée d’école  » à Larvor?

« Ça a  été ! » répondit-il, sans trop de conviction, car il ne voulait pas faire de la peine à sa mère.

Elle insista:  « comment sont tes élèves ? ils sont gentils » ?

Sa réponse, fusa cinglante et brève :

« Ce sont tous des Tartares à Larvor !!! »

Sa mère, surprise, ne pouvait qu’acquiescer les paroles de son fils, et de rajouter :

« Marie Péron » m’avait bien dit que les gens de Larvor étaient des « sauvages », mais j’étais loin  d’imaginer  qu’ils étaient pire encore….Ma Doue, (mon Dieu),……. des Tartares !!! »

« Pokez mab »! (pauvre fils)!…

Du fait de son inexpérience dans l’enseignement, il n’avait pas pu, ou su, maitriser sa classe. Même si certains élèves étaient turbulents, indisciplinés, peu enclins à rester sagement assis à leur pupitre, préférant sans doute courir sur les rochers ou aller à la pêche, il passa une très mauvaise journée. Il se rendit compte que la pédagogie n’était pas chose innée, ni même aisée et qu’il devrait être un peu plus sévère dans l’avenir s’il ne voulait pas être complètement dépassé. C’est ce qu’il se promit de faire dès le lendemain.

La nouvelle de sa première expérience d’instituteur à l’école de Larvor se répandit tel un éclair dans tout le village de Lesconil:  » A Larvor, ce  sont tous des Tartares! »

Les « Ouin Ouin » allaient bon train, de quartiers en quartiers, jusqu’à gagner toute la bigoudénie et de se répandre jusqu’en Cornouaille.

De nos jours, même si la plus part des gens ne connaissent pas l’origine de cette appellation , Larvor reste toujours :

« le pays des Tartares ».

Il continua son récit:

« Je crois que par la suite, Per Coïc , ayant passé son diplôme supérieur de capacité de l’enseignement primaire, fut nommé à l’ E.P.S. de Pont-l’Abbé ».

L’ ÉCOLE PRIMAIRE SUPÉRIEURE (E.P.S.) DE PONT-L’ABBÉ

Ayant été un ancien élève de l’ E.P.S. de 1959 à 1964, j’en garde un souvenir mitigé, mais je me devais de faire un paragraphe sur cet établissement scolaire.

Le cadre était austère, surtout lorsqu’on y était pensionnaire. J’avais, dans ma jeunesse, été habitué aux grands espaces, à la liberté de gambader sur le sable et sur les rochers dans l’anse de Langoguen. L’odeur de l’iode et la mer me manquait terriblement.

Après quelques années dans cet univers de granite,  bâtit comme un  monument romain, impersonnel et froid, je m’y suis habitué, plus par force que par plaisir.

Un ancien de la marine, natif de Kérity, qui est aussi passé par cette vénérable institution m’a fourni les  photos et cartes postales  de l’ E.P.S. des années 1950 et 1960.

eps1eps2eps4eps3

La petite histoire de l’ E.P.S. depuis son origine à nos jours

L’École Primaire Supérieure (E.P.S.) de Pont-l’Abbé vit le jour en 1929. Une centaine d’élèves s’installent dans un majestueux et atypique bâtiment surmonté d’un campanile qui ressemble plus à un cloître qu’à un établissement scolaire. L’effectif des élèves ne cesse de grandir pour pratiquement doubler en 1933 (259 élèves).

eps-vue-aerienne

Sous l’occupation, en juin 1940, les locaux de l’ E.P.S. sont réquisitionnés par les Allemands. L’internat est fermé et la plupart des élèves sont contraints de poursuivre leur scolarité dans les villes voisines. En 1942, Les effectifs avaient fondus, il ne restait plus que de 131 élèves.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’ E.P.S. devient une annexe du lycée de garçons de Quimper grâce à l’ouverture de deux classes supplémentaires supérieures, une seconde et une première.
En 1962, l’ E.P.S. obtient le statut de lycée d’État Mixte.
En 1964, l’ E.P.S. prend le patronyme d’un médecin qui avait des attaches à Pont-L’abbé: René Laennec (1781-1826).

Les « blouses grises » de l’établissement dans les années 1960

Les blouses étaient obligatoires pour tous les élèves.

La blouse grise pour les garçons. la bouse délavée était un signe d’ancienneté.

laennec

Sur la photo de gauche à droite Gérard Cosquer, Jean Claude Quideau, André Boissel , Gérard Guénolé

eps4

eps1

eps3

Jour de sortie en tenue de ville

eps6

eps2

Les pensionnaires révisent le bac durant le week-end

Un peu de couleur dans la grisaille

En 1948, les filles ont enfin admises à l’ EPS. Elles portaient des blouses de couleur, la plupart du temps bleues, au début, puis vint le temps du rose et des carreaux.

eps5

eps5

Heureusement que ce titre pompeux et inapproprié d’origine  (École Primaire Supérieure) fut remplacé en 1964  par le patronyme de l’inventeur du stéthoscope pour devenir le « lycée Laennec ».

L’établissement ne cessa de grandir pour accueillir au début de 1970 plus de 1500 élèves.

eps-evolutionLycee LAENNEC

Mon interlocuteur continua son récit:

« Pierre Coïc termina sa carrière comme instituteur des « classes élémentaires » à l’école laïque des garçons de Lesconil.

La sépulture de « Per Coîc » est située au milieu du cimetière de Lesconil, anonyme parmi toutes les tombes ».

L’école laïque de lesconil était située sur la route du sémaphore, de nos jours, rue Victor Hugo,  juste  à côté du grand l’hôtel des Dunes.

Un ami, qui fréquentaient l’école privée, me révéla qu’ils appelaient cette  école : « skol an diaoul » (l’école du diable).

Peut être faisaient ils allusion au rocher du diable situé sur la dune derrière l’établissement scolaire, mais je ne le pense pas, car à cette époque, l’antagonisme était grand entre les communautés « laïques » et « catholiques ». Les élèves des deux établissements ne se fréquentaient ce qui était bien dommage. Heureusement les mentalités ont changées.

ancienne ecole primaire de LesconilJe me souviens très bien de « Per Coïc »,  comme on l’appelait en ce temps-là.

Il avait toujours une blouse grise délavée, preuve de son ancienneté dans l’enseignement.

Il était craint par tous les élèves, qui courbaient l’échine, quand il passait entre les pupitres avec une règle en bois à la main cachée derrière son dos. A la moindre faute de discipline ou même d’inattention, la règle s’abattait sur les doigts du contrevenant. La discipline était devenue son crédo après sa première expérience  d’enseignement chez « les tartares », qui lui avait servi de leçon. Il voulait simplement que ses élèves de lesconil soient moins turbulents et plus disciplinés que ceux du vallon du Cosquer à Larvor.

La classe préparatoire était conduite par Vincent Jégou, tandis que la classe « des grands » (les C.M.) était dirigée par Monsieur Diani,  Directeur du groupe scolaire, instituteur à l’ancienne, rigoureux, mais juste.

Corse d’origine, monsieur Diani fut totalement « adopté » par les habitants de ce petit port du bout du monde à tel  point qu’il y terminera sa carrière puis coula une retraite tranquille avec ses amis « notables » et pêcheurs bigoudens.

Au cours d’un de mes brefs passages à Lesconil, j’avais rencontré, sur le port l’ancien Directeur, qui s’enquerra de ce que je devenais et de mon métier. Lorsque je lui dit que j’étais Officier dans la Marine, je vis de la fierté dans ses yeux et sur son visage.

Je n’oublie pas non plus les classes maternelles qui étaient dirigées par madame Moulin, mes voisins de Pontruche. François Moulin directeur de l’école en 1944, fut arrêté  à Plomeur lors de la rafle organisée par les soldats allemands du Bataillon 800 Nord-Caucasien au cours de la poursuite et de l’extermination du « bataillon  F.T.P. Antoine Volant ».

Pour suivre le récit du « bataillon assassiné » cliquez sur le lien suivant:

https://kermokostories.wordpress.com/2016/01/23/du-sang-sur-la-plage-de-la-torche/

Les bâtiments du groupe scolaire furent vendus au Comité d’Entreprise Total et à l’Association Savoyarde des Classes de Découverte. Les locaux furent réhabilités pour en faire un Centre de Loisirs Nautiques.

Je ne comprends pas pourquoi la municipalité a vendu ces locaux « en dur » pour construire une école « en préfabriqué » dans une zone inondable en plein milieu d’un champ dans une zone inondable ou coulait un ruisseau ou poussait le cresson, qui, je me souviens, débordait par temps de pluies.

ecole docteur flemming

Les locaux  réhabilités auraient certainement pu fait l’affaire pour la petite centaine d’élèves de Lesconil et évité les querelles actuelles. Mais tout ceci est une toute autre histoire qui a fait du « reuz » et du « beuz »et qui risque d’en faire encore.

Revenons à notre histoire de  « Tartares ».

Pendant des décennies, les habitants de Larvor furent surnommés les « Tartares », ce qui constituait aux regard de bon nombre d’autochtones une connotation plutôt péjorative.

De nos jours encore, la majorité de ceux qui qualifient les habitants de Larvor de « Tartares »  ignorent d’où provient ce surnom.

D’après le témoignage d’un ancien élève de l’école privée des garçons de Lesconil communément appelée « École des Frères » créée par la volonté et l’abnégation de l’Abbé Jean-Baptiste Le Mel, ce surnom de « tartares » fut détourné et moqué.

école jb le mel

Voici l’anecdote:

« Ce qualificatif s’est popularisé après guerre (à la fin des années 40) avec cette « sortie » du directeur de l’école des frères de Lesconil qui excédé de voir les élèves de Larvor arriver en retard car ils devaient traverser le Ster pour arriver à l’école demanda à l’ensemble de la classe :

Répétez après moi :

« Les gars de Larvor sont tous des « tard tard »

Larvor de la période des missionnaires celtes à nos jours

La christianisation du Finistère et du pays bigouden par des missionnaires celtes, originaires du sud de l’Angleterre et de l’Irlande, entre le Ve et VIe siècle fut très important. Ils ont créèrent une multitude de chapelles.

Cet endroit sauvage et isolé de Larvor, trop longtemps délaissé, est devenu au fil du temps une bourgade très prisée pour sa situation entre Loctudy, Plobannalec et Lesconil. Le pont enjambant le Ster n’a fait qu’accroître son développement.
Habiter Larvor n’est plus une tare, parole de Saint Quido, qui veille sur ce « peuple tartare ».

kidoOn ne possède pas beaucoup d’information concernant la vie de ce saint, qui d’après les statues est représenté avec une crosse, un livre et une mitre d’Évêque.
St Quido, était un moine ermite qui aurait fui le pays de Galles, traversé la « Mor Breizh » (mer de Bretagne, la Manche actuelle) pour venir s’installer en Armorique, comme beaucoup de ses confrères moines « bretons » (gallois, écossais). Les plus célèbres d’entre eux, qui devinrent Évêques furent :
Saint Malo (moine gallois),
Saint Cadoc (moine gallois, ermite le l’îlot de St Cado dans le Morbihan),
Saint Brieuc (moine irlandais),
Saint Pol (Aurélien) (moine gallois),
Saint Tugdual (moine gallois).

La chapelle Saint Kido de Languidou

Saint Kido se serait sédentarisé dans la baie entre Audierne et la pointe de Penmarc’h près de l’étang de Kergalan autrefois relié à la mer.

languidouA cet endroit, il y fonde le monastère « Langido ». Une chapelle construite au 12 ième siècle, modifiée au 15 ième siècle et ruinée en 1795 fut dédiée à Saint Quido (Saint Kido) « Sant kido e osant-Paeron ar chapel-se » (Saint Kido était le patron de cette chapelle) qui deviendra Saint Guidou. Les ruines de la chapelle sont toujours visibles route de « Languidou » sur la commune de Plovan.
Au 18 ième siècle, Saint Guidou sera francisé en Saint Guy.
L’écrivain breton Per Jakez Hélias, natif de la commune voisine de Pouldreuzic, a décrit la topographie de l’endroit avant son ensablement et sa déconnexion du rivage dans le conte : « La rivière de Kido »
« Le pays de Penmarc’h, en ce temps-là, était un archipel d’îles basses entre lesquelles on circulait par des canaux. Tout au long de la baie d’Audierne, il y avait des ports ouverts. Et c’est par la mer que les pèlerins arrivaient de toute part au grand pardon de Languidou »…
« Ils venaient même de pays étrangers tant était grande la réputation du seigneur saint Kido qui protégeait les hommes et les biens sur l’eau salée »…
« Puis il vint un temps où la mer, on ne sait pourquoi, ni comment dérouta ses courants, elle bannit ses poissons au large, elle encombra ses canaux de sa vase, elle finit par dégorger ; sur ses bords, les galets. La baie de Kido se trouva polie d’un cordon de galets polis et se dessécha derrière ce mur. La rivière devint un étang et les cloches de Languidou sonnèrent le glas du grand pardon. Pendant plusieurs années encore, des navires d’outre-mer, chargés de pèlerins, se présentèrent devant la baie d’Audierne, cherchant l’entrée de la rivière de Kido. Mais ils avaient beau croiser de Pors-Karn à Pors-Poulhan, il n’y avait plus d’entrée ».

La chapelle Saint Quido de Larvor
Une autre chapelle fut bâtie en l’honneur de ce saint très honoré et célèbre de l’époque moyenâgeuse, dont la vie reste encore mystérieuse de nos jours.
La chapelle de Saint Quido aurait été édifiée dans le bourg de Larvor au lieu-dit « Treguido », entre le XV et XVI ième siècle. Elle dépendait de l’ancienne paroisse de Plonivel situé sur la commune de Plobannalec-lesconil.

quido1

quido2quido3Dans la chapelle, Saint Quido, est représenté sur la bannière et sur la statue  avec une mitre, une bible et une crosse d’évêque.

Sur le socle de la petite fontaine aux eaux miraculeuses, une statuette le représente avec les mêmes artifices.

On a très peu d’information  sur la vie  ce saint, si ce n’est qu’il fut un moine ermite de Bretagne avant de devenir évêque.

« Reine de Larvor » est un cantique toujours chanté à l’église, en particulier lors des processions en l’honneur de Saint Quido:

« Reine de l’Arvor, nous te saluons,

Vierge immaculée en toi nous croyons ».

thonier saint quidoLes thoniers pêchant avec des lignes à la traîne ont tous disparus, le Saint Quido de Concarneau (C.C.) fut l’un des derniers thoniers  à  tangons (perches).

Le Saint Quido fut construit en 1965/66 immatriculé au quartier de Guilvinec  » GV 8314″

Son propriétaire et patron fut Jean Claude Le Roux de Larvor en Loctudy. Il fut vendu à un armateur concarnois et immatriculé « CC 302 743 ».

thonier saint quido 2

Les histoires de Tartares ont toujours passionné les cinéastes.

films tartares

                                                      La littérature « tartare »
En 1841, le père Évariste Huc (1813-1860) entreprit en 1841 un extraordinaire périple de cinq années à travers la Mongolie et la Chine.
De 1844 à 1846, Il a réuni tous ses souvenirs de voyage dans un roman intitulé :

« Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Tibet »

Pere Huc souvenir d'un voyage dans la tartarie

Dans son livre, Il disait en substance :

« Nul lieu n’est impénétrable pour quiconque est animé d’une foi sincère ».

D’autres romans racontent la vie de ce peuple Tartare

la vie des tartares

Épilogue

Il n’est jamais trop tard

pour dire

qu’habiter Larvor n’est pas une « Tare »

Textes, photos et montages de Jean Claude Quideau

Novembre 2015

Retour au pays des vikings

A SUIVRE SUR LE SITE

UN NOUVEAU RÉCIT DE VOYAGE

retour au pays des vikings2retour du saumonLe retour aux sources

Les sources, ce n’est pas cela qui manque au pays des fjords.

La Norvège a été peuplée dès la fin de l’ère glaciaire. Les premiers habitants vivaient de la pêche, de la chasse et de cueillettes de toutes sortes de baies qui poussaient en abondance dès le printemps.
Les hivers étaient rudes, surtout dans la partie nord. La zone sud, bénéficiait d’un climat tempéré grâce au Gulf Stream qui longe les côtes.
Les premiers norvégiens vivaient en clans. Ils n’arrêtaient pas de se faire la guerre entre eux pour conquérir des terres.

Ils étaient appelés Vikings. l’étymologie de ce nom provient du préfixe « vik » qui signifie crique, anse, bras de mer. le suffixe « ing » est celui qui fréquente, qui possède. La signification globale de viking est celui qui fréquente les criques, les anses et par extension les bras de mer (fjords).

Cette soif de nouveaux territoires les conduit à construire des navires adaptés à la spécificité du pays avec ses immenses fjords qui s’enfoncent très loin dans les terres.
Les bateaux appelés drakkars sont fins et élancés avec très peu de tirant d’eau pour s’échouer dans les criques au plus près des petits villages. La proue et la poupe sont identiques ce qui peut paraitre étrange, mais c’est au contraire un génial calcul.

En cas de retraite, la manœuvre pour repartir le plus rapidement possible se trouvait facilité, la proue (ex poupe) se trouvait dans la bonne direction, il suffisait d’inverser « la nage » des rameurs.

drakkar OsloVers la fin des années 700, toutes les terres de Norvège étaient occupées, les bouches à nourrir de plus en plus nombreuses, la conquête de nouveaux espaces débuta. De plus grands bateaux sont construits. Ceux-ci, plus lourds possèdent une quille (véritable révolution) qui les rend plus manœuvrables sous voile. Les vikings lancent leurs premières expéditions vers l’Angleterre.
Dans les années 800, les conquêtes s’étendent toujours un peu plus vers l’ouest vers l’Europe.
En 814, les vikings contrairement à ce qui nous a été enseigné, atteignent le pays francs vers le sud de la Bretagne. La Normandie viendra plus tard dans les années 900 en même temps que tout le pays Nantais.

routes des vikingsC’est à cette époque que le chef viking Harold Fairhaid réussit l’unification de tous les clans de Norvège.

En 982, le viking Éric le Rouge, fils d’un émigré norvégien d’Islande découvre et colonise le Groenland.
Au premier siècle de notre ère, après la défaite de Stamford Bridge en Angleterre, l’âge d’or des vikings s’achève aussi brutalement qu’il avait commencé.

routes vikingsEn 1380, la Norvège est unie au Danemark. Cette union durera plusieurs siècles.

En 1814, la Norvège et la Suède s’unissent.

En 1905, La Norvège devient enfin indépendante.

La Norvège, qui n’a pas souhaité adhérer à l’Union Européenne par référendum en 1994 fait partie de l’espace Schengen depuis 1999.

norv 1972Ce périple maritime débute à Brest au début du mois de juin 1972

Après une longue escale à Hambourg qui m’a permis de découvrir cette mégapole et cet immense port chargé d’histoire, j »ai eu le privilège d’effectuer un vol plus qu’agité vers le célèbre aéroport de Tempelhof à Berlin. Nous étions encore en pleine guerre froide et le passage de l’autre côté du mur à Berlin-Est sous le regard froid et suspicieux des « vopos » (volkspolizei) restera à tout jamais gravé dans ma mémoire.

Après cette halte en Allemagne, nous mettons le cap vers le nord et les îles Shetland, bienvenue en mer de Norvège.

Après quelques exercices, cap au 160 vers le charmant port d’ Älesund.

Photo d’ Alesund vers 1920, peu de temps après le grand incendie de 1904 qui détruisit près de 1000 maisons en bois qui faisaient le charme de la ville.

alesund22Petit port de pêche (morues, harengs, crustacés etc..) aux rues « feutrées » mais aux soirées de week-end animées ou l’alcool était prohibé à partir d’une certaine heure.

Trois jours en escale dans cette charmante petite ville aux maisons en bois de toutes les couleurs ou le métabolisme se trouvait quelque peu déréglé car les journées étaient très longues et les nuits pratiquement inexistantes. Le soleil se levait vers 03h30 pour se coucher après 23h30 (20h00 de durée du jour).

Après cette escale, l’escorteur « Du Chayla », tel un drakkar des temps modernes, embouque le Sulafjord puis le Storfjord, le Sunnylvsfjord et enfin le célèbre Geirangerfjord. Le paysage est magnifique et je ne cesse de filmer ces falaises qui tombent à pic dans les fjords. Des cascades d’eau dégringolent depuis les hauteurs. L’une d’entre elles sur notre bâbord est particulièrement majestueuse car elles est composée de plusieurs chutes (sept au total) qui se précipitent en bouillonnant et en ronflant dans le Geiranger.

Dans le fond du fjord en forme de fer à cheval quelques maisons avec des toits de tôle semblent désertes.

Après quelques manœuvres délicates l’escorteur retourne à vitesse modérée vers la pleine mer, direction le cercle Arctique que nous franchissons le 8 juin 1972. Les néophytes ont eu droit à un bizutage en règle, le facteur, la farine, mais pas de piscine seulement un bol d’eau de mer à avaler, ce qui n’est pas  très agréable.

passage du cercle arctiquePassé le cercle polaire le « Du Chayla » fait route vers les îles Lofoten, puis c’est le cap au sud-ouest direction les Shetland, le nord de l’Écosse, les Hébrides.

Après la mer d’Irlande, le canal Saint-Georges, la manche et la mer d’Iroise, l’escorteur Du Chayla rejoint Brest, son port d’attache.

Quarante deux années plus tard

Quarante-deux ans après ma première incursion dans les fjords, je retrouve avec plaisir le pays des vikings.

retour 2014Pour la plus part des français, la Norvège apparait comme une terre lointaine. De nos jours par la navette (shuttle), en moins de trois heures au départ de Nice vous voila déjà arrivé au pays des vikings.

carte nice osloAprès deux heures quarante de vol depuis la Côte d’Azur l’avion de « Norvegian » se pose à Oslo. Cette navette aérienne adopte le même principe que les drakkars, à peine arrivée, elle repart dans l’autre sens.

Le retour aux sources débute par Oslo, la capitale.

Étymologie d’Oslo:
– le préfixe « Os » signifie dieux (nordiques),
– le suffixe « lo », signifie «clairière »,

Oslo signifie donc : « la clairière des dieux ».

Oslo, capitale de Norvège a été fondée aux alentours de l’an 1000 par Harald III au fond de l’Oslo-fjord. Sous la domination danoise la ville s’appelait « Kristiana ».

Sur le bord du fjord, dans la partie ancienne du port appelée Pipervika, la citadelle d’ Akerskus semble veiller sur les vieux gréements accostés au pied des remparts.

port d'osloLa citadelle fut construite dans les années 1200, puis transformée au cours des siècles suivants pour servir de résidence aux rois avant leur installation au « Palais Royal ».

forteresse osloLa citadelle servit également de prison. Un des derniers prisonniers fusillés pour haute trahison en 1945  devant un peloton d’exécution fut le collaborateur nazi Vidkun Quisling. Dans le quartier de Bygdoy on peut voir l’ex manoir de Quisling rebaptisé « Gimlé » (endroit protégé du feu).

citadelle d'AkerskusDans la petite église de la citadelle, une crypte abrite les dépouilles des souverains norvégiens :
– Le roi Haakon VII et la reine Maud,
– Le roi Olav V et la princesse Martha.

Peu de français savent qu’un des leurs, caporal du Régiment Royal de la Marine en 1785, passa du statut de simple soldat à celui de roi de Suède /Norvège sous le nom de Karl XIV Johan.

Il s’agit de: Jean Baptiste Bernadotte né le 26 janvier 1763 à Pau.

bernadotteCaporal en 1785, Lieutenant en 1791, Général en 1794, Maréchal d’Empire en 1804, il devint roi de Suède/Norvège en 1818. Bernadotte est décédé le 8 mars 1844 à Stockholm. La dynastie des Bernadotte règne encore de nos jours sur la Suède. Oslo et les norvégiens ont gardé un très bon souvenir de ce soldat devenu souverain. Sa statue en bronze trône devant le palais royal.

BERNADOTTE OSLO2En plus des vestiges du passé, Oslo recèle de monuments et curiosités disséminés dans des cadres bucoliques.
La mairie d’Oslo, près du port de Pipervika, est un bâtiment austère et même assez laid. Il ne faut surtout pas s’arrêter à la façade de briques rouges et pousser sa curiosité pour franchir l’entrée.

mairie d'OsloA l’intérieur le contraste est saisissant. L’entrée est majestueuse, le parterre et les escaliers sont en marbre. Sur les hauts murs, des tapisseries et des immenses fresques aux couleurs chatoyantes aux peintures parfois naïves racontent l’histoire du pays.

mairie d'Oslo interieurLe parc « Vigeland » dans le quartier de Skoyen est truffé de statues en marbre et en bronze du sculpteur Gustav Vigeland de son vrai nom Gustav Thomszen. L’artiste était vraiment obsédé par les différents stades de la vie et sa progression irrémédiable vers la mort dans, un éternel recommencement, un rouage inertiel que rien ne peut arrêter. Un être s’en va, un autre prend sa place.
PARC VIGELANDDans la presqu’île de Bygdoy, véritable poumon vert d’Oslo, bon nombre de musées racontent l’histoire de la Norvège:

– le musée culturel et historique avec sa ferme, le musée maritime , le musée du Kon-Tiki (radeau en papyrus), le musée du Fram (navire des expéditions polaires),

– Le musée des bateaux vikings

musée des vikings osloAprès cette escale dans la capitale du royaume ou la vie semble s’écouler paisiblement, sans commune mesure avec la vie trépidante pressée et stressée de nos cités, nous quittons la côte, cap à l’ouest vers l’intérieur.

Pour atteindre Stavanger, la prochaine étape de notre périple, nous devons traverser la région du Télémark.

Tout d’abord une halte s’impose pour visiter un monument de l’époque médiévale: l’église de Heddal.

Les « églises en bois debout » de Norvège : Les « stavkirke »

Pourquoi de terme étrange pour désigner certaines anciennes églises de Norvège.
L’étymologie du nom permet d’éclairer ce mystère:
« Stav » signifie : pieux et « Kirke » : église.
Les églises étaient bâties avec des pieux de bois qui servaient de base à la structure de ces édifices. Le bois étant un matériel abondant en Norvège, il n’est donc pas surprenant que jusqu’à la fin de l’époque médiévale, les églises furent entièrement construite en bois. Il y avait plus d’un millier de stavkirke.
L’originalité de la construction réside dans sa conception. Les poteaux étaient accolés verticalement les uns aux autres au lieu d’être assemblés horizontalement comme habituellement pour la construction des cabanes. A l’origine, ils étaient plantés directement dans la terre ce qui occasionnait le pourrissement du bois.

eglise en bois debout de HeddalPlus tard, les poteaux furent installés sur des murs de pierres, ce qui avait l’avantage de les prémunir de l’humidité du sol. Pour préserver l’homogénéité de la structure, les murs de pierres furent masqués par des parements de bois.
De nos jours il y a 28 églises restaurées ou reconstruites.
Une des plus majestueuses, datant du 13ième siècle, est l’église en bois debout de Heddal dans la province du Telemark.

eglise en bois debout de Heddal 2Le Telemark, tous les skieurs connaissent ce nom en tant que technique de « ski nordique » et de descente ou les talons sont libres sur les skis, mais peu savent qu’elle a été inventée par un norvégien natif de la petite ville de Morgedal dans le comté du Telemark.

station de ski de morgedalCe norvégien, skieur exceptionnel de ski de fond et de ski alpin  un peu « casse cou » dans les sauts à ski se nommait Sondre Norheim. Né le 10 juin 1825 à Norgedal, il émigre avec sa famille au États-Unis ou il décède le 9 mars 1897.

sondre Norheim telemarkAprès avoir traversé les hauts plateaux désertiques du comté de Rogaland, le Lysefjord apparait à plus de mille mètre en contrebas. La descente sur une route aux lacets en épingle à cheveux est impressionnante.

lysefjordLe Lysefjord situé dans la région du Ryfylke (Rogaland) est le prolongement du Hogsfjord qui va jusqu’à Stavanger. C’est sans doute le plus impressionnant des fjords avec des points de vue spectaculaires dès le départ du petit village de Lyse. Ce petit village possède quelques curiosités pour le moins étonnantes:

– Sa « maison blanche »

MAISON BLANCHE2– Son camping au nom original, qui fait référence à un film culte des années 1987 : « Dirty Dancing » (danse lascive), dont les acteurs principaux étaient Patrick Swayze et Jennifer Grey. La comédie musicale était accompagnée d’une magnifique musique et chanson, I ‘ Had, « The Time of my life ».

Le camping appelé « dirty camping » (camping décontracté) avec son petit resto « Olav’s Pub and Bistro » ou le patron affiche clairement la couleur « I kiss better than I cook » est situé à quelques pas du Lysefjord.

olav pub nd bistroIl est 17h00, le Ferry « Fjord 1 » appareille de Lyse et s’engage entre les falaises vertigineuses.

depart de lyseDans le fjord, la première des curiosités qui se trouve sur bâbord est la pierre ronde (l’œuf) du plateau du Kjerag. Ce plateau s’élève majestueusement à plus de 1000 mètres au-dessus du fjord.
Cette pierre, coincée dans une faille à plus de 500 mètres au-dessus du Lysefjord attire tous les grimpeurs et autres téméraires avides de sensations fortes qui n’hésitent pas a grimper dessus.

LE ROCHER DU KJERADUn peu plus loin sur tribord, une paroi vertigineuse surmontée d’un plateau semble défier les lois de la nature. Ce plateau situé à l’aplomb du Lysefjord, très prisé des randonneurs norvégiens, est la grande attraction touristique du Ryfylke. Cette falaise située à 604 mètres est appelée Preikestolen (le pupitre ou la chaire). Une faille bien visible laisse présager qu’un jour ou l’autre le pupitre s’écroulera dans le Lysefjord occasionnant un tsunami qui dévastera Lyse et se propagera jusqu’à Stavanger et d’autres villages disséminés le long du fjord.

LE PUPITREUn peu plus loin, le sympathique capitaine du ferry fait une tentative vers une nouvelle route. Malheureusement le passage est obturé, il faut reprendre le cap habituel.

la failleAprès quelques cascades et un pont immense enjambant le fjord nous arrivons dans le petit village de Lauvvick. Mon ami m’avait caché qu’il était natif de ce village.

panoramique Nadine FoussierLa route sinueuse nous mène jusqu’à la ville de Stavanger.
Par le passé Stavanger était un port de pêche prospère appelé « capitale de la conserve ». Pas moins de 50 conserveries travaillaient et mettaient en boites les saumons, harengs et autres poissons qui pullulaient dans les eaux norvégiennes.
Ce passé a vécu, le port est devenu la « capitale du pétrole », ce qui est bien moins romantique. Maintenant il faut vivre avec cette manne qui fait la richesse du port, de la ville, de la région et du pays.
Après les traversées de longs tunnels dont certains passent sous la mer, un nouveau ferry nous transporte de Mortavika vers Arsvorgen. La route vers le Hardenger fjord est jalonnée de nombreux travaux routiers.
Heureusement « Ledebil » veille à la sécurité des usagers et des travailleurs.
« Ledebil » est le nom d’un Peugeot Partner jaune et noir qui accompagne en convoi tous les véhicules, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, pour sécuriser les passages dans les zones de travaux routiers. Pas si « débile » que cela cette méthode, bien au contraire. En France, on ferait bien de suivre l’exemple car les feux alternatifs sont souvent bafoués.

LedebilPassé « Ledebil » qui fait une pause, on arrive au pied de la gigantesque cascade de Lotefoss.
Des milliers de mètres cubes d’eau dévalent les pentes, passent sous la route pour finir dans un bouillonnement d’écume dans le lac en contrebas. On peut imaginer cette cascade au moment de la fonte des neiges.

lotefossNous longeons le Sorfjord, d’Odda à Utne ou un charmant hôtel restaurant nous accueille dans son écrin rétro. Cet établissement qui a ouvert ses portes en 1722 est l’un des plus vieux hôtels de Norvège.

utne hotelAprès une ultime traversée en ferry du Hardangerfjord de Utne à Kvanndal, nous arrivons à Bergen « la capitale des fjords ».

Bergen1Bergen est située dans le Hordaland. La cité chargée d’histoire, fut fondée en 1070 par le roi Olaff III. La ville composée d’une majorité de maisons de bois a souvent été ravagée par les incendies. En 1702, 80% des maisons furent détruites. En 1756, 1600 maisons partirent en fumée. Les derniers incendies datent de 1944 puis plus  récemment en 1955. Ce dernier incendie détruisit les maisons de bois du quartier de Bryggen ou se trouvait par le passé, les entrepôts de poissons des marchands de la « ligue Hanséatique ». La ligue était une association de marchands d’origine germanique (Teutoniques) des villes de la mer du Nord et de la mer Baltique (Hambourg, Lübeck Riga, Danzig etc..). Le quartier fut entièrement reconstruit en 1980.

entrepots de bryggenLa ville est entourée de sept montagnes ce qui engendre un climat bien particulier. Les nuages venant de la mer s’accrochent aux montagnes et se vident sur la ville.
La plus haute, Ulriken, accessible en téléphérique est située à l’Est.
La plus visitée, Floyen, accessible par le funiculaire est située au Nord du port. Le panorama à son sommet est splendide, à condition bien sur, qu’il fasse beau temps.

funiculaire de floyenCi dessous la descente du Floyen en funiculaire

La ville de Bergen qui fut jadis prospère grâce à la pêche à la morue qui était séchée et salée dans les entrepôts de la ligue teutonique de Bryggen est devenue un port d’escale pour les paquebots et une base arrière pour les bateaux d’assistance des plateformes pétrolières.

La ville est divisée en quartiers dont les plus authentiques avec leurs maisons en bois de toutes les couleurs sont situés de part et d’autre du Vogen (port). Au nord Bryggen et au sud Strangehagen.

Le marin breton Yves de Kerguelen, natif du manoir de Trémarec près de Quimper, qui assurait la mission de surveillance, des bateaux de pêche français en mer d’Islande fit une escale à Bergen en 1767. En parlant de la ville, il nota : « les maisons, bien qu’elles soient construites en bois, ont une apparence très plaisante due à la diversité des couleurs ».

MAISONS DE STRANGEHAGENCela ne m’étonne pas, lorsque l’on voit avec quel soin les propriétaires entretiennent leurs maisons. Il n’y a pas que les maisons qui sont plaisantes !

les peintresAutour du port on peut admirer quelques vestiges du passé, comme la forteresse de Bergenhus et la tour de Rosenkrantz. La forteresse abrite toujours une petite garnison.

forteresse de bergenhusAu fond de la darse, le marché aux poissons perdure, même s’il n’est plus sa grandeur d’antan. Il permet tout de même de visualiser les produits de la pêche locale, poissons et crustacés, dont le fameux « crabe royal ».

crabe royalDans deux précédents récits, « du crabe soldat au crabe tambour » et « le crabe mousse », je raconte des histoires de crustacés. Je vais donc en rajouter une autre, peu banale : « le crabe de Staline ».
On se demande pourquoi avoir donné le nom de Staline au « crabe royal » du Kamtchatka.
Le crabe a été introduit à partir de 1961. Staline est décédé en 1958.

Il aurait été plus judicieux de l’appeler : « le crabe de Nikita » étant donné que c’est Khrouchtchev qui lui succéda. C’est lui qui dirigeait l’ URSS durant la campagne d’introduction du « crabe royal ».
Le crabe royal du Kamtchatka
Originaire du littoral oriental de la Sibérie, il a été introduit artificiellement dans le fjord de Mourmansk par le gouvernement soviétique afin de fournir de nouvelles ressources aux pêcheurs russes. Depuis cette introduction, n’ayant pas de prédateurs il s’est répandu dans la mer de Barents, le long des côtes de la Norvège et jusqu’en Islande. Les protecteurs de l’environnement et certains pêcheurs voient cette progression rapide comme une menace pour les autres espèces. D’autres pêcheurs le considèrent comme une bénédiction économique. Sans prédateur naturel, il pourrait atteindre les côtes de l’Europe Nord et même Les côtes Atlantiques. Le crabe royal peut parcourir jusqu’à 15 km par jour.
C’est le crabe le plus recherché au monde et le plus cher au poids, entre 40 à 80 € au kilogramme en France. Il est péché essentiellement pêché sur les côtes de Norvège et en Alaska.
Le Crabe Royal ressemble à une grosse araignée de mer. Il a 6 pattes et 2 pinces. Il vit dans des eaux froides et profondes entre 100 et 500 mètres. Il peut peser jusqu’à 15 kilos. Son envergure peut atteindre 2 mètres. Sa carapace est petite, il possède 3 pattes et une pince de chaque côté (la pince de gauche est plus petite que l’autre. Cette pince sert à manger les proies.

Le crabe Royal appartient à la famille des « Lithodidae ».
Afin de préserver l’espèce, seuls les crabes mâles, de 10 à 12 ans, d’ un poids de 5 Kilogrammes minimum et une envergure d’un mètre minimum peuvent être capturés.

La capture se fait dans d’ énormes casiers rectangulaires avec des appâts fait de poissons, en général des harengs et des cabillaud dont l’ odeur attire les crabes.

casiers crabe royalSa chair est rouge sur le dessus, blanche à l’intérieur. Sa texture est ferme et raffinée, son goût extrêmement délicat et développé.

Il existe trois variétés de ces crabes dit « Royaux »:

– le Rouge, le plus commun, en Alaska et en mer de Norvège,
– le Bleu, plus au nord de la mer de Béring,
– le Brun, plus au sud de la mer de Béring.

Un autre type de crabe, plus petit que le « crabe royal », comme l’araignée (1,5 kg, 0.90 mètre d’envergure) fréquente les eaux froides de l’Atlantique nord-ouest, du Pacifique nord, dans les mers de Béring, de Beaufort et de Barents. Il s’agit du « crabe des neiges » dont le nom scientifique est le Chionoescetes.  Deux espèces sont recherchées par les pêcheurs qui ne peuvent que capturer les mâles pour préserver l’espèce:

– L’Opilio Chionoescetes,crabe des neiges

– Le Bairdi Chionoescetes.

Doit-on souhaiter la venue de ces crabes sur nos côtes ?

Quid de nos crustacés endémiques si le « crabe royal » faisait son apparition?

C’est un prédateur, nettoyeur des océans, pour les mollusques et même autres les autres crustacés. On peut dire, comme pour les Tatars:  » la ou le crabe royal passe , il ne reste rien! »

comparaisons crabesLa vidéo ci dessous, présentée par Yann Arthus Bertrand est très explicite.

Bergen est le port de départ de l’Express Côtier.

L’Express Côtier « Hurtigruten »
Hurtigruten (la route rapide), est le nom du service régulier des bateaux qui assurent la liaison entre les 34 ports de la côte norvégienne depuis 1890. Hurtigruten a été fondé par un armateur privé, la compagnie Vesteraalens.

Le Vesteraalens fut le premier « express côtier » de la même compagnie du même nom. Richard With fut le premier capitaine à assurer la liaison maritime entre le nord et le sud de la Norvège sur ce bateau.

VESTERAALENSLa Norvège s’étend du nord au sud sur près de 2 650 kilomètres entre Bergen et Kirkenes à la frontière Russe. La côte est majoritairement très montagneuse avec de nombreux fjords et îles. Le moyen le plus rapide pour relier ces ports était le bateau. Les côtes n’étant pas envahies par les glaces grâce au réchauffement du au Gulf Stream, il était possible de naviguer toute l’année.

Le SS Stord 1 à quai à Bergen

STOD 1Le SS Stord 1, ce Steam Ship, (bateau à vapeur) de 376 tonneaux, construit en 1913, assura les liaisons maritimes jusqu’ en 1969.

CAR BERGEN

L’image de Bergen est partout, la ou on ne l’attend pas. Même notre bus est affublé d’une superbe photo.

Il est temps de quitter cette magnifique ville de Bergen dont la réputation de ville la plus pluvieuse de Norvège ne me parait pas justifiée (nous avons peut être eu de la chance). Comme en Bretagne, il peut y avoir plusieurs climats dans la même journée.

Direction le Sognefjord ou un autre ferry nous fait traverser d’ Oppedal à Lavik, puis route sinueuse vers Skei et le glacier de Briksdal.

BRIKSDAL3Le glacier de Briksdal fait partie de l’immense glacier du Jostedal. C’est le plus vaste glacier d’Europe avec une superficie de 486 km2. Il a une épaisseur de plus de 400 mètres. Son sommet est situé à près de 2000 mètres. Il se jette dans un lac couleur émeraude, le Hornindal. Ce lac est le plus profond et le plus pur de Norvège.

Pour arriver jusqu’au front du glacier, il faut se mouiller en traversant un pont qui passe à proximité d’une impressionnante cascade d’eau qui « dégringole » en grondant dans un bouillonnement d’écume.

cascade briksdal2Passé ce brouillard d’eau glacée, le chemin de 2,5 kilomètres grimpe doucement entouré par un paysage grandiose. La lente progression vous permet de vous rendre compte du réchauffement climatique qui inexorablement fait fondre le glacier au fil du temps.Les marques sur la roche donnent la date ou se situait le glacier auparavant.

Lorsqu’on arrive sur le front du glacier on ne peut que retenir son souffle devant la magnificence de ces couleurs qui varient entre le blanc et le bleu. Le glacier du Mont-Blanc parait bien « sale » à côté de la pureté du Briksdal.

glacier de briksdalOn resterait bien des heures à contempler ce géant blanc avec ses nuances de bleu qui tirent jusqu’au violet.

L’ obscurité tombe vite entre ces vallées encaissées, il faut à regret attaquer la descente pour reprendre la route sinueuse vers le sympathique petit village de Loen.

Le lendemain, nous nous dirigeons vers l’ouest pour rejoindre la fameuse route touristique 63 qui même, ou plutôt qui serpente en virages serrés et pentus, entre 8 et 12%, jusqu’au village de Geiranger. La vue est impressionnante sur le fjord.

geiranger 11Malheureusement cette route est fermée de novembre à mai car il faut passer un plateau gelé et un col situé à plus de 1000 mètres ou la hauteur de neige dépasse souvent les 5 mètres.
De l’autre côté du fjord la route 63 remonte en 12 virages en épingles à cheveux jusqu’au sommet à 650 mètres. Cette route terminée en 1926, est ouverte toute l’année ce qui a permis de désenclaver le village. Elle est appelée « la route de l’aigle ».

route de l'aigleJ’ai lu de nombreux commentaires, plus ou moins fantaisistes  pour désigner l’origine du nom la « route de l’aigle » et non pas des aigles.

La plus courante des tentatives d’explication d’origine du nom est textuellement celle-ci : « Elle a été surnommée Route des Aigles parce qu’en son point culminant, elle passe par un endroit qui abritait traditionnellement un grand nombre d’aigles ».
Cette définition en l’ occurrence simple et sympathique, est inexacte, même si la Norvège abrite toujours des colonies « d’aigles de mer ». Des « aigles pêcheurs », autre nom donné aux « aigles de mer », qui nichent plus au nord dans les îles Lofoten. « L’aigle des Lofoten » est en fait un Pygargue à tête blanche.

Il faut se souvenir que par le passé des symboles héraldiques étaient souvent utilisés pour une bannière, un drapeau , un nom de lieu ou de chemin etc… Les romains, les égyptiens, les allemands, les américains (le pygargue à tête blanche), et les français ont choisis l’aigle pour symbole. Dernièrement, une espèce d’aigle qui avait complètement disparue de nos montagnes fait l’objet de tentatives de réimplantation dans les Alpes et en Corse. Il s’agit du pygargue à queue blanche.

AIGLE SYMBOLE HERALDIQUENapoléon à également adopté ce symbole pour son armée. La route Napoléon est également appelée « route de l’aigle »
La route suit au plus près le trajet historique de Napoléon de retour de l’île d’Elbe. Sur les panneaux informatifs et les monuments du parcours figurent des aigles aux ailes déployées symbolisant les paroles de l’Empereur:

« L’aigle avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame ».

Avait t’ il l’intention d’ajouter un aigle sur le drapeau national ?

route de l'aigle napoleonRevenons à l’étymologie de la route de l’aigle de Norvège.

A Geiranger, si la route fut dénommée ainsi, c’est en partie grâce à l’opiniâtreté d’un ressortissant Allemand, venu s’ y installer, charmé par la beauté des paysages et la tranquillité des lieux. Un peu trop tranquille toutefois à son goût en hiver, car la route était fermée. Il décida donc de mettre la main à la poche et de participer activement à la réalisation d’une autre voie sur l’autre versant du fjord. La première route fut ouverte en 1926, puis  élargie et sécurisée en 1955. Cette route reste ouverte toute l’année. Comme tout allemand, fier de son pays, il arborait sur sa maison le drapeau sur lequel figurait un aigle.

Depuis, la route fut appelée « route de l’aigle » en honneur de son « inventeur », mécène.

quais de geirangerIl est temps d’embarquer, car le ferry n’attend pas. L’Express côtier à peine arrivé, se prépare déjà à repartir vers Älesund.

express cotierLe Geiranger fjord, que l’on ne présente plus, est surnommé « le roi des fjords ».
Le Geiranger a une forme de « S » pour une longueur de 20 nautiques (16 km).

GEIRANGER 41Le bateau avec la régularité d’un métronome appareille et nous laissons la « route de l’aigle » sur notre tribord.
Peu de temps après notre départ, les chutes d’eau des « sept sœurs » apparaissent. Elles tombent majestueusement de plus de 250 m dans le fjord.

7 soeursA côté de la cascade sur un plateau, on peut apercevoir la ferme abandonnée mais restaurée de Knivsfla.
Sur l’autre rive du Geiranger, une autre cascade, fait face aux 7 sœurs. Cette chute d’eau est appelée « le Prétendant ».

Le PrétendantA côté de la cascade, une autre ferme isolée est abandonnée mais également restaurée, Skagefla.
Après avoir navigué sur le « S » du Geiranger, nous virons sur bâbord en direction de la petite ville de Hellesylt. La route sinueuse nous conduit vers le Storfjord ou un autre ferry nous attend pour nous faire passer d’ Orsneset à Magerholm.
Avant d’arriver à Älesund, nous grimpons sur la colline d’ Aksla qui domine la ville.

ALESUND3La vue est splendide sur le port et les îles de Godoya, Giske, Valderoya et Vigra.

 Ålesund ou Aalesund
Ålesund si on veut respecter l’alphabet norvégien se prononce « Olesund ».
La lettre « A » étant surmonté d’un petit « o », c’est lui qui prime en ce qui concerne la prononciation.

Quel changement pour cette petite ville portuaire aux maisons de bois de toutes les couleurs ou j’étais venu en escale…il y a de cela… quarante-deux années. Le port s’est doté de nouveaux quais pour accueillir les croisiéristes et la ville s’est étendue vers l’est. La ville me parait plus belle que par le passé, sans doute grâce à la manne pétrolière qui a bouleversé toute l’économie de la Norvège.

Je me souviens !

ALESUND11Ålesund a toujours regardé vers le large, vers cette immensité qu’est l’océan. ALESUND 22Le temps manque pour visiter toute la ville d’Ålesund, mais je ne résiste pas au plaisir de jeter un dernier coup d’œil sur le port, les îles et la baie du haut de la colline d’Aksla.

alesund 33Après ce « remake » d’escale à Ålesund, et un dernier regard vers le quai, nous quittons la côte et repartons vers l’intérieur de la Norvège.

quai alesund

La route  longe le Sorfjord et le Nordfjord en direction de Validal puis nous reprenons la nationale 63.
La route grimpe doucement vers le plateau aride de Stigrora dans la région de Romsdal. La température chute brutalement, les bourrasques de vent accentuent encore cette sensation de froid. La neige recouvre encore les sommets des montagnes.

STIGRORABienvenue dans le domaine des trolls

Les trolls sont des personnages de la mythologie scandinave. Ils sont comparables aux créatures imaginaires comme les elfes ou les korrigans en Bretagne. Il existe plusieurs types de trolls : les trolls des montagnes, des collines, des forêts, des neiges, des cavernes, des fjords, des mers etc…

La route des trolls

trolls2Ouverte en 1936, cette route vertigineuse, qui comprend 11 virages avec des pentes à 12%, en épingle à cheveux, n’est pas autorisée aux véhicules de plus de 12 mètres de longueur car il leurs serait impossible de prendre le virage.

ROUTE DES TROLLSLa route est cernée de trois montagnes dont l’altitude varie de 1500 à 1800 mètres. Leurs noms qui indiquent leur majesté :
Le Roi (Kongen) avec la Reine (Dronningen) à sa droite comme il se doit, et l’ Évêque (Bispen) à sa gauche.

Une plateforme a été construite au dessus du vide. Elle permet une vision parfaite des lacets de la route et la vallée en contrebas.

route des trolls 6Pour atteindre la plateforme, accrochée à la montagne, il faut emprunter  une passerelle qui longe le précipice tout en se courbant l’échine pour lutter contre un vent violent et glacial. Filmer la route et la vallée est une gageure surtout avec une tablette qui faseille comme une voile dans le vent.

Arrivé dans la vallée, le calme est revenu, le paysage devient champêtre tout au long du torrent.

Après la vallée de Grudbrandsdalen, la route grimpe vers les montagnes de Jotunheimen en direction de Gala, charmante petite station de ski avec ses chalets dispersés sur les flancs de la montagne.

GALA2L’accueil des employés du complexe hôtelier est chaleureux dans ce lieu éloigné, où règne un calme absolu.

GalaLe lendemain nous passons par la « route de Peer Gynt », une route privée à péage qui traverse le plateau de Gudbrandsdalen. C’est peut-être la dime imposée par… les trolls…pour pouvoir continuer son chemin.
L’histoire de Peer Gynt.
C’est un conte écrit en 1867 par l’écrivain norvégien Henrik Ibsen qui raconte les aventures rocambolesques d’un jeune paysan balloté entre le monde réel et celui des trolls. Une des morales de cette histoire, c’est qu’on croit toujours trouver mieux ailleurs plutôt que chez soi.

Dans ce conte, Peer doit épouser une jeune fille vertueuse habitant près de chez lui, Solveig, mais attiré par la beauté d’Ingrid, il l’enlève, puis il l’abandonne.
Il s’enfuit et rend visite au troll « roi de la montagne ». Il est séduit par une des filles du roi qui est gnome. Le roi lui propose de lui mutiler les yeux pour qu’il devienne troll à son tour.

le conte de peer gyntEffrayé, il s’enfuit parcourir le monde. Tout d’abord, marchand d’esclaves en Afrique, prophète en Arabie, il finit dans un asile au Caire.
Devenu vieux, lassé par cette vie errante et de débauche, il revient en Norvège. Solveig, fidèlement l’attendait car elle espérait le revoir un jour.
Avant qu’il ne meure, Solveig lui dit : « Ton voyage est fini, Peer, tu as enfin compris le sens de la vie, c’est ici chez toi et non pas dans la vaine poursuite de tes rêves fous à travers le monde que réside le vrai bonheur ».
La fin du conte fait penser à celle de l’Odyssée d’Homère dans lequel Pénélope avait patiemment attendu, Ulysse, son aventurier de mari.

Peer Gynt n’a pas tenu compte d’un proverbe bien de chez lui qui dit: « qui court après l’incertain, néglige bien souvent le certain »

Plus tard le conte sera adapté au théâtre sur une musique du célèbre compositeur norvégien Edvard Grieg.

Nous redescendons dans la vallée de Gudbransdalen pour nous rendre à Lillehammer.
Lillehammer, une petite bourgade, située près de Mjosa, le plus grand lac de Norvège, est devenue célèbre dans le monde entier quand elle s’est vue attribuer l’organisation des jeux olympiques d’hiver de 1994.

LILLEHAMMER 1994Le stade avec ses deux tremplins sont les témoins de cette olympiade. Malgré cette notoriété, la ville a retrouvé sa tranquillité.

lillehammerPrès de Lillehammer, il y a un endroit magique hors du temps : le musée à ciel ouvert de Maihaugen. Ce musée présente l’architecture norvégienne au fil des ans. Dans un parc de 37 hectares, on peut voir et visiter des maisons de différentes périodes. Certaines d’avant 1400, d’autres entre 1700 et 1850, mais aussi un village des années 1920.

carte maihausenCe musée a été construit en 1904, grâce à la perspicacité d’un dentiste, Anders Sandvig. Pour préserver le patrimoine il acheta dans la vallée de Gudbransdalen toutes sortes d’objets du quotidien ainsi que des maisons anciennes pour ensuite les reconstruire dans son musée. Le parc comprend actuellement 200 bâtiments.

maihaugen1Le parcours de ce site avec son église en bois debout, son école, ses fermes, sa poste, sa gare, ses commerces et ses maisons de toutes les époques est saisissant.
Dans le musée il y a même un quartier résidentiel habité. Des bénévoles font vivre le village comme dans le temps.

maihaugen2L’institutrice fait école aux visiteurs de passage.

maihaugen rentrée en classemaihaugen ecoleL’église en « bois debout » avec son poteau de justice sur la droite en rentrant.

maihaugen egliseIl ne manque plus que le curé pour faire la messe.

EGLISE INTERIEURdevant la gare un train attend l’heure de départ

MAIHAUGEN LA GAREamihaugen un train en gareNous reprenons la route en direction Oslo. La boucle est bouclée, la capitale de la Norvège sera notre dernière dernière escale.

La Norvège est un pays magnifique plein de contrastes, aux climats changeants suivant le lieu et l’altitude à laquelle l’on se trouve. Le Gulf Stream qui longe les côtes jusqu’aux îles Lofoten permet d’avoir un climat côtier tempéré, tandis que les régions intérieures sont plus froides, neigeuses ou pluvieuses, suivant la saison. Les paysages changent, passant des forêts immenses et denses d’épicéas au herbes rases et aux lichens des plateaux pelés et froids.

norvege les hauts plateauxLa présence des fjords est permanente et il n’y a que trois moyens de pouvoir continuer sa route : le ferry, le pont ou le tunnel.
Le nombre de tunnels de montagne ou sous-marin est impressionnant. Les routes sont extrêmement sinueuses, pentues, étroites et dangereuses. Il ne faut surtout pas calculer la distance, mais le temps, comme en Corse.

Avant d’arriver à Oslo, des travaux gigantesques sont en cours de réalisation pour doubler la voie de chemin de fer, construire une autoroute et des tunnels. Le Laerdal, entre Oslo et Bergen  est le plus long tunnel de Norvège avec ses 24,5 kilomètres. C’est la moitié de la longueur du tunnel sous la Manche. Tous les hommes politiques norvégiens se croient obligés, pour essayer d’ obtenir les votes de leurs concitoyens, d’inclure dans leurs programmes, la construction de tunnels. C’est la course à la démesure.

tunnel2Le dernier projet hors norme envisagé est la construction du tunnel pour bateaux de Stad.  Ce ne sera pas un tunnel pour péniches, comme le touage de Riqueval sur le canal de Saint Quentin, mais un tunnel capable de faire passer des navires jusqu’à 16 000 tonnes. Les plus gros navires type « Express Côtier » de la flotte Hurtigruten pourrons l’emprunter. Le MS « Trollfjord », avec ses 135 mètres de longueur, 21 mètres de largeur et d’un port en lourd de 16140 tonneaux sera capable de le franchir.

TrollfjordEn Norvège l’eau est partout, la mer avec son littoral de 3380 kilomètres, ses 25 000 kilomètres de côtes, ses 50 000 îles , ses nombreux fjords, ses torrents, cours d’eau et ses 95 700 lacs.

pavillon norvegienLe drapeau norvégien avec la croix chrétienne  bleue et le blanche sur fond rouge représente, comme en France, la démocratie, la liberté.

George Sand ne soutient pas la thèse sur la diversité des langues, et elle a raison:

« J’ai entendu dire par certains savants que la diversité des langues venait de la différence des climats. Ils soutiennent que, si le norvégien est rude et guttural, cela provient de, ce que, en Norvège, les eaux et les vents grondent et mugissent ».

Arthur Rimbaud, qui comme Peer Gynt était avide d’aventures exotiques vint en Norvège en  1877 ou il écrivit Ophélie:  » C’est que les vents tombant des grands monts de Norvège- T’avais parlé tout bas de l’âpre liberté ».

En guise de conclusion, je dirais que ce pays, qui au premier abord parait rude et froid, est accueillant, plein de charme,de contrastes, avide de l’âpre liberté dans la douceur de vivre ou la propreté n’est pas un vain mot.

Jean Claude Quideau

Un bigouden à la découverte du Far-West

bigoud decouverte du far-westDans ce nouveau récit, je ne vais pas vous raconter l’épopée de la Conquête de l’Ouest « how the West was  won » que tout le monde connais par le biais du cinéma de John Ford, Henry Hathaway et Georges Marshall qui est une fresque historique qui couvre cinquante ans d’histoire des États-Unis entre 1839 et 1889 avec des acteurs célèbres et archi-connus comme  John Wayne ,Grégory Peck, James Stewart , Georges Peppard et Henri Fonda.

usa 4Ni trop m’ appesantir  sur la guerre de l’indépendance des États-Unis, maintes fois racontées dans les films  tels que:

– « the spirit on 76 » de Francis Boggs en 1908

– « Sons of liberty » de Michael  Centez en 1939

-« John Paul Jones » de John Farrox en 1959

-« Révolution » de Hugh Hudson en 1986 avec Al Pacino

films1film2La phrase de John Paul Jones commandant l’USS « Bonhomme Richard » vaisseau de 42 canons, navire offert par la France, dans son combat contre le HMS « Serapis » de 50 canons du capitaine Pearson en 1779 est restée célèbre:

John_Paul_Jones,_naval_hero« I have not yet begun to fight » ( je n’ai pas encore commencé de tirer) alors que le capitaine anglais  lui intimait l’ordre de se rendre. Depuis ce combat,John Paul Jones, fut respecté par tous les capitaines français, il est nommé « Chevalier » et décoré par Louis XVI. Les anglais le considérait comme un pirate. Il est devenu un héros américain de la guerre navale pour l’indépendance.

John Paul Jones, est né en Écosse  en 1749.

En juillet 1792, il est retrouvé mort dans son appartement de la rue de Tournon à Paris.

Il est enterré dans le cimetière Saint-Louis, qui appartenait à la famille royale française. Grâce à la généreuse donation d’un admirateur français, François Simmoneau, ancien commissaire du Roi, qui offre alors la somme de 460 francs, le corps de Jones est préservé dans l’alcool et enseveli dans un cercueil de plomb « dans l’éventualité où les États-Unis décidaient de réclamer ses restes, ceux-ci pourraient être identifiés plus facilement ».

Quatre ans plus tard, le gouvernement révolutionnaire vend le terrain et le cimetière est oublié. Le terrain sera par la suite transformé en jardin public.

JPJ portraitEn 1899, une mission américaine est envoyée à Paris pour retrouver les restes de John Paul Jones, les identifier et les rapatrier. En 1905, après six ans de recherches, l’ambassadeur américain en France, le général Porter, ancien aide de camp du général Grant, retrouve le lieu de l’ancien cimetière Saint-Louis, qui est devenu avec les années un terrain vague, rue de la Grange aux Belles dans le dixième arrondissement de Paris. En février 1905, les recherches sont organisées pour retrouver le cercueil de plomb. Cinq cercueils sont finalement exhumés. Le troisième, sorti de terre le 7 avril 1905, sera par la suite identifié comme étant celui de John Paul Jones. L’identification est réalisée par une autopsie, et une comparaison de son visage avec son buste réalisé par François Houdon en 1781.

En 1906, les restes de John Paul Jones sont rapatriés aux États-Unis à bord de l’USS Brooklyn.

En 1913, le  cercueil de John Paul Jones est déposé dans un majestueux sarcophage de marbre et de bronze rappelant celui de napoléon Bonaparte aux Invalides à Paris.

Le sarcophage est visible dans la chapelle de l’Académie Navale  d’ Annapolis dans le Maryland.

sarcophage JPJLes films les plus récents:

– « the patriot » de Roland Emmerich en 2000 avec Mel Gibson superbe fresque de cette époque.

films usafilm3Dans le film « The Patriot », on peut voir l’acteur français Tcheky Karyo, incarner l’officier français, Jean Villeneuve, qui se bat aux côté des patriotes et de Mel Gibson. Si ce personnage est fictif, un français du nom de François Maurice de Barnaud de Villeneuve à bien combattu aux côté des insurgents durant la guerre l’indépendance des États-Unis.

Jean villeuneuveDans ce récit, je vais vous raconter l’histoire méconnue de ces marins  bretons qui participèrent à la naissance des États-Unis et à son indépendance tout en vous faisant voyager dans l’immensité du continent américain par le biais de textes agrémentés de photos personnelles de cet ouest lointain « The Far West ».

Quelques grandes lignes de cette lutte pour l’indépendance

Cette guerre prend sa source en 1756 dans les combats qui opposèrent les français et les anglais en Amérique du Nord.

Ce conflit est connu sous le nom de « french and indian war » ou « guerre de sept ans ». Cette guerre eut pour effet de vider les caisses du gouvernement britannique qui pour les renflouer votèrent toute une série de taxes aux treize colonies américaines signées par le roi George III. Les plus connues de ces taxes qui mécontentèrent les colons sont les suivantes :

–         sugar acts (taxes sur le sucre) en 1764

–         quartering acts (obligations de logement et de nourriture des soldats anglais)

–         stamps acts (taxes sur les timbres) en 1765

–         tea acts (taxes sur le thé) en 1773

actsLe document ci dessus donne l’ explication, les causes et les effets de ces taxes.

C’est en fait pour sauver la « Compagnie Indienne de l’Est » que ces taxes furent promulguées.

La compagnie possédait des stocks importants de thé qu’elle ne pouvait plus écouler en Grande-Bretagne. les colons, en particulier ceux de Boston, refusèrent de payer.

Le 16 décembre 1773, déguisés en indiens Mohawak (trois compagnies de 50 hommes) prirent d’assaut les trois navires chargé de 342 ballots de thé et les jetèrent par dessus bord dans le port de Boston.

Les « dissidents » de ce coup de force furent appelés les « Tea-Party » . Appellation qui perdure encore de nos jours pour désigner les petits partis politiques des États-Unis.

Le treize colonies refusèrent de payer les taxes et proclamèrent leur indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne  le 4 juillet 1776. Thomas Jefferson fut chargé de rédiger le texte.

JeffersonLes anglais les déclarèrent « insurgés » (insurgents) ou « patriotes » (patriots).

La France joua un très grand rôle dans cette guerre d’indépendance  et cela dès la proclamation d’indépendance en 1776 en fournissant des armes aux patriotes.

Le marchand d’armes n’était autre que Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, écrivain, musicien, philosophe, qui servait de paravent à un homme d’affaires redoutable. Il possédait une flotte de navires marchands.

beaumarchaisIl envoya dès 1776 aux « insurgents » treize navires remplis d’armes et de poudre. Pour la petite histoire, il ne fut jamais payé pour ces livraisons. Le trafic d’armes a toujours été et restera un marché compliqué et à risques (voir sur le site, le récit du « loup de mer »).

La France s’engagea ouvertement et officiellement en 1778.

Le conflit était ouvert et ne s’acheva que par la déroute totale des armées britannique à Yorktown et par le traité de Versailles qui s’en suivi le 3 septembre 1883. Les britanniques totalement vaincus, durent reconnaitre l’autonomie des États-Unis.

Un américain a grandement participé au rapprochement des « insurgents » avec la France. Cet homme d’État est Benjamin Franklin né à boston en 1706 et décédé à Philadelphie en 1790.

En octobre 1776, il embarque sur le vaisseau « Reprisal » pour la France.

En décembre 1976, il débarque à Auray dans le petit port de Saint-Goustan.

st-goustan2Pourquoi ce petit port perdu au fond de la rivière du Loc’h près d’Auray dans le Morbihan. Mystère ?

benjamin franklinbenjamin franklinBenjamin Franklin débarque débarque à Saint Goustan (dessin de Patrice Pellerin)

FranklinBenjamin Franklin, se rend compte qu’en dépit du désir des Français d’obtenir une revanche sur la Grande-Bretagne,de la sympathie que la cause Américaine suscite, la France hésite à s’engager dans la guerre tant la situation des « patriots » est vulnérable.

En février 1778, , après la nouvelle de la défaite britannique de Saratoga  Franklin parvient à signer un accord avec la France. La reconnaissance auprès de Louis XVI de la nouvelle République est acquise, ainsi que l’alliance militaire et économique. La mission diplomatique de Benjamin Franklin est un succès.

En 1783, Adams, Jay et Benjamin Franklin, signent pour les États-Unis le traité d ‘Indépendance qui met fin à la guerre.

bretons1Illustrations de Patrice Pellerin auteur des superbes bandes dessinées historiques de la marine du XVIII siècle.

pellerinL’escadre de l’amiral de Grasse se prépare dans le port militaire de Brest. Elle appareillera le 22 mars 1781 à travers l’océan Atlantique en direction des côtes américaines.

drapeaux us breizPlus de 20 000 bretons, soldats et marins, participèrent aux différents combats sur terre et sur mer.

2000 d’entre eux ne sont jamais revenus en Bretagne, ils reposent en terre américaine ou dans l’eau glacée de l’ Atlantique nord.

Les bretons ne furent pas les seuls à s’embarquer pour délivrer les Amériques du joug des anglais. Le vendéen François Athanase Charette de la Contrie né le 2 mai 1763 à Couffé s’embarqua comme Lieutenant de vaisseau sous les ordres de l’amiral Comte de Guichen pour prendre part aux campagnes d’Amérique.

Son histoire, peu banale est magnifiquement mise en scène dans le spectacle époustouflant du Puy du Fou: « Le dernier Panache ».

le-dernier-panache

Le plus célèbre et le plus connu de ces intrépides qui traversèrent l’Atlantique fut Marie-Joseph, Paul, Yves,  Roch, Gilbert du Motier né le 6 septembre 1757 à Chavaniac.

la_fayette_genealogieMême s’il est né en Auvergne, Gilbert du Motier est breton de par sa mère, Marie Louise Julie de la Rivière aristocrate bretonne fille du seigneur de Ploeuc en Côtes-d’Armor.

Gilbert du Motier n’est autre que le marquis de Lafayette.

Gilbert du Motier marquis de La Fayette

La Fayette vend son domaine breton de Ploeuc pour financer l’achat de « la victoire », un navire de 200 tonneaux, ainsi qu’ une cargaisons de 6000 fusils pour les « insurgents ».

Le 17 avril 1777 il appareille avec quelques fidèles pour le continent américain.

La Fayette sait très habilement rendre populaire la cause des « Insurgents » et son expédition américaine auprès de l’opinion publique en France.

De retour aux États-Unis en 1780 à bord de la frégate de 34 canons  ‘l’Hermione » , il reçoit de George Washington  le commandement des troupes de Virginie.

hermione6La Fayette avec les troupes de George Washington et du comte de Rochambeau, commandant le corps expéditionnaire français de 6 000 hommes encerclent les  troupes britanniques du marquis Charles Cornwallis à Yorktown. Ils remportent la victoire décisive de Yorktown le 17 octobre 1781.

Comme l’a dit Gilbert du Motier marquis de La Fayette : « Aucun obstacle, aucun mécompte aucun chagrin ne me ralentit dans le but unique de ma vie, le bien être de tous, et la liberté partout »

Avec Lafayette, Rochambeau, de Grasse  furent les principaux  artisans de la victoire des patriotes sur terre comme sur mer.

L’ Hermione la « frégate de la liberté »

hermione7Ci dessous le lien avec un petit film de l’ Association Hermione-Lafayette relatant les étapes de la construction de la réplique de l’Hermione à Rochefort.

HERMIONE

Avril 2015, le grand retour de l’Hermione aux États-Unis d’Amérique

Le 18 avril 2015,  l’Hermione a appareillé de la Rochelle pour traverser l’Atlantique à la voile comme l’avait fait Lafayette en 1780.

La réplique de la fameuse frégate de Lafayette

HERMIONE 7

HERMIONE 6

La frégate Hermione était une frégate rapide de 64 mètres de longueur, véritable bateau de chasse aux navires pirates. Elle fut construite à Rochefort en 1777, admise au service actif en 1779.

hermione

Le 21 mai 1780, la frégate avec à son bord Lafayette arrive à Boston avec des renforts francais.

Lafayette est considéré par les américains comme un héros. une ville des USA porte son nom. La ville de Lafayette en Virginie à été fondée en 1821.

carte_lafayetteC’est la capitale du pays Cajun, qui compte aujourd’hui 112 000 habitants. Elle est située à 210 km de New-Orléans.

La marine américaine donna son nom à trois de ses navires. Le congrès envisage de baptiser un quatrième bateau du nom du marquis.

LafayetteLa triste fin de la frégate Hermione

Le 20 septembre 1793, commandée par le capitaine de vaisseau Martin s’échoua sur les roches du plateau du Four devant le Croizic. La coque transpercée, l’équipage l’abandonna et le navire fut perdu.

lieux du naufrage de l'hermioneAprès plusieurs saisons de fouilles, on retrouva l’ancre et trois canons de la frégate qui sont exposés au château des Ducs de Bretagne à Nantes.

Jean Baptiste Donatien de Vimeur, vicomte de Rochambeau

rochambeau-statueMoins connu que Lafayette, il est considéré par les américains comme le grand stratège qui a permis la victoire de Yorktown et la capitulation des anglais. Né à Vendôme, en juillet 1725.

En 1779, Louis XVI le nomme commandant du corps expéditionnaire qui part au secours aux « insurgents ». Il participera de manière déterminante à la bataille de Yorktown aux côtés de Georges Washington

Statue du sculpteur Hamar dans le square Lafayette à Washington, près de la Maison Blanche. Il existe d’autres reproductions: Newport, New York (King Park) et Vendôme.

rochambeau3Peinture de Louis-Charles-Auguste Couder qui figure au musée de Versailles

Sur cette toile on peut voir au centre à côté de Washington, Rochambeau qui fait un geste du bras droit . La Fayette se trouve au second plan derrière l’épaule gauche de Washington.

François Joseph Paul, marquis deTilly, comte de Grasse

François-Joseph-Paul-comte-de-Grassede Grasse est né le 13 septembre 1722 au château des Valettes à Bar-sur-loup dans les Alpes-Maritimes. Il est décédé le 11 janvier 1788 au château de Tilly dans les Yvelines.

En 1781 il est nommé par Louis XVI, commandant la principale escadre française envoyée au secours des patriots.

Il met son pavillon sur le vaisseau de premier rang « Ville de Paris ». Ce navire de 54 m de longueur était équipé de 104 canons de 8, 12, 24 et 36 livres dans la batterie basse.

vaisseauL’escadre forte de 20 vaisseaux, de 3 frégates et d’une centaine de navires transportant 3 200 hommes de troupe appareille de Brest le 22 mars 1781.

Le 15 septembre 1781dans l’estuaire de la rivière Chesapeake, l’amiral comte de Grasse bat la flotte britannique de l’amiral Graves qui avait mis sa marque sur le vaisseau HMS « London » de 98 canons.

L’escadre de l’amiral de Grasse était forte de 25 navires dont quatre vaisseaux de premier rang et 21 frégates.

CHESAPEAKETableau du combat naval de Chesapeake les vaisseaux « ville de Paris » de de Grasse et  » l’Auguste » de Bougainville en pleine action en septembre 1781.

Image3L’amiral anglais Graves qui commandait une flotte de 19 navires avait sous ses ordres deux autres amiraux:

– Le vice-amiral Hood qui se trouvait sur le vaisseau HMS « Barfleur » de 98 canons,

– le contre-amiral Francis Drake qui avait mis sa marque sur le vaisseau HMS « Princessa » de 70 canons. Drake était considéré par les britanniques comme un héros et par les espagnols comme un pirate.

Le succès de de Grasse  a contribué à la victoire décisive de Yorktown.

De_Grasse_in_Saint_RochEn 1786, le Congrès américain lui offre 4 canons pris à Yorktown et le 21 juillet 1786 Louis XVI l’autorise à les placer sur son domaine devant son château de Tilly ; sur chacun d’eux on pouvait lire : « Pris à l’armée anglaise par les forces combinées de la France et de l’Amérique à Yorktown, en Virginie, le 19 octobre 1781 ; présenté par le Congrès à S.E. le comte de Grasse, comme un témoignage des services inappréciables qu’il a reçus de lui dans cette mémorable journée ».

Tilly_Plaque_commémorative_Amiral_de_Grasse

comte de grasse3Un autre marin francais a eu également un rôle dans la bataille de Chesapeake, mais ses actions et ses décisions sont sujet à caution.

Jean Baptiste Charles Hector, comte d’Estaing

destaingJean Baptiste Charles Henri Hector, comte d’Estaing, est né au château de Ravel dans le Puy de Dôme en 1729. Il fut guillotiné à Paris en 1794.

Vice-amiral pendant la guerre d’indépendance américaine  il reçoit en 1778 le commandement d’une flotte pour venir en aide aux américains. Il échoue devant Rhode-Island et New York et devant Sanannah où il est à nouveau blessé.

D’ Estaing dispose d’une puissante flotte de 25 vaisseaux et peut engager de nouveaux combats. Il porte alors ses efforts sur l’île de Grenade  qui est conquise sans coup férir en 1779 après une violente bataille navale contre l’escadre du vice-amiral anglais Byron. D’ Estaing ne saisit pas l’occasion de détruire l’escadre anglaise, malgré les demandes pressantes de ses adjoints  le Bailli de Suffren et le comte de La Motte Picquet.

L’ Amiral Comte de d’ Estaing avait la chance d’avoir sous ses ordres ses deux capitaines remarquables.

Le Bailli de Suffren

Suffren est considéré comme l’un des meilleurs capitaines de son époque.

Pierre André de Suffren, est né le 17 juillet 1729 au château de Saint-Cannat près d’Aix-En-Provence et décédé le 8 décembre 1788 à Paris.

suffrenNapoléon disait de lui : « Pourquoi cet homme n’a-t-il pas vécu jusqu’à moi, et pourquoi n’en ai-je pas trouvé un de sa trempe, j’en eusse fait notre Nelson, et les affaires eussent ris une autre tournure »

En 1778, sous les ordres de Charles Henry d’ Estaing,  il participe aux combats de la guerre d’indépendance des États-Unis sur le « Fantasque ».

En 1780, Suffren occasionne l’effondrement de la bourse de Londres pour avoir intercepté  un convoi de vaisseaux anglais dont la perte était évaluée à vingt millions de livres sterling.

Plusieurs navires ont par la suite porté le nom de ce brillant marin.

Picquet de la Motte

Toussaint-Guillaume Picquet, comte de la Motte est né en 1720 à rennes et décédé en 1971 à Brest.

La Motte-Picquet est né dans une famille de petite noblesse bretonne.

Lors de la guerre d’indépendance , il sert sous les ordres du vice amiral Destaing.

En 1778, la France reconnaît l’indépendance des États-Unis, et le 14 février La Motte-Piquet salue John Paul Jones  en faisant tirer une salve de coups de 9 coup de canons. C’est là le premier salut au drapeau américain donné par un navire étranger. Il est chargé, avec sept vaisseaux et trois frégates, de conduire au delà du Cap Finistère  un convoi américain, il remplit avec succès sa mission, malgré les attaques  de vaisseaux anglais.

La bataille de Yorktown

treize coloniesCi dessous une petite vidéo sur la contribution française à l’indépendance des USA

YorktownSi Lafayette, Rochambeau, et de Grasse marquèrent de leur emprunte cette guerre d’indépendance, d’autres bretons moins connus ont également été des artisans  de la victoire américaine.

trioVoici l’histoire de quelque uns d’entre eux.

De Parscau du Plessix

Louis-Guillaume de Parscau, du Plessix, Keryvon, est né en 1775 à Saint Malo et mort  en 1786.

Officier de marine, Il participe à la guerre d’indépendance.  En 1780, il commande le vaisseau « l’Intrépide » de 74 canons, sous les ordres de l’amiral comte de Guichen.

Le 5 septembre 1781, il commande le vaisseau de ligne de second rang de 80 canons « le Languedoc ».

Du Couedic de Kergoualer

Charles_Louis_Du_Couédic_de_KergoalerCharles Louis du Couedic, seigneur de Kergoualer est né au château de Kerguelen sur la paroisse de Pouldergat en 1740.

Officier de Marine, il a participé à la guerre d’indépendance sur la corvette  » l’Écureuil ».

En 1778 il commande la frégate « la Surveillante ». Il est décédé à Brest en 1780.

Fleuriot de Langle

Paul Antoine Marie Fleuriot, vicomte de Langle, est né au château de Kerlouet à Quemper-Guézennec en Côtes d’Armor.

Officier de marine, capitaine de vaisseau, il commande la frégate la « Résolue » dans l’escadre du Comte de Grasse, puis il est nommé « Chef de division » pendant la guerre d’indépendance des États-Unis.

avec-fleuriot-de-langle-et-la-perouse-1785-1788Il est sélectionné par son ami « La Pérouse » comme second de l’expédition »La Pérouse ».

Cette expédition commanditée par Louis XVI comportait les deux navires  « Astrolabe » et la « Boussole ». Il  commandait  la frégate « l’Astrolabe ».

Il est tué par les indigènes sur l’île de Manoua en 1788.

de langlePlaque de La Pérouse en hommage à son ami Fleuriot de Langle

Les restes de Fleuriot de Langle ont été inhumés dans le chœur de l’église Saint-Louis à Brest.

Tuffin de la Rouerie

Armand Charles Tuffin, marquis de la Rouerie est né à Fougère en Ile-et- Vilaine  en 1793.

de la rouerie2ll est décédé au château de la Guyomarais dans le Côtes-d’Armor en 1793 (dans le bois du château,une stèle a été dressée par l’ambassade des États-Unis).  Il a été un des héros de l’indépendance américaine, arrivé au secours des « Insurgents » trois mois avant le marquis de La Fayette.

de la rouerieIntégré dans l’armée de Washington avec le grade de colonel sous le nom de colonel « Armand ». Il paya de sa poche l’équipement de ses hommes avant de se retrouver à la tête du 1er bataillon de la légion de «  »patriots ».

Au printemps 1778, le marquis de  la Rouerie obtint l’autorisation du Congrès de créer une légion de « Chasseurs libres et indépendants » forte de 452 hommes et 14 officiers – une force considérable pour l’époque prise en charge par le congrès américain.

Il a été un des tout premiers chefs de la chouannerie. Il n’en reste pas moins méconnu, pour ne pas dire inconnu.

Du Bouexis de Guichen

Luc Urbain du Bouexic, comte de Guichen, est né à Fougère en 12712. Il est décédé à Morlaix en 1790.

Luc_Urbain_du_Bouëxic_de_GuichenPendant la guerre de sept ans, il est chargé de ravitailler la nouvelle France. Il parvient à passer au travers du blocus imposé par les Anglais, mais ne peut empêcher Louisbourg de tomber aux mains des anglais en 1758. Promu Chef d’escadre en 1776, le comte de Guichen se distingue surtout pendant la guerre d’indépendance américaine, apogée de sa carrière militaire.

Bien sur, il y eu beaucoup d’autres bretons à s’investir dans la guerre d’indépendance des États-Unis d’Amérique et en faire l’inventaire complet nécessiterait de longues recherches.

Ci dessous, une petite vidéo sur le rôle joué par la marine royale française dans la guerre d’indépendance des USA:

De nombreux américains, ne connaissent par le rôle primordial que la France a jouée pour l’indépendance des États-Unis, sans contre-partie, uniquement pour se libérer du joug des Britanniques.

La constitution américaine est inspirée des idées de Montesquieu  » L’esprit des lois ».

En 1976, j’ai eu l’occasion de participer au bicentenaire de l’indépendance des USA dans les villes de Jacksonville en Floride et Wilmington en Caroline du nord.

JACKSONVILLEbi centenaire des USAWilmington mai 1976

la bouronnaisLe cuirassé North Carolina devenu un musée à Wilmington

north carolinaLa fête nationale américaine est célébrée le 4 juillet de chaque année,depuis 1776.

drapeu des USA

ruée vers l'orLe 24 janvier 1848, James Marshall, un menuisier,  découvre une énorme pépite d’or dans la scierie du Suisse John Sutter sur la rive de « l’ American River ». La nouvelle s’étant propagée comme une trainée de poudre ce fut le début de la ruée vers l’or en Californie.

A la découverte de l’ Ouest lointain (Far-West)

Je reviens à cette découverte du Far-West dont la principale porte (gate) d’entrée était à l’époque l’entrée de la baie de San-Francisco.

voie maritimeLA VOIE MARITIME

san francisco22Fondée en 1776, la ville prend réellement son essor lors de la ruée vers l’or en 1848. Elle compte de nos jours plus de 800 000 habitants.

Pour agrémenter la lecture du récit , lancer le clip vidéo ci dessous pour écouter la magnifique chanson de Scott Mac kenzie  » San Francisco » reprise par Johnny Halliday.

San Francisco doit son nom aux espagnols accompagnés de religieux de l’ordre de Saint François d’Assise qui débarquèrent dans la baie.

Des chercheurs d’or et des marchands asiatiques, commencèrent à arriver en 1849 en Californie qu’ils nommaient la « montagne dorée » (Gold Mountain), après la découverte de l’or dans la petite localité de Coloma au pied de la Sierra Nevada.

Les premiers immigrants venus d’Europe, à cause et d’un plus long trajet à parcourir, n’arrivèrent que fin 1849, les plus nombreux de la France  mais aussi d’Allemagne, d’Italie et d’Angleterre. Entre 1845 et 1852, San Francisco compte plus de 5000 français, ce qui est énorme pour l’époque car la ville ne compte que 25 000 habitants en 1850.

On estime à 20 000 immigrants arrivés en Californie en 1849.

La « Porte Dorée » de San Francisco

La « Porte Dorée » (the Golden Gate) ainsi nommée car de nombreux immigrants arrivèrent par bateaux dans la baie de San Francisco pour chercher de l’or.

golde gate« The Golden Gate bridge » (le pont de la porte d’or ») fut construit entre 1933 et 1937 pour relier les villes de San Francisco à Sausalito située de l’autre côté du détroit. Il mesure près de 2 km avec une hauteur de 70 mètres qui permet le passage de très gros bateaux. C’était le pont suspendu le plus long du monde jusqu’en 1964.

Golden Gate sans dessus dessous

San Francisco: les dessous du Golden Gate bridge

Pour voir les « dessous » du pont démarrer la petite vidéo ci dessous:

La « Maison Bleue » de San Francisco

maison bleueL’histoire de la « maison bleue adossée à la colline… »  telle qu’elle nous fut racontée par « Ned » notre guide américain.

Pour la situer dans le dédale des rues de San Francisco, il faut quelques indices.

–         Un chanteur français des années 1970, barbu et chevelu,

–         Des hippies du nom de Lizzard, Luc, Tom, Phill et Psylvia,

–         Une maison bleue adossée à la colline (San Francisco en compte 43),

–         Ceux qui y vivent ont jeté la clé.

Ned savait parfaitement ou se trouvait cette fameuse maison, car il connaissait bien les protagonistes de l’histoire et les lieux.

maison bleue 2Il s’agissait du chanteur français Maxime le Forestier, troubadour barbu et chevelu des années 1970 comme les hippies de l’époque avait suivi sa chanteuse de sœur Catherine, dans cette maison ouverte à tous les vents et amis de passage dont l’adresse lui avait été communiqué par un ami belge, acteur, Luc Alexandre.

La maison de style « victorienne » appartenait à l’époque à Psylvia Gurk, véritable égérie des lieux, qui y habitait avec d’autres membres de la communauté hippie gay Hunga Dunga.

Les autres locataires étaient Phill Polizzato, Tom, Lizzard, Luc Alexandre et beaucoup d’autres encore dont de nombreux anciens combattants du Viêt-Nam.

La maison bleue a failli être oubliée après avoir été vendue. Les nouveaux propriétaires, deux avocates,  l’avaient fait repeindre en un vert de gris assez terne.

En 2011, les propriétaires, ayant eu vent de l’histoire et de la chanson grâce à l’obstination du journaliste Alexis Venifleis et de  la pression de la biographe Sophie Delassein,  acceptent de la faire repeindre leur maison en bleu comme à l’origine.

« Polydor», la maison de disque de Maxime le Forestier, et « Ressource », une entreprise de peinture, sponsorisent les travaux. Le consulat de France à San Francisco  fait apposer une plage sur le haut du garage.

Nous voici dons arrivés dans la 18ième rue au N° 3841 devant la fameuse maison de bois de couleur bleue arborant fièrement le pavillon arc en ciel des communautés gay du quartier de Castro.

maison bleue 3Devant la maison, les paroles de la chanson me viennent tout naturellement en tête, quoi de plus normal étant de cette génération des sixties:

« C’est une maison bleue, adossée à la colline
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clé
On se retrouve ensemble
Après des années de route
Et l’on vient s’asseoir autour du repas
Tout le monde est là, à cinq heures du soir
San Francisco s’embrume
San Francisco s’allume
San Francisco, où êtes vous
Lizzard et Luc, Psylvia, attendez-moi… »

Car la « maison bleue » est bien plus qu’une chanson, c’est l’histoire d’une ville atypique, une ville qui ne ressemble à aucune autre et dont le mythe perdure encore de nos jours.

Démarrer la vidéo pour écouter la chanson de la « maison bleue » de Maxime le Forestier.

« Coit tower » (la tour de madame Coit)

coit towerLe quartier des pêcheurs « ficherman’s wharf »

port de peche

quartier des pêcheursQuartier très animé et surtout prisé pour ses crustacés et fruits de mer.

C’est du quai 33 que partent les ferries vers l’ilot d’Alcatraz.

C’est du quai 43 que partent les navettes la baie et le « Golden Gate ».

Le quai 39  « the pier 39 »

pier 39 2Le quai 39 est un des endroits favoris de balade des habitants de San Francisco.

On y trouve une pluralité de restaurants, de bars, de boutiques et de commerces ainsi que des manèges pour les enfants.

pier39 1Au bout du quai la vue est magnifique sur la baie, et l’ilot d’Alcatraz.

pier 39 3Des « lions de mer »  ont également élu domicile sur les pontons près du quai. Ils bronzent tous les après-midi, car le matin c’est plutôt le « quai des brumes », comme partout à San Francisco.

lions de mer

L’île d’Alcatraz avec son pénitencier

alcatrazLa ville de San Francisco, avec toutes ses spécificités a encore de nos jours, un pouvoir d’attraction qui la rend unique, fascinante et mystérieuse, même s’il n’y a plus d’or sur ses 43 collines.

On ne peut quitter San Francisco sans une promenade en « cable car ».

cable carOn estime à environ 50 % les immigrants arrivés par voie maritime et 50% par voie terrestre.

LA VOIE TERRESTRE

voie terrestre

routesLes autres arrivèrent par voie de terre après un très long et dangereux périple à travers les grandes plaines du Kansas,les montagnes Rocheuses, les zones arides de l’Utah et du Nevada, le plateau du Colorado et les montagnes de la Sierra Nevada.

Il existait trois grands voies vers l’ouest, mais toutes les trois devaient couper les territoires des indiens d’ Amérique, dont les plus connues étaient:

– les Sioux, les Cheyennes, les Shoshones au nord,

– les Hopis et les Navajos au centre,

– les Apaches au sud.

territoires indiensLes tribus indiennes n’étaient pas le seul obstacle dont devaient faire face les pionniers. Les déserts, les montagnes et les cours d’eau

Les statistiques ne donnent pas le pourcentage de ceux qui n’arrivèrent jamais, mais on peut imaginer qu’ils furent très nombreux.

Les trois principales voies terrestres

LES VOIES TERRESTRES 2La plus au nord, appelée route de l’ Orégon devait traverser les états du Wyoming et de l’Idaho  à travers le « grand désert américain » et les Montagnes Rocheuses.

La route centrale traverse les états du Colorado, de l’Utah et du Nevada. Elle passe par les territoires des Navajos, la Sierra Nevada et le désert de Mojave. La route bifurquait vers le nord en longeant le fleuve San Joaquim à l’ouest du mont Whitney, le plus haut sommet de la Sierra Nevada qui culmine à 4418 mètres. Dans la vallée du même nom étaient installés les amérindiens de la tribu « Yokut ».

La vallée était très fertile et de nombreux colons s’y installèrent. C’est ainsi que la ville de Fresno vit le jour en 1856.

La route du sud traverse l’état de l’Arizona, le territoire des indiens Apaches et le sud de la sierra Nevada.

La route centrale fut découverte en 1848/49 par Jean Charles Frémont.

fremont_j_cJean Charles Frémont né à Savannah en 1813,est  fils d’émigrant français.

Officier de l’armée américaine, il fut gouverneur de l’Arizona de 1878 à 1883.

Il décède à New-York en 1890.

C’est par cette route centrale que nous allons découvrir le Far-West.

La première étape est située dans l’Utah dans la réserve des Navajos.

Utah signifie dans la langue des Navajos: « Le peuple des montagnes ».

UtahDans  la « Monument Valley », un bigouden et un descendant de la tribu Navajo, un guide dénommé « Vincent » sous le regard d’un grand chef Navajo: Manuelito.

MANUELITO2

Manuelito était un grand chef de guerre Navajo né en 1818 dans l’ Utah.

la guerre des Navajos de 1860 à 1864

Cette guerre a débuté au Nouveau Mexique à la suite d’accrochages entre les Navajos et les forces militaires américaines. Au bout de quatre années de combats les Navajos se rendent au Colonel Christopher « Kit » Carson qui ordonne la destruction de tous leurs biens et il organise la « longue marche » (Navajo Long Walk), jusqu’au Nouveau Mexique.

9.000 hommes, femmes et enfants marchèrent plus de 560 kilomètres vers leur lieu de déportation. Après quatre années de souffrances, de malnutrition, de maladies, les Navajos signèrent un traité les autorisant à retourner sur leur terre natale dans le nord de l’Arizona, reconstruire leur communauté, sous la condition de rester dans leur réserve appelée « Navajoland ».

Après la déportation des Navajos, Manuelito fut l’un des chefs à signer le traité en 1868, les autorisant à retourner vers les quatre montagnes sacrées des Navajos. Il est décédé en 1894.

Les « messagers du vent » Navajos

windtalkersLes « Windtalkers » (les messagers du vent) étaient tous des indiens Navajos formés par l’armée américaine pour servir dans les transmissions durant la guerre du Pacifique. Les japonais ne purent jamais décoder (craquer)  le « code Navajo ».

Ci dessous la bande annonce du film.

Le chiffre  quatre est un chiffre sacré chez les Navajos. Leur territoire est délimité par quatre montagnes sacrées: la montagne bleue (San Francisco peak) au Sud-Ouest. la montagne turquoise au Sud-Est. La montagne blanche au Nord-Est et Navajo mountain (la tête de la terre-mère, comme la « patcha mama des incas) au Nord-Ouest.

Monument Valley « la vallée magnifique »

Monument Valley est situé au nord du territoire Navajos.

monument valleyLes indiens ont donné des noms aux différents rochers de grès rouge. On peut donc y voir avec un peu d’imagination: les trois sœurs, l’éléphant, le chameau, la tombe, la fenêtre du nord, les quatre doigts, le pouce etc…

JOHN FORD'S POINTC’est de ce point de vue que John Ford a filmé des scènes du film « stage coach » en français la  « chevauchée fantastique ». C’est sur le bout du rocher à droite que John Wayne à cheval surveilla piste en dessous.

JOHN FORD POINTJohn Ford

John Ford  est né en 1894 dans le Maine. Il est décédé  en 1973 en Californie.

Grand réalisateur de films en particulier les westerns  et les films de guerre.

Il fut également officier de réserve dans l’ U.S. Navy,  avec en fin de carrière, le grade de contre-amiral.

Il tourne  La «  chevauchée fantastique » (Stage Coach) pour la première fois en extérieur, à Monument Valley :

«j’ai été partout dans le monde mais je considère cet endroit comme le plus beau, le plus complet et le plus calme de la planète».

John Wayne

John Wayne de son vrai nom Marion Mitchell Morrison, est né le 26 mai 1907 dans l’Iowa, et est décédé le 11 juin 1979 à Los Angeles.

Immense acteur, il tourna principalement des westerns  et des films de guerre dont « la chevauchée fantastique » sous la coupelle de John Ford qui deviendra son mentor et son ami.

film john fordfilms john ford2fims john fordLe Lac Powel

lac powelLa ville de Page

La petite ville de page est située près du lac Powel sur le territoire des Navajos.

La ville s’est développée grâce  la construction du barrage de Glen Canyon (475 mètres de long et 160 mètres de hauteur) sur la rivière Colorado qui  entraîné la formation du lac Powel.

Un petit aéroport permet le survol de cette magnifique région avec des vues d’avion époustouflantes.

glen canyonBrice Canyon

Bryce Canyon est situé au nord du lac Powel.

bryce canyonLes mormons furent les premiers colons à découvrir ce magnifique canyon dont les concrétions de grès rouge, orange, jaune forment une palette infinie qui varie en fonction de la lumière. Ce canyon est vraiment magnifique et les mormons des gens accueillants.

mormons3Las Vegas « capitale des jeux & des spectacles »

las vegas 23Las Vegas est la plus grande ville du Nevada dans le désert du Mojave. Elle fut fondée par les Mormons en 1855.

Grâce aux lois libérales en matière de jeux de l’État du Nevada,  la ville a acquis une renommée mondiale pour ses casinos et ses spectacles.

C’est la ville du nouveau rêve américain ou le jeu est roi et les mariages éphémères.

Beaucoup reviennent de Las Vegas avec la « gueule de bois », le portefeuille plus léger et une nouvelle compagne pour…un temps. De toute façon, Reno, la capitale du divorce n’est pas bien, loin !

Des millions de dollars en liquide sont joués dans les différents casinos,  ce qui facilite le blanchiment et la fructification de l’argent issus de toutes sortes de trafics.

las vegas1Pour nous français, on est émerveillé par autant de lumières de bruits et de démesures. On s’en met plein les yeux et les oreilles faute de s’en mettre plein les poches. Pour un bigouden s’est de toute façon chose inconcevable de dépenser bêtement ses « gouenek » dans  des machines à sous.

Au temps de la ruée vers l’or, des villes champignons et éphémères comme « Bodie » en Californie, qui comptait plus de 10 000 habitants en 1880 ont vus le jour. Les « saloons » et les salles de jeux  de ces villes ponctionnaient l’argent des chercheurs d’or, de nos jours, ce sont les casinos qui s’en chargent. L’or a disparu et « Bodie » est devenue une ville fantôme.

Des spectacles grandioses sont proposés par les principaux Hôtels casinos  de Las Vegas comme le « Caesars Palace », le « Mirage« , le « Bellagio », le « Paris Las Vegas » et sa tour Eiffel de 165 mètres, le « Venitian Palazzo» (le Venise) avec son campanile, l’ Excalibur, le Circus-Circus, le Luxor et sa pyramide. C’est au Caesars Palace que Céline Dion présente actuellement son nouvel album de chansons.

paris venitian palaceLes vingt plus grands hôtels du monde sont à Las Vegas.

Le « Venitian Palace » est le plus grandiose des palaces au monde avec ses 7000 chambres ses 4000 suites, ses canaux, ses ponts, le Rialto et le « pont des soupirs », sa place St Marc avec le palais des Doges et le Campanile, ses rues et ses palais vénitiens.

circusLe « MGM Grand Las Vegas » est troisième avec plus de 5000 chambres. Le « Bellagio » est dixième avec près de 3930 chambres. Le « Circus-Circus » est onzième avec 3770 chambres. Le « Caesars » est seizième avec 3350 chambres  et le « Paris Las Vegas » vingtième avec plus de 2900 chambres.

Laughlin

La petite ville de Laughlin (du nom du fondateur) est située dans le sud du Nevada sur les rives de la rivière Colorado. Les jeux étant autorisés dans le Nevada, Laughlin est appelée le « petit Las Vegas ».

laugklin2A quelques kilomètres à l’ouest de Las Vegas se trouve une vallée  désertique tristement célèbre qui fait partie du désert de Mojave.

La vallée de la mort (the death valley)

vallée de la mort3La « vallée de la mort » dut son nom macabre aux valeureux «forty-niners »  (chercheurs d’or des années 1849),  qui tentèrent d’atteindre les lieux de prospection de la « Nouvelle Helvétie » en passant par les déserts du Nevada et de la Californie, et qui furent les premières personnes originaires d’Europe à traverser la vallée. Ces pionniers restèrent bloqués plusieurs mois dans cette vallée désertique située à moins 90 m au dessous du niveau de a mer et surtout écrasée par un soleil de plomb ou  désertique il n’y a presque aucune forme de vie animale ou végétale. Beaucoup succombèrent et ils donnèrent à ce lieu le nom de « vallée de la mort » (Death Valley). Les seuls survivants ne durent leur salut qu’en remontant sur les montagnes ou ils retrouvèrent un peu de fraicheur et surtout de l’eau.

zabriskie pointZabriskie point est devenu célèbre grâce au film d’Antonioni.

Le film raconte la contestation étudiante et la libération sexuelle des années 1960 de l’Ouest américain. C’est l’histoire d’une étudiante et d’un militant contestataire qui se rencontrent à Zabristie point.

Ci dessous un extrait vidéo du film « Zabriskie point ».

En descendant de Zabristie point par la route 190 on se trouve dans la petite oasis de « Furnace Creek ranch » situé à a coté du village des indiens Shoshone.

furnace creek ranchLe musée des pionniers de la ruée vers l’or et des mines du borax extrait de la vallée de la mort.

Le Grand Canyon du Colorado

grand canyonLe grand Canyon de la rivière Colorado est certainement une des merveilles de la planète. Il est situé sur les plateaux du Colorado dans l’État de l’Arizona. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité.

Les dimensions du grand Canyon sont gigantesques.

Il est long de 450 km entre le lac Powel et le lac Mead. Sa profondeur varie de 1300 à 2 000 mètres. Sa largeur varie de 5,5 km à 30 km.

GRAND CANYONKings Canyon/Sequoia park

sequoiaC’est dans ce parc que l’on peut trouver les plus grands et les plus vieux arbres au monde.

Los Angeles « la ville des anges »

naissance de los angelesCe sont les colons espagnols qui fondèrent la ville en 1781. C’est le roi Charles III d’Espagne qui ordonna la fondation de cette colonie.

NOTRE DAME REINE DES ANGESL’église de « Notre Dame Reine des Anges »  est fondée en 1814 sur les ruines de l’ancienne église «  Nuestra Senora a Reina de los Angeles Asistencia » construite en 1784 par les 11 familles (44 personnes avec les enfants) fondatrices de Los Angeles.

En 1848, la ville devient américaine après la victoire des États-Unis contre le Mexique.

La ville est située au sud de la Californie. Elle s’est développée entre les montagnes San Gabriel, Santa Monica et les grandes plages de sable de l’Océan Pacifique.

avila adobeLe ranch « Avila Adobe » situé dans le centre historique de Los Angeles est la plus vieille maison de la ville.

kid carsonElle fut construite en 1818 par Francisco Avila. Lors de la guerre contre les mexicains en 1847, elle fut occupée par l’État-major américain. La petite stèle devant la maison surmontée d’une flèche en bronze est dédiée à Kit Carson.

« Kit Carson » de son vrai nom Christopher Houston Carson est né en 1809. C’ est un des pionniers de la conquête de l’ouest. Il sert de guide à Charles Frémont durant les deux premières expéditions.

kit carsonIl sert ensuite de guide dans l’ U.S. Army pendant la guerre entre le Mexique et les États-Unis. Pendant la guerre de Sécession il est officier, il fait partie de l’armée fédérale avec le grade de général en 1865, trois ans avant sa mort en 1868.

Après le tremblement de terre de 1971, la maison fut restaurée pour servir de mémoire historique à la ville car du son passé de Los Angeles, il ne reste pratiquement plus rien, tout a été rasé pour faire place aux buildings.

L’arrivée du chemin de fer en 1876 permet à Los Angeles de se développer rapidement pour devenir de nos jours une mégapole de près de 4 000 000 millions d’habitants.

La gare centrale, construite en 1939 dans le genre art-déco a gardée son charme du passé avec ses grands halls et ses fauteuils de cuir, profonds, patinés et usés. On se croirait revenu à la période de la guerre des gangs, de la prohibition. Au temps ou Scarface (le balafré) semait la terreur. Depuis janvier 1939, Al Capone était « pensionnaire » non loin de là au pénitencier de Terminal Island après avoir séjourné dans le « club » très fermé d’Alcatraz.

GARE LO

Actuellement les communes périphériques sont englobées dans la mégapole comme Santa-Monica et Beverly-Hills.

La spécificité de Los Angeles réside aussi dans ses quartiers dont le plus célèbre est Hollywood.

Hollywood boulevard, ses étoiles et ses empruntes de pieds et de mains des vedettes.

hollywood boulevardJ’ai retrouvé sur Hollywood boulevard la plaque de Peter O’Toole qui avait incarné T.E. Lawrence dit « Laurence d’Arabie » et cela m’a fait plaisir de mettre mes pieds dans les siens, ayant foulé durant de nombreuses années ses pas dans le Hedjaz en Arabie Saoudite.

La réussite d’un voyage ne tient pas seulement dans la programmation, le choix des sites, la beauté des paysages, mais passe aussi, pour un très grande part, dans son accompagnement.

NedSans un bon guide, qui sait habiller les images comme un couturier, effectuer des commentaires sur l’histoire et la géographie des lieux, tel un conteur devant un feu de bois, la découverte du pays ne serait qu’un survol rapide et imagé.

Ned, notre guide pour ce périple de l’ouest américain, a parfaitement rempli son rôle de conteur et de couturier d’images. Il a su passionner les béotiens que nous étions pour cette « découverte du « Far-West ».

J’ai repris bon nombre de ses commentaires et anecdotes pour habiller mon récit et je l’en remercie.

Avant de quitter ce « Far-West » qui a fait rêver de nombreux colons européens en quête d’Eldorado, du « rêve américain », qui attire encore de nos jours pour une multitude de raisons à travers des modes de vies, des lieux magiques, des villes pleines de charme, des histoires d’indiens et de cow-boy et surtout les nombreux films qui sont réalisés dans cet ouest américain, un petit tour s’impose sur une route mythique: la route 66.

route 66_5route 66_6Assis sur la corniche face à « Frisco », une petite coupe de champagne californien s’impose en guise d’un « kenavo » (au revoir) à cette ville atypique, pleine de charme, cosmopolite et… mystérieuse, qui cache tous les jours sa pudeur sous un nuage de brume comme une mariée sous son voile. Lorsque le voile se lève elle apparait enfin dans toute sa splendeur.

kenavo san francisco« Kenavo ar wec’h all » à une prochaine fois pour une nouvelle aventure, un nouveau voyage.

Jean Claude Quideau

Novembre 2013

Cap à l’ouest vers la Nouvelle France « Terre des Bretons » »

En hommage à nos « cousins » de la « Nouvelle France »

En souvenir des navigateurs, explorateurs, ainsi qu’aux personnes qui ont marqué l’histoire, comme le Général de Gaulle, qui a « mis les pieds dans le plat » (qu’il avait grands) à Montréal, sans conséquence irréversible. Son intervention a eu le mérite de faire connaitre le Québec, Saint Pierre et Miquelon et La Gaspésie, au monde entier.

En souvenir de l’Amiral d’Yves de Kersauson de Pennendreff qui fut mon commandant sur le Colbert. Ce croiseur est lié à tout jamais à l’histoire de la province du Québec.

Merci à Ian  Beaulieu qui a su nous raconter avec passion l’histoire de son « beau pays »,« Quel beau nom pour un aussi Beau lieu »

Merci aussi à Stéphane Duguay pour nous avoir fait parcourir tout le beau pays avec sa  « Chaudière,  jamais à cours de vapeur ».

Le Québec n’est pas une « Province » mais un « Pays » comme le chante si bien Gilles Vigneault, mais un pays qui n’est pas toujours l’hiver, contrairement à ce que pensait le roi de France, Louis XV , sa maitresse madame de Pompadour, et toute sa cour, au point de l’avoir abandonné en disant:  » Que voulez-vous que l’on fasse avec un champ de neige »…

En 1763, après la guerre de sept ans, il cède la « Nouvelle France », une partie de la Louisiane, quelques îles des Antilles à l’Angleterre, sans doute par manque d’argent, ses maitresses lui coûtent très cher…

Ce récit est également l’histoire de marins, pour la plupart bretons, pêcheurs, navigateurs et découvreurs , visiteurs qui partirent Cap à l’Ouest vers de nouveaux horizons.

Les premiers,  pour gagner leur pain, les seconds pour découvrir de nouvelles contrées et en ramener les richesses.

D’autres pour devenir célèbre, pour la gloire, la quête de liberté, pour laisser leur emprunte pour l’éternité. 

Les derniers en villégiature à la découverte du pays de nos cousins, nos ancêtres bretons ou originaires d’autres régions de France.

LA ROUTE DE LA MORUE

La route des pêcheurs bretons vers les « Grands Bancs »

A partir du XV ème siècle, et durant plusieurs siècles, des marins bretons ont pratiqué la pêche à la morue dans l’Atlantique du nord-ouest. Une activité nécessaire, qui a traversé des périodes pénibles et connu bien des drames.

Les pêcheurs bretons disaient :

« Ar bara zo ahont (a izel) » : le pain est là-bas.

Pour gagner leur vie et donc acheter le pain pour nourrir la famille il fallait aller là-bas, très loin,  à l’ouest vers la « Terre des Bretons ».

Histoire Maritime de la Bretagne au 16 ième siècle est intimement liée à celle du Canada.

TERRE AUX BRETONSUne partie du Canada s’est appelée tout d’abord « Terre des Bretons »,en particulier les terres limitrophes du golfe du Saint Laurent, l’Acadie, la Gaspésie, l’ île Saint Jean.

Acadie_1754Les basques quand à eux utilisent surtout Terre Neuve pour y installer leurs bases de ravitaillement en eau et produits frais qu’il échangent avec les indiens.

Avant les voyages  de Jacques Cartier, sur la carte du navigateur Jérôme de Verrazano de 1529, on peut voir l’écusson et les hermines du Duché de Bretagne sur les territoires de l’ancienne Acadie (Nouvelle Écosse, Nouveau Brunswick).

drapeau_amiraute bretonneLe drapeau des bateaux des flottes bretonnes était constitué d’une croix noire avec quatre carrés d’hermines, puis à partir de 1532, un seul carré est maintenu (celui du haut à gauche).

La Morue et la religion

En 1454, les habitants de l’île Bréhat et les moines de Beauport organisaient déjà la  pêche à à la morue sur les bancs de Terre-Neuve.

Aussi étrange que cela puisse paraître, la religion a également fortement influencée l’histoire bretonne de la pêche à la morue.

En ces temps-là, on ne badinait pas avec l’observation de l’abstinence alimentaire imposée, le vendredi,  et certains autres jours, par les commandements de l’Église.

On en comptait pas moins de cent cinquante jours dans l’année, carême compris.

Cette règle qui interdisait la consommation de viande causait, sur le plan pratique, de sérieux problèmes de nourriture à la population, principalement dans l’arrière-pays, où la présence du poisson de mer frais sur les tables était exceptionnelle.

Aussi les pêcheurs Bretons durent trouver des lieux de pêche prolifiques  de plus en plus loin vers l’ouest pour satisfaire les besoins de la population.

En ces temps-là, La morue était abondante entre la « Nouvelle terre »  et la « Terre des bretons ».

Dès qu’ils surent comment conserver le produit de leur pêche dans le sel, ils s’aventurèrent de plus en plus loin à l’ouest sur l’océan Atlantique.

En accostant dans les baies pour s’approvisionner en eau potable, ils firent connaissance des autochtones qui vivaient depuis plusieurs siècles ces contrées. Ce sont les amérindiens qui leur apprirent à sécher et fumer la morue.

Méthode de séchage et de fumage de la morue par les amérindiens de la tribu des Hurons.

Cette épineuse question du substitut à la viande étant réglée grâce aux apports des morutiers, avec le temps, une controverse s’ensuivit rapportée par les historiens. Il s’agissait, cette fois, de savoir qui des pionniers bretons avaient ouvert la route de Terre-Neuve.

Gravure de la ville close de Saint-Malo au XVII éme siècle

Il ne fait aucun doute que ce furent les marins Bretons originaires de Saint Malo ou des environs (Paimpol, Saint Brieux…) qui  accostèrent les premiers sur ces terres, car nombre de cap et de baies portaient les noms de Saint Malo, Saint Julien, Saint Lunaire, Boutitou… Les écrits du XV ème siècle plaident dans ce sens. Ils rapportent que la morue séchait partout sur les rochers et devant les cabanes à Saint Malo. Plus tard, vinrent les Basques, les Normands.

Certes, la pêche à la morue faisait le bonheur de la population bretonne, en dépit de la saumure qui coulait dans les ruisseaux et empuantissait l’atmosphère. Pour autant elle n’allait pas sans heurts avec les autochtones qui pratiquaient la chasse au « loup marin » (phoques) dans ces mêmes secteurs.

Les querelles entre les amérindiens (Micmacs, hurons, Iroquois) et les pêcheurs malouins, paimpolais et briochins tournaient parfois aux affrontements sanglants.

En 1610,  les morutiers de Saint-Malo se trouvèrent dans l’obligation de solliciter l’assistance de frégates royales pour assurer leur protection dans le contexte du conflit armé opposant alors la France à l’Angleterre au sujet de la « Nouvelle Terre » (Terre Neuve) de la « Terre des Bretons » (Gaspésie) et du Saint Laurent « la ou les eaux se ressèrent »  (Québec) , chacun revendiquant la possession de ces contrées.

Vaille que vaille, pourtant, l’armement morutier breton poursuivit son développement. Un recensement effectué en 1664 fait apparaître que Saint-Malo comptait à lui seul plus de 60 bateaux équipés pour cette pêche.

La pêche errante ou pêche à la morue verte

La pêche errante se pratiquait au large sur des navires à voiles de 30 à 100 tonneaux  sur les grands bancs. Les navires partaient pour une campagne de 6 à 7 mois avec des équipages de 20 à 30 marins.

Au tout début, les navires tiraient des lignes le long du bord à partir du pont. Au fil du temps, la technique évolua pour devenir plus performante.

Les navires embarquaient de petites embarcations appelées « doris » qu’ils mettaient à l’eau un fois arrivés sur les grands bancs.

Chaque doris était armé par deux hommes, un marin aguerri et un mousse. Le doris quittait le navire mère chacun dans une direction précise.

Avant de partir du bateau, le capitaine mettait dans son béret  8 numéros qui étaient tirés au sort. Il y avait des numéros à risque car dépendant des vents et des courants qui faisaient dériver « le bateau mère » et les doris plus ou moins vite et donc les  l’éloigner de leur base. En général les doris dérivaient plus vite, donc pour compenser cette fuite , les marins mouillaient une ancre flottante qui devait freiner la dérive.

L’ancre flottante était constituée d’un entonnoir de toile de jute qui était mis à l’eau à l’avant du navire. l’entonnoir se remplissait d’eau et constituait un poids mord que le bateau devait trainer ce qui freinait la dérive.

La pêche se faisait avec une ligne composée de un ou plusieurs hameçons, genre de « mitraillette » à maquereaux. L’appât était constitué de bulots ou de sardines conservés dans de la saumure. Ils restaient toute la journée à pêcher et devaient rentrer avant la nuit. Parfois, le doris étant plein de morues, menaçant de sombrer, le retour était nécessaire.

Beaucoup de drames eurent lieu pour différentes raisons. Beaucoup de doris se perdaient dans l’immensité de l’océan, la brume s’étant levée, ou sombraient car la mer s’était formée. Il arrivait parfois que l’un des marins tombe par-dessus bord et coulait à pic, ne sachant pas nager avec des vêtements alourdis par l’eau. Parfois encore le doris chavirait entraînant ses deux occupants qui n’avaient aucune chance dans ces eaux glacées.

De nos jours encore, pour gagner son pain,  « bara », en Bretagne, il faut aller pêcher.

Cette conviction perdure fortement dans le pays bigouden.

Un  armateur du Guilvinec a baptisé tous ses navires  un nom qui commence par « bara ».

Le tout nouveau  « Bara ar Vicher » (le pain  professionnel , de son métier)

Le « Bara Brenn » (le pain au son) se refait une beauté sur l’aire de carénage.

« Yann,  le bigouden,  est parti un beau matin

Embarqué sur un trois mats malouin,

Cap à l’ouest,  vers l’Alaska,

Pêcher la morue pour gagner son « bara ».

Mais il ne sait pas, si au pays il reviendra ».

LA ROUTE DES NAVIGATEURS

En 1497, Giovanni Caboto (Cabot), un génois au service du roi Henri VII, d’Angleterre, part vers l’ouest avec 18 marins sur le galion le « Mathew ».

Il découvre les côtes de « Newfoundland » (Terre Neuve) et navigue tout au long des côtes de Terre Neuve et de Gaspésie. Il donnera son nom à ce type de navigation le long des côtes: « le cabotage ».

Jacques Cartier

Jacques Cartier est né le 23 décembre 1491 à Saint Malo.

En 1534, Jacques Cartier quitte Saint Malo avec deux vaisseaux, après vingt jours de mer, il touche la terre dans une baie qu’il nomme la « baye à chaleur » (baie des chaleurs) en raison de la brume qui s’en échappe comme s’il y avait évaporation due à la chaleur des eaux. Il prend contact avec les autochtones, des amérindiens de la tribu des Micmacs. Les Micmacs appelaient cette baie « Mowebaktabaak » (grande baie).

Puis il remonte vers l’ouest et jette l’ancre à « Gaspé » havre connu par les pêcheurs bretons, qui donnera son nom à la Gaspésie.

Arrivée au Québec  en 1535

Le deuxième voyage a lieu après 1535.

Cette expédition compte trois galions:

La « Petite Hermine » de 60 tonneaux,

l’ « Émerillon » de 40 tonneaux,

la « Grande Hermine » de 120 tonneaux.

Grâce à leurs connaissances du premier voyage, Jacques Cartier remonte alors le Saint Laurent, découvrant qu’il navigue sur un fleuve lorsque l’eau devient douce. Il fait escale à l’île d’Orléans.

Le troisième voyage de Jacques cartier en 1541 est un voyage à la recherche des richesses de ce nouveau pays. Il ramène de la région de Saguenay de l’or et des diamants.

Aussitôt arrivé en France, il fait expertiser le minerai, apprenant qu’il ne rapporte que de la pyrite  et du quartz, sans valeur.

 » L’or des fous »

La pyrite aussi appelé « or des fous » à cause de sa couleur jaune ressemblant à de l’or. Elle  a égaré des prospecteurs peu compétents croyant avoir découvert des pépites d’or.

La mésaventure de Jacques Cartier est à l’origine de l’expression:

« faux comme des diamants du Canada »

Et du nom de:

« Cap Diamant » pour désigner l’extrémité du promontoire de Québec.

Jacques Cartier se retire dans son manoir de « Limoëlou » à Rothéneuf près de Saint-Malo.

rotheneufLe modeste manoir de Limöleou fut la demeure de Jacques Cartier au quinzième et seizième siècle.

Le manoir fut sauvé par la fondation canadiènne Macdonald Stewart.

Il décède en 1557. Il repose depuis dans la cathédrale de Saint Malo.

Rothéneuf est devenu célèbre grâce à Jacques Cartier mais également grâce à l’abbé Adolphe Fouré qui passa une grande partie de sa vie à sculpter les rochers entre Rothéneuf et Cancale.

L’abbé sculpteur

abbé fouréAdolphe Fouré est ordonné prête à Rennes. A la suite d’une attaque cérébrale, il devient sourd et muet. L’abbé se retire à Rothéneuf ou il sculptera plus de trois cents personnages, nobles, pirates et corsaires de Saint Malo, mais aussi des êtres fantasmagoriques évoquant les gargouilles des cathédrales médiévales.

Rochers de RothéneufSamuel de Champlain

Samuel de Champlain est né à la Rochelle, en 1569.

Après une formation de navigateur, il est soldat au service de la  Bretagne.

Il est surtout connu pour avoir ensuite fondé la ville de Québec, le 3 juillet 1308.

N’appartenant pas à la noblesse, Champlain agit en tant que subalterne d’un noble désigné par le roi.

A Québec, en tant que roturier, il n’ est que « lieutenant » du vice-roi de la Nouvelle France.

Jamais il n’obtiendra le titre officiel de gouverneur, même s’il en exerce les fonctions .

Samuel de Champlain fut considéré  le « Père de la Nouvelle-France ».

LA PROVINCE ENDORMIE DEVIENT UN PAYS

LA ROUTE DE LA FRATERNITÉ

Voici l’histoire du périple du croiseur Colbert qui appareilla de Bretagne le 15 juillet 1967 cap à l’ouest vers la « Nouvelle France » (le Québec) à l’occasion de l’Exposition Universelle.

Le Général de Gaulle, Président de la République avait répondu positivement à l’invitation du gouvernement de la province du Québec et il avait tenu à honorer de sa présence à cette manifestation organisée à Montréal. Cette exposition revêtait encore plus d’importance aux yeux du général car le thème choisi était « Terre des hommes » de l’ouvrage de Saint-Exupéry.

La France avait fait un gros effort pour construire un magnifique pavillon. Une structure en forme de diamant serti, conçu par l’architecte visionnaire Iannis Xennakis. D’origine grecque, réfugié politique en France en 1947 et naturalisé français, il a travaillé comme ingénieur pour Le Corbusier. Xennakis est décédé à Paris en 2001.

La structure perdure encore de nos jour car le pavillon a été transformé en un magnifique casino sur l’île Notre-Dame.

Le pavillon des États-Unis, une énorme biosphère, conçue par l’architecte Richard Bukminster est également visible sur l’île Sainte-Hélène.

Ce récit est émaillé de témoignages des participants de l’époque ainsi que d’anecdotes recueillies à chaud, ou bien plus tard, sur le croiseur Colbert.

Le croiseur lance-missiles Colbert

Le Colbert est le sixième bâtiment à porter le nom de l’illustre Ministre de la Marine de Louis XIX, Jean-Baptiste Colbert.

La construction du croiseur débute à Brest en 1953, mis à l’eau en 1956, il est admis au service actif en 1957. Affecté comme bâtiment Amiral de l’escadre de la Méditerranée, il rejoint Toulon son port d’attache en 1959.  A l’origine croiseur anti-aérien (C.A.A.), il sera transformé durant l’année 1960 en croiseur lance-missiles (C.L.M.).

Caractéristiques du croiseur:

D’une longueur de 180 m, largeur : 20 m et d’un tirant d’eau : 7.9 m, il déplaçait 11 000 tonnes de port en lourd.
Propulsé par une machine à vapeur  de 86000 CV. Sa vitesse maximum était de 32 nœuds ce qui est remarquable pour une telle masse.

Je me souviens du récit, émaillé d’ anecdotes, raconté par le capitaine de vaisseau de Kersauson de Pennendreff, dernier commandant du Colbert, lors d’un dîner au carré de l’Amiral, un soir en mer d’Oman.

Avant de passer à table, je demande au commandant la permission de me rendre aux toilettes. Le commandant me dit : « Faites, mon cher Quideau,  allez donc visiter le bidet de Tante Yvonne ! ».

Quel ne fut pas mon étonnement que de constater de visu qu’il y avait bien un magnifique bidet dans le cabinet de toilette de l’Amiral.

Ce n’était pas le bidet en bois de hêtre de Madame de Pompadour qui l’utilisait déjà en 1710 à Versailles, sous Louis XV, mais un bidet en porcelaine blanche made in France de Christophe des Rosiers.

Le bidet de « la Pompadour »

A mon retour, je demande au commandant le pourquoi de cette présence insolite sur un navire de guerre.

Le commandant de Kersauson de se fait pas prié et commence à raconter le périple du Colbert au Québec en 1967.

Le bidet ainsi que d’autres aménagements avaient été spécialement réalisés pour le voyage du Général de Gaulle pour l’Exposition Universelle de Montréal. L’épouse du Président (Tante Yvonne) était aussi du voyage.

Nous passons à table et la conversation continue sur ce voyage dont voici les grandes lignes.

Les buts de ce voyage sont culturels et….politiques

En mai 1967, Daniel Johnson, alors ministre de la province du Québec est en visite officielle à Paris pour inviter dans un « but culturel » le Général de Gaulle à l’exposition Universelle de Montréal pour «Permettre aux Canadiens français de se découvrir et au reste du Canada de se réveiller à la réalité française».

Daniel Johnson est né le 15 avril 1915 en Estrie, il est décédé le 26 septembre 1968 peu de temps après la visite de de Gaulle au Québec.

Daniel Jonhson et le général de Gaulle

Johnson ajoute:

«Ce qui me réjouit, c’est que nos gens vont se rendre compte qu’il est possible de vivre en français au Canada, je voudrais que le général fasse sentir aux Québécois le sens de la culture française».

Le deuxième objectif de Johnson est plus « politique » que culturel, il consiste à persuader de Gaulle de franchir l’Atlantique pour livrer le message suivant à Ottawa, et au monde entier qu’il y a aussi:

« Des Canadiens français, qu’il faut les respecter, et ce respect commence par l’égalité politique».

Il s’agit de secouer les mentalités et en même temps, de contrer la politique séculaire du gouvernement fédéral d’Ottawa qui masque le caractère français du Québec.

Combien de chefs d’État et de diplomates étrangers visitant l’Exposition diront au premier ministre du Québec:

«Nous nous excusons de n’avoir rien préparé en français. Nous ne savions pas qu’on parlait français ici. L’ambassadeur du Canada ne nous l’avait pas dit».

Le général, a bien pris note de cette réalité anglophone et rendra la pareille à certains officiels dès son arrivée dans le golfe du Saint Laurent.

La préparation au voyage, les aménagements effectués sur le croiseur

Le général, d’abord réticent à l’idée d’aller visiter l’Exposition Universelle de Montréal de 1967, fut finalement séduit par l’idée de s’y rendre en traversant l’océan sur un bâtiment  jusqu’à Québec, puis en remontant la vallée du Saint Laurent par la route comme le firent avant lui Cartier et Champlain. Un argument supplémentaire fut d’arriver ainsi Outre-Atlantique par un moyen de transport français, alors que par air, il aurait du emprunter un avion forcément américain (Boeing  ou Mac Donnell Douglas ). Le Colbert fut aménagé pour recevoir le Président de la République et son épouse Yvonne, en particulier les appartements de l’Amiral furent agrandis.

C’est « Tante Yvonne » qui a supervisé sa décoration. Elle avait fait embarqué des meubles du Mobilier National, des toiles de Dufy et Matisse, et avait demandé qu’on lui rajoute deux fenêtres autour de la cheminée. C’est pourquoi  le Colbert est le seul bâtiment de guerre, doté de deux fausses fenêtres qui encadrent une cheminée, fausse elle aussi.

Le terme « appartements » pourra sembler étrange à certains d’entre vous, mais il est d’usage dans la marine de parler d’appartements de l’amiral. Et c’était le cas pour le croiseur Colbert qui était avant tout un navire de commandement devant recevoir un amiral et son État-major.

Les appartements comprenaient un cabinet de travail avec un bureau en acajou, un salon et une salle à manger avec un office adjacent pour le maître d’hôtel, et une grande chambre avec son cabinet de toilettes.

Le lit dans l’appartement de l’Amiral fut agrandi. Les cabinets de toilette furent féminisés avec ce fameux bidet. Le téléphone secret rouge, et un autre noir en bakélite furent connectés au PC radio.

Une petite salle à manger avait été aménagée pour le commandant du Colbert, le capitaine de vaisseau  Delahousse et l’État-major particulier du Général dans un local situé dans la coursive de l’amiral.

De ce voyage, il restait encore en 1991,  le téléphone qui reliait le général de Gaulle à l’Élysée (ce combiné rouge était toujours présent, dans la chambre de l’amiral).

Cap à l’ouest, la traversée de l’Atlantique nord

Le 15 juillet, de Gaulle embarque avec son épouse à bord du croiseur Colbert à Brest.

Ce moyen de transport fut délibérément choisi pour lui permettre d’éviter le protocole qui commandait l’arrivée via Ottawa. Ayant été invité par le premier ministre du Québec, Daniel Johnson, plutôt que par le premier ministre canadien, Lester Pearson, il ne pouvait être accueilli en premier lieu dans la capitale fédérale.

Au cours de la traversée, il aurait dit à ses proches :

« Je compte frapper un grand coup. Ça bardera, mais il le faut. C’est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France. »

Le Colbert fit escale à Saint Pierre et Miquelon le 20 juillet 1967.

Le commandant de Kersauson, après le plat principal,  continue cette l’histoire qui me passionne au plus haut point ainsi que les autres membres présents ce soir-là.

Après cette escale, le Colbert mis le cap à l’ouest et arriva à l’embouchure du Saint Laurent le 22 juillet ou un officier de liaison envoyé par le gouvernement fédéral embarqua à bord.

Ottawa,  avait bien pris le soin de désigner un officier ne parlant que l’anglais, pas un traitre mot de français,  pensant que cela obligerait les français à s’exprimer dans la langue de Shakespeare. C’était bien mal connaitre le général, qui avait beaucoup apprit des pratiques de la « perfide Albion » pendant son séjour en Angleterre.

De Gaulle l’invita à tous les repas à sa table et bien sur la conversation ne se fit qu’en français. Les rires fusaient parfois. Par politesse, l’officier riait aussi, par politesse comme il se doit pour un officier de marine, ne sachant pas le pourquoi de ces rires. S’il avait su, ……………il n’aurait certainement pas ri autant.

L’anse-aux-foulons, arrivée à Québec

Le dimanche 23 juillet,  par un beau soleil, le Colbert s’amarrait au pied de la citadelle de Québec à l’anse au Foulon.

Le Colbert abhorre les  pavillons français et québécois. Sur le quai, de Gaulle est reçu de façon protocolaire par le gouverneur général Michener, représentant le gouvernement fédéral canadien et par le premier ministre du Québec, Johnson.

de gaulle colbertTandis que la  » Marseillaise » soulevait une vive ovation, le « God save the Queen » provoquait aussitôt quelques huées et des tomates tombaient des collines sur les participants.

de Gaulle au Quebec 1967Après une courte escale à la citadelle,  résidence du gouverneur général, de Gaulle et Johnson se rendent à l’Hôtel de ville. Le président déclare alors :

«Toute la France, en ce moment, regarde par ici. Elle vous voit. Elle vous entend. Elle vous aime…». « Nous sommes liés par notre avenir. Mais on est chez soi, ici, après tout ! Ce que nous faisons ici et là-bas, nous le faisons toujours un peu plus ensemble. Toute la France, en ce moment, regarde par ici. Elle vous voit. Elle vous entend. Elle vous aime. ».

Puis, le président assiste à une messe à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, dite par l’archevêque de Québec, Maurice Roy.

Le chemin du Roy, de Québec vers Montréal

Le Chemin du Roi, inauguré le 5 août 1734, relie Québec à Montréal en suivant la rive gauche du Saint-Laurent.

Tout au long des 270 kilomètres du parcours, il y avait des emblèmes français et québécois partout. Le cortège roulait sur un tapis de fleurs de lis blanches peintes au pochoir sur l’asphalte.

Il traversa et s’arrêta à :

Donnacona, La Pérade

La Pérade est célèbre pour ses pêcheries en hiver sur le lac gelé

la peradeDéjeuner au séminaire Saint Joseph de Trois-Rivières

seminaire st joseph de trois rivièresPhoto de l’association « Point du Jour Aviation »

Louiseville, Berthierville, Repentigny, Pointe-aux-Trembles.

À l’entrée de chaque village, il y avait l’écusson de la province française d’où étaient originaires ‘les habitants. Si Jacques Cartier et Samuel de Champlain, venaient de Bretagne, La France toute entière a contribué à peupler ces territoires. Sur le Chemin du Roi, c’est toute la vieille France qui acclamait le Général.

A chaque étape de Gaulle déclamait sous les acclamations :

« Maintenant, je vois le présent, le présent du Canada français, un pays qui est en train de devenir maître de lui-même, qui prend en mains ses destinées. Vous pouvez être sûr que le vieux pays, que la vieille France apporte et apportera à la Nouvelle-France tout son concours fraternel »…

Le 24 juillet sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal

« les pieds dans le plat, la phrase au bout du fil… »

Sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, de Gaulle, exalté par l’enthousiasme de la foule, s’empare des micro, malgré les réticences du maire,Jean Drapeau, qui rétorque qu’il qu’il n’est pas branché.

Une voix venue de derrière le général dit: « je sais comment le faire marcher » .

Aussitôt connecté,  de Gaulle prend la parole et de sa voix de stentor déclame:

« Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Vive le Canada français et vive la France ! « 

Cette phrase fatidique et impérissable, déchaîna les passions, une clameur immense envahie la place et de Gaulle les bras levés en » V », les points serrés, salua la foule.

Qu’est devenu le quidam qui a osé connecter le micro? il aurait du aussi être reconnu pour sa réactivité et son audace…On ne le saura jamais. Dommage…

La visite officielle fut donc écourtée, de Gaulle renonça à se rendre à Ottawa.

Le 25 juillet à Montréal, après une réception de la colonie française au Ritz Carlton, de Gaulle  visite de l’exposition universelle, quand même, il était venu pour cela.

expo 67Le général reprit l’avion ( un D.C. 9) pour Paris dans l’après-midi du 25 juillet après avoir pris congé du maire de Montréal,il lui dit:

« Pendant mon voyage, du fait d’une sorte de choc, auquel ni vous ni moi ne pouvions rien, c’était élémentaire, et nous en avons tous été saisis , je crois avoir pu aller en ce qui vous concerne au fond des choses, quand au reste, tout ce qui grouille, et grenouille, et scribouille, n’a pas de conséquence historique dans les grandes circonstances ».

Une tension diplomatique s’établit entre la France et le Canada.

Lester Pearson, premier ministre du Canada, considère ces propos comme un affront, ce qui a entraîné l’annulation de la visite que devait faire le général à Ottawa, et son départ précipité pour la France.

Cependant, lors d’une conférence de presse le 27 novembre 1967, de Gaulle déclara:

«Que le Québec soit libre c’est, en effet, ce dont il s’agit. Cela aboutira forcément, à mon avis, à l’avènement du Québec au rang d’un État souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États, qui ne sont pas pourtant si valables, ni même si peuplés, que ne le serait celui-là.»

Le commandant de Kersauson précise que toute cette fameuse histoire a été raconté par les officiers français ayant participé à ce voyage et en particulier par  le capitaine de vaisseau Delahousse commandant le Colbert. Il y avait également du voyage, l’Amiral Philippon,  Chef de cabinet à l’Élysée, et l’aide de camp du Président le capitaine de vaisseau Flohic.

La Vénus du Croiseur Colbert

Ce magnifique tableau trônait dans le salon du carré des officiers du croiseur Colbert.

salon du carré du colbertLa salle à manger des officiers subalternes du croiseur Colbert

carre du colbert2Le tableau était accroché sur la cloison, à droite en rentrant, face au petit bar. Dans le coin sur une tablette, il y avait aussi une magnifique lampe chinoise que j’ai eu la chance de gagner à la tombola organisée lors du partage des biens de la « gamelle » du carré, bien sur lampe non-inscrite au patrimoine.

La salle à manger des officiers supérieurs du croiseur Colbert

CARRE DU COLBERTOn ne voyait que cette toile, lorsque l’on prenait au bar du carré. Elle ne pouvait pas passer inaperçue et suscitait bien des interrogations et on le verra plus tard des convoitises.

Lorsque j’étais Officier Détecteur sur ce fier vaisseau, en 1990 et 1991, je me posais la question :

Comment cette toile était arrivée là ? , qui l’avait peinte ?

Aucun officier du bord  ne connaissait la réponse exacte.

Certains disaient qu’elle avait été peinte par un ancien officier du bord qui avait pris pour modèle sa petite amie. Que nenni…fadaises….

Jean Rouffignac ancien officier sur le Colbert donne une version qui est la plus plausible :

 » Lorsque j’étais adjoint-missiles à bord du Colbert, nous avions comme info que ce tableau avait été donné par Domergue en remerciement des nombreux repas qu’il avait pris à bord du croiseur à Toulon. Elle aurait été un de ses modèles. On disait que c’était la propriétaire d’un beau restaurant-bar au coin du petit port de pêche du Mourillon.

Quand le croiseur Colbert fut désarmé, en 1991,  le président des officiers du Cassard, vint à bord mettre une option sur la toile. Comme elle ne rentrait pas dans l’inventaire officiel du patrimoine de la marine, elle lui fut attribuée par notre président. Depuis elle continue à  faire fantasmer les  officiers mais…. sur la frégate Cassard.

Il est vrai que cette toile est caractéristique d’autres toiles de femmes au buste dénudé que Jean Gabriel Domergue aimait peindre, comme celle intitulée « Fleur du Nord » mise en vente chez Christie’ s entre 7600 et 11000 dollars.

Il aimait peindre de jeunes artistes assez fluettes , ce n’est sans doute pas la propriétaire d’un bar du Mourillon, mais plutôt une danseuse de cabaret.

Quoiqu’il en soit, les toiles de Jean-Gabriel Domergue sont actuellement très recherchées et la « Vénus du Colbert » doit valoir maintenant son « pesant d’or ».

Jean-Gabriel Domergue

Le peintre est né à Bordeaux le 4 mars 1889  et il est décédé à Paris en 1962.
Il était le petit cousin de Toulouse-Lautrec.

Jean-Gabriel Domergue achète un terrain à la Cannes en 1926. Il conçoit, et fait réaliser la villa, sous le nom de « villa Fiesole ».  

villa domergueIl est très influencé par le style italien de la renaissance, et par une villa qu’il avait vue à côté de  Florence.

Son épouse, Odette Domergue, conçoit des jardins méditerranéens, les bassins et les cascades agrémentés de statues antiques.

Le couple réside ans la villa à partir de 1932 jusqu’à la mort du peintre en 1962.

Dix ans plus tard, Odette Domergue lègue la propriété à la ville de Cannes.

La villa accueille toujours des évènements mondains ou des manifestations officielles de la ville et est ouverte pour des expositions artistiques.

villa domergue 2Depuis les années 1990, la villa est l’endroit où se réunit le jury officiel du Festival de Cannes pour la délibération finale des  « palmes d’or ».

palais de cannesIl disait :

« Les femmes ne trouvent leur portrait ressemblant
que lorsqu’il ressemble à ce qu’elles voudraient être
»

domergueIl ne fait plus aucun doute, le tableau de la femme aux seins nus qui trônait au carré des officiers du croiseur Colbert et qui a été cédé aux officiers  de la frégate anti-aérienne Cassard est bien de Jean Gabriel Domergue. Quand au modèle le doute subsiste ?

Cette toile compte tenu de sa valeur devrait être inscrite au « Patrimoine de la Marine ».

La dernière mission du Colbert

« Salamandre »

Opération "Salamandre" après l'invasion du Koweït par les troupes irakiennes.Photo SCPA-D ( Colbert-Var-Clemenceau)

Le navire à bien tenu son rôle de « chien de garde » du porte-aéronefs Clemenceau lors de la mission « Salamandre ».

colbert proue poupeSalamandre, pourquoi ce terme pour la mission de l’été 1990 dévolue au croiseur « Colbert » et à ses partenaires, le porte-avion « Clemenceau » et le pétrolier ravitailleur « Var » ?

La salamandre était l’emblème de François 1er dont la devise était : « Nutrisco et extingo » (Je me nourris du feu et je l’ éteins).

IMG2_0003Le Colbert avait souffert quand il a accosté à Toulon après cette éprouvante mais passionnante mission en mer d’Oman et en Mer Rouge.

IMG2_0009Les taches de rouille sont bien visible sur la coque du croiseur

CO ColbertPar contre après un lifting, Il avait belle allure lors de sa dernière escale le 12 avril 2012 à Venise au quai des Martyrs près de la place Saint Marc.

Pendant cette dernière mission nous avions à bord, Serge Marko « Peintre Officiel de la Marine ». 

Superbe aquarelle de Serge Marko « le Colbert à Venise »

Sur la route du retour, vers Toulon, le Colbert participa avec brio à l’exercice « Sardinia » exercice avec la Force Navale de Méditerranée. Certains officiers de l’État-major en furent même offusqués de s’être fait « grugé » par la tactique employée par le staff opérations du vieux croiseur. Ils ne se doutaient pas qu’ en Corse,  « prendre le maquis » est un institution lorsque l’on vous recherche. Le Colbert fut introuvable, même par les Super-Étendards.

Mais ceci est une autre histoire…

Les aussières passées, le commandant de Yves de Kersauson ordonna « terminé barre et machine ». Dans les entrailles du navire, « le Chef », la larme à l’ œil, répercuta l’ordre à ses mécaniciens, lui qui était si fier de l’état irréprochable de ses machines devait à contre cœur s’en séparer (il assura toutefois  l’intérim du commandement  jusqu’au départ du Colbert vers Bordeaux), piètre consolation qui ne durera pas très longtemps.

Avant de quitter de quitter le Colbert, les comptes de « la gamelle » sont clôturés.

La gamelle est une allocation pécuniaire attribuée aux différents carrés pour leur permettre d’améliorer l’ordinaire.

Le « coqueron » doit être rendu vide. Le coqueron sur un navire de guerre est le nom donné à la cave ou sont stocké les bouteilles de vin.

Avant de se séparer une sortie fut organisée par le carré des officiers sur la jonque « La Dame de Cantons ». Le coqueron fut asséché au cours d’une journée mémorable.

Le croiseur fut désarmé le 24 mai 1991.

Le 12 juin 1993, après avoir été remorqué de Toulon à Bordeaux, il est transformé en musée flottant au quai Bacalan près de la place des Quinconces.

En mai 2007, Le croiseur fermé au public est transféré à Brest.

.

Depuis juin 2007, il rouille au cimetière marin de Landévennec.

La tape de bouche du Colbert

Sur la « tape de bouche » du croiseur figure la couleuvre ondoyante du blason de la famille Colbert.

Pourquoi une couleuvre ? Couleuvre en latin se dit: « COLUBER ».

tape de boucheUne vidéo de Alexandre Gerbier sur le croiseur lance-missile Colbert

http://www.youtube.com/watch?v=RkQf30OS3AQ

enveloppe colbert

dix francs colbertLA ROUTE DU RETOUR VERS NOS « COUSINS D’AMERIQUE

Avec mon épouse, nous voulions à tout prix connaitre le pays de nos cousins canadiens et plus particulièrement ceux du Québec. Ce fut chose faite en septembre 2012.

Le départ vers l’ouest s’effectuera en AIRBUS A 380

Le bel oiseau se prépare pour la traversée

L’embarquement à bord s’effectue  sans problème malgré les 550 passagers

Bienvenue à bord de l’ A 380

La cabine

L’intérieur de l’A380 est très impressionnant

Décollage en douceur de l’ A 380

Décollage en direct vu par les trois caméras de bord (arrière, avant, dessous)

cockpi A380Ci-joint le lien qui permet de visiter le cockpit de l’Airbus A 380. En cliquant et en déplaçant la souris, la balade dans le cockpit de l’Airbus A 380 est impressionnante.

http://www.gillesvidal.com/blogpano/cockpit1.htm

Il faut restez cliquer sur la souris, pour agir sur les directions ou le zoom pour une visite à 360°.

La route vers l’ouest ne s’effectue plus en 20 jours, comme pour les voyages de Jacques Cartiers mais en moins de 8 heures à 11 000 mètres d’altitude.

En vue de la nouvelle France au Sud de Saint Pierre et Miquelon

Comme « l’Oiseau Blanc », la route parcourue par l’ Airbus A 380 fut une route orthodromique

L' »Oiseau Blanc » fut le surnom donné au « Spirit of Saint Louis », l’avion avec lequel Charles Nungesser et son navigateur François Coli tentèrent la première traversée de l’Atlantique en 1927. Ils disparurent en mer le 8 mai 1927, probablement au sud de Terre-Neuve (à la position de l’Airbus A 380 sur la photo).

Charles Nungesser et François Coli

Le « Spirit of Saint Louis » dans la tempête

L’orthodromie désigne le chemin le plus court entre deux points de la terre, c’est-à-dire un arc de cercle qui passe par ces deux points. Pour les navigateurs, la route orthodromique est la route la plus courte à la surface du globe terrestre. C’est la  distance dite « à vol d’oiseau ».

La loxodromie est une trajectoire constante, c’est une ligne droite. Elle ne représente pas la plus courte distance entre deux points, car la terre est ronde.

carte orthodromie loxodromieLa route orthodromique,  en rouge . La route loxodromique en bleue.

Grâce à notre guide et conteur hors pair Ian Beaulieu et à son compère « driver de Chaudière », Stéphane Duguay. Nous avons parcouru la belle province  bien installé à bonne température  dans la « Chaudière » et nous nous sommes imprégnés tout au long de ce parcours des histoires de ces pionniers venus de de Bretagne et des quatre coins de  France.

Voici en quelques images commentées tout au long de la route de la « chaudière » .

« Bretons, Normands, Vendéens, sont partis Cap à l’Ouest bravant les tempêtes pour découvrir un nouveau monde, des étendues vierges et sauvages et des populations dubitatives face à ces envahisseurs qu’ils ne connaissaient pas ».

A l’arrivée dans le golfe du Saint Laurent, les pionniers ont aperçus les cétacés et les otaries venir se nourrir de plancton et de petits poissons qui pullulent dans les courants devant le fjord du Saguenay.

La petite ville de Tadoussac (Toutouskak) « les deux mamelles » et son illustre hôtel

Le célèbre « café du fjord » avec sa charmante hôtesse « Marie-Ange »dite:

« Miss Caribou »

Le « Café du Fjord » rue du « Bateau Passeur » à Tadoussac

Les rorquals communs et les baleines bleues  font un petit tour en surface puis replongent pour se nourrir.

Les explorateurs ont eu également à faire face à la faune locale, en particulier les ours noirs, les ours blancs, les bisons, les bœufs musqués, les caribous et bien d’autres espèces locales.

Les ours noirs et bruns (grizzlis) ainsi que de nombreux animaux sauvages sont en totale liberté dans l’immense réserve de Saint Félicien près du lac Saint-Jean dans la province de Québec.

Ce sont les humains qui rendent visite aux animaux sauvages, dans des cages.

Les bisons , buffles, caribous et autres quadrupèdes vaguent librement indifférents aux bipèdes qui viennent les visiter.

Les pionniers qui se sont implantés ont su tirer parti de ces ressources animales pour se nourrir et pour faire du troc avec les amérindiens. Le commerce des fourrures fut tout de suite prospère (renards, lièvres, loups et surtout martres et castors).

La martre était et est toujours très recherchée pour ses poils très souples qui servent à la confection des pinceaux. Les pinceaux en polis de martre ont une pointe parfaite et un pouvoir de rétention d’eau qui en font les meilleurs pinceaux pour l’aquarelle.

martreLa peau de castor est surtout utilisée pour la fabrication de chapeaux en feutre et sa fourrure pour toutes sortes de vêtements dont les manteaux.

Plus tard, ils ont utilisé les ressources naturelles du pays, surtout le bois dans les immenses forêts pour la construction de maisons et de bateaux.

Il ont su tirer parti de  l’érable, arbre emblématique du Canada,  pour en extraire la sève et confectionner bon nombre de produits dérivés du sucre.